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Je me réveillai en sursaut, tandis que les derniers lambeaux du songe se dissipaient dans la lumière du matin. Je ne comprenais pas le sens de ce rêve qui m'échappait au fil des minutes. La seule image que j'en retins fut celle d'un loup dans la nuit.

Le ciel était parfaitement bleu, pas un seul nuage, et ce furent les rayons du soleil sur mon visage qui me décidèrent à me lever. Je regardai un moment autour de moi, encore à moitié endormie, incertaine de l’endroit où je pouvais bien me trouver. Puis, les événements de la veille me revinrent en mémoire.

Je sortis de ma chambre et partis à l'aventure dans les passages déserts du bâtiment. J'eus la chance de tomber sur Lys après seulement quelques tournants.

— Bonjour, me dit-elle avec un sourire. Tu as faim ?

Elle me passa une cape semblable à la sienne, mais de couleur verte. Nous empruntâmes ensuite de longs couloirs étrangement silencieux auxquels je n’avais même pas prêté attention la veille. Le monastère était un véritable labyrinthe, tout s’y ressemblait. Les murs en pierre jaune, les mêmes lourdes portes en bois, les arches des couloirs… Je me sentis rapidement perdue. Pourtant, Lys semblait parfaitement savoir où elle allait. Je la suivais distraitement et pensai que cet endroit semblait relativement bien conservé. Quand avait-il été construit ?

Parfois, nous croisions d’autres résidents. Lys s’inclinait légèrement pour les saluer et je m’empressais alors de l’imiter. Tout le monde était vêtu comme nous : ils avaient enfilé, par-dessus leurs vêtements, une longue cape. Elle était beige le plus souvent, bleue parfois. Je remarquai que les jeunes de mon âge portaient presque tous du rouge. Je ne pus en déterminer la raison mais ces couleurs devaient forcément signifier quelque chose.

Nous arrivâmes enfin dans un grand jardin entouré par les murs du monastère. La lumière entrait ici à flots et je dus mettre une main devant mes yeux pour ne pas être aveuglée après la relative pénombre de l’intérieur. Je remarquai, en passant, que de nombreux buissons délimitaient des zones bien précises où des hommes et des femmes étaient assis à même le sol. Ils semblaient tous très concentrés : ils méditaient.

Le silence était également total ici. On n’entendait que nos bruits des pas. Nous atteignîmes rapidement le centre de la cour où se trouvait un grand bassin en pierre rempli d’eau. Je me penchai pour regarder et j'y vis mon reflet troublé par les légères rides que formait le vent. Le vent sur l'eau me rappela Ian.

— Viens, dit Lys.

Elle me tira par la manche. Nous repartîmes dans les couloirs et je m'étonnai à nouveau du fait que ma guide ne se perdait jamais.

— Je vis ici depuis ma naissance, me révéla Lys. Voilà, on est arrivées.

Le réfectoire ressemblait presque à une cantine scolaire pourvue de tables, de chaises et de néons. Il y avait l'électricité dans ce bâtiment finalement ! Je ne pensais pas qu'il était possible de vivre uniquement à la lumière des torches au vingt-et-unième siècle.

Lys prit un plateau et se glissa dans la file qui se pressait autour du buffet improvisé. Je vis là des croissants, du beurre, de la confiture, du fromage… Elle attrapa deux tranches de pain, un peu de garniture, et se dirigea vers l’une des tables libres. J’essayai de faire abstraction du silence et des regards posés sur nous, et la suivis sans faire trembler mon plateau.

Les conversations reprirent. Je mordis dans une tartine avec de furtifs coups d’œil vers les sorciers qui m’entouraient. Je cherchais à reconnaître un visage familier dans la foule, mais c’était peine perdue. Tous ceux que je voyais m’étaient inconnus.

Après le petit déjeuner, Lys et moi retournâmes dans le jardin. Elle voulait m'apprendre les techniques de base de la méditation des sorciers. Mais cela ne servit pas à grand-chose. Je n’étais pas concentrée, m’agitais souvent sur le sol dur, et finis rapidement par abandonner, sous le poids du regard plein de reproches des autres.

Furieuse et quelque peu dépitée, je laissai la jeune femme à ses méthodes de relaxation new age. J’avais besoin d’informations, pas de me calmer ! Comment l’aurais-je pu d’ailleurs ? Avec l’échéance qui se rapprochait de plus en plus, je ne tenais pas en place. Je regrettais déjà d’avoir troqué ma liberté contre une illusion de sécurité.

Enfermée dans cette austère prison, mes recherches au point mort, je ne pouvais que me désoler de la tournure des évènements. J’avais naïvement espéré que le savoir de la Fondation compenserait l’absence du Livre, mais je n’avais rien pu glaner de neuf. Je soupirai. Il fallait me rendre à l’évidence : seul Jake possédait la clé du portail.

Et Jake n’était plus là.

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