Chapitre 16 - partie 2

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Le temps venait de se couvrir, et une fine pluie ne cessait de tomber depuis une heure, peut-être un orage à l’horizon. Il détestait la pluie, les mains dans les poches de son imper’ remonté jusqu’au cou, il espérait ainsi fuir les gouttes. La plupart fuyaient ce relent d’hivers qui rognait sur l’été, mais certaines créatures prenait un malin plaisir à montrer leur amour de l’eau en faisant des gestes improbables comme lever le visage au ciel. Lui baissait la tête regrettant son chapeau ou une capuche.
Si seulement mon frigo n’était pas vide, je n’aurais pas à faire cette course débile. Alors que j’arriverais devant mon épicerie habituelle. Enfin toute cette galère sera bientôt finie. Fini la galère depuis les études, fini le petit 20 m2, fini les frigos vides, finis ses chaussures usées qui laissait s’infiltrer l’eau. Bientôt il connaîtrait la gloire. On l’acclamerait, les passants dans la rue le fixeront d’envie. Et cette stupide vendeuse arrêterait de me regarder avec ce sourire plein de pitié.
Il choisit deux trois bricoles à manger les moins chers, passa devant les ampoules en se disant qu’il faudra vraiment qu’un jour il s’en rachète pour arrêter de pisser dans le noir. À la caisse, la grosse dame fit son horrible sourire de compassion en lui mettant discrètement une barre vitaminée dans son sac. En sortant, il eut envie de la jeter par terre et de l’écraser tant qu’il se sentait misérable à travers ses yeux. Il referma son sac en se disant ce simple souhait « Bientôt ce sera fini ».
Planter devant l’épicerie comme un arbre prenant la pluie, une jeune femme les cheveux noirs attendait en fixant l’entrée. Il la regarda mal à l’aise. Son regard noir transcendant l’âme. Un sentiment de panique lui prit le ventre alors qu’il tentait de fuir ce regard diabolique, mais malgré lui, il continua de la fixer.
Un sourire charmeur se dessina sur son visage alors qu’elle se mit à s’avancer un grand pas vers lui. Devant lui, il arrêta de respirer un instant pris dans sa toile. Voyant la panique fasciner dans ces yeux, Faith chuchota.
« Peut-être pourrions-nous trouver un endroit plus calme et à l’abri de la pluie, monsieur le journaliste. »
Incapable d’agir de lui-même il la suivit, l’esprit flou, le regard vide jusqu’à une petite brasserie au nom douteux. Il fallut attendre qu’il soit servi pour qu’il se sente enfin mieux pour remettre en ordre ses pensées et essayer d’articuler quelques mots.
Comment savait-elle ? Pourquoi était-il si mal devant elle ? Pourquoi n’arrivait-il pas à dire non ? Tant de question dont il n’eut pas la réponse, mais il la suivit.


— Vous êtes donc le fameux journaliste.
— Euh oui c’est moi.
— Plutôt bon boulot d’enquête.
— Merci…
— Bien que ce fut très stupide de le révéler au grand public. La moitié de la ville est terrorisée et se cache chez soi, et vous, vous essayez de dire que le meurtrier court toujours. Je suppose que vous êtes fier de vous.
— Je n’ai fait que dire la vérité.
— Si ça peut vous rassurer.
— Que me voulez-vous ?
— Je veux savoir comment vous avez eu vos infos.
— C’est… comme vous l’avez dit, j’ai enquêté.
— Où ? Comment ? Quelles sont vos sources ?
— Je n’ai aucune raison de vous le dire ? Je ne sais même pas qui vous êtes.
— Si ça peut vous rassurer, sachez que de mon côté j’ai déjà obtenu toutes ces informations. Je veux juste savoir comment vous avez réussi à les obtenir à votre manière, c’est tout.
— Vous les avez ?
— Et même bien plus, mais je ne suis pas assez bête pour faire paniquer les gens avec.
— Rien ne m’oblige à rester. Au revoir.
— Partez. Dire que j’étais là pour vous aider, se lamenta-t-elle faussement.
— Comment ça ?
— Vous vous êtes attiré les foudres de quelqu’un de vos lecteurs attentifs. Le kidnapping et l’interrogatoire musclé semblent être leur passion, peut-être pourriez-vous parler de vos hobbies.
— QUOI ?! Mais… Impossible mon blog est anonyme. Ils ne me trouveront pas.
— Allons soyons sérieux, si je vous est trouvé ils le feront aussi. Ils mettront juste un peu plus de temps.
— Vraiment ? Excusez-moi, je dois partir.
— C’est une excellente idée. Mais pour aller où ? Et qui vous dit qu’il ne continueront pas de vous chercher. Ils sont plutôt obstinés.
— Nooon qu’est-ce que je vais faire… paniqua-t-il en se froissant les cheveux nerveusement.
— À vrai dire je peux vous protéger.
— Vraiment ! Il releva la tête, les yeux pleins d’espoir.
— Oui, mais il faudra me dire comment vous avez eu vos infos.
— Je ne peux…
— Cette offre est limitée dans le temps. Vous feriez mieux de réfléchir vite. Tic tac…répéta-t-il sadiquement.
— Très bien ! Je vais tout vous dire, lâcha-t-il.
— Je n’ai fait aucune enquête, j’ai trouvé toutes ces infos dans une enveloppe laisser dans ma boîte. Tout y était… nom, mort, année… je n’ai fait que vérifier les infos.
— Très bien il me faudra que vous me la remettiez.
— Oui. Bien sûr, et moi ?
— Je vais appeler un ami, vous allez êtes mis sous protection policière.


Il baissa les yeux pleins de défaites. Il avait tout lâché sans rien pouvoir garder de son honneur de journaliste. Il était terrorisé et lâche.
Faith ne pensait que ce serait facile, il était typiquement le genre de petit arrogant à la recherche du succès à n’importe quel prix. Mais avec la pluie et le fait que se soit un “marqué”, elle n’avait presque rien eut à faire pour le convaincre.
Les “marqués” étaient rares de nos jours, descendants de personne maudite, ou de sacrifice, la plupart se faisaient enlever la marque pour éviter les désagréments qu’elle procurait. Il était vrai que c’était un peu cher, mais pour sauver toutes les générations futures, ça les valait largement. Ces marques rendaient les porteurs plus influençable, malléable, obéissant. De nos jours il était interdit de poser ce genre de marques, mais certains trafiquants d’êtres le pratiquaient encore.
Après avoir récupéré l'enveloppe, elle le déposa devant le commissariat avec un mot de sa main à remettre à James qui lui permettrait d’être protégé.
Sur son portable elle vit plusieurs SMS non lus de Rémy lui indiquant un nouveau meurtre. Ça s'accélère bien trop, il fallait mettre fin. Il était temps qu’elle apporte l’ordinateur portable à Rémy et de tout revoir depuis le début. On était tous en train de se faire rouler par tout le monde : des suicides qui n’en étaient pas, des revendications injustifiées.


— Enfin… Cette fois je passe chez toi et tu montres toutes tes infos.


Elle ne la contredit même pas.
Elle leva la tête, laissant glisser la pluie qui s’amenuisait sur son visage . Elle se mit alors doucement à chantonner en se dirigeant d’une station proche.
Un trajet de navette plus tard, elle arriva au 4e étage en face d’une porte de bois avec au moins trois serrures

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