Le tatouage

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C'est le jour J, je suis un peu nerveux. Un tatouage, c'est toujours un peu flippant, car s'il est foiré, c'est affreux. J'espère que la demoiselle, sait ce qu'elle fait et qu'elle va me faire un truc qui claque ! Comme convenu nous somme trois, moi, le Boss et Tiger.

Nous sommes devant la porte, elle n'est pas encore ouverte, car nous avons dix minutes d'avance. Un grand mec baraqué arrive peu de temps après nous. Il se met devant la porte et commence à l'ouvrir. Ça doit être le patron, il rentre sans nous accorder guère plus qu'un regard et nous invite à entrer. Il se dirige vers l'accueil et nous le suivons. Il me demande le nom de la personne qui a prit rendez-vous.
- Dead Hills, cest moi qui ai pris rendez vous à 9h avec votre collègue.
- Mmh, acquiesce-t-il. Pas du genre loquace celui-là. Il nous montre des sièges où l'on peut attendre. Et part vaquer à ses occupations. Première fois que je vois un mec si peu causant ! Dans le genre pas très sociable, on peut difficilement faire pire.
Nous patientons depuis quelques minutes quand on entend des bruits de pas dans l'escalier d'à côté. La fille qui va me tatouer arrive dans le salon, nous tourne le dos pour se diriger vers l'accueil, fouille dans ses papiers et relève enfin la tête pour nous regarder.

Et la, c'est le choc ! J'entends le Boss arrêter de respirer.
Elle ne porte pas ses lunettes de soleil cette fois, nous révélant donc son regard, qui ne laisse aucun doute sur l'identité de la personne que nous avons en face de nous. Je regarde le Boss, qui est devenue livide, je crois qu'il va nous faire un malaise, là tout de suite ! Je lui mets un coup de coude pour qu'il se ressaisisse, mais l'objet de son trouble arrive à grand pas vers nous comme si de rien n'était.

Elle est magnifique, ses longs cheveux bouclés bruns tombent sur ses épaules, elle a de grand yeux cerclés de cils presque noirs qui font ressortir la couleur de ses yeux si atypiques. j'ai l'impression qu'ils sont encore plus clair que ceux du Boss.
Elle me tend une feuille, avec le dessin qu'elle a prévue pour moi, j'en avais presque oublié pourquoi j'étais là moi...
Je regarde le dessin qu'elle me tend et ce que j'ai sous les yeux est sublime. C'est exactement ce que je souhaitais. Un loup au pelage sombre et aux yeux d'un bleu clair presque translucide orne la feuille, on y voit mêler à son pelage une forêt abstraite sombre, mais dotée de petit détail splendide, c'est une œuvre d'art, elle est vraiment douée.
Je la regarde et acquiesce de la tête signe que cela me plaît. Elle doit le voir dans mes yeux, car pour une fois elle me montre un vrai petit sourire. Le Boss la regarde fixement. Il est comme qui dirait bloqué. Elle le regarde alors et me demande :
- ça va, il va bien ton pote ? Car il me regarde bizarrement depuis tout à l'heure.
Elle n'a pas fait le lien, car le Boss a ses lunettes de soleil. C'est un tic qu'il a depuis des années, il a toujours sur le nez ses putains de lunettes.
- ça va allez, n'est-ce pas Boss ? Le Boss acquiesce légèrement la tête.
- Ok ça va alors, on va s'installer, on a du travail. Il ne va pas se faire tous seul ce tatouage.
Elle repart vers l'accueil fait un bisou sur la joue du patron, ce qui bizarrement me fait un pincement au cœur, je suis fou ou quoi ! Un pincement au cœur, c'est quoi ce délire !
- Bon alors, tu viens t'installer ? Me dit-elle interrompant net mes pensées bizarres. Je me dirige donc vers son box.
Je jette un coup œil au Boss vite fait qui semble-t-il soit toujours bloqué. Je fais signe à Tiger de le secouer un peu, ce qu'il fait et qui a pour excellent résultat de le faire se lever d'un coup et filer dehors avec un Tiger sur les talons.
La beauté fatale me dit de me déshabiller.
- Ah, tu sais, je ne suis pas un homme facile, mais pour toi, je vais peut-être faire une exception, lui dis-je avec humour et un clin d'œil. Ce qui la fait sourire à moitié.

Je retire mon tee-shirt qui révèle mon torse déjà bien tatouer, je bombe un peu le torse pour essayer de l'impressionner, je sais que mon corps ou mon physique plaît en général bien aux femmes. Mais tout ce qu'elle regarde à ce moment-là, c'est son mes tatouages, on aurait dit une machine à analyser la moindre parcelle de peau tatouée. Cette fille est une addicte aux tatouages, cela se voit de suite. Je la regarde éberluer, et j'entends derrière moi un petit rire rauque.

- Tu perds ton temps petit, cette fille est une machine au travail, elle ne voit que pars son art. Plus d'uns se sont cassé les dents, tu peux me croire. Elle en a laissé des cœurs brisés.
- James arrête donc, je n'ai cassé les dents à personne, tout du moins pas ici lance-t-elle avec un petit sourire malicieux. Allez au travail Don Juan, j'ai hâte de te tatouer cela !

J'acquiesce donc et m'installe confortablement pour qu'elle commence à travailler. Quelques minutes plus tard le Boss et Tiger reviennent et s'installent à côté de moi. Le Boss a l'air plus calme en apparence, c'est déjà ça.

Comme elle est à quelques centimètres de moi, je peux aisément admirer de près son visage. C'est une perfection. Une bouche pulpeuse, un petit nez délicat, les joues légèrement rosées. Je ne remarque que maintenant qu'elle présente une légère coloration à son œil droit et à sa joue gauche. Signe d'ancienne marque de bleu. Je vois rouge et lui demande d'une voix que je veux le plus neutre possible.
- Qui t'a frappée ? Elle ne relève pas la tête, mais marmonne.
- Ce ne sont pas réellement tes oignons à ce que je sache, tu peux me laisser me concentrer ? Ou alors j'arrête, te laisse qu'un centième de ton tatouage et te vire à coup de pied dans le cul de mon salon.
Je suis sans voix, elle m'a cloué le bec, mais je compte bien revenir sur ce sujet un peu plus tard !
Le Boss la regarde fixement à travers ses lunettes, il a entendu ce que j'ai dit et doit se demander qui a oser la frapper. Serait-ce son bûcheron de patron ? Ou quelqu'un d'autre... Dans tous les cas si je découvre celui qui a fait cela, il va passer un mauvais moment.

Je ne dis plus rien, et là laisse avancer sur mon tatouage. Je ne cesse de l'observer, j'aime ses mimiques de concentration, sa façon de froncer les sourcils quand elle travaille. Dans ses yeux brillent l'étincelle de la passion. Le Boss la regarde aussi et une certaine tendresse apparaît sur ses traits. J'aimerais qu'il retire ses lunettes pour voir le regard qu'il peut avoir et admirant sa fille, sa chair et la personne qu'il a cherché sans relâche pendant 5 ans.

Le patron répond au téléphone ce qui interrompt mes pensées, quand il raccroche, il annonce à Hope d'une voix bourru :
- Ton rendez-vous de 16 h vient d'annuler.
- Mmh pas grave, c'était un pauvre con pervers a qui j'ai refusé des avances cela ne m'étonne pas.
- Ok.
C'est tout ?! Il répond calmement "ok" à ça ! Un mec la drague en mode gros lourd et lui, et il répond seulement « Ok » !
Devant ma tête choquée, James me fixe longuement avant de dire :
- Tu sais petit, je veillerais sur cette gosse quoi qu'il m'en coûte, mais sache une chose, si je me mêle de cela, c'est elle qui me castre ! Et je tiens particulièrement à mes parties génitales. Je l'ai en partis éduquée, et je peux clairement te dire que la première chose qu'elle frappe à tous les coups sont précisément nos bijoux de famille.
- tu es bien loquace dis moi aujourd'hui James, tu es de bonne humeur à ce que je vois, marmonne Hope, toujours concentré sur mon tatouage.
James rigole et commence à préparer son box pour accueillir son futur client.
- Je pense qu'on va faire une petite pause, j'ai besoin d'un café serré.
- Ok beauté, comme tu le désires, lui lançais-je suavement non sans me faire foudroyer du regard par le Boss.
Elle part donc se chercher un café et m'en propose un que j'accepte volontiers. Elle en propose aussi au Boss et à Tiger, qui acquiesce.
Je ne peux m'empêcher de mater son corps, il est parfait, des formes et courbes là où il faut.
Je me dis à ce moment-là que ce corps, je suis réellement persuadé de l'avoir déjà vu. Dans un tout autre contexte, mais où....
Le Boss ne dit toujours rien.
Hope revient à côté de nous et nous observe.
Elle tourne la tête de profil pour parler à James et c'est là que ça fait tilt dans ma tête !
- DESPAIR ! Me mis-je à Hurler !
Elle me regarde choquée !
- Tu es à fille de samedi qui a combattu contre King ! Putain, j'étais sur de t'avoir déjà vu quelque part !!!
- Ah, tu as vu ce combat... Sacrée soirée n'est-ce pas ! me dit-elle, tout en jetant un œil à son patron chez qui une colère ombre l'expression.
- Carrément, tu t'es pas mal débrouillée. Pour une gonzesse.
- Ah ouais, pour une « gonzesse »... Me dit-elle en me lançant un regard si noir que je ressens sa colère irradiée de son corps.
Je ne relève pas de peur de la froisser un peu plus, et je tiens a ce qu'elle finisse mon tatouage tout de même. Je me tourne alors vers le Boss qui est redevenue un peu gris. La révélation sur le fait que sa fille fasse des combats de rue là quelque peu perturbé, je pense.

Hope se lève à nouveau va poser sa tasse de café et me dis froidement que l'on va reprendre.
Elle se réinstalle, un silence de plomb s'installe, et ce, jusqu'à la fin de son œuvre. Seuls les bruits des machines et un fond rock raisonnent dans le salon. Je trouve cela reposant, j'ai toujours aimé le calme.
Une fois finis Hope se redresse et sourit, mais ce sourire n'a rien à voir avec les autres que j'ai pus voir jusqu'à maintenant, ce sourire-là, il est radieux. Il est totalement sincère et montre a quel point elle aime tatouer.
Son putain de sourire vient de me coller cent coups de poignard dans le cœur et le ventre. Il me laisse sans voix.
Elle me regarde alors et me demande si je veux me regarder, je hoche la tête et là suit jusqu'à la glace.
Ce tatouage est splendide ! Les détails sont subtils mais magnifiques. Les traits du loup semblent sortir de ma peau, les yeux de la bête sont d'une profondeur bluffante !
J'ouvre la bouche pour commenter, mais rien ne sort, on dirait une carpe qui essaye de respirer.
Je la regarde donc et lui fais un signe de tête essayant de lui exprimer ce que je ressens avec mon regard. Elle semble me comprendre, car elle sourit elle aussi, de son maudit sourire poignardant, qui rajoute au moins cinq coups de plus dans mon cœur.
Elle fait demi-tour jusqu'à l'accueil pour prendre son appareil photo et me demande si elle peut le photographier pour le rajouter à son Book, ce que j'accepte volontiers.
Nous discutions un peu quand le Boss décide d'arriver à mes côtés. Il se décide enfin à prononcer un mot, muet qu'il était depuis prêt de 6 h.
- Bonjour, je m'appelle John Finnegan. Il lui tend la main pour la saluer, ce qu'elle accepte. Je peux te parler ? Ce que je veux te dire n'est pas facile du tout, autant pour moi, que cela le sera pour toi. Elle le regarde attentivement et acquiesce son assentiment.
- Voilà, comment formuler cela... Ça fais 5 ans que je cherche désespérément comment te retrouver et t'annoncer cela, et 6 h que je tourne les phrases sans cesse dans mon putain de cerveau. Il se passe la main dans ses cheveux mi-long bruns et bouclés, tellement similaire à sa fille.
Hope le regarde fixement et attend :
- Alors voilà, nous avons le même sang, je suis ton père biologique.

Boum, ça y est le Boss a largué la bombe nucléaire, mais va-t-il s'en sortir indemne ?

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Olivier Vetter


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Puis, elle a sauté dans un train, a choisi un siège dans le sens de la marche et s'est assoupie.
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Lyhn Adrena

J'ai écrit cette nouvelle pour un concours s’intitulant « Littérature et Musique ». Pour résumer, il s’agissait simplement d’associer une musique à ce que nous allions écrire, soit, une courte nouvelle composée de maximum 15 000 caractères espaces compris. Concours qui s’adresse à tous jeunes écrivains de moins de trente ans résidant un pays francophone.
Musique : Steampunk Opera, overture de Paul Shapera
https://www.youtube.com/watch?v=N4eshdFCpOQ
 
 
Ce n'est qu'un conte de fée          
 
"Cette classe, je ne la connaissais pas. La plupart des têtes m'étaient inconnues et tout a commencé par un cours de musique. J'ai alors compris que j'étais dans une école d'art. Je semblais bien connaitre le jeune homme avec qui je me rendais à ce lieu, cependant dans votre réalité je ne saurais dire qui il est. Lorsque nous entrions dans l'école il riait avec ses copains; je le laissais donc. En montant les escaliers interminables, la documentaliste me souri. Sourire que j'appris à lui rendre avec beaucoup de mal, ce qui malheureusement me réveilla."
 
            Elle ne cesse que d'écrire ses rêves à chaque réveil espérant devenir la même petite fille qu'elle est dans ceux-ci. Libre telle une colombe, plutôt qu'enfermée dans cette tour... Elle se leva, s'étira comme un petit chat et se rendit à sa fenêtre œil de bœuf afin d'y contempler la lune. Cette sombre lune semble si proche, c'est pourquoi on appelle cet endroit "Le château de la lune sombre". Aujourd'hui elle ne ressort qu'à peine de derrière les nuages. Le gel tombait lentement sur la grille qu'encercle la tour. Au même instant, Yona sortait. Elle était ravissante vêtue d'un long tissu bleu ciel lui servant de robe. Luna, Byra, Vina, Iuma, Ceza, Mila, Tera, Hava, Pyda, Duna, et enfin Fura suivaient Yona qui jouait du violon laissant tomber ses longs cheveux blancs. Elles étaient toutes les douze dans de belles robes qui se ressemblaient. Sous cette lune, elles dansent en douceur, elles brillent telles des étoiles qui ont déjà signé leur arrêt de mort. Ou se rendaient-elles? Etait-ce si important pour prendre un tel risque? La rêveuse retourna se coucher. « Elles croient briller, en vain ! », se répétait-elle suivit de nombreux échos envahissant son esprit.
            Un cri aigu résonnait dans sa tête au petit matin. « Un cauchemar? » se demandait-elle. Le cri se fit de nouveau entendre. « ARRÊTEZ ! », hurla-t-elle. Elle s'habilla sans prendre de toilette se cogna la tête contre le mur à côté de la petite fenêtre. Elle savait ce qui se passait; les filles se faisaient frapper. « Bien fait pour vous, mais laissez ma tête tranquille désormais, je ne supporte plus ces cris ! »
            Quelqu'un toqua à la porte.
« Est-ce toi Gabriel? », elle sauta sur son lit l'air de rien.
« Oui, c'est moi. » répondit-il. Il est toujours vêtu de blanc, ce qui perturbe Euphie qui semble apprécier les couleurs pâles.
« Je vois que vous vous portez bien aujourd'hui. Le réveil ne fut pas trop difficile?, la questionna-t-il.
–   Oh si, vous m'avez manqué.
–   C'est gentil, affirma Gabriel un peu gêné. »
            Puis il s'en alla après l'avoir enfermée dans sa cage. « Cet homme me bat, et m'interdit d'aimer. N'est-ce donc point cruel? »
            Les heures passèrent entre quatre murs blancs. La patiente se croit dans une cage depuis ces derniers jours. A quarante-quatre ans, celle qui se prénomme Euphie se prend pour une jeune demoiselle enfermée dans sa tour. Ils ne savent pas si elle a de la famille, on l'a embarqué alors qu'elle n'avait ni papier d'identité, ni de moyen de communication sur elle, dans un lieu public. Certains patients de cet hôpital psychiatrique perdu sont difficiles à traiter. Comment informer à une personne qui se sent heureuse qu'elle n’ait pas l'âge qu'elle prétend avoir? Et qu'en plus elle ne se trouve pas dans une tour en rêve d'un prince mais dans un endroit où on cherche à la soigner? Lorsque midi arriva, elle cacha sa petite cuillère dans les rubans de sa robe. « Viens Asylum, c'est l'heure d'aller manger », s'adressa-t-elle à cette cuillère. Une infirmière entra brusquement dans la chambre.
« A qui vous adressiez-vous?
–   Oh bonjour Pyda. C'est un plaisir de vous revoir. Vous n'êtes pas blessé? J'ai entendu crier ce matin. Le prêtre vous a encore dénoncé à vos supérieurs? »
Pendant ce temps, l'infirmière fouilla la femme folle. Elle trouva la petite cuillère au style particulier.
«  Cette petite cuillère de Laiton, où l'avez-vous eu?
–   Oh, faites attention à Asylum s'il vous plaît, c'est mon porte-bonheur...
–   Pourquoi avoir donné un tel nom à cet objet?
–   C'est une assez longue histoire... Il y a de ça quelques années, lorsque j'avais onze ans, je pensais beaucoup que je n'étais pas normale et qu'un jour je deviendrais folle. De plus, vous savez, dans les hôpitaux, on donne souvent à manger à la petite cuillère et “asile” en anglais c'est plus joli qu'en français. Alors s'il vous plaît, c'est Ceza qui me l'a apporté, rendez-la-moi.
–   Tenez... et venez manger. »
 
L'infirmière s'assura que la patiente aille bien en direction de la salle à manger avant de rendre compte de ce qu'il vient de se passer au psychologue Gabriel. Elle lui expliqua l'histoire d'Asylum. Gabriel était perplexe, il réfléchissait et alla manger à son tour. La patiente, Euphie, s'installa seule sur une table. Elle admirait la magnificence et la popularité de Yona qui régnait en bout de table accompagnée des onze autres demoiselles. La blancheur de ces filles l'impressionnait toujours. « Je me demande de quelles filles Gabriel a déjà abusé. Serais-je la prochaine? », s'interrogea-t-elle.
            Le temps de midi se finissait, Gabriel commença à rédiger les réflexions abouties de cette dernière heure, puis fit le point de la semaine. On pouvait lire:
            « La patiente ne s'est pas seulement construit un monde, elle est retournée dans le passé et vit une réalité différente de la notre. Tous les jours, sa propre réalité change mais  elle ne semble se rendre compte qu'elle se trouve dans un hôpital spécialisé. Lundi, elle vivait dans un monde musical. Mardi, elle s'imaginait dans un monde anarchique basé sur l'échange entre artisans. Hier, dans un monde illusoire. Ça ne fait pas d'elle une patiente violente, il est inutile d'agir pour le moment, mais il faut rester méfiant car si elle se croit battue dans une cage, il se peut qu'aujourd'hui elle vive dans un monde où la violence prend part. »
            Yona est une violoniste, éleveuse de chien-loup, Pyda est une boulangère, Tera est une illusionniste, Ceza est une voyageuse. « Mais qu'en est-il des autres... », s'interrogea Euphie. Elle décida d'aller les espionner durant l'absence de Gabriel. Avant cela, elle se devait de se changer et de prendre une bonne douche.
            Arrivée dans sa salle de bain, elle se déshabillait et s'observait dans le grand miroir face à elle. Sa maigreur accentuait ses cicatrices causées par son mari. Elle caressa sa peau regrettant de ne pas être aussi belle que ces douze demoiselles, et d'être si faible... Sous l'eau coulant le long de son corps, elle se posait diverses questions sur la réalité qui la suivait. Ces infirmières finiraient par devenir folles si elles ne peuvent être capables de comprendre leurs patients. La vapeur sortie de sa douche envahissant le miroir, l'empêchait de se voir en sortant de celle-ci.
Le soir arriva, sa journée lui a permit de découvrir que Vina est une couturière. Il est désormais l'heure de dormir.
            Le lendemain de bonne heure, Gabriel s’était isolé avec des médecins et l’infirmière chargée d’Euphie. Ils se concertaient à propos de la jeune patiente.
« Nous ne progresserons plus. Je ne peux plus rien faire pour elle, il serait peut-être temps lui dire la vérité, lui apprendre ce qu’est la réalité, proposa Gabriel.
-  Mais si elle réagissait mal ?, demanda l’infirmière inquiète.
-  Nous lui donneront de calmants avant l’entretien, affirma un médecin. »
 
Euphie a encore trop bu hier. Effectivement, c’est une collégienne jalouse de savoir que Yona traîne plus qu’elle avec Gabriel. Tout ça parce qu’elle joue du violon, c’est la triste image qu’elle a de l’époque des années 90. Elle va se rendre au bar Iuma, et va se rendre compte que Iuma est une barmaid, et Byra une serveuse. Une fois de plus, elle finit saoule quelques heures plus tard.
Il est déjà 10h30, le personnel a fini sa pause avant d'emmener Euphie dans une salle particulière. Arrivée dans la salle, on l’assoie. L’infirmière surnommé Pyda par Euphie, lui donna un verre d’eau accompagné d’un calmant. On ne la força pas à le prendre tout de suite. Gabriel prit la parole en premier car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que Euphie se sent plus en confiance avec lui qu’avec les autres.
« Madame, je vous remercie d’être venue sans qu’on ait eu à vous forcer. Avant de vous expliquer ce que l’on a à vous dire, j’aimerai vous poser quelques questions.
-  Je crois qu’il aurait fallut choisir un autre jour, je crois que j’ai un peu trop bu ce matin. Comme hier d’ailleurs, depuis l’incendie familial ou j’en fus la seule rescapée, je ne fais que de me saouler !
-  Euphie… Ou vivez-vous ?
-  Dans la rue. Mais je vous arrête tout de suite, jamais je ne vivrai chez vous. Vous avez une femme et des enfants, vous devez rester fidèle. Surtout avec votre fille, à qui vous aviez prom…
-  Arrêtez !, s’exclama l’infirmière.
-  Que vous arrive-t-il Pyda ? Non… Ne dites rien… Ne me dites pas que vous êtes sa femme ?
-  Sophie, laissez, je m’en occupe pour le moment, s’adressa Gabriel à l’infirmière. Euphie, regardez-moi et acceptez la réalité. Vous n’êtes pas saoule, vous n’avez pas touché à une seule goutte d’alcool depuis que vous êtes ici. Vous n’êtes pas dans un bar, et vous n’avez pas quinze ans. Hier, vous n’étiez ni une esclave, ni une espionne. La semaine dernière, vous n’étiez pas une commerçante, ni une danseuse. Je ne suis pas votre amant, mais votre psychologue. Cette femme n’est…
-  Pas très compétent pour un psychologue, coupa Euphie.
-  Je vous demande pardon ?
-  Je dis que vous n’êtes pas très compétent Gabriel, vous êtes beaucoup trop fermé d’esprit.
- Pensez-vous sérieusement qu’un psychologue peut-être fermé d’esprit ?
- Bien sûr que oui. Suis-je saoule ? Non. Le sais-je ? Oui. Pourquoi jouer la comédie ? Et si je ne jouais pas la comédie ? Et si, dans une autre réalité, j’étais réellement saoule ?
- Il n’existe qu’une seule vraie et pure réalité Madame.
- On peut vous en donner la preuve, ajouta un médecin.
- On ne vous a pas sonné, vous, répliqua Euphie. C’est un duel entre Gabriel et moi. Une prise de sang ne refléterait que la réalité ici présente, dans cet hôpital psychiatrique de merde.
- Ne soyez pas vulgaire, reprit Gabriel.
- Parce que vous ne l’êtes pas, vous ? A me prendre pour une folle et me priver de ma liberté pour ça ? Nous n’avons ni liberté d’expression, ni de liberté spatiale ici. Vous êtes ignobles, tous autant que vous êtes. La seule liberté que j’ai, est celle de penser, mais ça devient douloureux à force de tout garder pour soi-même. N’êtes-vous pas censé être là pour que nous nous sentions mieux Gabriel ? Vous êtes le seul à qui j’ai laissé le prénom d’origine. Ce n’est pas une marque de respect. J’avais simplement reposé mes espoirs sur vous. En réalité, vous êtes le plus bel hypocrite, un sale personnage qui n’a de place dans aucune réalité. Pourtant, je vous ai toujours inscrit dans chacune de mes différentes réalités. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas rendre le monde anarchique de la pensée comme utopique, il fallait bien incruster un connard dans l’histoire, lança-t-elle accompagné d’un radieux sourire. »
Gabriel restait sans voix, l’infirmière la méprisait du regard, tandis que les médecins s’échangeaient leur avis un peu plus loin. Quelques minutes passèrent dans un désagréable silence.
« Le fait que vous nous écoutiez et laissez parler est admirable, reprit Euphie. Mais certains d’entre nous n’ont rien à faire ici. Alors pourquoi ne protestons nous pas ? Car nous n’avons nulle part ou aller. Hélas, je ne sais ni qui je suis, ni qui vous êtes, ni personne. Comment pouvons-nous juger quelqu’un par son travail ? Vous êtes médecin car vous avez fait des études dans ce domaine et que vous avez des connaissances, ainsi, vous faites le métier de médecin. Mais si vous aviez fini agriculteur, vous aurions-nous appelé tout de même médecin ? La réponse est non. C’est parce que vous gagnez de l’argent en exerçant ce métier que l’on vous donne un titre. C’est triste à dire, car c’est ainsi que l’on nous impose une réalité, celle où l’argent est roi.
- Pourquoi ne pas l’accepter simplement ? C’est parce que vous allez trop loin que vous êtes ici. Nous sommes là pour vous guérir, vous aider à remettre les pieds sur terre. Nous avons l’impression de voir une enfant qui fuit la réalité en vous regardant.
- Mais arrêtez de dire LA réalité bordel ! Et puis, qui êtes vous pour prétendre que j’ai besoin de guérir ? Si je m’imagine telle une jeune fille enfermée dans ma tour, ce n’est pas parce que je suis folle. C’est une métaphore, je pourrai être poète ; je dis simplement que je suis enfermée dans cet hôpital ou d’autres jeunes filles ne sont pas battues, mais se font manipuler par vous, bande de tordus. Les maladies que nous avons ne viennent que de vous qui publiez tous les ans de nouvelles maladies. Comment appelez vous la mienne ? La multiréalitationneuse ? Quel nom barbare, pardon, vous allez utiliser l’étymologie de chacun des mots qui compose ce que je suis pour faire plus « scientifique ». Quoi qu’il en soit, si vous ne voulez pas accepter qu’il puisse exister plusieurs réalités, relâchez moi. Permettez moi de découvrir le monde aussi moche tel qu’on nous l’offre afin que je le rende artistique à ma façon, et sans contestation.
- Nous ne pouvons pas tant que vous ne serez guéri.
- Vous ne pouvez pas tant que vous ne m’aurez pas pris tout mon argent, lança-t-elle sèchement. Je vais hurler à tous ces prisonniers à qui vous retirer leur vie ce que vous êtes réellement. Vous n’êtes que des connards. DES PUTAINS DE CONNARDS !, hurla Euphie hystériquement.
- Bon, emmenez-la dans sa chambre avant que ça dégénère, ordonna un médecin s’adressant à Sophie.
- Non. Je refuse, contesta Euphie.
- Allez, ne faites pas de cinéma et venez.
- NON ! Lâchez-moi ! Que diriez-vous de me relâcher avant que je forme une armée contre vous ? JE VOUS DENONCERAI ! »
On l’emmena de force dans sa chambre. Plus le temps passait, plus cette femme devenait hystérique. Etait-elle vraiment folle ou est-ce l’hôpital psychiatrique qui la rendit ainsi ?
 Quelques mois passèrent.
« Aujourd’hui, je serai assassin. »,  a-t-elle pensé un petit matin en se réveillant, le jour ou elle arracha avec Asylum la petite cuillère les yeux de Gabriel qui souriait trop sadiquement selon elle.
 
Lyhn                       

 
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