L'orphelinat Hawkins

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Après avoir passé la soirée d'hier, pour moi à chercher des informations en essayant de me détendre un peu, et mes hommes à relâcher un peu la pression, j'ai décidé ce matin de me rendre à l'orphelinat Hawkin. D'après le barman ce serai le pire orphelinat du coin, un enfer sur terre m'a-t-il dit et mon instinct me suggère que c'est ce que nous cherchons , il fallait donc qu'on y aille au plus vite.
En arrivant devant celui-ci, mon ventre ce noue. Ce bâtiment est une épave, de l'extérieur, on voit les murs délabrés, il y dégage une odeur de moisi nauséabonde. Mon dieu qu'allons nous voir à l'intérieur... Si ma fille vit là-dedans ou a vécu toute sa vie là-dedans, je voudrai ressusciter sa mère et la tuer une nouvelle fois de mes mains.
Nous nous approchons donc de la porte d'entrée, je monte sur le pallier et toque.
Pas de réponse.
J'insiste donc plus fermement, sentant une colère pointer le bout de son nez, ça commence bien si je m'énerve déjà alors que je ne suis pas encore rentré à l'intérieur cela promet pour la suite.
Après avoir attendu plusieurs minutes, quelqu'un nous ouvre et un homme a l'air mal aimable et blasé pointe son nez sur le pas de la porte.

- C'est pour quoi ? Nous dit-il d'un air blasé et un certain dédain.
- On aimerait avoir ses renseignements sur votre établissement lui balançais-je en le fixant droit dans les yeux malgré mes lunettes de soleil.
- On ne donne pas d'informations sur cet établissement à part si vous voulez adopter un gosse, ce qui ne me semble pas être le cas ! Me balance t-il ! Je sens la colère monter en moi progressivement.
- Je vous assure que vous allez me donner des renseignements, et vous allez même me les donner très vite ! Dis-je en relevant mes lunettes d'un ton calme, mais ne laissant pas de doute sur la menace cachée dans mes propos, de plus que les gars, s'étaient approchés de nous créant une aura menaçante autour de nous.
Le mec commence à changer de couleur et de comportement. C'est très bien ça, il a de l'instinct de conservation.
Il me regarde dans les yeux et paraît surpris, voir un peu choqué.
- Je vous amène auprès de la directrice, elle vous renseignera, vas-y mon gars défile toi et transmet le fardeau à ta directrice.
- Faisons donc comme cela !

Il ouvre la porte en grand et nous entrons tous dans l'orphelinat, nous étions venues à six aujourd'hui. Quand nous rentrons une putain d'odeur de moisi, nous prend au nez. La vache ça décoiffe, comment peuvent-ils vivre là-dedans, c'est affreux cette odeur.
Nous avançons dans un couloir sur les pas du gars, et nous arrivons dans un salon. Sur la droite de ce salon, il y a quatre gosses mal habillés et trop minces pour être bien nourris. Ils doivent avoir entre 5 et 7 ans. Ils nous regardent attentivement, j'aurais pensé qu'il puisse, il y avoir un peu de surprise ou de curiosité dans leur regard, mais je n'y vois que violence, souffrance et une certaine résignation. Ses enfants ont à peine vécu, mais sont déjà résignés à leur sort. Comme si avoir des visites d'inconnues ne pouvait leur apporter que du malheur et de la souffrance. Ils devraient y avoir de la joie, de l'espoir d'être adopté par une nouvelle famille et sortir d'ici, mais je ne vois dans leurs yeux que du désespoir, et même de la peur. Mais quel est donc cet orphelinat.
Le gars me sort de mes pensées, et me dit que la directrice va arriver. C'est alors que je sens un regard différent sur moi, un regard qui vient de la gauche. Une petite fille me fixe, intensément ! Elle doit avoir 6 ans à tout cassé, elle porte des loques comme tous les enfants ici me semble-t-il. Un bruit me fait détourner le regard, et je vois la directrice arriver d'un pas pressé vers nous, sûrement énervée d'avoir été dérangée.

- Bonjour, on m'a dit que vous souhaitiez me voir, que voulez vous ? Vous voulez adopter ? Me balance-t-elle d'un ton revêche ! Cette femme est d'une laideur... Pas vraiment de l'extérieur, mais de l'intérieur, cela se voit, elle a une aura tellement malsaine qu'être en sa présence me file déjà de l'urticaire.
- Nous ne voulons pas adopter nous sommes là pour avoir des renseignements...
- Quel genre de renseignements ? Me coupe-t-elle.
- Si vous aviez la décence de ne pas me couper Madame, je vous le dirais ! Lui balançais-je non sans un regard noir et menaçant, elle ne pipe mot, mais jette un coup au gars qui nous a accompagné d'un air agacé, qui lui détourne le regard comme si de rien n'était. Le lâche.
- Je voudrais un renseignement sur un enfant que vous auriez, si je puis dire, "accueillis" dans votre établissement, une petite fille, un bébé qu'on aurait déposé chez vous il y a 17 ans à peu près.
Elle se met à rire, un rire moqueur, et me dit :
- Des Bébés, on nous en dépose six par jour, vous croyez vraiment que je vais me souvenir d'un bébé arrivé il y 17 ans, revenez dans la réalité... La colère monte doucement, mais sûrement en moi, elle ne sait pas à qui elle parle, mais je vais vite la calmer.
- Mais je peux vous assurer que vous allez retrouver la mémoire, et très vite ! Lui dis-je en avançant vers elle menaçant au possible, les gars derrière moi.
Elle change très vite de couleur et devient livide. Ma menace a l'air de l'avoir refroidi dans ses ardeurs.
- Je, je .... vais réfléchir oui, dites moi ce que vous savez sur cette enfant ?
- Elle me ressemblerait.
Elle me regarde alors attentivement, je vois déjà les engrenages de son cerveau tourner, et je vois également dans son regard qu'elle sait de qui je parle.
- Je ne vois pas désolée, je vais vous demander de partir maintenant. Vous perturbez les enfants !
- Je ne pense pas que se soit nous qui les perturbions... Je sais que vous me mentez Madame, et je déteste les menteurs.
Elle se rembrunit, et s'apprête à me répondre quelques choses quand une petite main attrape la mienne, comme pour attirer mon attention. Je me baisse alors à hauteur de la petite fille de tout à l'heure.

Elle est blonde comme les blés et à les yeux couleur des anges. Quel malheur que des enfants subissent cela, perdent leurs innocences à cause de l'irresponsabilité de leurs parents et d'établissement comme celui-ci. Quand je pense à ce que ma fille a put subir, cela me fait froid dans le dos.

Elle attrape mon visage à deux mains, me stoppant net dans mes réflexions. Elle me regarde si intensément que cela me laisse muet. Et là elle me dit de sa voix d'ange :

- Hope, celle que vous cherchez est Hope.

Et là, je reçois un coup dans le cœur, ma fille s'appellerait donc Hope, je regarde la petite fille attentivement et lui demande :

- Tu la connais petite ? Tu sais où est sa chambre ici ? Dis-je avec espoir.
- Non, elle n'est plus ici, et elle n'a plus le droit de venir ici. À cause de Mme Billong, elle l'a virée, car elle était trop vieille. Me dit-elle de sa petite voix avec une certaine amertume à l'égard de la directrice. Qui elle s'empresse de répondre acerbe :
- elle avait 17 ans ! Nous n'avons pas les moyens de faire la charité !
La petite lui lance ses yeux les plus noirs, et me dit tout en me regardant de nouveau droit dans les yeux :
- Vous avez les mêmes yeux, Hope est la plus gentille amie que j'ai, vous ne lui ferez pas de mal n'est-ce pas ?
Les mêmes yeux... Elle a donc mes yeux, c'est vrai que dans ma famille nous nous démarquons de part notre regard. Ce sera plus facile de la retrouver avec ce trait génétique, mais comment réagira-t-elle quand elle me verra... Et comment réagirais-je...
- Non, je ne lui ferais aucun mal, tu sais où je pourrais la trouver ?
- ça fait longtemps que Hope ne dors plus ici, ça fait au moins quatre ans, je ne sais pas où elle habite, elle m'a juste qu'elle habitait au-dessus d'un salon à dessin, d'un salon de tatouage pardon.
- Merci petite, comment t-appelles tu ?
- Je m'appelle Ivy, et Hope m'apporte souvent des cadeaux et vient me faire des câlins, comme à beaucoup d'enfants ici !
La directrice intervient alors :
- Comment ose-t-elle ! Elle a interdiction de venir ici ! Si en plus elle vient pour vous offrir des choses ! Quelle perte d'argent elle ferait mieux faire des donations au moins cela servirait nos intérêts ! Vous êtes bien trop gâtés !
- Je ne pense pas que votre intérêt premier soit le bien-être de ses enfants dans cet établissement... Lui répondis-je avec un regard noir et une colère sourde.
- Comment osez-vous me parler ainsi ! J'ai accueilli une enfant que vous avez abandonnée ! Je l'ai sauvé alors qu'on l'avait foutue dans une poubelle devant ce bâtiment ! Où étiez vous à ce moment-là quand cette fille qui n'avait même pas de nom était en train de beugler dans une poubelle !
Je la saisis par le col de rage et lui dis :
- je n'était même pas au courant de son existence, sa salope de mère la mise ici pour se venger de moi, sachez Madame que si j'apprends que ma fille a souffert plus que de raison à cause de vous et de cet établissement, je la vengerais de tel façon que vous n'oublierais plus jamais ma fille !

Je la relâche, car je ne frappe pas les femmes, même si l'envie cette fois-ci me tord les tripes. Je me tourne donc vers la petite fille afin de me calmer et pour la remercier quand j'entends :
- Merci pour ton aide petite Ivy, je vais retrouver Hope, et lui dirais un bonjour de ta part. Lui dis-je en lui faisant un clin d'œil. Je commence à me relever quand j'entends :
- Hope Hawkins. Son nom complet est Hope Hawkins. Quand on n'a pas de nom de famille, on prend le nom de l'orphelinat dans lequel on est. Me dit alors un des garçons de gauche plus âgé que la petite. Il me regarde droit dans les yeux, et continue :
- si vous lui faite du mal, on vous retrouvera, et on vous le fera payer, vous savez, on est que des enfants à vos yeux, mais nous avons vécue bien plus que beaucoup. Plusieurs de mes familles d'accueil en ont payé le prix fort... Je sens encore l'odeur du feu que j'ai allumé pour les faire cramer vif chez eux.

Je vois alors dans la dureté de son regard et dans son sourire carnassier passer un grain de folie meurtrière. Ces enfants ont vécu des choses terribles, et ma fille aussi. Quand je saurais son histoire, je promets de m'occuper personnellement de cet établissement. Je lance un regard noir à la directrice, puis tapote la tête de la petite, salut de la tête le garçon, et décide de partir enquêter sur ma fille.

Hope Hawkins.

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Olivier Vetter


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Puis, elle a sauté dans un train, a choisi un siège dans le sens de la marche et s'est assoupie.
Là-bas, ses parents l'attendent. 
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Lyhn Adrena

J'ai écrit cette nouvelle pour un concours s’intitulant « Littérature et Musique ». Pour résumer, il s’agissait simplement d’associer une musique à ce que nous allions écrire, soit, une courte nouvelle composée de maximum 15 000 caractères espaces compris. Concours qui s’adresse à tous jeunes écrivains de moins de trente ans résidant un pays francophone.
Musique : Steampunk Opera, overture de Paul Shapera
https://www.youtube.com/watch?v=N4eshdFCpOQ
 
 
Ce n'est qu'un conte de fée          
 
"Cette classe, je ne la connaissais pas. La plupart des têtes m'étaient inconnues et tout a commencé par un cours de musique. J'ai alors compris que j'étais dans une école d'art. Je semblais bien connaitre le jeune homme avec qui je me rendais à ce lieu, cependant dans votre réalité je ne saurais dire qui il est. Lorsque nous entrions dans l'école il riait avec ses copains; je le laissais donc. En montant les escaliers interminables, la documentaliste me souri. Sourire que j'appris à lui rendre avec beaucoup de mal, ce qui malheureusement me réveilla."
 
            Elle ne cesse que d'écrire ses rêves à chaque réveil espérant devenir la même petite fille qu'elle est dans ceux-ci. Libre telle une colombe, plutôt qu'enfermée dans cette tour... Elle se leva, s'étira comme un petit chat et se rendit à sa fenêtre œil de bœuf afin d'y contempler la lune. Cette sombre lune semble si proche, c'est pourquoi on appelle cet endroit "Le château de la lune sombre". Aujourd'hui elle ne ressort qu'à peine de derrière les nuages. Le gel tombait lentement sur la grille qu'encercle la tour. Au même instant, Yona sortait. Elle était ravissante vêtue d'un long tissu bleu ciel lui servant de robe. Luna, Byra, Vina, Iuma, Ceza, Mila, Tera, Hava, Pyda, Duna, et enfin Fura suivaient Yona qui jouait du violon laissant tomber ses longs cheveux blancs. Elles étaient toutes les douze dans de belles robes qui se ressemblaient. Sous cette lune, elles dansent en douceur, elles brillent telles des étoiles qui ont déjà signé leur arrêt de mort. Ou se rendaient-elles? Etait-ce si important pour prendre un tel risque? La rêveuse retourna se coucher. « Elles croient briller, en vain ! », se répétait-elle suivit de nombreux échos envahissant son esprit.
            Un cri aigu résonnait dans sa tête au petit matin. « Un cauchemar? » se demandait-elle. Le cri se fit de nouveau entendre. « ARRÊTEZ ! », hurla-t-elle. Elle s'habilla sans prendre de toilette se cogna la tête contre le mur à côté de la petite fenêtre. Elle savait ce qui se passait; les filles se faisaient frapper. « Bien fait pour vous, mais laissez ma tête tranquille désormais, je ne supporte plus ces cris ! »
            Quelqu'un toqua à la porte.
« Est-ce toi Gabriel? », elle sauta sur son lit l'air de rien.
« Oui, c'est moi. » répondit-il. Il est toujours vêtu de blanc, ce qui perturbe Euphie qui semble apprécier les couleurs pâles.
« Je vois que vous vous portez bien aujourd'hui. Le réveil ne fut pas trop difficile?, la questionna-t-il.
–   Oh si, vous m'avez manqué.
–   C'est gentil, affirma Gabriel un peu gêné. »
            Puis il s'en alla après l'avoir enfermée dans sa cage. « Cet homme me bat, et m'interdit d'aimer. N'est-ce donc point cruel? »
            Les heures passèrent entre quatre murs blancs. La patiente se croit dans une cage depuis ces derniers jours. A quarante-quatre ans, celle qui se prénomme Euphie se prend pour une jeune demoiselle enfermée dans sa tour. Ils ne savent pas si elle a de la famille, on l'a embarqué alors qu'elle n'avait ni papier d'identité, ni de moyen de communication sur elle, dans un lieu public. Certains patients de cet hôpital psychiatrique perdu sont difficiles à traiter. Comment informer à une personne qui se sent heureuse qu'elle n’ait pas l'âge qu'elle prétend avoir? Et qu'en plus elle ne se trouve pas dans une tour en rêve d'un prince mais dans un endroit où on cherche à la soigner? Lorsque midi arriva, elle cacha sa petite cuillère dans les rubans de sa robe. « Viens Asylum, c'est l'heure d'aller manger », s'adressa-t-elle à cette cuillère. Une infirmière entra brusquement dans la chambre.
« A qui vous adressiez-vous?
–   Oh bonjour Pyda. C'est un plaisir de vous revoir. Vous n'êtes pas blessé? J'ai entendu crier ce matin. Le prêtre vous a encore dénoncé à vos supérieurs? »
Pendant ce temps, l'infirmière fouilla la femme folle. Elle trouva la petite cuillère au style particulier.
«  Cette petite cuillère de Laiton, où l'avez-vous eu?
–   Oh, faites attention à Asylum s'il vous plaît, c'est mon porte-bonheur...
–   Pourquoi avoir donné un tel nom à cet objet?
–   C'est une assez longue histoire... Il y a de ça quelques années, lorsque j'avais onze ans, je pensais beaucoup que je n'étais pas normale et qu'un jour je deviendrais folle. De plus, vous savez, dans les hôpitaux, on donne souvent à manger à la petite cuillère et “asile” en anglais c'est plus joli qu'en français. Alors s'il vous plaît, c'est Ceza qui me l'a apporté, rendez-la-moi.
–   Tenez... et venez manger. »
 
L'infirmière s'assura que la patiente aille bien en direction de la salle à manger avant de rendre compte de ce qu'il vient de se passer au psychologue Gabriel. Elle lui expliqua l'histoire d'Asylum. Gabriel était perplexe, il réfléchissait et alla manger à son tour. La patiente, Euphie, s'installa seule sur une table. Elle admirait la magnificence et la popularité de Yona qui régnait en bout de table accompagnée des onze autres demoiselles. La blancheur de ces filles l'impressionnait toujours. « Je me demande de quelles filles Gabriel a déjà abusé. Serais-je la prochaine? », s'interrogea-t-elle.
            Le temps de midi se finissait, Gabriel commença à rédiger les réflexions abouties de cette dernière heure, puis fit le point de la semaine. On pouvait lire:
            « La patiente ne s'est pas seulement construit un monde, elle est retournée dans le passé et vit une réalité différente de la notre. Tous les jours, sa propre réalité change mais  elle ne semble se rendre compte qu'elle se trouve dans un hôpital spécialisé. Lundi, elle vivait dans un monde musical. Mardi, elle s'imaginait dans un monde anarchique basé sur l'échange entre artisans. Hier, dans un monde illusoire. Ça ne fait pas d'elle une patiente violente, il est inutile d'agir pour le moment, mais il faut rester méfiant car si elle se croit battue dans une cage, il se peut qu'aujourd'hui elle vive dans un monde où la violence prend part. »
            Yona est une violoniste, éleveuse de chien-loup, Pyda est une boulangère, Tera est une illusionniste, Ceza est une voyageuse. « Mais qu'en est-il des autres... », s'interrogea Euphie. Elle décida d'aller les espionner durant l'absence de Gabriel. Avant cela, elle se devait de se changer et de prendre une bonne douche.
            Arrivée dans sa salle de bain, elle se déshabillait et s'observait dans le grand miroir face à elle. Sa maigreur accentuait ses cicatrices causées par son mari. Elle caressa sa peau regrettant de ne pas être aussi belle que ces douze demoiselles, et d'être si faible... Sous l'eau coulant le long de son corps, elle se posait diverses questions sur la réalité qui la suivait. Ces infirmières finiraient par devenir folles si elles ne peuvent être capables de comprendre leurs patients. La vapeur sortie de sa douche envahissant le miroir, l'empêchait de se voir en sortant de celle-ci.
Le soir arriva, sa journée lui a permit de découvrir que Vina est une couturière. Il est désormais l'heure de dormir.
            Le lendemain de bonne heure, Gabriel s’était isolé avec des médecins et l’infirmière chargée d’Euphie. Ils se concertaient à propos de la jeune patiente.
« Nous ne progresserons plus. Je ne peux plus rien faire pour elle, il serait peut-être temps lui dire la vérité, lui apprendre ce qu’est la réalité, proposa Gabriel.
-  Mais si elle réagissait mal ?, demanda l’infirmière inquiète.
-  Nous lui donneront de calmants avant l’entretien, affirma un médecin. »
 
Euphie a encore trop bu hier. Effectivement, c’est une collégienne jalouse de savoir que Yona traîne plus qu’elle avec Gabriel. Tout ça parce qu’elle joue du violon, c’est la triste image qu’elle a de l’époque des années 90. Elle va se rendre au bar Iuma, et va se rendre compte que Iuma est une barmaid, et Byra une serveuse. Une fois de plus, elle finit saoule quelques heures plus tard.
Il est déjà 10h30, le personnel a fini sa pause avant d'emmener Euphie dans une salle particulière. Arrivée dans la salle, on l’assoie. L’infirmière surnommé Pyda par Euphie, lui donna un verre d’eau accompagné d’un calmant. On ne la força pas à le prendre tout de suite. Gabriel prit la parole en premier car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que Euphie se sent plus en confiance avec lui qu’avec les autres.
« Madame, je vous remercie d’être venue sans qu’on ait eu à vous forcer. Avant de vous expliquer ce que l’on a à vous dire, j’aimerai vous poser quelques questions.
-  Je crois qu’il aurait fallut choisir un autre jour, je crois que j’ai un peu trop bu ce matin. Comme hier d’ailleurs, depuis l’incendie familial ou j’en fus la seule rescapée, je ne fais que de me saouler !
-  Euphie… Ou vivez-vous ?
-  Dans la rue. Mais je vous arrête tout de suite, jamais je ne vivrai chez vous. Vous avez une femme et des enfants, vous devez rester fidèle. Surtout avec votre fille, à qui vous aviez prom…
-  Arrêtez !, s’exclama l’infirmière.
-  Que vous arrive-t-il Pyda ? Non… Ne dites rien… Ne me dites pas que vous êtes sa femme ?
-  Sophie, laissez, je m’en occupe pour le moment, s’adressa Gabriel à l’infirmière. Euphie, regardez-moi et acceptez la réalité. Vous n’êtes pas saoule, vous n’avez pas touché à une seule goutte d’alcool depuis que vous êtes ici. Vous n’êtes pas dans un bar, et vous n’avez pas quinze ans. Hier, vous n’étiez ni une esclave, ni une espionne. La semaine dernière, vous n’étiez pas une commerçante, ni une danseuse. Je ne suis pas votre amant, mais votre psychologue. Cette femme n’est…
-  Pas très compétent pour un psychologue, coupa Euphie.
-  Je vous demande pardon ?
-  Je dis que vous n’êtes pas très compétent Gabriel, vous êtes beaucoup trop fermé d’esprit.
- Pensez-vous sérieusement qu’un psychologue peut-être fermé d’esprit ?
- Bien sûr que oui. Suis-je saoule ? Non. Le sais-je ? Oui. Pourquoi jouer la comédie ? Et si je ne jouais pas la comédie ? Et si, dans une autre réalité, j’étais réellement saoule ?
- Il n’existe qu’une seule vraie et pure réalité Madame.
- On peut vous en donner la preuve, ajouta un médecin.
- On ne vous a pas sonné, vous, répliqua Euphie. C’est un duel entre Gabriel et moi. Une prise de sang ne refléterait que la réalité ici présente, dans cet hôpital psychiatrique de merde.
- Ne soyez pas vulgaire, reprit Gabriel.
- Parce que vous ne l’êtes pas, vous ? A me prendre pour une folle et me priver de ma liberté pour ça ? Nous n’avons ni liberté d’expression, ni de liberté spatiale ici. Vous êtes ignobles, tous autant que vous êtes. La seule liberté que j’ai, est celle de penser, mais ça devient douloureux à force de tout garder pour soi-même. N’êtes-vous pas censé être là pour que nous nous sentions mieux Gabriel ? Vous êtes le seul à qui j’ai laissé le prénom d’origine. Ce n’est pas une marque de respect. J’avais simplement reposé mes espoirs sur vous. En réalité, vous êtes le plus bel hypocrite, un sale personnage qui n’a de place dans aucune réalité. Pourtant, je vous ai toujours inscrit dans chacune de mes différentes réalités. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas rendre le monde anarchique de la pensée comme utopique, il fallait bien incruster un connard dans l’histoire, lança-t-elle accompagné d’un radieux sourire. »
Gabriel restait sans voix, l’infirmière la méprisait du regard, tandis que les médecins s’échangeaient leur avis un peu plus loin. Quelques minutes passèrent dans un désagréable silence.
« Le fait que vous nous écoutiez et laissez parler est admirable, reprit Euphie. Mais certains d’entre nous n’ont rien à faire ici. Alors pourquoi ne protestons nous pas ? Car nous n’avons nulle part ou aller. Hélas, je ne sais ni qui je suis, ni qui vous êtes, ni personne. Comment pouvons-nous juger quelqu’un par son travail ? Vous êtes médecin car vous avez fait des études dans ce domaine et que vous avez des connaissances, ainsi, vous faites le métier de médecin. Mais si vous aviez fini agriculteur, vous aurions-nous appelé tout de même médecin ? La réponse est non. C’est parce que vous gagnez de l’argent en exerçant ce métier que l’on vous donne un titre. C’est triste à dire, car c’est ainsi que l’on nous impose une réalité, celle où l’argent est roi.
- Pourquoi ne pas l’accepter simplement ? C’est parce que vous allez trop loin que vous êtes ici. Nous sommes là pour vous guérir, vous aider à remettre les pieds sur terre. Nous avons l’impression de voir une enfant qui fuit la réalité en vous regardant.
- Mais arrêtez de dire LA réalité bordel ! Et puis, qui êtes vous pour prétendre que j’ai besoin de guérir ? Si je m’imagine telle une jeune fille enfermée dans ma tour, ce n’est pas parce que je suis folle. C’est une métaphore, je pourrai être poète ; je dis simplement que je suis enfermée dans cet hôpital ou d’autres jeunes filles ne sont pas battues, mais se font manipuler par vous, bande de tordus. Les maladies que nous avons ne viennent que de vous qui publiez tous les ans de nouvelles maladies. Comment appelez vous la mienne ? La multiréalitationneuse ? Quel nom barbare, pardon, vous allez utiliser l’étymologie de chacun des mots qui compose ce que je suis pour faire plus « scientifique ». Quoi qu’il en soit, si vous ne voulez pas accepter qu’il puisse exister plusieurs réalités, relâchez moi. Permettez moi de découvrir le monde aussi moche tel qu’on nous l’offre afin que je le rende artistique à ma façon, et sans contestation.
- Nous ne pouvons pas tant que vous ne serez guéri.
- Vous ne pouvez pas tant que vous ne m’aurez pas pris tout mon argent, lança-t-elle sèchement. Je vais hurler à tous ces prisonniers à qui vous retirer leur vie ce que vous êtes réellement. Vous n’êtes que des connards. DES PUTAINS DE CONNARDS !, hurla Euphie hystériquement.
- Bon, emmenez-la dans sa chambre avant que ça dégénère, ordonna un médecin s’adressant à Sophie.
- Non. Je refuse, contesta Euphie.
- Allez, ne faites pas de cinéma et venez.
- NON ! Lâchez-moi ! Que diriez-vous de me relâcher avant que je forme une armée contre vous ? JE VOUS DENONCERAI ! »
On l’emmena de force dans sa chambre. Plus le temps passait, plus cette femme devenait hystérique. Etait-elle vraiment folle ou est-ce l’hôpital psychiatrique qui la rendit ainsi ?
 Quelques mois passèrent.
« Aujourd’hui, je serai assassin. »,  a-t-elle pensé un petit matin en se réveillant, le jour ou elle arracha avec Asylum la petite cuillère les yeux de Gabriel qui souriait trop sadiquement selon elle.
 
Lyhn                       

 
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