22. Quatrième case

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Mardi 04 décembreASHLEY

Le reste de la matinée me semble bien longue. Je cogite, marmonne, trépigne même, le tout en observant la belle brune qui me retourne la tête. A la suite de son départ, j’ai baissé l’interrupteur qui me permet de transformer l’aspect du mur de verre de mon bureau. Ainsi il est passé de translucide à transparent, reprenant donc son apparence initiale pour le plus grand plaisir de mes rétines qui ne cessent de se perdre dans la contemplation des courbes de Stella.

Mais je crois que le pire n’est pas tant dans le fait que je rêvasse, je dirais plutôt qu’il est dans celui de mes doigts qui s’amusent à venir toucher les contours de mes lèvres dans l’espoir de sentir à nouveau la sensation des siennes. La pression à la fois douce et affamée que Cassie y a exercée. Cette passion dévorante qui habite encore le creux de mon ventre. Des battements de mon cœur qui s’affolent quand je me surprends à détailler chacun de ses mouvements, de ses doigts qui glissent, frôlent et caressent le téléphone avant de s’évader au-dessus de son clavier et de finir leur chemin dans ses cheveux, emprisonnant encore cette boucle sombre qu’elle malmène.

Malgré mon manque de sérieux évident, je tente de travailler, passant d’un mail à un dossier et laissant ainsi les aiguilles de l’horloge tourner jusqu’à en perdre la notion du temps. C’est d’ailleurs la sonnerie incessante de mon portable qui me ramène au présent. D’un coup d’œil à mon écran, je remarque l’heure puis me décide à répondre juste avant que le répondeur prenne le relais. C’est le sourire aux lèvres que j’entame cette conversation :

— Jack ? Que me vaut le plaisir ?

Le meilleur ami de mon père est l’un des seuls à avoir compris mes tourments d’adolescents. Il a été mon pilier après le décès de papa, un repère même. Un père de substitution, assez présent pour me maintenir hors de l’eau. Alors l’entendre ne serait-ce que pour cinq minutes est toujours un plaisir. Aujourd’hui, il m’annonce qu’il pense revenir en ville pour les fêtes, s’attend à ce qu’on se voie, s’organise peut-être un déjeuner, tout en me faisant remarquer qu’à midi et demi, je devrais plutôt être en plein repas que derrière mon bureau.

Je décroche de la conversation quand j’aperçois, par-dessus mon écran d’ordinateur, des boucles brunes flotter jusqu’à moi. Merde alors ! Savoir qu’elle vient à ma rencontre, m’excite et j’en perds totalement le fil de ma conversation. N’entends plus la voix grave de Jack, trop préoccupé par la présence lumineuse de Cassie dans mon bureau, qu’elle contourne. Ses yeux étincellent, malicieux. Elle se rapproche de moi, me tend la main avant de me montrer d’un hochement de tête notre calendrier de l’avent.

— Petit, tu m’écoutes ? demande Jack me surprenant.

Je me racle la gorge puis enchaine en plongeant mon regard dans celui de Stella :

— Tu as raison. Je devrais m’arrêter pour ce matin. En plus, je suis affamé. Je partagerais bien un morceau.

— Message reçu, gamin. Par contre, n’oublie pas que tu me dois un rapport sur la situation de l’entreprise. Je voudrais être sûr que Madame n’a pas remis son nez dans tes affaires.

Je grogne. N’aime pas ce qu’il insinue. Et pourtant… il a raison. Jeanne en serait capable surtout quand je pense à ce qu’elle avait l’intention de faire avec la boîte, si je ne l’en avais pas empêché. Merde ! La vendre au plus offrant alors que son mari avait tout donné dans cette création, son « deuxième bébé » comme il s’amusait à l’appeler et elle voulait tout souffler. Abandonner son grand projet comme si elle faisait tomber un château de cartes. Bravo ! Me voilà transporter vers des idées négatives.

Heureusement, le brouillard qui s’invite se disperse en un instant quand une main délicate vient se fermer autour de la mienne. Ma tête se penche vers le côté et le sourire que j’y trouve me ramène sur terre. Stella… Dans un dernier échange, je remercie Jack pour son intérêt et lui promets de lui envoyer ce qu’il m’a demandé. Puis, je raccroche. J’ignore pourquoi mais je garde pour moi la présence de Cassie à mes côtés. Souhaitant profiter de cette bulle que nous avons formée autour de nous depuis ce matin.

— Ash ?

— Oui ?

— Tu viens ? Je suis certaine qu’Éric et Vince, nous attendent, rit-elle en tirant sur mon bras pour m’inciter à me lever.

J’acquiesce et d’une poussée sur mes jambes, je me redresse pour la suivre. Un pas après l’autre, ma main toujours dans la sienne. J’oublie mes tourments, mes pensées sombres pour me concentrer sur cette femme qui je ne sais comment parvient encore et encore à faire entrer la lumière dans ma vie. D’ailleurs, je laisse un sourire en coin prendre possession de mes lèvres quand dans un geste vif, elle se retourne vers moi, pose sa main sur mon torse et tend son index vers mon bureau.

— Rodolf ? N’oublie pas que si je suis là avec toi, c’est aussi pour déguster ma moitié de chocolat.

— Oh vraiment, Stella ? Tu es sûre de ne pas vouloir goûter à autre chose ?

— Eh !

Elle pousse un cri contrarié tout en me frappant le bras sous mon regard attentif. Cette fois, je me mords la lèvre pour éviter de rire et je recule de quelques centimètres pour attraper l’objet de ses désirs. Décidément, Rodolf a une sacrée côte ! Dire que ce truc affreux ne serait même pas là sans Cassie… Cette fille a une forte tendance à modifier mes habitudes. Elle remue toutes mes exigences, change même mes rituels de connard. Tout ça, en gardant son putain de sourire visé à son visage.

Le pire, c’est que lorsque je fais demi-tour, il lui suffit d’une seconde pour retrouver ma main et entrelacer nos doigts. Cette femme me mène à me perte, pourtant… J’ai envie d’y croire, en fait j’y crois déjà. Sinon pourquoi est-ce que je la laisserais faire ? Comment expliquer que mes lèvres sont une fois de plus attirées par les siennes ? Mon désir se décuple au fur et à mesure que nos corps se connectent, se rencontrent, se reconnaissent.

Il vibre en moi comme s’il venait de se réveiller d’un long sommeil.

Alors avant que nous quittions cette bulle qu’est mon bureau, je l’attire à moi, me penche et dépose un baiser délicat sur sa bouche. Une caresse qui ne dure qu’une seconde mais qui suffit à fixer mon sourire à mon visage jusqu’à ce qu’on atteigne, quelques étages plus bas, notre table. Les pommettes rosées de Cassie indiquent à Éric que nous n’avons pas été sages, pourtant il ne dit rien. Se contente de nous accueillir avec une blague. Vince quant à lui me tape l’épaule au moment où mes fesses trouvent leur place entre mes deux complices, la jeune femme s’asseyant comme la veille en face de moi.

J’ai l’impression d’être un adolescent, mon pied frappe le sol dans un rythme haché, mes doigts jouent avec mes couverts, j’évite même les yeux cristallins de Cassie. Mais très vite mes mouvements sont repérés par Éric et lui, ne peut pas s’en empêcher, il frappe de ses deux paumes le dessus de la table et me hurle dans les oreilles :

— PETIT CACHOTIER ! Pourquoi tu stresses ? Tu ne nous cacherais pas quelque chose par hasard ?

— Éric… ne commence pas, tu veux ? grogné-je en me tournant légèrement vers lui.

— Mais je ne me suis jamais arrêté ! Dites-nous tout, Rodolf en est témoin, vous n’êtes pas innocents tous les deux. Alors ? Qui a fait le premier pas ?

— De quoi tu parles encore ?

— Sérieux ? Tu veux jouer à celui qui ignore tout de ce que j’avance ? Alors, excuse-moi mais… elle a les joues rouges, les lèvres gonflées et toi aussi, d’ailleurs ! De plus, vous ne vous êtes pas regardés une seule fois depuis que vous êtes assis. Alors, je me répète, qui a fait le premier pas ?

— Je… quoi ? Personne !

— Mais bien sûr…

Je n’y crois pas ! Vince s’y met aussi. Et son ton sarcastique ne me dit rien qui vaille. Cassie a dû le noter également, puisqu’elle plonge à cet instant ses yeux dans les miens, presque suppliante. Mais, je ne peux rien faire pour les retenir, ils sont curieux, ils fouinent et surtout ils sont perspicaces. Alors, autant assumer. Sauf que j’ignore encore ce que nos baisers signifient. Pourquoi nous avons ce besoin de nous toucher, de cette connexion, de cet accord qui ne ressemble qu’à nous ? Nous sommes un tout ? Un duo ? Un… couple ? Non ! Impossible…

Perdu dans mes pensées, me posant mille et une questions, je ne suis plus la conversation. Laisse Stella se débrouiller face à deux hommes qui semblent déjà connaître les réponses à mes interrogations. Sûrs de savoir ce qui se cache au fond de mon cœur. Mais moi ? Je ne suis pas prêt… Pas encore. Ou bien… si ? Merde ! Qui a fait ce premier pas ? C’était… MOI ! Putain. C’est moi, comme cette fois-là. Notre premier baiser.

— Moi, murmuré-je en redressant la tête et plongeant mon regard sérieux dans celui de Cassie.

Le silence accueille cette évidence. Mes amis en restent la bouche ouverte. Ils sont surpris autant que je le suis. Merde ! Cette limite, ce pas, je l’ai franchi sans même m’en rendre compte. Elle était là, face à moi, avec sa lumière habituelle, son odeur de vanille et je n’ai pas su résister plus longtemps, tout comme dans le passé. Elle me percute, entre avec fracas pour m’apporter ce sentiment, ce bien-être qui me manque tant.

Est-ce ça l’amour ?

Se sentir sur un nuage, différent, presque heureux ? Oublier ses tracas, effacer le monde qui nous entoure pour ne voir que cette personne en face de nous ? Putain ! Si c’est ça, je signe tout de suite, ne veut plus quitter cette chaleur que Stella fait naître et proliférer au creux de ma poitrine. Alors je tends la main vers elle, vers sa douceur et je m’empare de ses doigts qu’elle me donne. Son contact amorce un nouveau frisson, plus délicat, qui comme les autres fois monte jusque dans ma nuque, m’électrise pour mieux me faire succomber.

C’était moi. Moi, cherchant mon étoile.

— Stella…

— Oui ? me demande-t-elle intriguée par l’intensité de ma voix qui semble rauque à mon oreille.

— Où étais-tu pendant tout ce temps ?

Elle penche la tête, sourit d’un air enfantin puis hausse les épaules. Elle non plus n’a pas de réponse. Pourtant, je le sens au fond de mon âme, elle m’a cherché, ne m’a jamais oublié. Tout comme toi, Ash ! Bordel, maintenant que j’y pense, c’est elle que j’ai toujours voulue. Elle était dans chacune de mes pensées, et même quand j’étais avec une autre, je tentais de retrouver l’étincelle de lumière qui définit celle qui fait battre mon cœur. Des boucles brunes, des yeux d’un bleu transperçant, mais jamais aucune ne lui est arrivée à la cheville.

Ces noms que j’ai inscrits dans mes anciens calendriers de l’avent ne sont que des erreurs de parcours, des passages à vide. Et c’est horrible, mais toutes ces femmes n’ont été que des pansements, des leurres pour faire croire à mon âme qu’elle était avec Stella, avec cette moitié que je me suis arrachée sans un regard en arrière. Alors c’est pour cette raison que j’ai effacé toutes les notifications du calendrier ? Que je n’ai ouvert aucune case ? Validé aucun défi ? Certainement.

Sauf que… je ne peux pas lui dire.

— Ash ? On partage ?

— De ?

— Oh mec, sérieux ? Si tu n’en veux pas, moi, je suis prêt à me sacrifier pour la bonne cause ! Tu penses que je pourrais avoir le même partage que samedi soir ? Hein, petite sirène, je serais curieux de savoir quel goût ont tes lèvres ! ricane Éric en tapant sur mon bras.

Et si je laisse ses coups m’atteindre, ses mots eux par contre, on le droit à un magnifique grognement de gorge. Un tremblement de mon œsophage qui ne présage rien de bon pour mon ami s’il tente quoi que ce soit avec MA Stella. Bas les pattes, le gaffeur ! Hors de question qu’un autre que moi ne pose ses lèvres sur celles charnues de la femme qui ranime mon cœur. Je remue la tête de droite à gauche tout en analysant les gestes de Cassie.

Elle semble avoir compris le cheminement de mes pensées. Se lève, contourne notre table, pousse Éric qui doit sauter de sa chaise pour lui laisser sa place, puis elle s’installe. Mon regard, celui de Vince et même de notre ami le gaffeur sont tous trois perdus sur Cassie, sur ses mouvements, impatients de voir ses intentions. Du coin de l’œil, je remarque qu’Éric a pris place face à nous, sa tête posée sur ses mains ouvertes maintenues par ses coudes appuyés sur le bois de notre table.

Merde ! Mais on n’est pas dans un spectacle ! A quoi est-ce qu’ils jouent tous ? Stella passe ses doigts dans mes cheveux, repoussant une mèche tombée sur mon front. Elle me sourit et attrape nonchalamment notre emballage carton aux décors d’hiver. Elle plante son doigt dans un sapin, tire sur le papier et délivre un chocolat. Un cadeau, une boule de Noël, une couronne ? Je n’ai pas le temps de m’attarder dessus que déjà, elle le positionne dans mon assiette et le tranche en deux.

Puis elle s’empare de son morceau, m’indique le deuxième dans un regard complice. Dans un geste lent, elle entrouvre les lèvres, souffle avant de les fermer autour du carré de chocolat. Perdu dans ma contemplation, je suis égal à une statue, n’ose pas bouger de peur que l’image devant moi, s’efface trop vite. Stella, quant à elle, aspire la sucrerie dans un bruit de sucions. Son qui en plus de m’envahir, m’excite, donnant lieu à une réaction en chaine au creux de mon estomac et sous mon pantalon.

— Merde… chuchoté-je en gigotant sur ma chaise de droite à gauche.

— Putain, la petite sirène sait y faire quand il s’agit de jouer avec toi !

— Mais ferme-là, Éric ! Tu vas gâcher tout le moment ! hurle Vince que je perçois en observateur au-dessus de ma tête.

Sauf que c’est trop tard, l’instant vient de partir en fumée. Mes sensations m’échappent, s’amenuissent et laissent place à un vide pesant. Grognon, je me racle la gorge tout en lançant un regard menaçant à Éric. Mon directeur des ressources humaines semble comprendre le message, prend la fuite tout en attirant avec lui, Éric qui se tord dans tous les sens en le suppliant de rester. Apparemment, nous ne lui en avons pas donné assez. Il veut plus de séduction, impatient d’examiner mes réactions face à la sulfureuse petite sirène.

— Oups ? glousse Cassie attirant ainsi mon attention.

Vraiment ?

*

CASSIE

Qu’est-ce qui m’est passée par la tête ? Ah ! Je joue vraiment avec le feu ! Seulement entre nos baisers à la fois langoureux et fougueux, je ne sais plus où donner de la tête. Et puis, l’évocation de samedi soir m’a transformé. De douce, je me suis métamorphosée en sauvage. Et mon dieu que ça fait du bien de laisser tomber les barrières. D’ailleurs, je crois qu’Éric ne va pas s’en remettre ni Vince et… Ashley ? Je l’ignore totalement.

Il est accroché à mes lèvres, confus face à mon « oups » joyeux. J’avoue m’être emportée mais c’était si tentant de les faire mariner, de jouer avec ses nerfs autant qu’il électrise les miens. Chacune de mes terminaisons nerveuses demandant plus de contact avec sa peau, avec la pulpe de ses doigts et la chaleur de ses lèvres. Je suis dépendante ! Affamée. Et ça en devient presque inquiétant ! Merde ! J’avais juré de ne pas succomber à son charme, d’oublier ses bras une fois pour toute. Mais c’est impossible. Mon cœur, mon être tout entier me crient, me supplient de me tenir à ses côtés.

Mon âme appelle cette moitié qu’elle a vu s’enfuir, il y a tant d’années. Blessée, torturée, déchirée en deux. Par sa faute, je le sais, j’en ai bien conscience. Pourtant, alors que mon sourire s’étend de nouveau sur mon visage, prête à défier une fois encore Ashley, je ne peux que me sentir légère en le sentant à mes côtés. Comme si mon corps savait qu’il est à sa place. Que je suis à ma place. Et nos baisers de ce matin ne sont que le résultat évident de cette attirance, cette harmonie qui est la nôtre.

— Ashley, ton morceau ? demandé-je soudain nerveuse quant à son manque d’interaction avec moi.

— Quoi ? Pardon ? Ah oui. Le chocolat. Mais Cass, pourquoi ?

— Et pourquoi pas ?

Il ne répond pas.

Je prends ma respiration, compte les secondes : une, deux, trois. Puis nous éclatons tous deux de rire. Nous sommes seuls. Nos compères s’étant enfuis à toutes jambes après mon intervention. Le rouge me monte aux joues, je m’étouffe tant la situation est cocasse. Presque surnaturelle. Moi, aguichant Ashley et lui, perturbé par mes actions. Remarque, il ne me connaît pas sous ce jour-là. Du moins, il ne sait pas à quel point je peux être sournoise quand il s’agit de tentation.

Nous finissons par nous calmer et dans un dernier regard complice, Ash croque son morceau de chocolat. J’en profite pour tirer mon plateau vers moi, et boire un verre d’eau. Faisant ainsi retomber l’excitation qui pulsait jusqu’alors entre mes jambes. Jouer, c’est aussi se piéger. Et je suis tout autant tombée dans mes filets que Crève-cœur. D’ailleurs, ce n’est pas sa main qui vient encadrer ma joue qui va m’aider à calmer les pulsations chaudes dans mon bas-ventre.

— Ne refais plus jamais ça alors que nous avons des spectateurs, marmonne-t-il les mâchoires serrées.

— Mais pourquoi ?

— Et en plus, elle ose me demander pourquoi ? Putain, Stella, tu vas me rendre dingue !

D’un geste vif, il encercle mon poignet de ses doigts. Il entraîne ma main vers lui. Et sans que je n’aie le temps de réagir, il pousse ma paume sur son entrejambe. Oh ! Bordel ! Son érection forme une bosse sous le tissu de son jean tendu. Il est dur, puissant et mes joues qui se teintent d’une couleur écarlate répondent à ma question silencieuse. Lui fais-je autant d’effets que lui m’en fait ?

— Oui, grogne-t-il entre ses lèvres.

— Mais…

— Je ne joue pas un rôle avec toi, Stella. Alors ne me pousse pas à bout. Tu sais pourquoi, maintenant.

Sa phrase s’élève dans la pièce en même temps qu’il relâche la pression sur mon bras. M’éloignant ainsi de son excitation palpable. Calme-toi, cassie ! Je me flagelle dans une tentative de reprendre mes esprits. Sauf que c’est peine perdue. Mes pensées s’évadent vers un autre temps, un instant où nos provocations, nos chamailleries d’adolescents sont devenues plus. Plus intenses, plus puissant… Plus, tout. Une osmose naît d’un amour sincère, unique, authentique.

Notre premier amour.

« Ashley, je… ce n’est pas un jeu pour moi. C’est toi que j’ai choisi. C’est toi que je veux.

Moi aussi, Stella.

Non, tu ne comprends pas ! m’énervé-je en me tournant, me trouvant à présent étendue sur le dos sur son lit.

Et alors que je m’attends à ce qu’il n’esquisse aucun mouvement, il me surprend. Roule sur le côté, glisse ses doigts le long de ma mâchoire, avant d’arrêter son index sous mon menton et de tourner mon visage vers le sien. Il n’est qu’à quelques centimètres du mien, nos souffles se mélangent. J’aime son odeur de menthe. Mes paupières se ferment pour en apprécier toutes les nuances, avant de se rouvrir pour me permettre de plonger mon regard dans ses émeraudes qui me détaillent sans sourciller.

J’ai envie de toi, Cassie. De sentir tes lèvres sur les miennes. De t’embrasser à en perdre haleine. De sentir tes doigts parcourir mon torse et descendre à la rencontre de mon sexe. J’ai besoin que tu saches à quel point mon désir pour toi est réel. Chaque parcelle de mon corps vibre pour toi. Alors oui, je comprends. Parce que cette tension au creux de mon ventre, ces papillons qui valsent sans jamais s’arrêter en ta présence, je les veux plus intenses encore. Je t’aime, Stella. Et j’aimerais te montrer qu’il n’y a que toi, que nous. Tu es la moitié de mon être, celle qui complète mon âme, celle qui réchauffe mon cœur. Alors guide-moi vers toi. Permets-moi de t’apporter ce qu’aucun autre ne t’a donné. Laisse-moi franchir cette limite avec toi.

Ensemble. Pour la première fois ? demandé-je dans un murmure tremblant.

Toujours. Et dans chacune des étapes. Tu es ma lumière.

Tu es mon soleil, Ash.

Sur ce dernier échange, ses lèvres se posent sur les miennes. Douces, sincères. Nos baisers s’intensifient au rythme de nos respirations. Ses doigts s’évadent de ma mâchoire pour rejoindre l’arrière de mon oreille. Ils viennent dessiner des arabesques sur la cicatrice qu’il a créée, cherchant à soigner cette marque d’un moment éphémère. Puis de sa main libre, il attire la mienne vers l’échancrure de son col. Hésitante, je ne bouge plus. Me demandant comment agir.

Ensuite, comme si c’était l’évidence même, mon bras descend sur son torse, savoure la douceur du coton de son t-shirt jusqu’à en accrocher la couture de l’ourlet. De-là mes doigts s’amusent, s’aventurent sous le tissu léger qui l’habille. D’abord, un puis deux, j’observe avec langueur ses réactions, je capture avec passion ses grognements. Je me perds dans les sensations qui m’assaillent, entre frisson et électricité. Dessine peu à peu les contours de ses muscles, de ses tablettes de chocolat à peine visibles mais qu’il s’obstine à sculpter.

Stella ! me réprimande Ashley sous un tremblement. S’il te plaît.

Son chuchotement se fait suppliant. Mais je ne veux pas aller trop vite, veux profiter de chaque sensation, chaque réaction, chaque seconde qu’il m’accorde pour enregistrer tous les détails de cette première fois, de NOTRE premier amour, de cette confiance que nous avons l’un en l’autre. Alors quand il s’aventure à son tour vers le bas de mon ventre, je savoure le moment. Note son souffle qui se coupe quand il relève le débardeur qui l’empêche d’atteindre ma peau. Souris en même temps que lui lorsqu’enfin sa paume vient se refermer sur ma poitrine tendue vers lui.

C’est étrange, nouveau. Mais agréable. Ses mouvements sont hésitants, il prend son temps, emprisonne mon téton entre deux doigts avant de le titiller lentement. Un gémissement m’échappe sous ses actions, je me sens rougir. Ashley, lui, poursuit sa découverte, plonge ses yeux dans les miens, brillants. Puis écrase sa bouche sur la mienne, et presse sa langue à l’entrée de mes lèvres pour la faire danser autour de la mienne.

Je grogne. J’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma poitrine. Il pulse. »

— Stella ? Tu m’écoutes ?

Merde ! Quoi ? Non ! Pas maintenant…

Perdue, essoufflée, les mains tremblantes, je reste pantelante face au visage inquiet d’Ashley. Il prend mes joues en coupe dans ses paumes, sa chaleur me ramène ainsi au présent. Et sa réaction agit sur moi comme une libération. Une larme roule sur ma joue, mais elle n’est pas triste, elle ne s’accompagne pas de cette mélancolie qui m’habite d’habitude. Elle est plutôt douce, elle marque un certain renouveau, une renaissance.

Alors, mes doigts rejoignent ceux de Crève-cœur et les encerclent. Mon regard se plonge dans le sien et d’un sourire, je le rassure. Tout va bien, je suis là. Le temps semble se suspendre une fois de plus entre nous. Et sans un mot, Ash se penche en avant pour coller son front au mien, comme il l’a déjà fait ce matin. Son geste me revigore, me réchauffe le cœur. Lui fait prendre un nouveau rythme passant de la valse au tango. Pour venir exploser en mille éclats contre ma cage thoracique.

— C’est toi et moi, Stella, murmure Ashley.

J’acquiesce prête à lui répondre, mais notre intermède est écourté par la sonnerie de son portable. Il grogne, marmonne, tente d’y faire abstraction, son front toujours scellé au mien. Mais la sonnerie reprend, une fois, deux fois, trois fois. La bulle éclate, et nous sommes à présent de retour à la réalité. D’ailleurs, ça me fait penser que je ferais mieux de me dépêcher si je ne veux pas rater l’appel de notre nouveau client. Ainsi que celui du musée, qui même si je garde le silence sur mon identité en tant qu’artiste ne me laisse pas indifférente pour autant.

Au quatrième appel que reçoit Ashley, il se détache de moi bon gré malgré s’éloigne de deux pas, tire sur ses cheveux. Geste qui me laisse échapper un gloussement que j’essaie de planquer derrière ma paume, mais c’est trop tard, il l’a perçu. D’ailleurs, je n’ai pas esquissé le moindre mouvement que son corps revient auprès du mien. Il me désigne Rodolf, je lui tends, et dans un dernier soupir, il coule un regard sur mes lèvres.

Oh, Ash…

Alors que je le voyais déjà répondre à son téléphone, il s’arrête et se retourne encore :

— On se retrouve en haut ? Je te laisserais un chocolat sur ton bureau. L’après-midi risque d’être chargé.

— D’accord.

— Et Stella ? Ne joue pas avec le feu, il est déjà bien trop brûlant pour tes jolies pommettes.

Non mais je rêve ? Il se fout de moi ouvertement, et il croit que je vais me taire. Son ricanement qui me parvient alors que sa présence s’efface de la cafeteria m’annonce sans mal l’intensité de sa provocation. S’il croit que je vais me laisser faire et passer à côté de l’occasion de lui en mettre pleins les yeux avec des décorations de Noël, il se met le doigt dans l’œil. Hors de question que notre étage reste nu !

Surtout que j’ai un avantage non négligeable par rapport à lui.

Des complices qui ont hâte de rentrer dans l’action ! Et ce qui me convainc de jouer avec cette carte-là, c’est la musique d’ambiance de l’ascenseur qui me mène au dernier étage. Des notes de classique que tout le monde connaît par cœur et qui mérite d’être changées. Une idée soufflée dans le vide par El et qui à cet instant me semble être une bonne étape de plus dans ma conquête de Noël. Alors ni une ni deux, je fouille ma poche à la recherche de mon portable et ouvre notre conversation groupée.

***

Les trois mousquetaires

[Cassie : El, j’aurais besoin de tes talents d’informaticien.

Et de ta force persuasion.]

[Eliott : Tu es partante pour ce que je crois ?]

[Cole : Sérieux, sœurette ?

Tu vas suivre les conseils de ce fou ?]

[Et pourquoi pas ?]

[Après tout, n’est-ce pas toi qui m’a apporté Rodolf ?

Tu es dans cette folie jusqu’au cou. Alors autant m’aider jusqu’au bout.]

***

Fière de ma décision, je laisse mes deux compères discuter. Mon portable vibre sous leurs assauts, leurs blagues, leurs stratégies plus tordues les unes que les autres. Mais je sais déjà à qui je dois m’adresser si je veux pouvoir mettre à exécution mes plans. En revanche, rejoindre mon bureau me paraît être pour le moment la meilleure des stratégies. Surtout que lorsque j’arrive enfin à sa hauteur, comme il me l’avait annoncé, Ashley y a déposé une tasse de chocolat chaud, fumante.

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