Chapitre I

6 minutes de lecture

Le grandiose Pravda, Monde de l'égalité, seule planète où toute la population est traitée avec impartialité, où la richesse n'achète pas le respect et où chaque homme et chaque femme peut vivre paisiblement jusqu'à la fin de ses jours. Chaque habitant a un travail correspondant à sa Capacité, des vivres selon ses besoins et une maison adaptée à sa famille.

Mais cette utopie a certaines limites. Tout d'abord, chaque adulte doit accepter de n'avoir que deux descendants pour permettre à cette planète d'être auto-suffisante. Ensuite, pour assurer la sûreté du peuple, tout crime est puni par la décapitation. Cependant, la criminalité étant inexistante, le couperet tombe rarement.

Enfin, tout individu vivant sur Pravda se doit de ne croire qu'en la philosophie de l'Égalité et en ses représentants. Ces derniers sont choisis au hasard tous les deux ans, ainsi chaque citoyen se doit d'être prêt à devenir le porte-parole de cette grande nation lors du Conseil de Haut Commandement.

La capitale de Pravda, Equality, était connue comme la parfaite représentante de cette équité : chaque rue, ruelle, maison, jardin, trottoir se ressemblaient. La seule façon de différencier un quartier de l'autre était la couleur de ses toits : rouge pour les habitations, jaune pour les commerces, bleu pour la magie et vert pour les infrastructures municipales. Les habitants portaient également ces couleurs selon leur utilité dans la cité.

Cette ville était particulièrement aimée par ses habitants mais peu de visiteurs passaient par ce lieu.

Cependant, ne vous perdez pas dans ces détails inutiles, après tout nous sommes là pour parler de tout autre chose : le massacre de la population entière d'Equality.

Cette tragédie est devenue une légende connue de tous et même le plus ignorant des hommes a déjà entendu parler de cette ville décimée par la détentrice de la malédiction de Lios.

Mais entendre et savoir peut être deux choses diamétralement opposées.

Pour connaître réellement son histoire, le plus simple n'est-il pas de se mettre dans la peau du monstre lui-même ?

Mayu ouvrit grand ses yeux bleu-vert. Où était-elle ? Que faisait-elle allongée par terre au milieu de cette avenue ? Dans quelle rue, ville, Monde était-elle ? Elle ne savait plus.

Elle se leva et regarda autour d'elle : à perte de vue des maisons similaires aux toitures jaunes. Elle se trouvait donc dans le quartier commerçant d'Equality, où elle habitait depuis un an.

Cette avenue qu'elle avait prise des centaines de fois lui semblait pourtant différente. Bien que le décor soit le même, un lourd silence pesait. Elle se leva doucement, ajusta son long manteau blanc, rattacha les deux boutons qui le fermaient et se mit à avancer.

Autour d'elle, un nombre incalculable de cadavres gisaient par terre. Une véritable hécatombe. Dans cette atmosphère lugubre, aucune trace de vie à part elle, déambulant calmement au milieu de ce cimetière, à la recherche de sa mémoire perdue.

Son errance s'arrêta brusquement quand une pensée envahit son esprit.

Où est Haru ?

Pourquoi ne s'était-elle pas réveillée auprès d'elle comme à son habitude ? Un sentiment s’empara de tout son corps. L’angoisse de ne pas retrouver la seule personne importante à ses yeux. Elle sentit tous ses membres frémir. Qu'allait-elle devenir sans elle ?

Ne pas paniquer, il suffit de retrouver Haru et tout ira bien. Ce n'est pas la première fois que nous nous retrouvons entourées de cadavres !

Mayu ferma les yeux et inspira profondément pour calmer sa frayeur. D'abord, il fallait qu’elle remette de l'ordre dans ses pensées. Son dernier souvenir : elle et sa sœur, le matin, partant travailler. Elle leva la tête vers le ciel. À en juger par la position du soleil il devait être environ sept heures du soir.

Mais qu'est-ce que j'ai pu foutre pendant ces douze heures ? Haru doit s’inquiéter !

Elle attacha ses longs cheveux noirs en queue de cheval et se mit à la recherche de sa sœur. Mayu criait :

  • Haru, montre-toi ! Je suis là !

Aucune réponse. Elle continua à appeler, refusant d’envisager le pire. Elle regarda partout : dans le quartier jaune des commerces, la bibliothèque où Haru travaillait, le café où Mayu était serveuse, leurs restaurants favoris, le quartier bleu des Capacités, le quartier rouge des habitations, chez elles. Rien. La nuit était tombée, rajoutant à l’ambiance sinistre de la ville fantôme.

Après avoir ratissé toute la ville en criant de toutes ses forces, la panique commença à reprendre le dessus. Elle n'avait plus d'autre choix que de chercher sa sœur parmi les morts.

Tout va bien, elle doit juste être blessée…

Mayu se rappela sa fuite jusqu'à Pravda et sa vie paisible à Equality. Pour les porteuses de la malédiction de Lios, un an sans être menacées de mort régulièrement était un miracle. De plus, elle avait partagé ces moments avec sa sœur jumelle, Haru. Vivre avec la seule personne qui comprenait sa souffrance et son bonheur sans un mot était une chose merveilleuse. Elle aurait tant voulu avoir un peu plus de temps mais elle savait qu'après avoir retrouvé sa sœur, elles fuiraient de nouveau. Il faudrait choisir une nouvelle planète...

Comme le dit Haru : si ce Monde ne veut pas de nous, alors…

Mayu s’immobilisa. Dans une ruelle gisait le corps inerte de Haru.

Elle s'approcha d'elle et, tout en sentant des larmes couler sur ses joues, sa mémoire lui revint. Elle se rappela être sortie avec sa sœur. Elle la voyait encore marchant à ses côtés, souriant joyeusement comme à son habitude, ses cheveux roux et courts dans le vent. Tout d'abord, des pas et des murmures, puis des cris, et une voix parmi la foule :

Au nom du Seigneur de ce Monde et de tous les autres, moi, simple protecteur de l'Humanité, je vais te tuer, rejeton démoniaque de Lios !

Elle revoyait sa sœur dans sa longue robe bleue lui prendre la main et courir. Elle se souvenait avoir emprunté cette ruelle. N’entendant plus les pas de sa jumelle, Mayu se retourna et lut sur ses lèvres :

  • Je suis désolée.

Appuyée contre le mur, sa jumelle s’était arrêtée, attendant la mort comme une délivrance. Elle avait vu ses yeux marron foncé perdre leur éclat et le corps d’Haru s'effondrer.

Une déferlante de tristesse, de désespoir et de rage avait traversé son corps. Elle sentit la malédiction prendre son âme avant de perdre connaissance. Bien qu'elle ne se rappelait rien, elle connaissait parfaitement la suite. Sans sa sœur, la seule capable de l'arrêter, Mayu avait massacré ses assaillants ainsi que le reste de la population avant de s'évanouir d'épuisement.

Elle s'écroula près de son corps et sanglota :

  • Haru, réveille-toi putain ! Ouvre les yeux et dis-moi que tout va bien ! T'as pas le droit de me laisser seule. Allez, réveille-toi...

Après avoir passé la nuit à attendre désespérément un signe de vie, Mayu finit par se lever. Les paroles de Haru lui revinrent :

  • Si ce Monde ne veut pas de nous, alors nous en créerons un qui nous accepte. Il y a trois catégories d’être : ceux qui naissent avec tout, ceux qui se battent pour vivre et nous, les monstres. Nous sommes les erreurs, les gens qui ne sont nés que pour détruire et survivre. Ce monde n'attend de nous que chaos et confusion, la seule façon de lui répondre est donc de refuser. Être les humaines que nous sommes derrière ce masque démoniaque. Pour cela, il nous faudra sacrifier bien plus que les autres mais je sais que tu vaux bien plus que ce que le Monde a à t’offrir. Tu verras, un jour nous trouverons notre place dans ces Mondes et jusque-là, je te protégerai.

Un sourire apparut sur le visage de Mayu quand elle saisit l'ironie de ces paroles. Debout devant le corps d’Haru, elle lui adressa un dernier message, d’un ton accusateur :

  • Je vaux bien plus mais ça ne t’a pas empêché de te suicider. Tu pensais que j’avais besoin de ta protection pour ne pas sombrer dans l’obscurité. Eh bien, on va voir comment je m’en sors sans toi.

Sur ces paroles elle abandonna le corps inerte de sa sœur. Comme pour se rappeler ce qu’elle était, Mayu se remémora la légende de Lios que sa jumelle lui avait conté tant de fois.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Défi
HT64
Il n'est jamais trop tard pour poser le bilan d'une année qui vient de s'écouler, 2020 a été une année éprouvante pour tout le monde ...

Et si, on parlait un peu positif ? Car je suis sûre que malgré tout ce qui a pu se passer, il y a des choses positives qui se sont passées dans votre vie ! que ce soit sur le plan professionnel ou personnel !

Bonne lecture à tous :D
3
6
0
14
Lhoreen Träume
CELESTIA WRAITH A TOUJOURS ÉTÉ LA PERSONNE QU'ON CONSIDÉRAIT COMME ÉTRANGE. A l'école, on la lynchait car ses parents possédaient le domaine de Dacryae, alias le "manoir hanté".
Lorsqu'elle a commencé à travailler au Curiosity, à sa majorité, on la traitait de gothique parce qu'elle portait du noir et qu'elle aimait le hard-rock.

C'EST D'AILLEURS LA-BAS QU'ELLE A RENCONTRÉ AILEN CRYPT, un gars mystérieux qui a finit par tellement la soûler qu'elle a démissionné. Ainsi, elle ne le verrait plus, n'est ce pas ?

POURTANT, c'est bien lui qui vient sonner chez elle par une nuit gelée d'hiver, prétendant voir "des gens partout chez lui".

Malgré leurs caractère bien différents, les deux jeunes gens vont devoir se supporter, car si l'un est nécromancien, l'autre peut contrôler l'électricité.

ENSEMBLE, ils vont devoir résoudre deux questions, que nous nous sommes tous posé au moins une fois :

EXISTE-T-IL VRAIMENT UNE DIFFÉRENCE ENTRE LES RÊVES ET LA RÉALITÉ ? ET ENTRE LA VIE ET LA MORT ?
0
0
0
44
Défi
Jonas

À l’aube du XVIIIème siècle naquit en Cornouaille un homme qui compta sans nul doute parmi les plus cruels et les plus ambitieux de cette époque qui pourtant ne manqua pas de tyrans sanguinaires.
En cette année 1709, la famine fauchait sans pitié les gueux et les petites gens. Dans les terres reculées comme dans les bourgs disséminés dans le duché de Bretagne, les familles ne comptaient plus leurs morts. Les corps efflanqués s’amoncelaient sur des charniers hâtivement bénis par des curés pressés de fuir loin des fièvres putrides, malignes et pestilentes. Les récoltes clairsemées par un hiver glacial avaient rempli à grand peine les greniers des seigneurs et les caves des évêchés. Les pauvres des campagnes se contentaient de soupes de feuilles et de racines. Ceux des villes grillaient les rats qu’ils avaient eu la chance de piéger.
Sur la petite île perdue au large des côtes noires de Cornouaille, on subsistait de pêches faméliques. Les poissons avaient déserté les filets et l’ordinaire était constitué d’étrilles et de berniques arrachées aux rochers.
Ce soir-là, la tempête projetait des tombereaux d’écume jusqu’aux chaumières. Les hommes s’étaient rassemblés sur le rivage, armés de crochets, de cordes et de couteaux. Ils attendaient, impavides et silencieux, les yeux fixés sur l’horizon tourmenté. Une dizaine de gamins aux joues creusées avait allumé le suif des lanternes et déambulait sur la côte balayée par le vent. Les femmes se tenaient en retrait, appuyées aux charrettes couvertes de mousse. Roz, le fils ainé d’Erwan, avait le premier aperçu le bateau au large du Pen Du. La goélette disparaissait au creux des vagues furieuses puis, entêtée, réapparaissait à chaque fois comme un affront aux éléments déchainés.
L’épouse d’Erwan était restée sous la hutte de pierre avec deux anciennes d’une trentaine d’années. Son ventre gonflé donnerait cette nuit naissance à un pauvre de plus.
Fille ou garçon, Erwan  s’en fichait. Seul comptait cet esquif balloté par la tempête.
Lise, elle, donnerait le jour à son huitième enfant. Trois avaient survécu. Elle savait que ses seins flétris ne nourriraient pas celui-là. 
—Elle vire ! avait hurlé Roz en agitant de plus belle sa lanterne.
Il avait raison. Le nez de la goélette pointait maintenant dans leur direction. De longues minutes passèrent. Le bateau se rapprochait rapidement. Quand il fut à une centaine de mètres du rivage, Erwan distingua une silhouette à l’avant de la goélette, un bras tendu vers les rochers qui affleuraient à la surface. Le bateau vira brusquement mais il était trop tard. Il s’éventra sur les roches noires, se disloqua en quelques secondes. Des marins plongèrent puis, recrachés par la mer, s’empalèrent sur les roches acérées. Quelques-uns se jetèrent à l’eau agrippés à des tonneaux. Erwan sourit. Qui disait tonneaux disait nourriture, vin ou marchandise. Les hommes du clan avancèrent jusqu’à l’écume mousseuse. Roz les rejoignit en courant et sortit un couteau de sa ceinture.
Dans la hutte, la femme poussa un hurlement de douleur.
Un tonneau roula jusqu’aux graviers de la plage. Un marin à moitié noyé y était accroché. Erwan l’égorgea d’un geste sec.
À six cent pas, dans la hutte accolée à un bloc de granit, Lise criait sa souffrance.
—La tête sort, lui hurlait l’ancienne, pousse, nom de dieu !
Un morceau d’étrave s’échoua à son tour. Une jeune femme aux soieries détrempées s’y était agrippée. Le gros Vig souleva la masse de cheveux collés sur le visage.
—Merde ! Elle a passé !
Erwan pensa que la femme avait eu de la chance en se noyant.
Les vagues charriaient différents débris : toiles, bois et cordes, cadavres et tonneaux. Les naufrageurs travaillaient en silence. Ils déshabillaient les corps aux yeux exorbités, égorgeaient les rares rescapés avec la même indifférence que s’ils avaient été des lapins, empilaient les vêtements, les caisses et les tonneaux sur les charrettes. Le lendemain, il n’y aurait plus la moindre trace du naufrage.
Erwan s’approcha de la jeune noyée. Ses yeux bleus ne fixaient plus rien. À son cou, un médaillon pendait. Erwan l’arracha. Il représentait une licorne dorée allongée au pied d’un chêne. Erwan le mit dans sa poche. En haut de la grève, des charrettes s’éloignaient.
Dans la hutte, la femme expulsa le nourrisson dans un dernier hurlement. Le bébé brailla aussitôt.
—Quel gueulard çui-là, lança une ancienne. Si s’en sort, l’appellera Goul !
Erwan entra à cet instant dans la hutte, constata que l’enfant vivait et que c’était un mâle. Il tendit le médaillon à sa femme allongée. Elle le fixa, surprise ; jamais il ne lui avait fait de présent.
Elle jeta un coup d’œil à l’objet. Aucun d’eux ne savait à ce moment que le médaillon scellerait leur destin et qu’il conduirait le nouveau-né jusqu’à la gloire, la fortune et la folie.
5
10
0
3

Vous aimez lire Camille Ksaz ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0