Bon pied, bon oeil

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Quelques instants plus tard, ils reprenaient leur souffle contre une voiture, à une centaine de mètres de la galerie, tandis que les premières sirènes de police commençaient à se rapprocher. C'est alors que Florence se mit à rire. Un rire nerveux, puis franc, large. Libéré.

– Bien fait pour leur gueule ! hurla-t-elle à l'intention de la rue toute entière. Ces connards n'ont eu que ce qu'ils méritaient !

L'homme n'en croyait pas ses oreilles, ni ses yeux. Devant lui, la belle jeune femme riait aux larmes, se tenait les côtes, comme s'il venait de lui raconter une bonne blague. Un soupçon glaçant passa dans l'esprit d’Éric.

– Attends... Tu étais au courant de ce qui allait se passer ?

Florence soupira. Baissant les yeux, elle se tut, et prit son portable dans son sac à main. Puis, après de longues secondes, elle regarda à nouveau son compagnon.

– Tu sais quoi ? Suis-moi, j'ai quelque chose à te montrer, fit-elle d'un ton à nouveau serein. Mais tu dois promettre de ne rien dire. Du moins... Pas avant d'avoir compris.

Toujours hébété, le metteur en scène promit. Près d'une grande place, ils trouvèrent un taxi, qui les laissa une demi-heure plus tard à la périphérie de la ville, dans une zone pavillonnaire. Pendant cinq minutes, Éric suivit la femme dans la cité éteinte, tel un zombie, suivant le clac-clac des talons de Florence sous la lumière orange des réverbères. Il ne savait que penser. Quel était son rôle dans toute cette affaire ? Était-elle une sadique, une meurtrière... une terroriste ? Elle n'en a pourtant pas l'air, se dit-il, bien qu'à cet instant, il ne fût plus sûr de rien. En tout cas, elle ferait une excellente comédienne. Je n'ai vraiment rien vu venir.

– Tu m'excuses un moment ? Il faut que j'aille téléphoner, dit brusquement Florence.

Sans lui donner le temps de répondre, elle posa son sac sur le toit d'une voiture, en sortit son portable et s'éloigna. Puis revint peu de temps après, l'air satisfait. En route mauvaise troupe, lui fit-elle d'un ton guilleret. Pendant de longues minutes, ils continuèrent à tourner dans le quartier, revenant parfois à des rues qu'ils avaient déjà empruntées ; au point qu’Éric commençait à se demander si sa guide savait vraiment où elle allait. Quand enfin elle s'arrêta devant la clôture d'un pavillon. Après avoir jeté de brefs regards à droite et à gauche, elle s'avança et sonna à l'entrée. À l'intérieur, la lumière se fit aussitôt. La porte se déverrouilla, et un homme apparut sur le seuil. La quarantaine, l'air paisible, une main passée dans le dos.

– Tout va bien, Odin. C'est un ami. Tu peux ranger l'artillerie, lui sourit Florence.

– Salut ma jolie, fit l'homme en retour. Entre, je regardais justement les infos. On ne parle que de vos exploits.

En pénétrant dans le pavillon, Éric remarqua que leur hôte portait lui aussi un cache-œil.

– Vos portables, fit le dénommé Odin.

– Le voilà, sourit Florence, qui déposa le sien sur le guéridon de l'entrée. Bien démonté, comme tu aimes.

– Et lui ?

– Lui a perdu le sien dans la panique, répondit Éric au borgne. Vous voyez sûrement de quoi je veux parler...

– Donc ça vous dérangera pas si je vous fouille quand même.

Ne trouvant rien de suspect dans ses poches, l'homme fit signe aux deux visiteurs de le suivre dans sa cave. C'était en fait un deuxième salon, confortable et chaleureux – à la nuance près qu'au fond de la pièce, le propriétaire des lieux avait aménagé un cabinet de médecin, équipé d'un fauteuil de dentiste complet.

Mais à peine Éric et Florence s'étaient-ils installés dans le canapé que la sonnette retentit à nouveau. L'homme remonta, et revint quelques secondes après, accompagné de... Karim. Adressant un discret salut à la jeune femme, l'assistant du photographe alla s'installer dans le fauteuil médical, et renversa la tête.

– Vas-y, je suis prêt, dit-il à Odin.

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