Chapitre 3 - Partie 3

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  Je jetai ma couronne sur mon lit, puis me débarrassai de ma cape d'apparat et de ma cravate. J'aurai préféré pouvoir me changer entièrement et revêtir une tenue plus confortable que cet ensemble de cérémonie, mais chaque seconde comptait. D'un geste vif, je me saisis de mon épée et la ceignis à ma taille. Alors que je m'apprêtais à quitter mes appartements, le ruban bleu clair sur la commode attira mon regard, un ruban de Lunixa. Elle l'avait oublié un soir, lorsque nous avions dormi dans mon lit plutôt que le sien après la fête du Renouveau. Il était simplement resté ici depuis.

  Je l'attachai à mon poignet avant de sortir.

  J'aurai pu me téléporter directement chez Magdalena, mais une fois sur place, un problème de transport se serait posé : Freyja serait avec moi, je ne tiendrais jamais si je devais la téléporter à chaque déplacement. Cela allait me faire perdre du temps, mais je n'avais pas le choix : il me fallait un cheval.

  Je m'empressai de traverser le château pour gagner les écuries. À l'angle d'un couloir, Valkyria manqua de me rentrer dedans ; elle arrivait à toute vitesse en contresens.

  –Désolé Val.

  Je commençai à peine à la contourner qu'elle m’en empêcha.

  –Non, Kal, attends ; je te cherchais. On a un problème. Un énorme problème.

  –Je suis désolé, mais je ne peux pas vraiment pas discuter maintenant. Fais-en part à quelqu'un d'autre.

  –Non, Kal, s'il te plaît, c'est toi que je dois prévenir ! L'un des Illio...

  Je m'éloignai trop vite pour entendre la fin de sa phrase. En moins d'une minute, je franchis les derniers mètres qui me séparaient de l'entrée du palais. Mes jambes se bloquèrent. Plusieurs personnes au teint doré se tenaient là, vêtues de cape épaisse et conversant dans une langue que je ne connaissais que trop bien : l'illiosimerien.

  Dame Nature, la délégation ! Elle m'était complètement sortie de la tête !

  Qu'étais-je censé faire ? Nous ne pouvions pas leur cacher la disparition de Lunixa, ils allaient forcément s'en rendre compte. Il fallait que je prévienne mon père... Lui saurait comment gérer cette situation.

  Comme je m'en doutais, je le trouvais sur le parvis du palais, à accueillir nos invités. Il discutait d'ailleurs avec un Illiosimerien de dix ans son cadet. D'un simple coup d’œil, je compris que cet homme était un soldat ; sa posture le trahissait. Mais ce n'était pas un simple soldat : ses yeux bruns brillaient d'une grande intelligence, son visage était marqué par les responsabilités et il dégageait beaucoup de charisme. Il faisait indéniablement partie des officiers de haut rang.

  Je m'empressai de les rejoindre. Le regard de l'Illiosimerien glissa vers moi et mon père se retourna.

  –Ah Kalor.

  Son ton était rempli de reproches. J'aurais dû me trouver à ses côtés avec Lunixa.

  –Je suis navré pour ce retard, père. Une urg...

  Il posa une main sur mon épaule pour me faire taire, puis reporta son attention sur notre invité.

  –Marquis, laissez-moi vous présentez mon second fils, Kalor. Kalor, j'ai l'honneur de te présenter le Marquis César Marcus, général en chef des armés et conseillé de sa Majesté Zeus VII.

  Le général en chef ? Mais qu'est-ce qu'un homme comme lui faisait aussi loin de son pays, de ses troupes ? Faisait-il souvent de tel déplacement ?

  –Altesse, c'est un honneur de faire votre connaissance, déclara le Marquis Marcus en s'inclinant et avec un accent plus prononcé que Lunixa.

  Je me poserai ces questions plus tard, je ne pouvais m'attarder plus longtemps ici.

  –Tout l'honneur est pour moi, répondis-je d’une voix posée malgré ma tension. Je suis vraiment navré de ne pas avoir été présent à votre arrivée, une urgence m'a retenue. J'aurais d'ailleurs besoin de m'entretenir avec mon père à ce sujet.

  –Mais je vous en prie, faites donc.

  Mon père me lança un regard aussi sévère qu'interrogateur. Alors que je commençais à lui indiquer le château, Thor arriva.

  –Auriez-vous vu le Marquis Blatos ? demanda-t-il.

  –Il n'est pas venu, nous apprit le général. Il a été sollicité par sa Majesté pour le représenter dans un autre pays, peu de temps avant le départ. J'ai été choisi pour le représenter à sa place durant ce séjour.

  –Dans ce cas, je vous prie de bien vouloir me suivre, Père et Kalor aussi.

  –Thor...

  –Ne discute pas, me coupa durement mon frère.

  Je savais déjà de quoi il voulait leur parler et j'aurais préféré qu'il le fasse après mon départ, pourtant, je lui emboîtai le pas. Il ne prit pas la peine de nous faire monter dans son bureau : il nous conduisit dans le petit salon le plus proche.

  –Que se passe-t-il donc, mon fils ?

  Le regard de Thor se posa sur moi avant de glisser vers le Marquis et notre père.

  –Je suis navré de devoir vous annoncer une telle nouvelle, mais la Princesse Lunixa est officiellement portée disparue.

  Leurs yeux s'écarquillèrent d'un coup. Je fermai les miens. Même si je le savais déjà, ces mots me firent aussi mal qu’un coup de poing.

  –Comment ? s'exclamèrent-ils, chacun dans leur langue maternelle.

  –Sa femme de chambre a amené deux chevaux aux écuries public cette nuit, dont l'un des nôtres. Elle était accompagnée d'une femme encapuchonnée qui correspond à la description de Lunixa : grande, la peau mate, les yeux turquoise. Même si le palefrenier n'a pas pu nous confirmer la couleur de ses cheveux à cause de sa capuche, il n'y a pas de doute possible. Elles avaient payé d’avance pour deux heures, mais ne sont jamais revenues chercher leurs montures.

  Mon père se tourna vers moi, le regard noir.

  –Que faisaient-elles à cette heure-ci, en ville et seules ?

  –Lunixa était un peu stressée dernièrement. Elle a dû vouloir faire un tour en ville pour se changer les idées.

  –Et c'est seulement maintenant que tu t'en rends compte ?

  –Non ! Bien sûr que non ! m'exclamai-je. Je la cherche depuis mon réveil ; c'était l'urgence dont je voulais vous parler.

  –Et sa présence à Lumipunki m'a été confirmée juste avant que je vienne vous trouver, intervint Thor en posant une main dans mon dos.

  Ce contact m'apaisa quelque peu.

  Mon père avait le souffle court. Ses yeux ne cessaient de jongler entre le Marquis Marcus, devenu bien pâle, et moi. Mon cœur battait de plus en plus vite à mesure que les secondes passaient. Je ne pouvais partir à moins d'avoir son autorisation.

  –Vas-y, déclara-t-il à mon grand soulagement. Je vais envoyer des soldats pour te soutenir.

  Je respirai à nouveau.

  –Merci père.

  –Votre Majesté, si je puis me le permettre, intervint le général, le regard de nouveau vivant... acéré. La Princesse Lunixa est originaire d'Illiosimera, en tant que représentant du Roi et de son autorité, je voudrais que l'un des nôtres accompagne aussi votre fils.

  –Cela va de soi, accepta mon père. Kalor parle Illiosimerien couramment, la barrière de la langue ne devrait pas limiter votre choix.

  –Ne vous inquiétez pas, mon fils parle talviyyörien, cela facilitera les recherches.

  –Très bien.

  Je me retins de protester. Avoir du soutien risquait de m'handicaper plus que de m'aider : j'aurais du mal à expliquer la présence de Freyja et cela m'empêcherait de faire usage de toutes mes capacités.

  –Je vais préparer les chevaux, annonçai-je en les quittant.

  Si je me dépêchai, j'avais encore une chance de partir avant que le fils du Marquis ne me rejoigne.

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