Chapitre 2 ~ Départ

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                                          Château de Gardinorff  


      Gregor ne semblait pas d'humeur à mettre un pied au sol ce matin là. La veille au soir, il avait sans mal courtisé une des nombreuses prostituées du château, lors d'une virée tardive près du Harem de Glarieul. Le Harem détenait près d'une centaine de prostituées de tout âge et de tout horizons. Une majeure partie d'entres elles provenaient d'Astros et étaient réputées pour leur bronzage qu'offrait le soleil de l'île et de leur accent si atypique qui excitait la plupart des soldats. D'autres étaient des paysannes sélectionnées par le Roi lors de l'exode ou des prostituées troquées contre quelques marchandises, provenant de cités alliées. Le Harem demeurait à quelques pieds du château et était situé de telle sorte que les gens de la cour comme ceux du palais royal, pouvaient y accéder facilement et en toute liberté. 


      Gregor ouvrit difficilement les yeux, accompagnant sa main à son baillement bruillant, et remarqua sans tarder que son bras était engourdit de par le poids de la tête de la jeune femme, endormit sur celui-ci. Il le retira aussitôt sans prendre le soin de ne pas la réveiller et s'asseya sur son lit, le temps d'émerger. Elle grommela et se retourna vers lui tout en commençant délicatement à lui caresser le bas du dos. Ils n'avaient pas beaucoup dormi cette nuit là, préférant s'offrir leurs corps charnels plutôt que de plonger dans un sommeil ennuyant. Mais Gregor avait l'habitude de ce genre de nuité qui devenait presque banale.


      Il se retourna vers la jeune femme pour se remémorer de quoi elle avait l'air et ne fut pas mécontent de son choix de la veille, malgré quelques verres de vins avalés. Ses longs cheveux ébènes et ondulés glissaient le long de son dos et sa silhouette fine lui offrait des proportions parfaites.

Il lui lança alors une claque rêche sur son fessier dévêtu ce qui la fît sursauter et rigoler en même temps. Elle semblait amusée par un tel comportement ce qui encouragea Gregor à poursuivre son jeu. 


  •  Tu n'es pas rassassié? Se moqua la jeune prostituée avec son accent si particulier, le visage recouvert par sa chevelure.


  •  Moi? Jamais! Tu ne t'es pas assez offerte à moi la nuit dernière! Lança-t-il tout en la retournant sauvagement sur le dos. 


  •  Je ne savais pas que les Princes manquaient autant d'amour! S'amusa-t-elle pendant que ce-dernier élaborait des va et vient entre son bassin. 


  •  Je n'appelle pas ca de l'amour! Maintenant ferme-là coquine! Finit-il par dire en l'embrassant brutalement.


      Mais à peine eut-ils le temps de commencer leur ébat que quelqu'un tembourina à la porte de la chambre. Gregor fît mine de ne rien entendre et continua de plus belle ses affaires mais une voix masculine insistante le demandait dorénavant. 


  •  Monsieur! Votre père le Roi, vous demande! S'exclama le pauvre homme derrière le verrou. 


        Il laissa un temps d'attente puis s'écria de plus belle, essayant sans relâche à faire passer le message qui lui était ordonné. 

Mais Gregor, à bout de patience s'extirpa de la jeune femme, enfila un linge blanc assez long pour recouvrir son intimité et s'avança à grand pas vers la porte fermée à double tour. Il l'ouvrit d'un geste brusque ce qui intimida l'homme grassouillet et maladroit qui lui était envoyé. 


  •  Si vous l'ouvrez une troisième fois je vous fais couper votre putain de langue! Entendu? Postillona le fils du Roi. 


       L'homme plus âgé approuva de la tête, jetta un rapide coup d'oeil vers la chambre entrouverte et fut surprit de voir la jeune prostituée, assise sur le bord du lit qui lui sourriait naïvement. Gêné, il fit demi-tour sur ses talons et s'en alla sans dire un mot regrettant d'avoir tant insisté. 


                                                              ~


        Le pas pressé de Gregor résonnait à travers les couloirs du château. Cet ordre l'avait mit hors de lui et il espérait que son père ne le fasse pas se déplacer pour une banale raison. Il poussa les portes de la salle du trône et s'avança vers son père qui était malheureusement en compagnie de sa mère, qu'il n'appréciait guère. 

       La salle était soigneusement ornée de dorures et le trône imposant qui dominait les lieux, était fait de bronze sur lequel on y avait gravé l'ensemble des portraits des créatures qui habitaient Oldrienne. Des colonnes épaisses menaient jusqu'aux marches où se trouvait son père et la pièce resplandissait de sa beauté architecturale. 


       Suprit par un tel élan venant de son fils, le Roi Gauvin De Casteros lança :


  •  Il n'est plus nécessaire de te presser, fils. Que me vaut ce retard?


  •  Une catin de bas étage qui partageait ma couche. Je ne m'attendais pas à un appel si matinale de votre part, père ... 


  •  J'ai envoyé mes gardes quadriller les contrées à la recherche de créatures qui pourraient négliger mes lois. Je tenais à t'en faire part. 


  •  Ne seriez-vous pas en train de remettre en question mes propos, père? S'impatienta le jeune homme.


  •  Loin de moi cette idée. Mes gardes vont repérer les peuples qui engendrent mon gouvernement, j'ai besoin d'avoir les idées bien claires à ce sujet. Je te convoquerai dès leur retour pour voir ce qu'il en est, je t'en fais la promesse. 


  •  Bien. C'était tout?


  •  Ne part pas trop vite, l'interpella sa mère. Ton père et moi avons une faveur à te demander. 


  • Tiens dont, ma propre mère aurait-elle soudainement besoin de moi? Rétorqua Gregor. 


  •  Je te demande le respect Gregor! Gronda le Roi. Nous avons longuement réfléchis et nous souhaiterions que tu te rendes à Dawstark. Cinq de mes soldats t'accompagneront et une fois sur les lieux, je veux que tu t'adresses directement au Baron Ravtens. Tu lui donneras ceci, fit-il en avançant une enveloppe scellée par un poinçon de cire rouge. Cette enveloppe reste confidentielle bien entendu ...


  •  Et pourquoi moi, père? Vous détenez une horde de soldats et de messagers bien plus compétents que moi! 


  •  Il n'y a que toi en qui j'ai réellement confiance. Cette lettre ne doit absolument être lue que par le Baron en personne. Tu en profiteras également pour me faire part de ses dires et si ses gardes lui auraient aussi rapportés les mêmes faits que les tiens. 


       Après un moment de réflexion Gregor accepta de faire cela pour son père même s'il n'en ressentait pas une envie franche. 


  •  Et quand est-ce que vous m'envoyez en ces lieux? Je veux dire, c'est tout de même à six nuits d'ici alors je ...


  •  Les chevaux sont prêts et mes soldats t'attendent de pied ferme, coupa le Roi. Pares toi et vas, tant qu'il est encore tôt. 


       Gregor savait qu'il ne pouvait rien face à son père. Il lui arracha alors l'enveloppe des mains et repartit de la salle des trônes aussi vite qu'il était venu. Cette excursion ne l'enchantait guère et le fait que son père de serve de lui de la sorte, le méprisait par-dessus tout. 


       Arrivé dans l'armurerie du château, il s'empara de sa cotte de maille et enfila son armure complète pour se protéger des éventuels dangers qui pourraient barrer son chemin. Il se regarda une dernière fois dans le miroir accroché au mur de pierre et fut satisfait de son reflet. Gregor était enfant unique et appréciait sa personne plus que quiconque. Il était beau garçon mais son narcissisme faisait fuir les jeunes demoiselles, au regret de son père qui aimerait qu'à vingt-cinq ans, il se marie enfin. Mais le jeune homme n'avait pas la tête aux femmes et préférait consacrer son temps libre aux loisirs et aux prostituées du soir, sachant qu'un beau jour, il accèderait au trône quand la mort emportera son cher père. À partir de cela il s'était dit qu'il aurait le choix entre toutes les courstisanes du pays qui lui baiseront les pieds pour devenir sa reine. 


       Il s'empara de sa lourde claymore et l'enfila dans l'étui qui lui était réservé autour de sa taille. Il prit soin de glisser l'enveloppe au font d'une sacoche, accompagnée d'une fiole d'alcool de pêche pour les nuits fraîches, et s'empressa de rejoindre ses compagnons de route qui l'attendaient à l'extérieur. 


      Au loin il vit son père donner les dernières instructions à ses soldats tout en réglant à la bonne hauteur les étriers de la monture réservée à son fils. Gregor s'approcha du groupe et s'empressa d'accrocher solidement sa sacoche au côté de la selle en cuir. Il jetta un dernier regard furtif vers sa mère qui le fixait les bras croisés et le regard vide d'émotion, puis enfourcha son cheval noir d'une seule lancée. 

        Mais alors que le groupe était sur le point de talonner leurs chevaux pour partir au plus vite, le sol se mit soudainement à trembler, laissant apparaître un bruit sourd. Tous se retournèrent en directions des vibrations et remarquèrent au fur et à mesure que le bruit se faisait plus audible, qu'il s'agissait d'un cheval au galop. L'étalon blanc galoppa à toute allure en leur direction et s'arrêta tout juste à temps en se cabrant du plus haut qu'il ne pût. Le Roi interpellé s'avança et saisit sa bride afin de le calmer. Le pauvre animal avait les flancs à vifs et on pouvait appercevoir ses muscles sanguinolants sous sa crinière emmêlée. Il fît lentement le tour de la bête meurtrie et remarqua que de grosses griffes épaisses avaient blessées l'animal. Il n'y avait plus de cavaliers sur la selle et ce-dernier redoutait le sort qui avait dû être fatal à son soldat. Il remarqua clairement ici la signature des Fëenirs, ces créatures mi homme, mi aigle que Gregor avait dit apercevoir. 


  •  J'ai bien peur que vous ayez eu raison, confessa un des soldats à Gregor.


  •  Mes hommes sont en danger, pensa le Roi à voix haute. 


       Sans plus attendre il retourna en direction des portes du château, sans donner plus d'explications que cela aux soldats et à son fils qui l'entouraient. 


  •  Qu'allez-vous faire père? S'écria Gregor du haut de son cheval.


       Voyant que son père ne lui prettait pas attention, il avança son cheval jusqu'à la hauteur de ce-dernier et reposa sa question d'un ton plus ferme cette fois-ci.


  •  Je vais partir à leur recherche et tenter d'élucider tout cela. Mon Tracos et une poignet de mes gardes m'accompageront, finit-il par avouer entre sa barbe mais gardant la tête baissée. 


  •  Voyons, c'est insensé! Vous n'avez aucunes idées de ce qu'il se prépare là-bas dans les terres et vous risqueriez votre vie pour cinq soldats incompétents? S'époumonna le jeune garçon.


  •  Je risquerai ma vie pour sauver mon peuple et Gardinorff! Les Fëenirs ont dépassé leurs frontières et cela sûrement pour une bonne raison! Il est de mon devoir de m'y rendre. 


  •  Mais enfin père, avez-vous perdu la raison? Et si c'était un piège? 


  •  Je n'ai aucuns conseils à recevoir d'un jeune insouciant et immature tel que toi! S'écria-t-il en arrêtant sa marche et en plongeant son regard glacial dans celui de son fils. À présent vas et fais ton devoir! Nous nous reverrons très prochainement dans une quinzaine de nuits. 


       Le Roi n'attendit pas de réponses de la part de son fils et reprit sa route d'un pas lourd. Gregor le regarda s'éloigner, sans savoir quand est-ce qu'il reverrait son père, vivant ou mort. 



                                                                *

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