Chapitre 1 ~ Vie de paille

8 minutes de lecture

                                   Village paysan de Gardinorff  



      Au pied de l'imposant château de Gardinorff, le village de la capitale s'éveillait lentement au chant du coq. Quelques paysans s'affairaient depuis plusieurs heures déjà, à cultiver leurs récoltes ou à panser leurs chevaux de trait. Certaines vieilles femmes aigries grommellaient dès l'ouverture de leurs volets, réveillant au passage les derniers habitants encore endormies. 

      Il n'avait pas plu cette nuit là ce qui facilitait la navigation des charrues entre les passerelles. Par mauvais temps, ces-dernières devenaient impraticables par tant d'écoulement boueux alors les paysans se voyaient chanceux en ce jour ensoleillé. Les enfants du village passaient la majeure partie de leur temps à escalader les murets des habitations et jouaient entre les poules et les cochons qui naviguaient librement entre les huttes. 


      La vie demeurait relativement rude au sein du village, les hivers étaient longs et les beaux jours bien trop courts. La pauvreté régnait, les habitants ne vivaient qu'à travers leurs champs et de la laine que les femmes vendaient aux cités voisines. La peste faisait des ravages chaques hivers et quand les beaux jours revenaient, les veufs se voyaient contraints d'organiser un bûcher annuel afin de brûler les cadavres entassés de leurs aimés ou de leurs enfants. Les anciens regrettaient le temps où tous vivaient encore au sein du château. Richesse et pauvreté cohabitaient mais depuis que le Roi Gauvin De Casteros avait écrasé l'armée de Vinteros, ce-dernier n'eu qu'une seule priorité : faire de Gardinorff la cité exemplaire et parfaite. Pour ce faire, il expulsa sans rancoeur tous les pauvres gens qui pourraient noircir l'image de son royaume. En contre-partie il leur offrit des terres à cultiver et des matériaux nécessaires à la construction de leurs futurs bâtisses. 


      Des centaines de paysans quittèrent alors les couches confortables du château pour improviser quelques paillasses en guise de sommier et des huttes à peine étanches en guise de toits. Ils étaient désormais rabaisser sans le vouloir, au même niveau que leurs bétails mais ne cherchèrent en auquel cas à se révolter contre le Roi car ils en connaissaient le pouvoir et ce serait la mort assurée pour quiconque tenterait d'entraver la lois.


       Alors la vie reprit au sein du petit village et Gardinorff devint une cité forte de part sa puissante armée mais surtout par les guildes misent en place par le Roi. La première instaurée fut proposée et entretenue par les Mages du Sanctuaire et l'Alchimie prit de ce fait naissance au coeur de Gardinorff. Les druides les fournissaient en plantes rares nécessaires à la confection de certaines sorcellerie mais aussi en insecte qui étaient indispensables à quelques formules maléfiques. Tout un échange se basait sur cette guilde d'Alchimie et elle fut la première à être reconnue dans tout Oldrienne. Cela attira des jeunes garçons de tous le pays et le Roi se vit ravi par tant de volontariat et de voir son armée enfler de la sorte. 

       Le succès était inconditionnel et les ateliers d'Alchimie devait réduire leurs participants par manque de Mages. De ce fait le Roi voulu instaurer une autre guildes et décida de créer celle de la garde montée des Tracos. Les Tracos étaient des créatures sauvages qui ont été découverts et captivés dans la Plaine de Knoll. Ils étaient d'apparence mi lion, mi reptile et leurs peaux si épaisse demeuraient quasiment infranchissable, leur offrant une sorte de bouclier naturel. Ils avaient de petites ailes sur les flancs mais ne leur permettant pas de voler, elles leurs servaient seulement à garder un certain équilibre. Leur queue de lézard était munie d'un dard mortel que leur écuyer respectif devait soigneusement entretenir. Les Tracos restaient éternellement fidels à son maître une fois le dressage achevé et veillaient sur lui jusqu'à la fin de ses jours. C'est pour cette raison particulière que le Roi les avaient choisit afin de confectionner une partie de son armée. Leur robustesse, leur force et leur bienveillance correspondaient à la façon de penser d'Yvran De Carsteros et ceci fut gratifié au vu du succès de cette seconde nouvelle guilde.


       Cet ensemble de guildes, nommé la confrérie des Gardins par les jeunes soldats, contribua à l'excellente réputation du royaume et fit la fierté du Roi. Son armée était désormais à son comble et les soldats qui avaient péris lors des nombreuses batailles, étaient dorénavant remplacés. Ils n'attendait désormais plus que la prochaine cérémonie de recrutement qui aller avoir lieu dans trois lunes et qui selon les dires, s'avérait prometteuse. 


                                                                ~


        Les rayons du soleil qui transpercaient difficilement le toit de la hutte éblouirent la jeune Erya encore endormie. Elle ouvrit un oeil, puis le second et fixa les petites particules de poussière qui dansaient le long du liseret lumineux. Elle se redressa douloureusement sur sa paillasse et passa sa main dans ses cheveux courts pour en défaire les quelques noeuds qui s'étaient formés durant la nuit. Elle décida de se lever, enfila son médaillon en tête de cerf qui ne la quittait jamais, et se munit de la miche de pain rassit qui lui restait de la veille avant de se rendre à l'extérieur de sa demeure. Le peuple était déjà debout et actif, contrairement à elle, mais cela ne semblait pas l'a gêner pour autant. 


        Elle croqua nonchalamment dans le pain et observa un instant le monde qui l'entourait et qui l'a dégoûtait par-dessus tout. Les cochons retournaient la terre à la recherche de quelques graines enfouies dans le sol, pendant que trois garçonnets avaient renversé sagement leur couvre-chef au détour d'une ruelle, quémendant quelques écues en échange de leurs beaux yeux. Un vieil homme bossu déversa son pot de chambre bien remplit sur les roues d'une charettes qui traversait la cours à cet instant précis, et une jeune femme plutôt élégante sans alla vers le ruisseau pour laver son linge souillé. Chacun vaquait à leurs tâches quotidiennes, toujours avec ce visage triste et renfermé qui occupait la plupart des habitants du village. 


        Erya leva alors les yeux en direction du ciel pour échapper à toute cette misère, et son regard se posa sur l'immensité du château de Gardinorff qui surplombait le village au loin. Elle n'avait jamais eu le privilège de s'y rendre, elle était bien trop jeune du temps où les paysans cohabitaient avec le peuple du Roi, mais elle se fiait aux récits des anciens et des rumeurs qui venaient jusqu'aux oreilles du village. La confrérie la faisait rêver depuis toujours et c'était pour elle l'a seule façon d'être reconnue et de sortir de cette misère dans laquelle elle était née. Seulement elle connaissait les critères pour atteindre ce graal mais se montrait plus déterminée que jamais, et ferait tout pour atteindre son but. Elle se l'était promise. 


      Après avoir finit son quignon de pain, elle emprunta un sentier qui longeait la rivière et qui s'éloignait un peu plus dans les hauteurs de la forêt. Elle aimait s'y rendre, c'était le seul endroit où elle se sentait réellement libre et pouvait contempler calmement Gardinorff. Sur sa route elle se munit d'un bâton biscornu et le plaça entre ses jambes comme pour simuler la monture d'un Trecos. Elle se cabra, rua et fit des rugissements avec sa bouche. De sa main gauche elle avanca son doigt en direction des quelques arbres prient pour cible et lança des sorts immaginaires essayant de faire paraître ses rêves pour de la réalité. Mais au bout d'un certain temps, un craquement de branche et de feuilles mortes se fit entendre dans son dos. Elle lâcha le bâton dans un sursaut, de peur que quelqu'un l'ait demasqué dans sa folie passagère, et se retourna aussitôt en direction du bruit. 


        Un jeune homme brun plus âgé qu'elle sortit du bois pour rejoindre le sentier et sourrit à la vue du visage de la jeune fille devenu blanc.


  •  Tu fais cela souvent? Se moqua-t-il.


  •  Que viens-tu faire en ces lieux? Répondit Erya honteuse que le jeune homme ait pu voir une telle scène. 


  •  Je reviens de la chasse. Comme tu peux le voir elle n'est pas très glorieuse des jours-ci, répondit-il en brandissant devant son nez deux perdries et un jeune faisan. 


       Alwin était un jeune homme très brillant et un très bon chasseur. Munit de son arc, il arpentait les forêts dès l'aube et s'éclipsait dès le soleil couché pour poser quelques collets. Il revendait son butin aux cuisines du royaume de Gardinorff et de ce fait était un des seuls à avoir le privilège de franchir les portes de la capitale. Erya l'enviait pour cela et le questionait assez régulièrement après ses visites. Alwin était depuis toujours son meilleur ami, son grand frère et son confident. Il l'avait prit sous son aile dès son plus jeune âge, lui enseignant l'art de la chasse, du braconnage et de l'auto-défence. Il ne voulait pas qu'elle soit faible comme bon nombre des paysannes, il voulait faire d'elle une fille remarquable et éduqua Erya du mieu qu'il le pouvait. Elle lui devait la vie, sans lui elle savait qu'elle n'aurait pas pu survivre seule, abandonnée dans les allées du village. Ils demeuraient plus complice que jamais, malgré leurs quelques années de différence et leur tempérament bien trempé. 


  •  Il est vrai que ta récolte fut déjà bien plus généreuse ... Fit remarquer la jeune fille.


  •  Les Trikoïns bouffent tout! C'est plutôt eux que je devrais chasser, ces saletés de bestiasse. 


  •  Et comment va Gardinorff? Questionna Erya en reprenant la marche en direction du village.


  •  Le forgeron est mort, il avait un telle réputation que le peuple reste en émoi. De nouvelles bâtissent se construisent et le fils du Roi joue encore des siennes à ce que j'ai pu entendre à travers les couloirs ...


  •  Que se passe-t-il?


  •  Il insinu que durant une promenade à cheval, il aurait vu des Fëenirs voler en dehors de leur territoire accordé. Il rapporte au Roi qu'un grand nombre de créatures ne respectent pas ses lois et qu'il a la drôle impression que quelque chose se prépare derrière son dos. Il aimerait régler ses comptes avant que tout ne retombe sur la cité, vois-tu. 


  •  Ses propos sont-ils réels ou ne fabule-t-il pas juste un peu? Gregor a comme réputation de n'être qu'un assoiffé de sang, nous savons tous très bien qu'il désirerait être la seule espèce vivante d'Oldrienne ...


  •  Le Roi a organisé des rondes de gardes à travers les plaines et les montagnes. Il s'en tiendra au retour qu'il aura. Espérons seulement que ses gardes lui retourneront une réponse toute autre sinon ... 


  •  Ce sera la guerre! Coupa-t-elle dans un soupire pensif. 



                                                                  *

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Défi
Mirabella
Les regrets, les peurs cachés au plus profond de l'âme, ils ne partent jamais, non ? Comment le pourraient-ils ? On dit que l'amour guérie les plus douloureux maux... Peut-être est-ce vrai ? Peut-être avec lui...
5
4
14
9
Alicé Awh
Les pensées qui me viennent à l'esprit dans la journée, peut-être un défouloir, un papier buvard au sens figuré. Je crois que moi seule peut saisir le sens complet de ces mots, et c'est justement pour cette raison que je m'autorise à le partager avec toi. Bienvenue dans mon esprit, jeune rhinocéros :)
44
26
5
9

Vous aimez lire Illusion ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0