Le hasard

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Point de vue de Hope.

Je rentre en trombe dans le vestiaire, je suis épuisée. Combattre contre un homme, aussi confiante que je puisse l'être, ce n'était vraiment pas de la tarte. Il m'a bien cogné quand même ce lourdaud ! Mais je me suis vengé, en particulier au moment où il m'a susurré :
« Quand j'en aurais fini avec toi, je vais te baiser comme tu ne l'as jamais été de ta vie... » mon cerveau a alors déconnecté, de mauvais souvenir ont ressurgit et un voile rouge c'est abattu sur moi, je dirais même plus un voile noir, s'il y a bien une chose que je hais, ce sont les porcs dans son genre.
Je me suis alors jeter sur lui de toutes mes forces pour qu'il souffre et lui ai foutus un bon coup de genoux dans ses parties ! Mais cette colère m'a déconcentrer à un moment et il a réussit à retourner la situation à son avantage et m'a rouer de coup,mais j'ai l'habitude.
Je sais encaisser, je réfléchis à une façon de retourner la situation, quand soudain pour mon entière satisfaction, il me vient une idée : les hommes ont quand même tendance à oublier qu'ils ont une partie de leur anatomie tellement fragile, et qui une fois en mains ennemies les rends d'une vulnérabilité monstre.

Quand je lui ai saisi le paquet, il est devenu livide ! Grâce à cela, j'ai réussi à lui sauter sur le dos et lui faire un étranglement. Il est vite tombé dans les vapes après s'être tout de même bien battue, mais hélas pour lui, une fois que je suis fixé sur mon objectif (en l'occurrence lui couper sa circulation sanguine cérébrale) je ne lâche plus jusqu'à obtenir ce que je souhaite.

J'ai gagné mes putains de 1000 dollars, bon non sans mal, la vache, je vais me faire engueuler par James, je vous dis pas ça va être ma fête demain... Sur ces pensées je me change et rentre chez moi au-dessus du Devil's Ink.
Je m'allonge et m'endors, une nuit hélas agitée de cauchemars qui ne me laisse que rarement la paix.
Cette nuit je me revois dans la famille numéros 6, les Millers, ils avaient adopter plusieurs enfants pour toucher une allocation spéciale, mais ces gens là avait là mains leste, ils nous rouaient de coup presque tous les jours, il fallait faire à manger, servir le dîner, faire la lessive, le ménage, les courses, et nous dormions tous dans la même pièce. On était 6 enfants. J'avais 7 ans, j'étais la tête de Turc de tous à mon grand désespoir. Je me revois dans ce cauchemar battue par Mr Millers, je n'avais pas lavé comme il faut son assiette. Il m'a donner un coup de poing au visage et c'est mis à me marteler de coups, je m'en suis sortie cette nuit-là avec deux côtes fêlées et une commotion cérébrale, ce fut le coup de trop car après son acharnement je ne me suis pas relevée, ils ont été obliger de me ramener à l'orphelinat, prétextant que je m'était faite battre dans la rue car j'avais voler quelques choses, l'orphelinat à payer mes soins mais pour rembourser les frais j'ai eu que 1 repas par jour pendant des semaines.
Les enfoirés.

Je me réveille en sueur, et mets un temps avant d'être de nouveau dans la réalité. Je vais être fraîche demain, il est 4 h du matin et je ne pense pas que je puisse me rendormir. Je me lève donc pour enfiler un jogging, un sweat et je décide de filer m'entraîner un peu ainsi que partir courir un peu vers 5 h 30. J'aime courir à cet heure-ci, dans cette ville dégueulasse c'est le seul moment où c'est calme et apaisant.

Après cette séance, je reviens chez moi et me prépare, enfile un slim skinny noir usé, mes fidèles Doc Martens. Je chausse mes lunettes de soleil, prête à affronter mon ennemi du jour, j'ai nommé : James.

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Recommandations

Olivier Vetter


Juliette ne sais pas où dormir ce soir. Toute la journée elle a erré dans la galerie marchande, passant d'un recoin à l'autre afin de ne pas attirer l'attention. Les vigiles sont tellement suspicieux de nos jours.
Les boutiques se sont peu à peu vidées. Les rideaux commencent à descendre. Il va falloir trouver une solution. Quelqu'un va bien finir par la jeter dehors. Et l'idée de passer la nuit sur la dalle ne l'enchante guère.
La faim commence à la travailler. Son estomac brasse du vide. Difficile de ne pas y penser. Pour tout repas, elle s'est contenté d'un jambon beurre, en fin de matinée. Et depuis plus rien. Elle ne veut pas casser son dernier billet.
Le sac à dos pèse des tonnes. Mais elle ne veut pas prendre le risque de l'abandonner. Tout ce qu'elle possède tient à l'intérieur. Un duvet. Quelques affaires. Des babioles. De quoi lire.
En fin d'après-midi, elle a tenté une sortie. Le soleil se reflétait sur le revêtement gris qui recouvre le béton.  Aucun arbre à l'horizon. Aucune couleur vive. De l'acier. Du verre. Des silhouettes sombres. Qui peut vivre dans un tel environnement? Au pied d'une tour elle est allée taxer une cigarette à une femme en tailleur noir qui l'a dévisagé avant de refuser. L'incident fut évité de justesse.
De retour à la galerie marchande, Juliette a échoué sur ce banc. Autour d'elle les quidams vont et viennent sans la remarquer. Elle est devenue transparente. N'importe quoi peut désormais lui arriver.
Elle a vidé sa bouteille d'eau depuis longtemps, mais n'est plus capable de se déplacer jusqu'aux toilettes pour la remplir.
Tout a commencé ce matin quand elle a quitté l'appartement de Claire, la copine qui l'hébergeait depuis un mois. La dispute a éclaté au réveil. Une histoire de cheveux dans le lavabo. Une bêtise. Elle a claqué la porte. Une réaction de gamine.
Trop fière pour s'excuser. Trop orgueilleuse. Trop conne. Où aller?
Elle explore son téléphone. Claire ne l'a pas rappelé. Elle doit être furieuse. Il y a de quoi.
Les contacts défilent. Le numéro de ses parents s'affiche. Elle hésite, mais renonce. Elle ne se sent pas la force de reconnaître son échec. Partie sur un coup de tête, elle ne les a pas revus depuis des mois. Tout lui paraissait alors évident. Sauter dans un train. Profiter de la vie. Voler de ses propres ailes. Aimer.
Sortie de nulle-part, une femme vient s'asseoir sur le banc. Elle ne pouvait pas se poser ailleurs? La galerie ne manque pas de sièges. Elle a sans doute mieux à faire. Prendre un bus. Remplir un caddy. Récupérer des enfants. Cuisiner. Au lieu de s'en aller, elle engage la conversation.
–        Bonjour.
En guise de réponse, Juliette lâche un soupir.
–        Cela fait un bout de temps que je t'observe.
La femme présente bien. Le genre à travailler dans un bureau, à taper sur un clavier, à répondre au téléphone. Un détail cloche cependant. La paire de tennis crasseuses qu'elle porte aux pieds.
–        Il a l'air lourd ton sac.
Juliette coupe son portable par peur de vider la batterie.
–        Tu ressembles à ma fille. Enfin, j'imagine que tu ressembles à ma fille car cela fait longtemps que je ne l'ai pas vue. Elle vit avec son père.
Un vigile les a repéré, de loin. Pour l'instant, il garde ses distances, mais bientôt il viendra les déloger.
–        Tu ne peux pas rester ici. Mais je connais un endroit où tu pourrais passer la nuit. Tu ne risqueras rien. Tu me suis?
Sans desserrer les dents, Juliette acquiesce. Elle se sent capable d'aller n'importe où en échange d'une promesse de sécurité. Au sommet d'une tour. Au fond d'un gouffre. Elle se laisse alors guider dans le dédale du centre commercial. Au niveau inférieur, la femme ouvre une porte. Un premier  escalier les conduit au parking. Un deuxième les entraine dans les entrailles de la dalle. Il faut descendre. Toujours plus bas. Éviter les recoins sombres. Se concentrer sur le parcours. Essayer de le mémoriser. Au cas où...
Mais très vite, Juliette perd ses repères. Tous les couloirs se ressemblent. Partout la même saleté, la même lumière blafarde. La descente reprend. Juliette n'a plus le choix. Elle doit suivre son guide dans des boyaux de plus en plus sombres.
Elles débouchent bientôt dans un local obscur. La femme allume une bougie.
–        Ce n'est pas un palace, mais tu vas pouvoir te reposer. Comme tu peux le constater, la vue est un peu bouchée. Mais il n'y a pas de vitres à laver. Tu n'es pas claustrophobe au moins?
Sur le sol un matelas. Une palette posée sur des parpaings en guise de table. Des chutes de moquettes tachées.
–        Dans le couloir, tu trouveras un robinet et un trou pour les toilettes. Tu peux prendre des cartons pour te faire un matelas dans le coin. En principe, les rats n'entrent pas ici. Tu veux manger un morceau?
 
 
Juliette dort dans le train.
Elle a pris sa décision cette nuit.
La femme ronflait. De l'eau coulait quelque part. Un goute à goute incessant. Il y avait aussi ce grondement qui semblait surgir du sol à intervalles réguliers. Et cette peur des rats. Elle les devinait, les entendait, les sentait. Partout. Dans son duvet. Sur son visage. Ils se faufilaient dans les recoins, prêts à bondir sur elle afin de planter leurs dents aiguisées dans sa chair.
Au petit matin, elle a retrouvé la surface, soulagée. Une foule éparse avait déjà pris possession de la dalle. Elle ne pouvait pas rester ici.
–        Merci pour tout, a-t-elle dit à la femme avant de s'éloigner.
Un peu plus tard, elle a pris un petit déjeuner à la gare.
Puis, elle a sauté dans un train, a choisi un siège dans le sens de la marche et s'est assoupie.
Là-bas, ses parents l'attendent. 
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Lyhn Adrena

J'ai écrit cette nouvelle pour un concours s’intitulant « Littérature et Musique ». Pour résumer, il s’agissait simplement d’associer une musique à ce que nous allions écrire, soit, une courte nouvelle composée de maximum 15 000 caractères espaces compris. Concours qui s’adresse à tous jeunes écrivains de moins de trente ans résidant un pays francophone.
Musique : Steampunk Opera, overture de Paul Shapera
https://www.youtube.com/watch?v=N4eshdFCpOQ
 
 
Ce n'est qu'un conte de fée          
 
"Cette classe, je ne la connaissais pas. La plupart des têtes m'étaient inconnues et tout a commencé par un cours de musique. J'ai alors compris que j'étais dans une école d'art. Je semblais bien connaitre le jeune homme avec qui je me rendais à ce lieu, cependant dans votre réalité je ne saurais dire qui il est. Lorsque nous entrions dans l'école il riait avec ses copains; je le laissais donc. En montant les escaliers interminables, la documentaliste me souri. Sourire que j'appris à lui rendre avec beaucoup de mal, ce qui malheureusement me réveilla."
 
            Elle ne cesse que d'écrire ses rêves à chaque réveil espérant devenir la même petite fille qu'elle est dans ceux-ci. Libre telle une colombe, plutôt qu'enfermée dans cette tour... Elle se leva, s'étira comme un petit chat et se rendit à sa fenêtre œil de bœuf afin d'y contempler la lune. Cette sombre lune semble si proche, c'est pourquoi on appelle cet endroit "Le château de la lune sombre". Aujourd'hui elle ne ressort qu'à peine de derrière les nuages. Le gel tombait lentement sur la grille qu'encercle la tour. Au même instant, Yona sortait. Elle était ravissante vêtue d'un long tissu bleu ciel lui servant de robe. Luna, Byra, Vina, Iuma, Ceza, Mila, Tera, Hava, Pyda, Duna, et enfin Fura suivaient Yona qui jouait du violon laissant tomber ses longs cheveux blancs. Elles étaient toutes les douze dans de belles robes qui se ressemblaient. Sous cette lune, elles dansent en douceur, elles brillent telles des étoiles qui ont déjà signé leur arrêt de mort. Ou se rendaient-elles? Etait-ce si important pour prendre un tel risque? La rêveuse retourna se coucher. « Elles croient briller, en vain ! », se répétait-elle suivit de nombreux échos envahissant son esprit.
            Un cri aigu résonnait dans sa tête au petit matin. « Un cauchemar? » se demandait-elle. Le cri se fit de nouveau entendre. « ARRÊTEZ ! », hurla-t-elle. Elle s'habilla sans prendre de toilette se cogna la tête contre le mur à côté de la petite fenêtre. Elle savait ce qui se passait; les filles se faisaient frapper. « Bien fait pour vous, mais laissez ma tête tranquille désormais, je ne supporte plus ces cris ! »
            Quelqu'un toqua à la porte.
« Est-ce toi Gabriel? », elle sauta sur son lit l'air de rien.
« Oui, c'est moi. » répondit-il. Il est toujours vêtu de blanc, ce qui perturbe Euphie qui semble apprécier les couleurs pâles.
« Je vois que vous vous portez bien aujourd'hui. Le réveil ne fut pas trop difficile?, la questionna-t-il.
–   Oh si, vous m'avez manqué.
–   C'est gentil, affirma Gabriel un peu gêné. »
            Puis il s'en alla après l'avoir enfermée dans sa cage. « Cet homme me bat, et m'interdit d'aimer. N'est-ce donc point cruel? »
            Les heures passèrent entre quatre murs blancs. La patiente se croit dans une cage depuis ces derniers jours. A quarante-quatre ans, celle qui se prénomme Euphie se prend pour une jeune demoiselle enfermée dans sa tour. Ils ne savent pas si elle a de la famille, on l'a embarqué alors qu'elle n'avait ni papier d'identité, ni de moyen de communication sur elle, dans un lieu public. Certains patients de cet hôpital psychiatrique perdu sont difficiles à traiter. Comment informer à une personne qui se sent heureuse qu'elle n’ait pas l'âge qu'elle prétend avoir? Et qu'en plus elle ne se trouve pas dans une tour en rêve d'un prince mais dans un endroit où on cherche à la soigner? Lorsque midi arriva, elle cacha sa petite cuillère dans les rubans de sa robe. « Viens Asylum, c'est l'heure d'aller manger », s'adressa-t-elle à cette cuillère. Une infirmière entra brusquement dans la chambre.
« A qui vous adressiez-vous?
–   Oh bonjour Pyda. C'est un plaisir de vous revoir. Vous n'êtes pas blessé? J'ai entendu crier ce matin. Le prêtre vous a encore dénoncé à vos supérieurs? »
Pendant ce temps, l'infirmière fouilla la femme folle. Elle trouva la petite cuillère au style particulier.
«  Cette petite cuillère de Laiton, où l'avez-vous eu?
–   Oh, faites attention à Asylum s'il vous plaît, c'est mon porte-bonheur...
–   Pourquoi avoir donné un tel nom à cet objet?
–   C'est une assez longue histoire... Il y a de ça quelques années, lorsque j'avais onze ans, je pensais beaucoup que je n'étais pas normale et qu'un jour je deviendrais folle. De plus, vous savez, dans les hôpitaux, on donne souvent à manger à la petite cuillère et “asile” en anglais c'est plus joli qu'en français. Alors s'il vous plaît, c'est Ceza qui me l'a apporté, rendez-la-moi.
–   Tenez... et venez manger. »
 
L'infirmière s'assura que la patiente aille bien en direction de la salle à manger avant de rendre compte de ce qu'il vient de se passer au psychologue Gabriel. Elle lui expliqua l'histoire d'Asylum. Gabriel était perplexe, il réfléchissait et alla manger à son tour. La patiente, Euphie, s'installa seule sur une table. Elle admirait la magnificence et la popularité de Yona qui régnait en bout de table accompagnée des onze autres demoiselles. La blancheur de ces filles l'impressionnait toujours. « Je me demande de quelles filles Gabriel a déjà abusé. Serais-je la prochaine? », s'interrogea-t-elle.
            Le temps de midi se finissait, Gabriel commença à rédiger les réflexions abouties de cette dernière heure, puis fit le point de la semaine. On pouvait lire:
            « La patiente ne s'est pas seulement construit un monde, elle est retournée dans le passé et vit une réalité différente de la notre. Tous les jours, sa propre réalité change mais  elle ne semble se rendre compte qu'elle se trouve dans un hôpital spécialisé. Lundi, elle vivait dans un monde musical. Mardi, elle s'imaginait dans un monde anarchique basé sur l'échange entre artisans. Hier, dans un monde illusoire. Ça ne fait pas d'elle une patiente violente, il est inutile d'agir pour le moment, mais il faut rester méfiant car si elle se croit battue dans une cage, il se peut qu'aujourd'hui elle vive dans un monde où la violence prend part. »
            Yona est une violoniste, éleveuse de chien-loup, Pyda est une boulangère, Tera est une illusionniste, Ceza est une voyageuse. « Mais qu'en est-il des autres... », s'interrogea Euphie. Elle décida d'aller les espionner durant l'absence de Gabriel. Avant cela, elle se devait de se changer et de prendre une bonne douche.
            Arrivée dans sa salle de bain, elle se déshabillait et s'observait dans le grand miroir face à elle. Sa maigreur accentuait ses cicatrices causées par son mari. Elle caressa sa peau regrettant de ne pas être aussi belle que ces douze demoiselles, et d'être si faible... Sous l'eau coulant le long de son corps, elle se posait diverses questions sur la réalité qui la suivait. Ces infirmières finiraient par devenir folles si elles ne peuvent être capables de comprendre leurs patients. La vapeur sortie de sa douche envahissant le miroir, l'empêchait de se voir en sortant de celle-ci.
Le soir arriva, sa journée lui a permit de découvrir que Vina est une couturière. Il est désormais l'heure de dormir.
            Le lendemain de bonne heure, Gabriel s’était isolé avec des médecins et l’infirmière chargée d’Euphie. Ils se concertaient à propos de la jeune patiente.
« Nous ne progresserons plus. Je ne peux plus rien faire pour elle, il serait peut-être temps lui dire la vérité, lui apprendre ce qu’est la réalité, proposa Gabriel.
-  Mais si elle réagissait mal ?, demanda l’infirmière inquiète.
-  Nous lui donneront de calmants avant l’entretien, affirma un médecin. »
 
Euphie a encore trop bu hier. Effectivement, c’est une collégienne jalouse de savoir que Yona traîne plus qu’elle avec Gabriel. Tout ça parce qu’elle joue du violon, c’est la triste image qu’elle a de l’époque des années 90. Elle va se rendre au bar Iuma, et va se rendre compte que Iuma est une barmaid, et Byra une serveuse. Une fois de plus, elle finit saoule quelques heures plus tard.
Il est déjà 10h30, le personnel a fini sa pause avant d'emmener Euphie dans une salle particulière. Arrivée dans la salle, on l’assoie. L’infirmière surnommé Pyda par Euphie, lui donna un verre d’eau accompagné d’un calmant. On ne la força pas à le prendre tout de suite. Gabriel prit la parole en premier car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que Euphie se sent plus en confiance avec lui qu’avec les autres.
« Madame, je vous remercie d’être venue sans qu’on ait eu à vous forcer. Avant de vous expliquer ce que l’on a à vous dire, j’aimerai vous poser quelques questions.
-  Je crois qu’il aurait fallut choisir un autre jour, je crois que j’ai un peu trop bu ce matin. Comme hier d’ailleurs, depuis l’incendie familial ou j’en fus la seule rescapée, je ne fais que de me saouler !
-  Euphie… Ou vivez-vous ?
-  Dans la rue. Mais je vous arrête tout de suite, jamais je ne vivrai chez vous. Vous avez une femme et des enfants, vous devez rester fidèle. Surtout avec votre fille, à qui vous aviez prom…
-  Arrêtez !, s’exclama l’infirmière.
-  Que vous arrive-t-il Pyda ? Non… Ne dites rien… Ne me dites pas que vous êtes sa femme ?
-  Sophie, laissez, je m’en occupe pour le moment, s’adressa Gabriel à l’infirmière. Euphie, regardez-moi et acceptez la réalité. Vous n’êtes pas saoule, vous n’avez pas touché à une seule goutte d’alcool depuis que vous êtes ici. Vous n’êtes pas dans un bar, et vous n’avez pas quinze ans. Hier, vous n’étiez ni une esclave, ni une espionne. La semaine dernière, vous n’étiez pas une commerçante, ni une danseuse. Je ne suis pas votre amant, mais votre psychologue. Cette femme n’est…
-  Pas très compétent pour un psychologue, coupa Euphie.
-  Je vous demande pardon ?
-  Je dis que vous n’êtes pas très compétent Gabriel, vous êtes beaucoup trop fermé d’esprit.
- Pensez-vous sérieusement qu’un psychologue peut-être fermé d’esprit ?
- Bien sûr que oui. Suis-je saoule ? Non. Le sais-je ? Oui. Pourquoi jouer la comédie ? Et si je ne jouais pas la comédie ? Et si, dans une autre réalité, j’étais réellement saoule ?
- Il n’existe qu’une seule vraie et pure réalité Madame.
- On peut vous en donner la preuve, ajouta un médecin.
- On ne vous a pas sonné, vous, répliqua Euphie. C’est un duel entre Gabriel et moi. Une prise de sang ne refléterait que la réalité ici présente, dans cet hôpital psychiatrique de merde.
- Ne soyez pas vulgaire, reprit Gabriel.
- Parce que vous ne l’êtes pas, vous ? A me prendre pour une folle et me priver de ma liberté pour ça ? Nous n’avons ni liberté d’expression, ni de liberté spatiale ici. Vous êtes ignobles, tous autant que vous êtes. La seule liberté que j’ai, est celle de penser, mais ça devient douloureux à force de tout garder pour soi-même. N’êtes-vous pas censé être là pour que nous nous sentions mieux Gabriel ? Vous êtes le seul à qui j’ai laissé le prénom d’origine. Ce n’est pas une marque de respect. J’avais simplement reposé mes espoirs sur vous. En réalité, vous êtes le plus bel hypocrite, un sale personnage qui n’a de place dans aucune réalité. Pourtant, je vous ai toujours inscrit dans chacune de mes différentes réalités. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas rendre le monde anarchique de la pensée comme utopique, il fallait bien incruster un connard dans l’histoire, lança-t-elle accompagné d’un radieux sourire. »
Gabriel restait sans voix, l’infirmière la méprisait du regard, tandis que les médecins s’échangeaient leur avis un peu plus loin. Quelques minutes passèrent dans un désagréable silence.
« Le fait que vous nous écoutiez et laissez parler est admirable, reprit Euphie. Mais certains d’entre nous n’ont rien à faire ici. Alors pourquoi ne protestons nous pas ? Car nous n’avons nulle part ou aller. Hélas, je ne sais ni qui je suis, ni qui vous êtes, ni personne. Comment pouvons-nous juger quelqu’un par son travail ? Vous êtes médecin car vous avez fait des études dans ce domaine et que vous avez des connaissances, ainsi, vous faites le métier de médecin. Mais si vous aviez fini agriculteur, vous aurions-nous appelé tout de même médecin ? La réponse est non. C’est parce que vous gagnez de l’argent en exerçant ce métier que l’on vous donne un titre. C’est triste à dire, car c’est ainsi que l’on nous impose une réalité, celle où l’argent est roi.
- Pourquoi ne pas l’accepter simplement ? C’est parce que vous allez trop loin que vous êtes ici. Nous sommes là pour vous guérir, vous aider à remettre les pieds sur terre. Nous avons l’impression de voir une enfant qui fuit la réalité en vous regardant.
- Mais arrêtez de dire LA réalité bordel ! Et puis, qui êtes vous pour prétendre que j’ai besoin de guérir ? Si je m’imagine telle une jeune fille enfermée dans ma tour, ce n’est pas parce que je suis folle. C’est une métaphore, je pourrai être poète ; je dis simplement que je suis enfermée dans cet hôpital ou d’autres jeunes filles ne sont pas battues, mais se font manipuler par vous, bande de tordus. Les maladies que nous avons ne viennent que de vous qui publiez tous les ans de nouvelles maladies. Comment appelez vous la mienne ? La multiréalitationneuse ? Quel nom barbare, pardon, vous allez utiliser l’étymologie de chacun des mots qui compose ce que je suis pour faire plus « scientifique ». Quoi qu’il en soit, si vous ne voulez pas accepter qu’il puisse exister plusieurs réalités, relâchez moi. Permettez moi de découvrir le monde aussi moche tel qu’on nous l’offre afin que je le rende artistique à ma façon, et sans contestation.
- Nous ne pouvons pas tant que vous ne serez guéri.
- Vous ne pouvez pas tant que vous ne m’aurez pas pris tout mon argent, lança-t-elle sèchement. Je vais hurler à tous ces prisonniers à qui vous retirer leur vie ce que vous êtes réellement. Vous n’êtes que des connards. DES PUTAINS DE CONNARDS !, hurla Euphie hystériquement.
- Bon, emmenez-la dans sa chambre avant que ça dégénère, ordonna un médecin s’adressant à Sophie.
- Non. Je refuse, contesta Euphie.
- Allez, ne faites pas de cinéma et venez.
- NON ! Lâchez-moi ! Que diriez-vous de me relâcher avant que je forme une armée contre vous ? JE VOUS DENONCERAI ! »
On l’emmena de force dans sa chambre. Plus le temps passait, plus cette femme devenait hystérique. Etait-elle vraiment folle ou est-ce l’hôpital psychiatrique qui la rendit ainsi ?
 Quelques mois passèrent.
« Aujourd’hui, je serai assassin. »,  a-t-elle pensé un petit matin en se réveillant, le jour ou elle arracha avec Asylum la petite cuillère les yeux de Gabriel qui souriait trop sadiquement selon elle.
 
Lyhn                       

 
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