Chapitre VI

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Mayu cherchait un moyen de s’occuper pour ne pas avoir à réfléchir sur la situation actuelle. Comme pour répondre à sa demande, les autres élèves, dont Azazel, se dirigeaient vers une même direction. Elle décida de les suivre. La salle de classe rouge avait laissé place à un espace plus impressionnant, plus sombre.

D'un côté, une véritable forêt. Comme si la nature respectait ce lieu, aucune feuille ne touchait l'enceinte du bâtiment elle était faite d’un amoncellement de plantes indisciplinées qui rendaient impossible l’idée même de faire un pas dans cette direction.

De l’autre, de nombreuses portes aux formes singulières, laissant penser que chacune renfermait un secret. Les murs étaient constitués de pierres brutes qui semblaient solides à des endroits et prêtes à s'écrouler à d'autres. Cet effet était accentué par la lumière des soleils qui trouvaient avec difficulté un chemin à travers l'épaisse végétation, transformant le simple couloir en véritable œuvre d’art.

Elle se reconcentra sur la foule qui avait emprunté la même porte. Faite dans un bois massif, elle semblait incassable. Des feuilles faisaient harmonieusement le tour, permettant même à quelques fleurs de s'installer sur les gonds sans pour autant gêner le mécanisme.

Elle tira la porte, étrangement légère, et entra avec un temps de retard sur ses "camarades". Ce décalage provoqua un silence dans la salle. Les élèves, assis à même le sol, observaient la retardataire, alors que se tenaient de l'autre côté de la pièce Reyn et sa fidèle assistante. Reyn, debout et bien droite et Hope assise sur une chaise attendaient, d'un air agacé, que l'attention revienne vers elles :

  • Pouvons-nous reprendre maintenant ?! Toi, assieds-toi ou sors !

Comme réponse, Mayu s'assit au fond en s'attachant les cheveux.

  • Donc, je répète, grommela Reyn d'un air toujours aussi renfermé. Ce cours va porter sur la géographie de l'île, sa faune et sa flore.
  • La première chose à retenir, continua Hope, c'est que sortir de la ville pour s'aventurer dans les contrées sauvages revient à être suicidaire.

Un murmure envahit la salle à cette annonce. Mayu se demandait en quoi une île minuscule pouvait être dangereuse. L’enseignante, assez contente d'avoir capté l’attention des élèves, proposa :

  • Pour commencer ma fille et moi allons jouer à un jeu avec vous. Hope ? Oui ! Alors le jeu est simple, je vous dis un nom d'animal et vous répondez si vous pensez qu'il est présent sur cette île. Juste pour vous le rappelez, cet archipel est petit mais à part cette ville, le reste n'est que de la forêt. Bon je commence. Les loups géants ?

La classe répondit oui en chœur.

  • En effet, sur beaucoup de Mondes les animaux d'Alpha amenés par l'homme avaient muté pour survivre jusqu’à devenir de dangereux prédateurs. Elles font deux fois la taille d'un homme mais sont beaucoup plus larges et imposantes.
  • Bonne réponse, rétorqua Hope. Les loups géants sont présents mais peu nombreux. Question suivante : les wyvernes ?

Un plus petit non se fit entendre, le reste restait silencieux devant cette race inconnue.

  • Pour vous le rappeler, réagit Reyn, la wyverne est une version plus petite d’un dragon. La seule différence est que ses ailes et ses pattes ne font qu’un. Un imposant non se fit entendre.
  • Mauvaise réponse, répondit la petite fille en riant. Il en existe dans toute la forêt. On dit que leur repas préféré est le loup géant.

Un murmure d'horreur se fit entendre. Mayu commençait à trouver ce cours plutôt intéressant. Loufoque mais intéressant.

  • Le dernier avant de commencer mon cours, lança Reyn pour imposer de nouveau le silence, le dragon.

Les dragons étaient des légendes qui dataient de bien avant Alpha et très rares étaient ceux qui avaient eu la malchance d’en croiser un.

Il paraît qu’il y en a sur le Monde des Métamorphes, mais je vois pas où pourrait se cacher un dragon sur cette île minuscule.

Comme pour exprimer sa pensée quelques personnes, dont Zel, répondirent non.

  • Qui sait, répliqua Reyn le regard dans le vide. Sur ce, Hope va vous expliquer précisément les emplacements de toutes les zones sensibles et comment les éviter.

Et ça y est, je vais m'emmerder...

Mayu n'écouta plus le cours. Elle observa en premier ses camarades. Ils étaient trente-deux, vingt-quatre hommes et huit femmes. Tous avaient l'air passionné par le cours, en particulier Zel qui restait calme et silencieux. Son attention se porta sur le jeune homme qu'elle avait remarqué dans la salle de classe. Son comportement ne s'était pas calmé, au contraire. Il semblait maintenant dégager une aura négative et avait du mal à rester immobile.

Avec ce comportement, il va se faire choper.

Plus elle l'observait, plus elle le trouvait impressionnant, une sorte de géant prêt à exploser d'un moment à l'autre. Dans une guerre, il aurait été un allié utile, mais elle cherchait des personnes discrètes, prêtes à s'infiltrer et attendre patiemment le moment opportun ; pas un enfant à l'esprit vengeur incapable de se contrôler.

En parlant de vengeance, elle observa de nouveau Azazel. Ce dernier était toujours aussi attentif, ce qui arrangeait Mayu. En cas de fuite, ils pourraient s’aventurer dans la forêt. De plus, elle était assez intéressée par l'idée de rencontrer une de ces wyvernes pour jauger la puissance de cette race.

Quitte à mourir, autant que ce soit en combattant une créature mythique.


Mayu se focalisa ensuite sur la pièce qu'elle n'avait pas encore observé. Les murs étaient identiques au couloir. Elle était assise sur un parquet de chêne éclairé par les immenses fenêtres qui se trouvaient derrière Reyn et Hope. Ces ouvertures donnaient directement sur la mer, étendue calme qui semblait pouvoir casser les verres pour un simple caprice. Mayu avait toujours craint l'océan, sûrement parce qu'elle ne l'avait jamais vu d'aussi près. Les seules fois où elle l'avait imaginé étaient dans les histoires qu’Haru lui racontait. C'est ainsi qu'elle avait appris que cette étendue d'eau avait torturé des hommes comme le sage Ulysse pour une simple erreur. En sachant tous les vols, arnaques et meurtres dont elle était l'auteure, la mer ne semblait pas être de son côté.

Elle observa ce paysage jusqu'à ce que sa contemplation soit interrompue par Azazel, debout devant elle, lui tendant la main pour l'aider à se lever :

  • Le cours est fini mademoiselle, sors de tes rêveries.
  • Je ne rêve jamais, rétorqua Mayu en poussant sa main. Et je suis assez grande pour me lever toute seule.
  • Je comprends que tu sois en colère, mais on en parle ce soir, à vingt heures. Je viendrais dans ta chambre...
  • Ok, balança Mayu en accélérant le rythme pour le semer.

Elle ne pouvait s’empêcher de se sentir trahie. Elle avait toujours pensé que dans cette courte relation, les seuls mensonges venaient d'elle.

Il devait être dix-huit heures d'après la lumière qui éclairait le paysage qu'elle observait il y a quelques instants. Toutes les portes du couloir étaient grandes ouvertes et laissaient entrevoir des pièces parfois habitées par certains élèves ou juste remplies par un inconnu qui attendait de potentiels disciples.

Elle s'arrêta devant une pièce où une dizaine de personnes écoutaient Nero, son professeur officiel de la semaine. Le cours portait sur les Capacités.

Ça m’aidera peut-être à mieux comprendre la vision Dualiste.

Elle s'assit discrètement dans un coin pour ne pas déconcentrer le prof en plein discours :

  • Alors nous avons des catégories principales pour trier les Capacités. Des idées ?
  • Les Elémentalistes ! Répondit un élève sans hésitation.
  • Parfait, complimenta Nero en notant plusieurs informations au tableau. Les élémentalistes sont très nombreux. Leur pouvoir se base toujours sur un des quatre éléments : l'eau, le feu, l'air ou la terre. Dans un premier temps, le jeune élémentaliste utilise son élément, qui lui est donné par Maara, à l'état pur. Dans un deuxième temps, sa Capacité se transforme en une spécialité unique qu'il doit apprendre à connaître et à contrôler. Des questions ?
  • La Capacité d'un enfant a-t-elle un lien avec le pouvoir des parents ? Demanda avec espoir un élève au premier rang.
  • Non, il a été prouvé que les Capacités n’ont aucun lien avec l’hérédité depuis longtemps, se moqua une jeune rousse au regard hautain. Tiens-toi un minimum au courant...
  • Dehors, hurla Nero en lançant un regard noir à la rouquine. Nous sommes ici pour apprendre et non pour se dénigrer les uns les autres.

Alors que la jeune fille sortait en fulminant, le professeur reprit le sourire de nouveau sur les lèvres :

  • Ensuite, plus classique, les Créateurs des Arcanes. Ils sont surtout connus pour les portails bleus qui permettent la téléportation. Cependant, méfiez-vous, les Créateurs peuvent être de redoutables adversaires. On compte sur eux pour tout ce qui est transport d'objet ou assassinat mais ils peuvent aussi être de redoutables guerriers sanguinaires. Ne vous fiez jamais aux apparences. Il y a trois types de portails, bleu pour la téléportation, rouge pour les objets durables et vert pour les consommables. Avant de me demander le pourquoi du comment, il faut savoir que peu de Créateurs partagent leurs secrets et que nous ne connaissons que le fonctionnement de la téléportation.
  • Comment le connaissez-vous s'ils n’en parlent pas ? Demanda Mayu, une pointe d'ennui dans la voix.
  • Nous avons nos sources… Pour continuer notre cours, les Mains de pouvoirs sont également très présentes dans les Mondes. Ses pouvoirs regroupent une large quantité de Capacités : guérison, améliorations et détériorations physiques et, ou magiques. Les Mains sont très utiles dans les champs de bataille mais aussi très fragiles car elles utilisent très rarement leurs habiletés sur elles-mêmes. Ainsi, seules les meilleures peuvent aider efficacement sur le champ de bataille en se tenant à de grandes distances de ou des individus qu'ils soutiennent.

Nero effaça toutes les informations pour dessiner une ligne droite entourée d’un cercle.

  • Pour résumer, les personnes sans Capacité sont en première ligne avec les Elémentalistes et les Créateurs qui sont spécialisés dans le corps-à-corps. Ensuite, on trouve derrière les Elémentalistes spécialisés dans la distance. Enfin, les Créateurs créent des portails autour du champ de bataille avec lesquels ils déplacent les Mains de pouvoirs et les Artefacts les plus imposants.
  • Et les Hors-classes ? Demanda un jeune homme au fond.
  • Je ne peux pas encore vous révéler nos atouts et leurs positions. Cependant, si vous réussissez l’Initiation, venez me voir et je me ferai un plaisir de vous informer.
  • Combien il y a de semaines de tests ? questionna un autre élève à moitié endormi.
  • Dehors. Je l'ai précisé en cours, mais visiblement vous avez dû également dormir à ce moment-là. Vous êtes viré, revenez l'année prochaine et tâchez de rester éveillé.

Sans un mot, le jeune homme partit nonchalamment, sûrement peu affecté par la nouvelle.

  • Je vous répète une dernière fois les règles de la semaine. Je ne tolère ni retard ni manque de respect. La seule difficulté de cette semaine est de trouver la Capacité de mon assistante, et pour cela pas besoin d'être une lumière ! Sur ce, il est dix-neuf heures, le soleil ne va pas tarder à se coucher ! Je vous libère et vous conseille d'aller vous doucher et d'essayer vos uniformes qui se trouvent dans votre chambre. Bonne soirée !

Mayu sortit de la salle et marcha d'un pas lent dans le couloir :

Nero n'a cité que les classes "officielles", et encore il lui manque les métamorphes... intéressant…


Elle avait mis le doigt sur quelque chose de curieux. Le culte voulait donner l'impression de les accueillir comme les leurs mais il ne parlait ni de Gardiens des Runes ou encore d'Oracles. Elle comprenait que les Oracles étaient mis de côté car ses voyants étaient confiés à la milice des Mondes : Quel est leur nom encore... je m'en souviens jamais... enfin, ce sont juste des militaires consanguins qu'il ne faut approcher que si on veut crever.


Ce qui restait le plus étrange c'était l'absence des Gardiens. Ces derniers étaient les seuls à pouvoir créer des Artefacts. Elle ne connaissait pas très bien leur pouvoir. Un de ses premières tâches sur Alpha avaient été de récolter des informations sur le sujet. Ma mission se limitait rarement à une simple discussion…

Cette pensée la ramena à un souvenir qu’elle aurait préféré oublier. Sa première mission en tant que Doigt de la Reine. Elle était une enfant de onze ans qui ne connaissait quasiment rien du côté obscur d'Alpha et pourtant elle était devenue une recrue d'une des plus puissantes criminelles du Gouffre. Elle lui avait dit avoir vu quelque chose en elle.

Elle a vu que j’étais facile à manipuler ! Elle m'a refilé sa putain de mission de merde pour que je ne puisse pas m'enfuir.


La plupart des Doigts devaient seulement observer l'ennemi jusqu'à pouvoir être promu Main et commencer le sale boulot. Mais Mayu ne connut pas le repos de l'espionnage. Sa première mission consistait à trouver un Gardien des Runes, se faire passer pour une prostituée et lui dérober son Artefact.

Mais bien sûr, cette saloperie de Reine ne m'avait pas dit ce je devais voler ! Un Artefact, comme si à onze ans je connaissais la dangerosité de ce truc.


C'est ainsi que pour satisfaire une inconnue que tout le monde appelé Reine, Mayu se trouva dans la chambre d'un pédophile, à la recherche d'un objet dont elle ne connaissait absolument rien.

Pour ne pas lui faciliter la tâche, sa patronne lui avait précisé qu'elle n'aurait sa récompense que si l'homme en question restait en vie.

Mayu perdit sa virginité pour accomplir sa mission. Salie et dégoûtée d'elle-même, elle chercha l'objet convoité quand son violeur s'endormit. Elle se rappelait encore vaguement cet homme aigri et fatigué, aux traits fins et au regard sévère. Heureusement pour elle, le reste était seulement un flou qui lui laissait un goût amer.

La mission ne s'était pas passée comme prévu. Quand Mayu toucha l'Artefact, qui était juste un vieux livre à ses yeux, le Gardien se réveilla fou de rage. C'est ainsi qu'une bataille commença entre le propriétaire et la voleuse.

L'homme faisait bien trois têtes de plus qu’elle et, à cette époque, elle ne connaissait encore rien à l'art du combat, autant dire qu'elle n'avait aucune chance de le battre à la loyale. Paniquée, Mayu prit une mauvaise décision : elle ouvrit le livre.

Le reste du souvenir se résumait à une forte chaleur qui l'étouffait et des flammes qui envahissaient tout ce qu'elle regardait. Elle avait cru ne jamais s'en sortir, coincée dans un torrent de feu qui se serrait de plus en plus autour d'elle, l'empêchant progressivement de respirer. C'est dans ce cauchemar que Mayu ferma les yeux, persuadée que son heure était arrivée. Elle se réveilla près de la Reine qui lui dit ces mots tout en la regardant d'un air amusé :

  • Tu l’as tué, tu me dois donc quelque chose.

Et c'est ainsi qu'elle dût faire un contrat avec la pire des Diablesses.



Sans s'en rendre compte, Mayu était rentrée dans sa chambre. Cette dernière était assez grande, elle pouvait faire ses exercices sans être gênée par le lit, l'armoire ou les tables de nuit. Le parquet de bois clair était la seule couleur de cette pièce aux meubles noirs et blancs et aux murs gris clair. Cependant deux nouveaux éléments animaient un peu cette chambre monotone : une lampe et un uniforme, tous deux rouges. Sûrement un clin d'œil à la semaine.

Un haut rouge, une veste et une jupe longue noire.

Sérieusement, on est obligé de porter un truc aussi ridicule ?

Elle décida d'utiliser sa salle de bain, petite pièce personnelle contenant le strict nécessaire, avant d'essayer ses nouveaux habits.

Après une douche brûlante elle se faufila dans ses vêtements. Elle pouvait voir dans la glace la moitié de son corps. La veste marquait ses épaules légèrement carrées et le haut cachait légèrement son absence de poitrine. Les deux ensembles permettaient même de rendre sa silhouette très, même trop, fine plus féminine en mettant en avant ses hanches marquées. Sa jupe serrée avait été presque immédiatement coupée sur un côté pour lui permettre de se déplacer sans être gênée. Elle voyait ainsi ses jambes qui étaient, comme le reste de son corps, sèches mais musclées. Suffisamment pour qu'elle puisse se défendre mais pas assez pour donner l'impression d'être une redoutable adversaire.

Son mètre soixante-treize aurait pu lui donner une certaine prestance si elle l'avait voulu. Mais Mayu ne s'en rendait pas particulièrement compte. Elle remarquait seulement que cette tenue cachait aussi bien ses cicatrices que celle qu’elle portait habituellement. Cela lui suffisait. Elle n’avait pas regardé ses bras depuis des années, honteuse des cicatrices que lui avait laissée sa courte vie. Prise d'une envie de regarder la vérité en face, elle commença à enlever le tissu qui cachait ses marques du passé...

Quelqu'un frappa à la porte. Mayu sortit de la salle de bain, inspira profondément et expira en ouvrant. Devant elle, Azazel la regardait droit dans les yeux, prêt à avoir la discussion qu'il avait repoussé toute la journée.

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