Mais quel regard...

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  Après m'être habillée, je referme mon appartement et file travailler de ce pas !
En arrivant dans le salon, je commence à ranger et à préparer nos zones de travail. Je suis en train de m'affairer à la tâche quand j'entends la porte d'entrée s'ouvrir, je sais déjà qui c'est et je me prépare à l'affronter !
James arrive vers moi pour me dire bonjour, et se stop net devant moi, me fixant intensément. Ça va barder !
- Retire-moi ces lunettes... me dit-il d'un ton ferme.
- Écoute, j'ai la gueule de bois ce matin, c'est pour ça les lunettes, ne t'inquiète pas ça va passer.
- Hope Hawkins, tu vas me retirer ces lunettes immédiatement ! me dit-il d'un ton encore plus effrayant, c'est qu'il pourrait parfois faire peur cet ours des cavernes.
Je les retire donc avec mauvaise volonté et attend ma sentence.
- Si tu crois que mettre des lunettes de soleil sur tes yeux de panda va réussir à me cacher le fait que tu te sois fait péter la gueule hier soir !
Et ben tu te trompes lourdement.
Tu ne peux pas t'en empêcher... Franchement, je pensais que tu étais plus intelligente que ça. Que tu avais un cerveau pas comme tous ces mec contre qui tu te bats, tu veux te prouver quoi ? Que tu es la plus forte ? Que tu peux te battre ? Je peux te dire que faire ces démonstrations de force ne t'apporteront rien du tout à part des emmerdes, des blessures et voir même pire encore ! Je sais que tu n'obéis à personne, que tu ne fais que ce qu'il te plaît. Mais tu as un grand cœur et tu es une des filles les plus intelligentes que je connaisse. J'ai compris que tu combattais aussi pour l'argent, et qu'avec tu fais des cadeaux aux gosses défavorisés du coin, mais ne mets pas ta vie en danger à cause de ça, s'il te plaît.

Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu autant de mots sortir de bouche. Il est sincère dans ses paroles et très inquiet pour moi, je le sais et surtout, je le sens. Il n'est pas mon père, mais agit avec moi comme si j'étais de sa famille. Il me protège à sa façon, et cela me fait culpabiliser de l'avoir inquiété.
J'avance vers lui, et écarte mes bras pour lui signifier que je veux un câlin.
- Ne pense pas t'en sortir comme cela en essayant de m'amadouer jeune fille ! me dit-il en me prenant tout de même dans ses bras.
- Je suis désolé de t'avoir inquiété James, vraiment, je vais essayer d'y aller moins souvent ! Promis !
- Je voudrais surtout que tu arrêtes définitivement d'y aller p'tite.
- C'est pour les gosses que j'y vais, ils ont besoin de moi, je me dois de leur apporter ce que moi je n'ai pas eu à leur âge, mais que j'ai eu grâce à toi plus tard. Une présence, un soutien. Et pour cela, il me faut du fric.
Il me regarde de ses yeux sombres et acquiesce de la tête, résigné.

Maintenant qu'il a vu mes beaux yeux, je peux retirer ces putains de lunettes. Car bon que les autres voient mes yeux de pandas me laisse totalement indifférente ! Ce ne sera pas la première fois, de plus avec mes lunettes de soleil, je vais avoir du mal à travailler.
Mon premier client arrive à l'heure et me regarde avec un air réprobateur, c'est un habitué de salon, il me connaît donc très bien. Mais je ne supporte de sermons que de James alors il ne dit rien, se tait et s'installe pour que je commence à le " torturer "comme il le dit si bien.
La mâtinée passe assez vite, je fais ma pause et dessine quelques projets que l'on m'a demandé pour la semaine prochaine tout en m'occupant de l'accueil, car James a eu besoin de quitter le salon et m'a demandé de le relayer. J'avais remis mes lunettes de soleil, car avec le manque de sommeil et les efforts visuels de la matinée, une migraine pointait son nez.
Quand soudain j'entends la porte d´entrée s'ouvrir. Je me redresse donc pour accueillir le client, qui en fait était une bande de clients, pas sur d'ailleurs qu'ils le soient vraiment...
- Bonjour, je peux vous renseigner ? lançais-je donc avec mon faux sourire commerciale. L'homme du milieu, assez jeune me regarde fixement avec un petit sourire en coin, il a une très jolie fossette. Il est très beau ! Une aura de danger l'entoure, la petite voix en moi qui met habituellement en garde quand je rencontre ce genre d'individus se fait étrangement silencieuse cette fois-ci. Il répond me stoppant dans ma contemplation.

- Bonjour mademoiselle, j'aimerais prendre rendez vous pour un tatouage, est ce que ce serait possible ?
- Oui bien sûr, pour quand souhaiteriez vous le faire ?
- Si possible le plus vite possible. Nous sommes un peu pressés.
- Ok, j'ai une disponibilité pour après-demain, ce sera avec moi par contre, le patron n'a pas de créneaux libres avant la fin semaine prochaine.
Il me regarde attentivement à travers mes lunettes comme s'il pouvait lire directement en moi, quelle sensation étrange.
- Ça me va, je dirais même que c'est plus que parfait, mais je veux voir quelques-unes de vos pièces tatouer avant, je ne me fais pas massacrer par des débutants !

- Je ne suis pas une débutante, sur ce pan de mur vous y trouverais certaine de mes plus grosses pièces. Je le fixe intensément derrière mes lunettes pendant qu'il se dirige vers le mur. De dos, il est aussi à tomber..

- Ouais, ça ira ! Par contre ma bande m'accompagnera et c'est non négociable. M'annonce-t-il d'un ton qui pour lui ne laissais guère de choix possible, mais il ne me connaissait pas pour qui se prenait-il pour m'imposer cela dans mon lieu de travail. Chez moi, le client est roi, mais à partir d'une certaine limite, de plus demandée comme cela, c'est clair que je ne ferais aucun effort.

- Je ne pense pas non, vous êtes combien ? Une dizaine ? C'est strictement hors de question, je n'accepterais pas plus de 2 accompagnants, c'est à prendre ou à laisser. Lui répondis-je avec un sourire commercial, mais qui ne cachait en rien le caractère non-négociable des propos que je venais de dicter.
Il me fixe puis soulève ses lunettes, dans ses cheveux mi-long noir corbeau. C'est là première fois que je vois un regard si pénétrant, si intense. Il a les yeux d'un bleu glacier, presque plus clair encore que mon œil vairon, il me regarde et acquiesce du menton.
- Très bien, j'accepte Beauté,
Il sort son porte-monnaie et verse l'acompte convenu. Je lui demande ce qu'il souhaite et me répond qu'il veut un loup réaliste sur le pectoral gauche, mais que le reste est à ma convenance.
- D'accord, je vous prépare le dessin pour le jour J.
- J'ai hâte qu'on se revoit ma belle ! Au fait petite question, vous connaissez la personne qui habite au-dessus de ce salon ?
Oula je ne la sens pas trop cette question, je préfère faire comme si je la connaissais effectivement !
- Oui mais elle est très peu à son domicile, elle traîne souvent à droite et à gauche dans le quartier.

Il me regarde avec un sourire en coin, puis acquiesce.

- D'accord merci du renseignement ! À bientôt Beauté !
Son timbre de voix rauque, quand il me sort cette phrase il me ferait presque humidifier ma petite culotte... Arf ma vieille ça fait trop longtemps que tu n'as pas vu le loup, c'est moi qui te le dis. Je les regarde alors s'éloigner lui et sa bande, ne pouvant m'empêcher de penser à lui et à son regard balayant mon âme.

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Recommandations

Olivier Vetter


Juliette ne sais pas où dormir ce soir. Toute la journée elle a erré dans la galerie marchande, passant d'un recoin à l'autre afin de ne pas attirer l'attention. Les vigiles sont tellement suspicieux de nos jours.
Les boutiques se sont peu à peu vidées. Les rideaux commencent à descendre. Il va falloir trouver une solution. Quelqu'un va bien finir par la jeter dehors. Et l'idée de passer la nuit sur la dalle ne l'enchante guère.
La faim commence à la travailler. Son estomac brasse du vide. Difficile de ne pas y penser. Pour tout repas, elle s'est contenté d'un jambon beurre, en fin de matinée. Et depuis plus rien. Elle ne veut pas casser son dernier billet.
Le sac à dos pèse des tonnes. Mais elle ne veut pas prendre le risque de l'abandonner. Tout ce qu'elle possède tient à l'intérieur. Un duvet. Quelques affaires. Des babioles. De quoi lire.
En fin d'après-midi, elle a tenté une sortie. Le soleil se reflétait sur le revêtement gris qui recouvre le béton.  Aucun arbre à l'horizon. Aucune couleur vive. De l'acier. Du verre. Des silhouettes sombres. Qui peut vivre dans un tel environnement? Au pied d'une tour elle est allée taxer une cigarette à une femme en tailleur noir qui l'a dévisagé avant de refuser. L'incident fut évité de justesse.
De retour à la galerie marchande, Juliette a échoué sur ce banc. Autour d'elle les quidams vont et viennent sans la remarquer. Elle est devenue transparente. N'importe quoi peut désormais lui arriver.
Elle a vidé sa bouteille d'eau depuis longtemps, mais n'est plus capable de se déplacer jusqu'aux toilettes pour la remplir.
Tout a commencé ce matin quand elle a quitté l'appartement de Claire, la copine qui l'hébergeait depuis un mois. La dispute a éclaté au réveil. Une histoire de cheveux dans le lavabo. Une bêtise. Elle a claqué la porte. Une réaction de gamine.
Trop fière pour s'excuser. Trop orgueilleuse. Trop conne. Où aller?
Elle explore son téléphone. Claire ne l'a pas rappelé. Elle doit être furieuse. Il y a de quoi.
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Sortie de nulle-part, une femme vient s'asseoir sur le banc. Elle ne pouvait pas se poser ailleurs? La galerie ne manque pas de sièges. Elle a sans doute mieux à faire. Prendre un bus. Remplir un caddy. Récupérer des enfants. Cuisiner. Au lieu de s'en aller, elle engage la conversation.
–        Bonjour.
En guise de réponse, Juliette lâche un soupir.
–        Cela fait un bout de temps que je t'observe.
La femme présente bien. Le genre à travailler dans un bureau, à taper sur un clavier, à répondre au téléphone. Un détail cloche cependant. La paire de tennis crasseuses qu'elle porte aux pieds.
–        Il a l'air lourd ton sac.
Juliette coupe son portable par peur de vider la batterie.
–        Tu ressembles à ma fille. Enfin, j'imagine que tu ressembles à ma fille car cela fait longtemps que je ne l'ai pas vue. Elle vit avec son père.
Un vigile les a repéré, de loin. Pour l'instant, il garde ses distances, mais bientôt il viendra les déloger.
–        Tu ne peux pas rester ici. Mais je connais un endroit où tu pourrais passer la nuit. Tu ne risqueras rien. Tu me suis?
Sans desserrer les dents, Juliette acquiesce. Elle se sent capable d'aller n'importe où en échange d'une promesse de sécurité. Au sommet d'une tour. Au fond d'un gouffre. Elle se laisse alors guider dans le dédale du centre commercial. Au niveau inférieur, la femme ouvre une porte. Un premier  escalier les conduit au parking. Un deuxième les entraine dans les entrailles de la dalle. Il faut descendre. Toujours plus bas. Éviter les recoins sombres. Se concentrer sur le parcours. Essayer de le mémoriser. Au cas où...
Mais très vite, Juliette perd ses repères. Tous les couloirs se ressemblent. Partout la même saleté, la même lumière blafarde. La descente reprend. Juliette n'a plus le choix. Elle doit suivre son guide dans des boyaux de plus en plus sombres.
Elles débouchent bientôt dans un local obscur. La femme allume une bougie.
–        Ce n'est pas un palace, mais tu vas pouvoir te reposer. Comme tu peux le constater, la vue est un peu bouchée. Mais il n'y a pas de vitres à laver. Tu n'es pas claustrophobe au moins?
Sur le sol un matelas. Une palette posée sur des parpaings en guise de table. Des chutes de moquettes tachées.
–        Dans le couloir, tu trouveras un robinet et un trou pour les toilettes. Tu peux prendre des cartons pour te faire un matelas dans le coin. En principe, les rats n'entrent pas ici. Tu veux manger un morceau?
 
 
Juliette dort dans le train.
Elle a pris sa décision cette nuit.
La femme ronflait. De l'eau coulait quelque part. Un goute à goute incessant. Il y avait aussi ce grondement qui semblait surgir du sol à intervalles réguliers. Et cette peur des rats. Elle les devinait, les entendait, les sentait. Partout. Dans son duvet. Sur son visage. Ils se faufilaient dans les recoins, prêts à bondir sur elle afin de planter leurs dents aiguisées dans sa chair.
Au petit matin, elle a retrouvé la surface, soulagée. Une foule éparse avait déjà pris possession de la dalle. Elle ne pouvait pas rester ici.
–        Merci pour tout, a-t-elle dit à la femme avant de s'éloigner.
Un peu plus tard, elle a pris un petit déjeuner à la gare.
Puis, elle a sauté dans un train, a choisi un siège dans le sens de la marche et s'est assoupie.
Là-bas, ses parents l'attendent. 
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Lyhn Adrena

J'ai écrit cette nouvelle pour un concours s’intitulant « Littérature et Musique ». Pour résumer, il s’agissait simplement d’associer une musique à ce que nous allions écrire, soit, une courte nouvelle composée de maximum 15 000 caractères espaces compris. Concours qui s’adresse à tous jeunes écrivains de moins de trente ans résidant un pays francophone.
Musique : Steampunk Opera, overture de Paul Shapera
https://www.youtube.com/watch?v=N4eshdFCpOQ
 
 
Ce n'est qu'un conte de fée          
 
"Cette classe, je ne la connaissais pas. La plupart des têtes m'étaient inconnues et tout a commencé par un cours de musique. J'ai alors compris que j'étais dans une école d'art. Je semblais bien connaitre le jeune homme avec qui je me rendais à ce lieu, cependant dans votre réalité je ne saurais dire qui il est. Lorsque nous entrions dans l'école il riait avec ses copains; je le laissais donc. En montant les escaliers interminables, la documentaliste me souri. Sourire que j'appris à lui rendre avec beaucoup de mal, ce qui malheureusement me réveilla."
 
            Elle ne cesse que d'écrire ses rêves à chaque réveil espérant devenir la même petite fille qu'elle est dans ceux-ci. Libre telle une colombe, plutôt qu'enfermée dans cette tour... Elle se leva, s'étira comme un petit chat et se rendit à sa fenêtre œil de bœuf afin d'y contempler la lune. Cette sombre lune semble si proche, c'est pourquoi on appelle cet endroit "Le château de la lune sombre". Aujourd'hui elle ne ressort qu'à peine de derrière les nuages. Le gel tombait lentement sur la grille qu'encercle la tour. Au même instant, Yona sortait. Elle était ravissante vêtue d'un long tissu bleu ciel lui servant de robe. Luna, Byra, Vina, Iuma, Ceza, Mila, Tera, Hava, Pyda, Duna, et enfin Fura suivaient Yona qui jouait du violon laissant tomber ses longs cheveux blancs. Elles étaient toutes les douze dans de belles robes qui se ressemblaient. Sous cette lune, elles dansent en douceur, elles brillent telles des étoiles qui ont déjà signé leur arrêt de mort. Ou se rendaient-elles? Etait-ce si important pour prendre un tel risque? La rêveuse retourna se coucher. « Elles croient briller, en vain ! », se répétait-elle suivit de nombreux échos envahissant son esprit.
            Un cri aigu résonnait dans sa tête au petit matin. « Un cauchemar? » se demandait-elle. Le cri se fit de nouveau entendre. « ARRÊTEZ ! », hurla-t-elle. Elle s'habilla sans prendre de toilette se cogna la tête contre le mur à côté de la petite fenêtre. Elle savait ce qui se passait; les filles se faisaient frapper. « Bien fait pour vous, mais laissez ma tête tranquille désormais, je ne supporte plus ces cris ! »
            Quelqu'un toqua à la porte.
« Est-ce toi Gabriel? », elle sauta sur son lit l'air de rien.
« Oui, c'est moi. » répondit-il. Il est toujours vêtu de blanc, ce qui perturbe Euphie qui semble apprécier les couleurs pâles.
« Je vois que vous vous portez bien aujourd'hui. Le réveil ne fut pas trop difficile?, la questionna-t-il.
–   Oh si, vous m'avez manqué.
–   C'est gentil, affirma Gabriel un peu gêné. »
            Puis il s'en alla après l'avoir enfermée dans sa cage. « Cet homme me bat, et m'interdit d'aimer. N'est-ce donc point cruel? »
            Les heures passèrent entre quatre murs blancs. La patiente se croit dans une cage depuis ces derniers jours. A quarante-quatre ans, celle qui se prénomme Euphie se prend pour une jeune demoiselle enfermée dans sa tour. Ils ne savent pas si elle a de la famille, on l'a embarqué alors qu'elle n'avait ni papier d'identité, ni de moyen de communication sur elle, dans un lieu public. Certains patients de cet hôpital psychiatrique perdu sont difficiles à traiter. Comment informer à une personne qui se sent heureuse qu'elle n’ait pas l'âge qu'elle prétend avoir? Et qu'en plus elle ne se trouve pas dans une tour en rêve d'un prince mais dans un endroit où on cherche à la soigner? Lorsque midi arriva, elle cacha sa petite cuillère dans les rubans de sa robe. « Viens Asylum, c'est l'heure d'aller manger », s'adressa-t-elle à cette cuillère. Une infirmière entra brusquement dans la chambre.
« A qui vous adressiez-vous?
–   Oh bonjour Pyda. C'est un plaisir de vous revoir. Vous n'êtes pas blessé? J'ai entendu crier ce matin. Le prêtre vous a encore dénoncé à vos supérieurs? »
Pendant ce temps, l'infirmière fouilla la femme folle. Elle trouva la petite cuillère au style particulier.
«  Cette petite cuillère de Laiton, où l'avez-vous eu?
–   Oh, faites attention à Asylum s'il vous plaît, c'est mon porte-bonheur...
–   Pourquoi avoir donné un tel nom à cet objet?
–   C'est une assez longue histoire... Il y a de ça quelques années, lorsque j'avais onze ans, je pensais beaucoup que je n'étais pas normale et qu'un jour je deviendrais folle. De plus, vous savez, dans les hôpitaux, on donne souvent à manger à la petite cuillère et “asile” en anglais c'est plus joli qu'en français. Alors s'il vous plaît, c'est Ceza qui me l'a apporté, rendez-la-moi.
–   Tenez... et venez manger. »
 
L'infirmière s'assura que la patiente aille bien en direction de la salle à manger avant de rendre compte de ce qu'il vient de se passer au psychologue Gabriel. Elle lui expliqua l'histoire d'Asylum. Gabriel était perplexe, il réfléchissait et alla manger à son tour. La patiente, Euphie, s'installa seule sur une table. Elle admirait la magnificence et la popularité de Yona qui régnait en bout de table accompagnée des onze autres demoiselles. La blancheur de ces filles l'impressionnait toujours. « Je me demande de quelles filles Gabriel a déjà abusé. Serais-je la prochaine? », s'interrogea-t-elle.
            Le temps de midi se finissait, Gabriel commença à rédiger les réflexions abouties de cette dernière heure, puis fit le point de la semaine. On pouvait lire:
            « La patiente ne s'est pas seulement construit un monde, elle est retournée dans le passé et vit une réalité différente de la notre. Tous les jours, sa propre réalité change mais  elle ne semble se rendre compte qu'elle se trouve dans un hôpital spécialisé. Lundi, elle vivait dans un monde musical. Mardi, elle s'imaginait dans un monde anarchique basé sur l'échange entre artisans. Hier, dans un monde illusoire. Ça ne fait pas d'elle une patiente violente, il est inutile d'agir pour le moment, mais il faut rester méfiant car si elle se croit battue dans une cage, il se peut qu'aujourd'hui elle vive dans un monde où la violence prend part. »
            Yona est une violoniste, éleveuse de chien-loup, Pyda est une boulangère, Tera est une illusionniste, Ceza est une voyageuse. « Mais qu'en est-il des autres... », s'interrogea Euphie. Elle décida d'aller les espionner durant l'absence de Gabriel. Avant cela, elle se devait de se changer et de prendre une bonne douche.
            Arrivée dans sa salle de bain, elle se déshabillait et s'observait dans le grand miroir face à elle. Sa maigreur accentuait ses cicatrices causées par son mari. Elle caressa sa peau regrettant de ne pas être aussi belle que ces douze demoiselles, et d'être si faible... Sous l'eau coulant le long de son corps, elle se posait diverses questions sur la réalité qui la suivait. Ces infirmières finiraient par devenir folles si elles ne peuvent être capables de comprendre leurs patients. La vapeur sortie de sa douche envahissant le miroir, l'empêchait de se voir en sortant de celle-ci.
Le soir arriva, sa journée lui a permit de découvrir que Vina est une couturière. Il est désormais l'heure de dormir.
            Le lendemain de bonne heure, Gabriel s’était isolé avec des médecins et l’infirmière chargée d’Euphie. Ils se concertaient à propos de la jeune patiente.
« Nous ne progresserons plus. Je ne peux plus rien faire pour elle, il serait peut-être temps lui dire la vérité, lui apprendre ce qu’est la réalité, proposa Gabriel.
-  Mais si elle réagissait mal ?, demanda l’infirmière inquiète.
-  Nous lui donneront de calmants avant l’entretien, affirma un médecin. »
 
Euphie a encore trop bu hier. Effectivement, c’est une collégienne jalouse de savoir que Yona traîne plus qu’elle avec Gabriel. Tout ça parce qu’elle joue du violon, c’est la triste image qu’elle a de l’époque des années 90. Elle va se rendre au bar Iuma, et va se rendre compte que Iuma est une barmaid, et Byra une serveuse. Une fois de plus, elle finit saoule quelques heures plus tard.
Il est déjà 10h30, le personnel a fini sa pause avant d'emmener Euphie dans une salle particulière. Arrivée dans la salle, on l’assoie. L’infirmière surnommé Pyda par Euphie, lui donna un verre d’eau accompagné d’un calmant. On ne la força pas à le prendre tout de suite. Gabriel prit la parole en premier car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que Euphie se sent plus en confiance avec lui qu’avec les autres.
« Madame, je vous remercie d’être venue sans qu’on ait eu à vous forcer. Avant de vous expliquer ce que l’on a à vous dire, j’aimerai vous poser quelques questions.
-  Je crois qu’il aurait fallut choisir un autre jour, je crois que j’ai un peu trop bu ce matin. Comme hier d’ailleurs, depuis l’incendie familial ou j’en fus la seule rescapée, je ne fais que de me saouler !
-  Euphie… Ou vivez-vous ?
-  Dans la rue. Mais je vous arrête tout de suite, jamais je ne vivrai chez vous. Vous avez une femme et des enfants, vous devez rester fidèle. Surtout avec votre fille, à qui vous aviez prom…
-  Arrêtez !, s’exclama l’infirmière.
-  Que vous arrive-t-il Pyda ? Non… Ne dites rien… Ne me dites pas que vous êtes sa femme ?
-  Sophie, laissez, je m’en occupe pour le moment, s’adressa Gabriel à l’infirmière. Euphie, regardez-moi et acceptez la réalité. Vous n’êtes pas saoule, vous n’avez pas touché à une seule goutte d’alcool depuis que vous êtes ici. Vous n’êtes pas dans un bar, et vous n’avez pas quinze ans. Hier, vous n’étiez ni une esclave, ni une espionne. La semaine dernière, vous n’étiez pas une commerçante, ni une danseuse. Je ne suis pas votre amant, mais votre psychologue. Cette femme n’est…
-  Pas très compétent pour un psychologue, coupa Euphie.
-  Je vous demande pardon ?
-  Je dis que vous n’êtes pas très compétent Gabriel, vous êtes beaucoup trop fermé d’esprit.
- Pensez-vous sérieusement qu’un psychologue peut-être fermé d’esprit ?
- Bien sûr que oui. Suis-je saoule ? Non. Le sais-je ? Oui. Pourquoi jouer la comédie ? Et si je ne jouais pas la comédie ? Et si, dans une autre réalité, j’étais réellement saoule ?
- Il n’existe qu’une seule vraie et pure réalité Madame.
- On peut vous en donner la preuve, ajouta un médecin.
- On ne vous a pas sonné, vous, répliqua Euphie. C’est un duel entre Gabriel et moi. Une prise de sang ne refléterait que la réalité ici présente, dans cet hôpital psychiatrique de merde.
- Ne soyez pas vulgaire, reprit Gabriel.
- Parce que vous ne l’êtes pas, vous ? A me prendre pour une folle et me priver de ma liberté pour ça ? Nous n’avons ni liberté d’expression, ni de liberté spatiale ici. Vous êtes ignobles, tous autant que vous êtes. La seule liberté que j’ai, est celle de penser, mais ça devient douloureux à force de tout garder pour soi-même. N’êtes-vous pas censé être là pour que nous nous sentions mieux Gabriel ? Vous êtes le seul à qui j’ai laissé le prénom d’origine. Ce n’est pas une marque de respect. J’avais simplement reposé mes espoirs sur vous. En réalité, vous êtes le plus bel hypocrite, un sale personnage qui n’a de place dans aucune réalité. Pourtant, je vous ai toujours inscrit dans chacune de mes différentes réalités. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas rendre le monde anarchique de la pensée comme utopique, il fallait bien incruster un connard dans l’histoire, lança-t-elle accompagné d’un radieux sourire. »
Gabriel restait sans voix, l’infirmière la méprisait du regard, tandis que les médecins s’échangeaient leur avis un peu plus loin. Quelques minutes passèrent dans un désagréable silence.
« Le fait que vous nous écoutiez et laissez parler est admirable, reprit Euphie. Mais certains d’entre nous n’ont rien à faire ici. Alors pourquoi ne protestons nous pas ? Car nous n’avons nulle part ou aller. Hélas, je ne sais ni qui je suis, ni qui vous êtes, ni personne. Comment pouvons-nous juger quelqu’un par son travail ? Vous êtes médecin car vous avez fait des études dans ce domaine et que vous avez des connaissances, ainsi, vous faites le métier de médecin. Mais si vous aviez fini agriculteur, vous aurions-nous appelé tout de même médecin ? La réponse est non. C’est parce que vous gagnez de l’argent en exerçant ce métier que l’on vous donne un titre. C’est triste à dire, car c’est ainsi que l’on nous impose une réalité, celle où l’argent est roi.
- Pourquoi ne pas l’accepter simplement ? C’est parce que vous allez trop loin que vous êtes ici. Nous sommes là pour vous guérir, vous aider à remettre les pieds sur terre. Nous avons l’impression de voir une enfant qui fuit la réalité en vous regardant.
- Mais arrêtez de dire LA réalité bordel ! Et puis, qui êtes vous pour prétendre que j’ai besoin de guérir ? Si je m’imagine telle une jeune fille enfermée dans ma tour, ce n’est pas parce que je suis folle. C’est une métaphore, je pourrai être poète ; je dis simplement que je suis enfermée dans cet hôpital ou d’autres jeunes filles ne sont pas battues, mais se font manipuler par vous, bande de tordus. Les maladies que nous avons ne viennent que de vous qui publiez tous les ans de nouvelles maladies. Comment appelez vous la mienne ? La multiréalitationneuse ? Quel nom barbare, pardon, vous allez utiliser l’étymologie de chacun des mots qui compose ce que je suis pour faire plus « scientifique ». Quoi qu’il en soit, si vous ne voulez pas accepter qu’il puisse exister plusieurs réalités, relâchez moi. Permettez moi de découvrir le monde aussi moche tel qu’on nous l’offre afin que je le rende artistique à ma façon, et sans contestation.
- Nous ne pouvons pas tant que vous ne serez guéri.
- Vous ne pouvez pas tant que vous ne m’aurez pas pris tout mon argent, lança-t-elle sèchement. Je vais hurler à tous ces prisonniers à qui vous retirer leur vie ce que vous êtes réellement. Vous n’êtes que des connards. DES PUTAINS DE CONNARDS !, hurla Euphie hystériquement.
- Bon, emmenez-la dans sa chambre avant que ça dégénère, ordonna un médecin s’adressant à Sophie.
- Non. Je refuse, contesta Euphie.
- Allez, ne faites pas de cinéma et venez.
- NON ! Lâchez-moi ! Que diriez-vous de me relâcher avant que je forme une armée contre vous ? JE VOUS DENONCERAI ! »
On l’emmena de force dans sa chambre. Plus le temps passait, plus cette femme devenait hystérique. Etait-elle vraiment folle ou est-ce l’hôpital psychiatrique qui la rendit ainsi ?
 Quelques mois passèrent.
« Aujourd’hui, je serai assassin. »,  a-t-elle pensé un petit matin en se réveillant, le jour ou elle arracha avec Asylum la petite cuillère les yeux de Gabriel qui souriait trop sadiquement selon elle.
 
Lyhn                       

 
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