L'eau et les ténèbres (partie 2) : Les six de pique

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                Je suis une faignante. Il a trois piles de dossiers sur mon bureau, une kyrielle d’affaires en cours, de la paperasse à remplir et je suis en train de fabriquer des colliers avec mes trombones. Cherchez l’erreur. Je n’ai vraiment pas envie de bosser. Je crois que c’est la pluie. J’ai toujours été sensible au temps qu’il fait. J’aurais aimé voir un peu de soleil, ne serait-ce qu’un petit rayon de lumière. Mais non : rien ! Pff ! Si mon supérieur entrait maintenant, il serait furieux. Je ne travaille pas et j’ai les pieds sur le bureau. Rien que ça. De toute façon, mon chef est un rageur. Et un sale type. Je suis sûr qu’il veut que je couche avec lui pour que j’ai ma promotion. Hors de question ! Faut pas rêver. Et puis bon, j’ai déjà Augustin. Tiens ! Je ne l’ai pas vu depuis quelques jours. Il faudra que je l’appelle. Bref ! Peut-être faudrait-il que je mette au boulot.

                Génial ! J’ai toujours détesté les papiers à remplir. Je suis une femme d’action, pas une fonctionnaire. Je laisse la partie administrative à mon bon-à-rien de frère. Cela fait trois jours qu’il a été muté dans une prison. Je me demande pourquoi on l’a envoyé là-bas. Apparemment, ce serait un truc assez secret, mais il ne m’a toujours pas donné de nouvelles. Peut-être qu’il n’en a pas le droit. Au moins, je ne me pose pas de question à propos de Félix. Oups ! Des pas dans le couloir. Vite, je suis une employée modèle.

Ouf ! Ce n’est que Catherine, la doyenne de l’équipe. Elle n’a pas l’air spécialement réjouie. J’ai peur de deviner ce qui la tracasse.

« Encore un meurtre… » soupire-t-elle. « Même type de victime, même méthode, sans doute même assassin. »

                Oh non ! C’est la septième jeune fille morte ce mois-ci. C’est horrible. Je regarde le message imprimé qu’elle me tend. Julie Thrémond. Elle avait vingt-sept ans seulement. C’est abominable. Encore une fois, le corps vidé de son sang a été découvert dans le fleuve. Le sorcier qui est à l’origine de ces crimes va le payer, je le jure ! Depuis presque un mois, il commet ses meurtres sous notre nez et parvient à nous échapper. Je ne me sentirai mieux qu’en allant faire une ronde dans le quartier obscur. Mal famé, mais ça me détends d’y être. Tant pis pour les dossiers. De toute façon, je n’ai définitivement plus la tête à ça.

                Alors que j’enfile mon manteau, Catherine acquiesce légèrement. Elle tourne sa bague sur son annulaire et regarde par la fenêtre.

« Tu as raison d’y aller. Moi aussi, je j’aimais ça, mais je me suis un peu vieille maintenant. Allez, sois prudente ! »

« Ne t’inquiète pas. Je ne suis plus une novice ! » réponds-je en souriant.

                Je mets mon chapeau et passe la porte. Puis, le dédale de couloirs. J’ai mis à peu près six mois à m’y retrouver quand je suis entré à la SSS, mais maintenant, je connais tout par cœur. Les yeux fermés, je pense que je me perdrais, mais bon, il ne faut pas exagérer. Voilà. Au prochain virage, les grands escaliers. Je ne me lasse pas de ce gigantesque hall, et encore moins des cinq lustres qui y pendent. Je trouve ça reposant, cette vieille bâtisse du XIXème. C’est comme une bulle de nostalgie dans un monde moderne abominablement gris. Je ne dis pas que le passé était plus coloré, mais disons que ça change.

                Je fais un petit coucou à Max, notre cher gardien. Il me répond en agitant légèrement la main. Je crois qu’il sait où je me rends car je parviens à lire sur ses lèvres « sois prudente ». Ah, mais qu’est-ce qu’ils ont tous, à s’inquiéter ? Même si je tombais sur ce sorcier tordu, je pense que je suis apte à me défendre. En plus, avec un anneau de la SSS, il n’y a pas grand monde qui irait me chercher des noises. Bof. Penser positif ! Ils se font du souci pour moi, donc je compte pour eux. C’est un bon signe. Comme quoi des phrases toutes simples peuvent remonter le moral.

                Avec la pluie diluvienne qui se déverse sur la ville depuis presque un mois, je me demande si je vais reprendre ou non mon parapluie. Hm… Dans le quartier obscur, je pense qu’il sera plus encombrant qu’autre chose. Tant pis ! Etre mouillé, ce n’est pas si grave.

                Alors, à qui vais-je rendre visite en premier ? Gregor ? Mélanie ? Fravilius ? En fait, la question ne se pose même pas : Gregor. Déjà parce qu’il est le plus sympa, mais surtout parce qu’il sert dans sa taverne une des meilleures bières de la ville. De contrebande, certes, mais bon… Allez ! Direction : « l’antre de Faust » !

                Avec toute cette flotte, il devient difficile d’éviter les flaques. Je crois que j’aurais même pu prendre des bottes, même si c’est inélégant au possible. A droite maintenant. Voilà ! Au bout de la ruelle, je vois le panonceau indiquant l’entrée du quartier obscur. Il n’y a même pas besoin d’indicateurs : les ruelles y sont plus étroites, les bâtiments plus anciens et les rues moins éclairées. En général, on ne se trompe pas. Il me reste environ cinq minutes de marche pour atteindre le bar. Je n’ai pas la patience d’attendre, alors je mets à courir. Bon, courir set un bien grand mot puisque cette entreprise risque d’être difficile dans les ruelles exiguë si je tiens à éviter les passants. Disons qu’une allure soutenue sera le mieux.

                En passant devant certains magasins, je me dis qu’une petite inspection pourrait ne pas être superflue, mais en équipe. Seul, même pour un chasseur d’esprits, c’est dangereux. Je remarque que certains des encapuchonnés s’enfouissent un peu plus dans leurs manteaux quand ils aperçoivent mon anneau. Je suppose qu’ils ont des choses à se reprocher. Ou plutôt à cacher, car je les vois mal avoir des remords. Ce qui est dommage avec cet arrondissement, c’est que c’est là que les magouilles magiques douteuses se sont installées. A l’inverse, les plus riches créatures magiques sont parties vers la Défense ou ce genre d’endroits. C’est pour ça que le quartier obscur est autant stigmatisé, mais je le répète : c’est vraiment dommage. On y trouve des gens charmants… et d’autres un peu moins, cela s’entend.

                J’arrive enfin à une bâtisse dont les grandes fenêtres laissent passer une lueur un peu jaunâtre. J’entends de la musique à l’intérieur. Pas d’hésitations : je rentre !

                Maintenant que les clients me connaissent un peu, j’évite le gros silence en passant la porte. Ils n’aiment pas beaucoup les employés de la SSS, sauf quand ce sont des… amis ? Le terme est un peu exagéré. Bref ! Je me souviens de la première fois, celle où tout le monde s’était tu. C’était très oppressant. Heureusement, je n’ai plus ce genre de problème. Je m’installe à une table vide. Je remarque quelques personnes qui sortent. Je doute qu’ils soient innocents. Pas grave ! Je n’ai pas l’intention de poursuivre des sorcelleux aujourd’hui.

                Gregor vient à ma table. Son grand sourire laisse voir tous ses crocs.

« Hé ben, ma poulette ! Tu fais fuir tous mes clients ! »

                Se faire appeler « ma poulette » par un loup-garou a quelque chose d’assez… comment dire ? Perturbant. Toutefois, on s’y fait.

« Tous tes clients à embrouilles, oui ! Tu devrais me remercier. »

« Ho, ho, ho ! Si c’est pour boire à l’œil, tu peux toujours rêver ! Par contre, je peux te faire une bise. »

« Sûrement pas ! J’ai déjà un petit copain. »

« Dommage ! Alors, qu’est-ce que je te sers ? »

« Une bière, tu t’en doute ! »

                Pendant que Gregor va me chercher de quoi me désaltérer, j’en profite pour observer les buveurs. Je remarque Devonard, l’antiquaire, en train de fricoter je ne sais quoi avec un type louche. Comme d’habitude, quoi. Sinon, dans le coin opposé, trois inconnus me regardent en tenant des messes basses. Méfiance ! Il faudrait que je trouve un de mes indics. Peut-être que j’obtiendrai des informations sur notre mystérieux tueur en série. J’irai discuter avec les ombres après avoir bu un coup. Le pianiste joue plutôt bien. Ça change !

                Ah ! Revoilà le patron avec une chope.

« Bonne chance pour ta ronde ! » me lance-t-il en déposant le verre devant moi. Franchement, la vie serait moins bien sans Gregor.

                Quelqu’un entre dans le bar. Encore un individu suspect puisqu’il est littéralement enfoui dans plusieurs épaisseurs de capes. Il s’approche du comptoir lentement, tournant la tête à droite et à gauche, puis il appelle Gregor. Il lui chuchote un truc dans l’oreille, et enfin retourne dehors. Le patron revient à ma table, l’air un peu soupçonneux

« Il voudrait te parler, apparemment. Dehors. Tu as ta bague ? »

                Encore un qui se fait du mouron pour moi. Je suis prudente pourtant.

« Evidement ! Dès que je viens dans ton bouge, je prends mes précautions. »

                Je finis ma bière, je la paye puis pars à la rencontre de ce mystérieux messager. Mieux vaut être prête à se défendre.

                L’inconnu m’attend en face, dans l’ombre. Je ne crois que ce soit une embuscade, même s’il est visiblement tendu. D’une main sèche et abimée, il m’invite à m’approcher. Je m’exécute tout en gardant une distance de sécurité. On n’est jamais trop prudent. L’inconnu se met ensuite à parler d’une voix cassé par l’âge.

« Mademoiselle… Vous cherchez le coupable de ces meurtres… Non ? »

                J’acquiesce légèrement.

« Sachez que cela a un lien avec l’archi-mage Nérosis… Si vous allez l’interroger, parlez-lui du vol qui a eu lieu récemment dans ses bureaux… »

                Il en sait, notre informateur. Et il en dit beaucoup. Je ne sais pas ce qu’il va me demander en retour, mais je risque de ne plus pouvoir faire marche arrière.

« Après ces révélations, je suppose que vous attendez une contrepartie. »

« Je ne sollicite qu’une protection… Vous vous doutez que savoir ce genre de chose peut-être… mortel… »

                Je pense que la SSS peut lui accorder une défense, après ce qu’il vient de déclarer. C’est chose courante chez les indics. Bon, je vais l’amener aux bureaux et j’irai voir l’archi-truc plus tard. Par contre, je ne sais pas encore si je dois avertir quelqu’un de ma visite à Nérosis… Si l’entretien ne donne rien, je risque de subir des retombées néfastes. Tant pis ! Au pire, je ne risque pas de me faire agresser en chemin. Je jette un coup d’œil derrière moi pour m’assurer que tout va bien.

« Bon. Suivez-moi, et vite. Je crois que vous tenez à ne pas vous attarder ic…

                Trop tard ! Mon indic est par terre. Pas besoin de se poser la question : il est mort. De la fumée sort de dessous ses vêtements. Je me range derrière l’angle et forme immédiatement un bouclier. Aucun bruit. Hm… Si l’on avait voulu m’assassiner, on n’aurait pas attendu que je me retourne. Ce n’était pas moi qui étais visé, mais bel et bien mon informateur. Je crains que personne ne parvienne à l’identifier, faute de cadavre. En tout cas, maintenant, c’est certain, je vais aller voir l’autre haut-placé. Quant à mon indic, je ne parviens pas à éprouver beaucoup de regrets. Je ne le connais pas assez pour savoir s’il en mérite ou non. Je suppose que dès que je serai partie, quelqu’un viendra récupérer ses affaires. Mieux vaut le fouiller avant.

                Quelques amulettes, deux trois objets étranges et un vieux tome de magie noire. Rien que de très habituel. Je pense que je vais faire un rapport, puis cet aprèm, j’irai rendre visite à Machin-chose. Quelle journée pourrie !

* * *

                Ok ! Nérosis est ultra riche. Il est le PDG d’Amulhex, une des plus grosses boites de fabrique de gris-gris en tout genre. Sa société a survécu à plusieurs OPA et fait partie des 50 plus grandes entreprises au monde. Accessoirement, il a aussi fabriqué des armes pendant la guerre. Facilement reconvertible en cas de besoin, le personnage… Je ne suis pas sûre de l’apprécier. Et réciproquement s’il a des choses à cacher. En fait, je m’en fiche. S’il est lié de quelque manière que ce soit avec ces meurtres, je le lui ferai payer ! Du calme. Mon indic m’a parlé d’un vol. Le mage n’est peut-être pas responsable, finalement. Quoique… Oh, j’en sais rien ! J’aviserai sur place.

                Je sors du siège de la SSS et me rend dans le métro. Dans quelque arrêt, je serai aux environs de sa tour. Il y a tout de même un bon point : à cette heure-ci, il n’y a pas grand monde dans les transports en commun. Je chope une place assise pour permettre à mes jambes de se reposer. Par contre, il y a encore une personne suspecte à proximité. Non, je ne suis pas raciste, mais les gens qui portent constamment des manteaux à capuches ne sont pas exempts de tout soupçons. Je sais très bien de quoi les nécromanciens sont capables, alors j’ai tendance à me méfier de ce genre de types.

                C’est bon. Je suis arrivée à destination. Je sors de la rame et une fois dehors, j’atterris sous le déluge. Cette pluie qui ne s’arrête pas ! Bon, plus vite je serai chez ce cher Nérosis, plus vite je serai au sec. Je traverse et manque de me faire renverser par un chauffard. Je l’abreuve d’insultes plus pour soulager mes nerfs que pour me venger l’incident, puis je repars vers les gratte-ciels.

                Après l’obligatoire porte automatique, je me dirige directement vers l’accueil.

« Bonjour. Je voudrais voir M Nérosis en urgence. Est-il disponible ? »

                Je laisse subrepticement entrapercevoir mon anneau afin d’accélérer l’accession à ma demande. Ca à l’air de marcher puisque la secrétaire ne consulte même pas l’emploi du temps de son patron et l’appelle direct. Je ne parviens pas à entendre ce qu’elle dit, sans doute à cause d’un truc magique de silence. Enfin, elle raccroche son téléphone.

« M Nérosis accepte de vous recevoir tout de suite. Dernier étage. » m’indique sèchement la demoiselle.

                Malgré le regard suspicieux du garde, je pénètre dans la cage de verre. Amusant. L’ascenseur est à flanc de paroi. Je peux observer jusque très loin la ville, depuis ce point de vue qui ne cesse de monter. Bientôt, je vais pouvoir distinguer le siège de la SSS. C’est bon ! Je le vois. Par contre, je pense que mon appartement est un peu trop loin et trop bas pour que je puisse l’apercevoir. Dommage…

                Une petite sonnette me signale que je suis déjà arrivée au niveau de l’archi-mage. La porte s’ouvre sur une antichambre tapissée de rouge, aux moquettes mauves et aux sièges matelassés jaune vif. Je n’ai même pas besoin d’attendre car c’est Nérosis en personne qui vient m’ouvrir la porte pour me faire entrer.

« Je suis ravi de vous rencontrer ! J’espère que la SSS n’a rien de grave à me reprocher. » dit-il en me serrant la main chaleureusement. Puis, il me conduit dans une pièce aux murs de verre et me fait assoir dans un fauteuil devant son bureau. Il s’installe en face de moi et se met à sourire.

                Il est assez vieux. Plus qu’il ne le laisse paraitre, en tout cas. Il porte un long manteau violet foncé richement décoré de fils d’or, avec liseré argenté et volutes florales qui brillent. Ses doigts sont assez longs et fins. Il porte de nombreuses bagues de couleurs et formes très diverses. Je constate qu’il a une fausse dent en… en diamant ? Je vois comment il dépense son fric !

« Mademoiselle… Callidre ? » me demande-t-il comme si mon nom était marqué sur mon front.

« Effectivement. Comment me connaissez-vous ? »

« J’ai déjà rencontré un de vos ascendants. Vous lui ressemblez beaucoup… »

Je n’aime pas beaucoup le voir prendre l’avantage dans la conversation. Autant en venir au fait, ça m’arrange.

« Bien ! Je vais être franche : avez-vous été la victime d’un vol récemment ? »

                Oulla ! Ça l’a plus que déstabilisé. Il a perdu son air béat, il a décroisé ses doigts et il me regarde maintenant comme si je l’avais menacé de mort.

« Co… comment le savez-vous ? Même ma secrétaire n’est pas au courant ! »

« Disons qu’un informateur anonyme m’a avertie… Et il l’a payé au prix cher ! Alors je n’irai pas par quatre chemins : que s’est-il passé ? »

                C’est bizarre. Ma réaction a l’air de la calmer.

« Vous ressemblez vraiment à votre ancêtre. J’ai l’impression d’être avec lui, quand vous me parlez… Le même ton autoritaire, la même nervosité… »

                Que des points positifs, en somme… Je ne sais pas s’il se fiche de moi, mais il a intérêt à me répondre, et vite. Sinon, tout archi-mage qu’il est, je lui file une claque.

« Bon. Et ma question ? »

« Oui, bien sûr… Il y a quelques semaines, un individu s’est introduit dans cette pièce, et a dérobé un artefact se trouvant dans cette étagère. »

                Il accompagne ses propos d’un geste du doigt. Je me retourne et remarque qu’à côté de la porte du bureau se trouvent deux vitrines où sont stockés divers objets qui, je le suppose, sont tous magiques et de grande valeur. Je note que sur un des étages, il y a une place vide.

« Ce qui est étrange, voyez-vous, c’est que toutes ces reliques sont protégées par une vitre pare-balle, un puissant sortilège de bouclier, une alarme et une rune individuelle de défense. Et je ne vous parle pas des protections de cette salle… Pourtant, malgré toutes ces précautions, il n’y avait aucune trace d’effractions, ni la vitre, ni les sorts n’avaient été détériorés de quelque façon que ce soit, mais le plus intrigant est que les caméras de surveillance n’ont rien vu. Elles sont dotées de systèmes d’antibrouillage, et quelqu’un est parvenu à les tromper. Je n’ai aucune explication à fournir. Je ne parviens même pas à comprendre comment mon voleur a pu entrer dans le bâtiment sans laisser de traces… Le crime parfait… »

                Je ne connais personne dans le quartier obscur qui soit capable d’un tel exploit. Même le cambrioleur le plus doué qui me vient automatiquement en tête n’y parviendrait pas… C’est donc un nouveau. Flûte ! C’est très mauvais signe.

« Qu’est ce qui a été pris ? »

                Le mage hausse le sourcil. Je pense qu’il se demande s’il peut ou non me faire confiance. J’espère que oui, ça m’aiderait bien.

« Le bâton de Klingsor… Je ne sais pas si vous connaissez cet instrument, mais il particulièrement dangereux… »

« En effet, je ne connais pas. A quoi sert-il ? »

« Il sert… à faire pleuvoir. Le magicien hongrois s’en servait pour se déplacer sur des nuages, comme en témoigne la fresque de la Wartburg… Cet objet vient donc d’Europe de l’est. »

« Je vois… »

                Je ne suis pas tout à fait au courant de la mythologie germanique, en réalité. Par contre, je crois savoir ce qui se profile. Il manque toutefois une donnée.

« Quel jour vous l’a-t-on volé ? »

« Le jour précédant le début de la pluie… ainsi que le premier meurtre… »

                Qu’est-ce que ça veut dire ? Un inconnu se sert d’un truc pour faire pleuvoir, et assassine des jeunes femmes. Je ne vois ni le lien, ni l’intérêt.

« Comment les deux données pourraient-elles être connectées ? »

« Voyez-vous, pour faire fonctionner le bâton, il faut consommer une grande quantité de magie… Bien plus qu’il n’y en a en une seule personne… si vous voyez ce que je veux dire… »

                

                Ah oui, je vois ! Je vois surtout qu’il n’a parlé de ce vol à personne, et qu’il a ainsi permis le meurtre de sept personnes, tout ça pour une affaire de réputation, si c’est bien ce que je pense. Quelle ordure ! Je m’en vais lui coller un pain !

                Je n’en ai pas l’occasion. L’archi-mage s’effondre brusquement sur son bureau en renversant un pot à stylos. Un filet de sang coule de ses lèvres. Ses yeux sont révulsés. Je crois bien qu’il est… Je prends son pouls. Oui, il n’est plus. Il semblerait que notre mystérieux cambrioleur soit aussi un homicide assez doué pour effacer ses éventuelles traces. Et aussi qu’il me suit ! Oups ! Je plonge derrière ma chaise. Comment ai-je pu oublier les précautions de base ?

                Finalement, j’ai l’autorisation de vivre. Je me relève et contemple le corps inerte de Nérosis. Je vais devoir prévenir la police. La journée était dure ? Ça va être encore pire…

* * *

                Je rentre. Il est 22h. Je suis crevée. Après les interrogatoires, les explications et tout le toutim, je n’en peux plus. Dieu merci, demain, c’est mercredi donc j’aurai l’occasion de faire la sieste sur les dossiers. Felix est en train de regarder un film. Je pense que je vais l’envoyer se coucher.

« Tu n’as pas cours, demain ? »

                Il met le film sur pause.

« Non ! Demain, c’est journée pédagogique. » m’annonce-t-il avec un grand sourire.

« Parfait ! Tu viendras avec moi pour faire mon boulot pendant que je me reposerai, d’accords ? »

                Il se met à rire. Au moins, quand il rigole, je me sens un peu mieux. Depuis que les parents sont morts, ça me soulage de voir qu’il a réussi à retrouver une vie normale.

« Bon, plus sérieusement, j’ai préparé du poulet au curry, pour ce soir. »

                Ah ! Miracle ! Je le prends dans mes bras pour le remercier. Que ferais-je sans mes chers petits-frères. Bon, l’autre est je ne sais où, mais ce n’est pas grave. Je lui envoie un texto en espérant qu’il le recevra. Pourvu que tout se passe bien. Il faudra que je me renseigne sur la « galerie ». Drôle de nom, pour une prison.

                Pendant que je mange, je récapitule les choses faites et à faire. Fait : progresser dans l’enquête, remplacer le néon de la salle de bain, passer l’aspirateur. A faire : les courses, la lessive, remplir les dossiers à la SSS, et bien sûr, chasser du fantôme dans un immeuble en rénovation. Ça, ça sera chouette, pour changer un peu. Voilà le genre de taches que j’aime. Je crois que je vais aller finir mon repas devant la télé. Après deux assassinats sous mes yeux, j’ai besoin de me détendre.

* * *

                Tuuut ! Tuuut ! Tuuut !

                Conner*** de réveil ! Je ne serai jamais tranquille dans cette vie ? On est… vendredi. Enfin une bonne journée. Je vais pouvoir utiliser mes talents de femme d’action ! Quelle heure est-il ?

                

                7h30 ! Quoi ! Je dois être au boulot dans une demi-heure ! Vite ! Vite ! Je m’habille en quatrième vitesse. Pas le temps de s’inquiéter aux sujets de l’élégance vestimentaire. Je préfère ne pas me regarder dans le miroir de peur d’être prise par l’envie de corriger tout un tas de détails. J’engloutis un semblant de petit-déjeuner pendant que Félix me regarde avec un air que je traduis comme « Tu es encore en retard. » M’en fiche ! Pas le temps de s’en préoccuper. Malgré un temps bien trop important passé à essayer d’ouvrir une brique de lait dite « ouverture facile », je parviens à ne pas perdre mon sang froid. Je déboule dans l’entrée et enfile mon manteau de pluie. J’empoigne mon parapluie et l’ouvre brusquement, sans vraiment réfléchir. Impossible de passer la porte avec ! Je dois le refermer et ensuite passer. Grand-mère le disait bien : on n’ouvre pas un parapluie à l’intérieur. En plus c’est censé porter malheur. Pff… Une belle journée en perspective.

« A ce soir ! » hurle avant de claquer la porte. Je dévale les escaliers si vite que je m’étale sur les dernières marches. Je réussi à me rattraper de justesse. J’ai un peu mal aux poignets, mais c’est pas trop grave. J’ouvre la porte de l’immeuble et me prends une rafale de vent en pleine figure. Inutile de compter sur mon dispositif anti-diluvien avec de telles bourrasques. Zut !

                Courir sous la pluie n’a jamais été très agréable, mais quand une tempête s’abat sur vous en même temps, c’est vraiment la galère ! Je suis furieuse contre le monde. Rien que ça ! Si je tiens ce type et son bâton de Klingsor, je crois savoir où je vais le mettre.

                J’arrive enfin au siège de la SSS. Je suis à peine en retard, mais j’ai envie de vomir. On ne doit jamais courir après avoir mangé. J’entre et me dirige vers les vestiaires. J’espère que je ne serai pas la dernière. J’ouvre la porte.

« Salut, cocotte ! »

                Si qui que ce soit d’autre m’avait appelé comme ça, je lui aurais transformé le visage en un authentique Picasso. Fort heureusement pour Paul, je ne m’énerve pas à ce sujet puisque c’est précisément pour m’embêter qu’il m’affuble d’un surnom pareil. Zut ! Je suis bien la dernière de l’équipe. Encore… Il faudrait que je me réveille un peu plus tôt. Plus facile à dire qu’à faire…

« Salut tout le monde ! »

« Tu es encore en retard, Florence. » m’indique Vincent en souriant. « Contrairement à ce que pensent certains, on peut être poli et ponctuel. »

                Je vais rejoindre Catherine et Lucille pour me changer. Comme d’habitude, notre chère doyenne est déjà prête de pied en cap. J’enfile vite fait le gilet anti-possession, le pantalon noir obligatoire et les gants de rétention avant d’enfin mettre le grand manteau réglementaire. Je ne suis peut-être pas à l’heure, mais je suis rapide. Le temps de réarranger mes cheveux, et je me voilà parfaite pour bouter un esprit hors de son squat.

                Quoique… j’hésite… Est-ce que je mets l’anneau sur ou sous le gant ? Question existentielle numéro un ! Je remarque que le chignon de Sylvie est en train de se défaire, comme chaque fois. Il faudrait qu’elle le serre un peu plus, parce que le style méduse est un peu dépassé.

                Une clochette sonne. Il est 8h15, l’heure de partir. Finalement, je me décide pour l’anneau sur le gant. Nous quittons le bâtiment par un dédale de couloirs, puis nous nous mettons en route vers notre mission.

                Le vent s’est un peu calmé, depuis tout à l’heure. Je peux donc utiliser mon parapluie. Je préfère continuer de me taire à propos de mon enquête. Non pas que je ne fasse pas confiance à mes coéquipiers, mais vu le nombre de morts par informations, je tremble pour eux si je leur disais quoi que ce soit. Par contre, il faudra que je…

                Bililip ! Bililip !

                Mon téléphone ! Pas maintenant ! Mince ! Qui ça peut être ? Je me mets un peu à l’écart pour répondre à Augustin. Paul me lance un regard complice. Je décroche.

« Allo, c’est Augustin.

« Oui, salut ! » dis-je d’une voix crispée. « Je suis désolé, mais tu ne m’appelle pas au meilleur moment, là. Avec mon équipe, on est en fonction. »

« Ah ? Désolé ! »

« Je te donnerai un coup de fil dès que j’aurai fini. Allez, bise ! »

« Bises ! »

                Je raccroche. Pfiou ! Je rejoins les autres qui semblent ne pas s’être aperçus de mon impromptu. Tant mieux ! Nous approchons du quartier en rénovation. Le spectre que nous devons attraper se trouve dans une vieille maison sans propriétaire depuis bien longtemps. Elle a du charme mais on va la remplacer par un bon gros immeuble de béton… Dommage…

                Vincent sort de sa poche la clé de cette demeure. Tout d’abords, il ouvre le vieux portail rouillé que toute battisse hantée se doit d’avoir, puis nous traversons le jardin. Je fais une petite pause pour observer un peu plus en détails cette habitation. Elle devait être magnifique, à l’époque. Tiens ? Une balançoire se met à bouger. Je crois que l’esprit veut nous faire comprendre que nous ne sommes pas les bienvenus. Peine perdue !

« Vous vous croyez drôle ? » lance-je à l’objet qui s’immobilise alors.

                J’aurais peut-être mieux fait de me taire. Maintenant, il sait qu’il ne nous fera pas partir d’ici sans mettre le paquet. J’espère que les autres ne m’ont pas vu. Si ! Catherine hoche la tête de désapprobation. Je souhaite qu’elle ne l’évoque pas dans le rapport. Je me mets à rougir.

                Une fois à l’intérieur, nous allumons tous notre anneau qui émet une lueur rougeâtre, sauf Thomas puisque qu’il n’est pas « chasseur » mais « portier ». C’est lui qui va envoyer notre spectre en détention. Vincent sort le mandat signé par  un juge.

« Vous êtes ici illégalement. Vous devez quitter les lieux, faute de quoi nous serons dans l’obligation de vous arrêter. »

                Le sceau apposé sur le papier se met à briller d’une faible lumière bleue. Notre coupable est tout près ! Toutefois, le manque de réaction de sa part indique qu’il se montre réticent à partir. Les deux vases placés dans le hall éclatent. Premier avertissement. Il ne veut pas nous ici.

« Ecoutez ! Vous n’avez plus rien à faire en ce monde. Pourquoi ne partez-vous pas ? » s’exclame Vincent.

                Aussitôt, le petit lustre du couloir tombe sur nous. Catherine, la plus vive, parvient à lever un grand bouclier au-dessus de nous. Le cristal éclate en une pluie de fragments étincelants qui restent en suspension. Un rai de lumière passe entre les rideaux et vient illuminer cette myriade d’étoiles. C’en est presque magique… Magique ?

« Illusion ! » hurle-je.

                Les autres membres clignent des yeux. Ils se sont eux aussi fait avoir par ce piège. L’esprit est malin. Puisqu’il ne peut pas nous posséder, il va tenter de nous mettre hors d’état de nuire par d’autres moyens, et il a failli réussir. Il va falloir être sur nos gardes. Vincent se met à réfléchir au plan d’action.

« Florence et Paul, vous restez au rez-de-chaussée. Sylvie, tu viens avec moi au premier et Catherine, et Vincent, allez fouiller dans le grenier à la recherche d’éventuelles infos. »

                Il l’a fait exprès ! Il sait que Paul et moi ensemble, ça va finir en guerre atomique. Et voilà l’autre qui se met à rire. Andouille, va ! Bon, puisque nous n’avons pas le choix…

                Nous pénétrons dans le salon qui n’a rien de particulier. De grandes tentures noires opaques bloquent la lumière du jour. Tout est poussiéreux et couvert de toiles d’araignées. Je suppose que notre spectre va nous allumer la cheminée ou faire tourner les fauteuils. C’est ce qui se fait de plus commun. Il y a bien quelques originaux, mais c’est plutôt rare. Par exemple, il y avait le tapis-trou qui…

                Le miroir se met à se répandre. C’est un original. Je m’en serais bien passé.

« C’est toujours mieux que l’horloge » me fait remarquer Paul.

« Je n’en suis pas aussi sûre… »

                Nous tendons tous deux la main vers la menace. Nos anneaux s’illuminent. Rien de plus. Le spectre résiste à notre attaque.

« Qu’est-ce que c’est que ce délire ? » s’écrie Paul.

                Le miroir continue de s’étaler sur les murs, le sol. Je me retourne pour sortir de la pièce, mais la porte a disparue. Pris ! Comme des débutants. Nous reculons jusqu’au mur. La surface brillante se rapproche. Est-ce que c’est mortel ? Est-ce qu’il va nous faire sortir ? D’un seul coup, je me rends compte que nous risquons d’y passer. Si je meurs, que va devenir Felix ? Avec Hugues à l’autre bout du pays, avec ses parents et sa sœur dans la tombe, qu’est-ce qu’il va lui arriver ?

« Au secours ! On a un problème ! » Nous sommes deux pour crier. Faites que les autres arrivent à temps.

                La surface brillante atteint ma bottine. Par reflexe, je lève le pied. Et Augustin à qui j’avais dit que je téléphonerais… Je ne l’avais pas revu depuis presque une semaine. J’ai juste eu la chance de l’entendre ce matin. Le miroir commence à me grimper dessus. Bientôt que je serais morte, en mission, comme mes parents. Je jette un coup d’œil à Paul, au moins aussi blême que moi. Il inspire un coup, puis me lance un regard disant « rendez-vous dans l’au-delà, ma cocotte ! ».

                Tout devient noir. Une main me secoue l’épaule. Une voix, au loin. De la lumière. Une grande lumière rouge. Est-ce que c’est ça mourir.

                Une claque me ramène à la réalité. D’instinct, je pose ma main sur ma joue. Thomas est penché au-dessus de moi. C’est lui qui m’a réveillé. Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que tout était réel ?

« Que… qu’est… » Je n’arrive pas encore à parler. Les paroles refusent de sortir de ma gorge.

« Une autre illusion, plus puissante cette fois-ci. » m’explique Vincent. « Il se sert des objets brillants pour nous attraper. Sylvie était paralysée devant une chandelle. Après s’être occupé d’elle, on a entendu un cri en bas. Quand on est arrivés, le spectre était en train de t’étrangler. C’est pour cette raison que tu n’arrives pas à parler. »

« Où… est…il ? »

« Il s’est enfui par la fenêtre. Je pense qu’il ne reviendra pas ici. »

                Je me masse le cou. Je suis horriblement vexée. Je croyais que je ne me ferai plus avoir par des esprits. Je m’étais trompée. J’ai envie de pleurer, je ne sais pas trop pourquoi. L’échec ? La douleur ? La peur ? Toutes ces choses que j’ai pensées avant de m’évanouir… Je ne me sens pas bien. Je reste assise par terre. Je remarque soudain Paul, étendu sur le tapis. Il a du sang dans les cheveux. Je me redresse brusquement.

« Ne t’inquiètes pas. » me dit Vincent en me retenant. « Il a juste reçu un mauvais coup sur le crâne. Il ira bientôt mieux. »

                Cette fois-ci, je n’arrive pas retenir mes larmes. Je n’ai pas su veiller à la sécurité de mes équipiers. J’ai échoué. Je me sens inutile, faible… Je pars en sanglots.

« Je crois qu’on va rentrer. » déclare Catherine. « On a besoin d’un peu de repos. Je m’occuperai du rapport cette après-midi. »

« J’avais rarement vu un spectre aussi puissant. » indique Thomas. « Je pensais qu’après la première illusion, il n’arriverais pas à nous avoir à nouveau. En fait, il n’a fait que tâter le terrain pour ensuite nous cueillir. »

« Pourquoi… a-t-il essayé… de me tuer ? »

                Mes coéquipiers haussent les épaules les uns après les autres. Un fantôme meurtrier…

                Nous retournons à la SSS. Il pleut toujours. Paul va un peu mieux. Par contre, je me sens toujours aussi mal. Une fois dans les vestiaires, je m’assois et ne bouge plus. Je ne me sens pas de m’agiter.

« Je crois que tu ferais mieux de retourner chez toi pour te reposer. » me suggère Vincent.

                J’accepte. Je ne suis plus capable de m’occuper de quelque paperasserie que ce soit. Je me change. Je sors. Je prends le chemin de l’appartement. Ce n’est sans doute qu’un ressenti de la journée, mais je me sens déprimée. Le temps, la situation, les évènements… Tout cela devient opprimant. Je suis parcourue de frissons. J’ai du mal à retenir mes larmes. Je respire un bon coup.

« Mademoiselle ? »

                Je me retourne brusquement.

« Pourrais-je vous emprunter quelques-uns de vos inssstants ? »

                Un type embobiné dans un grand manteau marron. Ses mains sont vertes et écailleuses, et il les tord littéralement. Il commence à faire très froid. C’est un nécromancien !

                Soudain, il a un mouvement de recul. Il se dirige vers une petite ruelle obscure.

« Je… Oubliez ccce que je viens de dire. Je dois partir. »

                Il s’enfuit en glissant sur le sol. Je mettrai ma main au feu que c’est lui, notre tueur en série. Il m’a vue, jeune fille entre vingt et trente ans, mais je crois que mon anneau l’a rebuté. Je pars à sa poursuite. Hors de question qu’il s’échappe. Je pénètre dans la venelle, puis m’arrête brusquement. Je n’ai pas ma bague ! J’ai dû la laisser dans les vestiaires, en enlevant mon gant. Et moi qui allais le suivre. Eh ! Si je n’avais pas mon anneau, pourquoi m’a-t-il épargné ? Aucune idée, mais je vais retourner illico à la SSS pour signaler ça au plus vite. Peut-être pourra-t-on éviter un autre meurtre.

                Alors que je me remets à courir, je me rends compte que je vais un peu mieux. Les chocs de ce genre, ça requinque ! Surtout que maintenant, j’ai l’espoir que nous pourrons arrêter ce cinglé.

* * *

                Hélas, non. Nous n’avons pas pu empêcher ce nouvel assassinat. C’est encore plus horrible qu’avant, et ce pour deux raisons : je pouvais coincer ce salopard, et surtout, j’ai peur de m’habituer à tout ça. Ces morts ne m’affectent quasiment plus. Je me sens odieuse, froide… Je me demande ce qui ne va pas. Est-ce que ce serait le fait de vivre entouré d’esprits ? Je n’ai pas envie que Félix finisse comme moi. J’aimerais le dissuader d’intégrer la SSS, mais il y tient. Il veut devenir juge. Que faire ?

                Flûte ! J’ai complètement oublié d’appeler Augustin ! Il va croire que je l’évite. Il faut que je me fasse pardonner. Avec les émotions que j’ai subies hier, ça m’étais sorti de la tête. Il faudrait que…

                Je rêve.

                Je rêve totalement.

                Il s’est arrêté de pleuvoir…

                Miracle ! J’ai une idée ! Je vais l’inviter au resto, ce midi ! J’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.

« Allo ? C’est Florence ! »

« Ah ! C’est toi ? J’ai eu peur, hier soir. Comme tu ne m’appelais pas, j’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose de grave. »

« C’est à peu près ça… »

« Tout va bien, maintenant ? »

« Oui, oui ! Ca va super ! »

                Petit silence. Je le brise.

« Ca te dirait d’aller au restaurant, ce midi ? Ca fait depuis longtemps qu’on ne s’est pas vus. »

« Ok ! J’ai justement plus de temps, aujourd’hui ! »

« Je te propose le « Susanoo », le restaurant japonais. »

« Il parait qu’il est délicieux. On se retrouve quand ? »

« Autour de midi, ça te va ? »

« Ca me va ! A tout à l’heure ! »

« Bises ! »

« Bises ! »

                Je raccroche. Ouf ! Tout va bien de ce côté-là. Félix doit prendre un sandwich à cause de ses horaires, et Hugues… je me demande ce qu’il mange. S’il doit se préparer lui-même à manger, ce doit être comique : pâtes au beurre chaque jours ! Le pauvre…

 

 

 

Désolé d'avoir ajouté si peu cette semaine, mais... des fois, c'est un peu dur de se remettre dans l'ambiance. En plus, je me suis lancé dans une autre série de textes, mais cette autre étant basée sur des défis, il me faut encore plus respecter les délais. Bref, en espérant que ça vous plaise, à la semaine prochaine. 

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Envers ton esprit et ton coeur.
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