Hope Hawkins

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Mai 2020.
Il fait beau aujourd'hui, c'est une super journée pour se faire virer d'un orphelinat.
Déjà que j'y ai vécu une vie de merde toute mon enfance, passant de familles d'accueils malfamées en familles merdiques, ils ont le culot de me virer, car soit disant, je n'ai plus l'âge de rester. Mais bon après tous, cela ne va pas changer grand chose, car je n'y vais déjà plus depuis 5 ans, depuis que j'ai 12 ans je squatte un peu partout dans la ville, oui j'étais une SDF, on peut le dire.
À 12 ans après une ultime famille malsaine et pervertie par la société, j'ai décidé de vivre par moi-même. Comme dit le dicton, on est jamais mieux servit que par soi-même. C'est pour cela que j'ai commencé à traîner dans les rues, elles sont devenues ma maison. Je me suis fait quelques amis, pas beaucoup, car les vrais amis dans la rue ne se comptent que sur les doigts d'une main.
Mais c'est aussi là que j'ai rencontré James, et grâce à lui, je peux vivre à peu près par moi-même ici dans cette ville. James, c'est un homme de 40 ans qui est tatoueur, et il m'a hébergé dans son salon le Devil's Ink.

Je me souviendrais toute ma vie de notre première rencontre. J'avais 13 ans, j'errais sans but dans la rue. Et je me suis retrouvé devant une vitrine, il y avait des dessins dedans, tous plus beau les uns que les autres, je les ai admiré, ils étaient dans mon cerveau de pré ado, des œuvres d'art. Surprise de cette attirance envers ces dessins et curieuse, j'ai été piquer dans le magasin au coin de la rue des feuilles et un crayon, j'étais une pro du vol...
Après ce délit, je me suis mise dans un coin et je me suis mise à essayer de remettre sur papier ce que j'avais vu. J'en faisais et en faisais... Je n'arrivais plus à m'arrêter. Cela m'a occupé plusieurs semaines.
Un jour, je suis revenue devant la vitrine pour essayer de comparer ce que j'avais fait avec les œuvres d'art de mes souvenirs. Je n'était pas du tout satisfaite ! Et d'un seul coup, un homme est sorti de la vitrine, me surprenant je fis un bond ! Il était grand et impressionnant. Il était châtain, au yeux vert et des cheveux mi longs attachés en queue de cheval. Il avait aussi les bras pleins de dessins, pour mes yeux d'enfant, il ressemblait à un tableau, mais en plus effrayant ! Et il m'a regardée droit dans les yeux, moi l'enfant tenant ses dessins dans les mains, et a dit :
- Tu veux rentrer p'tite ?

Je l'ai alors fixé, choquée qu'il me demande ça à moi, la mioche de la rue.
- Pardon ? Euh, c'est à moi que vous parlez ?
- Bah, je ne vois pas d'autre personne dans cette rue... Qu'est-ce que tu tiens dans tes mains ? m'a-t-il donc répondu simplement comme si j'étais quelqu'un à-part entière, et non pas un rebut de la société.
- Ah ! Euh rien... Ce n'est rien du tout. Je vais y aller, je crois, je vous dérange... lui ai-je répondu m'apprêtant à partir en courant.
- Tu peux venir avec moi à l'intérieur p'tite, je pense que plutôt que de regarder ici, tu y verrais mieux. Sur ces mots, il fit demi-tour et laissa la porte ouverte.
Il a agi comme un homme attrapant un animal sauvage. C'est ce que j'étais un peu à cette époque, je le suis toujours un peu d'ailleurs.
J'ai mis plusieurs semaines à me décider à rentrer dans ce salon, plusieurs semaines à venir voir la vitrine et à ne jamais oser y mettre un pied. Lui, il attendait patiemment, que j'ose le faire.
Il feignait l'indifférence... Mais me surveillait toujours d'un œil avisé.
Je me souviendrais toujours de l'instant ou je suis rentré dans ce salon, c'était pour moi la caverne aux merveilles. Il y avait des dessins partout sur les murs, des photos de bras, de dos dessinés ! J'ai appris quelques heures après que ses dessins sur la peau s'appelaient : tatouages !
Ce jour-là , James était en train de tatouer quelqu'un, je me suis un peu approchée et j'ai regardé, écouté et analysé ce qu'il faisait. Ça a été la première chose passionnante que j'ai vue de ma vie. Il dessinait sur son bras, il parait sa peau de dessin magnifique !

Je me suis assise par terre et en silence, je l'ai observé.
Au bout de plusieurs heures, il a fini de tatouer le bras de l'homme, s'est fait payer et lui a dis au revoir. Il s'est alors retourné vers moi et m'a demandée :
- Ça te dirais d'apprendre à tatouer ? Je cherche un apprenti.
- Qu'est ce qu'un apprenti ? lui demandais-je assez méfiante.
- C'est quelqu'un a qui je vais essayer d'apprendre à tatouer.... Tu as quel âge ? me demande-t-il alors.
Je hausse les épaules, pas trop décider à lui répondre, car généralement, je fais plus vieille que mon âge et une fois que les gens découvre que j'ai 13 ans, il me traite comme si je n'existais pas. Beaucoup ne veulent pas avoir affaire avec une gosse des rues de 13 ans ou d'un autre âge d'ailleurs, c'est mal vu ! Et personne ne veut les aider non plus, c'est bien connu. Ils ont trop peur de se retrouver avec une gosse à charge, les seuls qui s'occupent d'enfant comme moi, ce sont certaines familles véreuses chez qui je devais travailler comme une malade et me faire peloter par des hommes en me laissant faire. Mais je ne me suis jamais laissée faire et le dernier à avoir essayer s'est prit un stylo dans l'œil. C'est d'ailleurs pour ça que je suis retournée à l'orphelinat l'année dernière et que j'ai eu je ne sais pas combien de familles d'accueil, je finissais toujours par me venger de leur sévices.
Son offre m'intéresse, mais est ce que je peux le croire ?
Je le regarde droit sans les yeux et décide de lui répondre honnêtement :
- J'ai 13 ans, mes géniteurs m'ont abandonnée à ma naissance devant la porte de l'orphelinat du coin, j'ai déjà été dans 12 familles d'accueils, qui m'ont soit pelotée, battue, forcée à travailler, privée de nourriture et d'autres choses encore. Vous voulez m'exploiter ? Vous voulez me toucher ? Voulez-vous me battre si je ne réponds pas à vos demandes ? Essayez donc ! Car la dernière personne à avoir essayé, s'est retrouvée avec un stylo dans l'œil !
Il me regarde profondément dans les yeux et c'est à ce moment là qu'il a réussit à me mettre en confiance. Son regard débordait de sincérité.
Et il me répond :
- Ok, alors honnêtement je vais un peu te faire bosser car être un apprenti dans n'importe quel métier c'est commencer par faire les basses besognes pour se faire la mains. Si j'accepte de te prendre comme apprenti je préfère te prévenir que faire des tatouages ce n'est pas de la rigolade, il faut travailler dur, être régulier et s'entraîner sans relâche ! Je serais exigeant et dur avec toi ! On commence à 8 h et ferme à 20 h. Je te veux au salon tous les jours à l'heure !
- J'y serai ! Lui répondis-je avec une certaine excitation. Sur ces mot je lui tend ma petite main et il me la serre comme si nous étions dorénavant, des associés. Moi la petite fille de la rue qui n'avait à ce moment là que 13 ans.

Nous nous sommes serré la main et c'est à partir de là que ma vie a commencé...

De nos jours.
Après mon rendez-vous avec la pourritures de directrice, Madame Billong, je retourne au salon.
Sur le chemin, je me fais siffler, c'est quelque chose à laquelle je ne fais pas attention. On m'a souvent dit que j'étais assez jolie. Je suis brune, les cheveux bouclés, la peau pâle, couverte de très nombreux tatouages de toutes formes, de toutes tailles car j'aime tatouer, mais aussi me faire tatouer, c'est devenue une drogue ! Mais mon signe distinctif qui laisse rarement les gens indifférents sont mes yeux. Ils sont vairons, j'ai un œil bleu presque translucide et un œil doré/ambré. À l'orphelinat, on me traitait de sorcière. Les jeunes sont vraiment affreux entre eux à cet âge-là et j'ai souffert de ces yeux toute mon enfance. Je suis physiquement assez petite, assez mince mais musclée ! À force d'arpenter les rues quand j'étais jeune, j'ai appris à me battre ce qui m'a forgé un corps assez athlétique. James m'a appris à me défendre et m'a fait prendre des cours de boxe et de self défense.

Je me dirige donc vers le salon afin d'aller travailler, car bien sûr après mon apprentissage qui a révélé un talent chez moi de tatoueur, James m'a embauché au Devil's Ink. Et j'aime tellement cela. À côté de cela, je fais quelques combats de rue, à mes heures perdues pour arrondir les fins de mois. James le sait et est bien évidemment contre, mais il connaît mon caractère et sait que rien ne pourras m'empêcher de faire ce que je veux.

Je rentre dans le salon, vois James à l'accueil et me dirige vers lui pour lui faire un bisou. C'est un rituel entre nous. Il sourit en coin, ce n'est pas le plus expressif des hommes, mais pour moi, il compte beaucoup. J'arrive à décoder cet homme des cavernes mieux que quiconque.
Il me regarde et me demande :
- Comment vas-tu p'tite ?
- Ça va et toi ? On a du monde aujourd'hui, ça va être une grosse journée ! Lui dis-je avec entrain, excitée de tatouer mes créations du jour.
- Ouep, ton premier client arrive d'ici quelques minutes, va te préparer ! Me dit-il avec un sourire en coin.
Je file de ce pas préparer mon environnement.
Mon client va effectivement arriver dans quelques minutes ! Il a pour projet que je lui tatoue un diable réaliste sur l'épaule, je lui avais préalablement dessiné et proposé ce que j'avais imaginé. Il avait adhéré à 100 %. Donc nous avions prévu deux séances pour le réaliser.
Il arrive pile à l'heure, me regarde et sourit. Je le fais s'installer et commence à me mettre au travail. J'aime tatouer, je ne pense à rien dans ces cas-là, à part à ce que je dessine, à ce que je crée. Je ne suis concentré que sur le tatouage. Après 2 h nous faisons une pause pour nous reposer un peu et j'ai bien besoin de mon café bien serré, j'en propose un au passage à mon client et à James.
James tatoue également son client. Tout se passent pour le mieux ce matin. Je reprends donc le travail et m'affaire à cela toute la journée.

Le soir à la fermeture, je fais un bisou à James et monte me préparer. Ce soir je sors et pas n'importe où je vais traîner au stadium, le lieu des combats de rue, le sanctuaire de l'illégalité et j'y ai mes entrées VIP !
Ce soir, c'est ma soirée car je combats. Lors de ces combats, on ne sait jamais sur qui on tombe, c'est un tirage au sort. On peut tomber sur des hommes comme des femmes, mais il y a peu de femmes dans ce milieu.
Je me prépare donc pour y aller, met ma tenue dans mon sac ainsi que mes bandages pour mes mains, et je file.

Arrivée sur place il y a déjà du monde, je salue tout le monde, car ici, on me connaît bien et tout le monde m'appelle DESPAIR. C'est mon nom de combat.

Je vais dans les vestiaires de fortunes me préparer, et attends sagement que l'on m'appelle. Ce qui arrive assez vite, j'avance donc dans le couloir menant à l'arène, cet endroit de carnage, violence et d'adrénaline. J'ai été tiré au sort et je vais donc me battre contre un débutant, un homme. Je ne sais pas à quoi il ressemble, tout ce que je sais c'est son nom "KING" et la somme que je vais remporter si je gagne. 1000 dollars ! dont la totalité ira aux enfants de la rue que j'aide. Alors je commence à m'échauffer et rentre dans une transe combative. Mon cerveau se focalise sur le combat, je n'entends plus rien. Je ne vois plus que mon adversaire. C'est dans ces moment là, je me concentres uniquement sur mon objectif, c'est à dire : abattre mon adversaire. Je fais ressortir toute la haine que j'ai emmagasiné dans mon jeune cerveau, et là répartie dans mes terminaisons nerveuses.

Mon adversaire est un homme d'une vingtaine d'années, assez grand et musclé comme la plupart des hommes qui combattent ici. Il me fixe et lance un regard vers l'arbitre pour lui demander si cela est une blague... Eh ben non mon petit, c'est bien contre moi que tu tombe.
Je sens monter en moi la tension et commence à sautiller sur place pour finir de m'échauffer.

Et le gong sonne, c'est là que je rentre dans l'arène !

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Olivier Vetter


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Lyhn Adrena

J'ai écrit cette nouvelle pour un concours s’intitulant « Littérature et Musique ». Pour résumer, il s’agissait simplement d’associer une musique à ce que nous allions écrire, soit, une courte nouvelle composée de maximum 15 000 caractères espaces compris. Concours qui s’adresse à tous jeunes écrivains de moins de trente ans résidant un pays francophone.
Musique : Steampunk Opera, overture de Paul Shapera
https://www.youtube.com/watch?v=N4eshdFCpOQ
 
 
Ce n'est qu'un conte de fée          
 
"Cette classe, je ne la connaissais pas. La plupart des têtes m'étaient inconnues et tout a commencé par un cours de musique. J'ai alors compris que j'étais dans une école d'art. Je semblais bien connaitre le jeune homme avec qui je me rendais à ce lieu, cependant dans votre réalité je ne saurais dire qui il est. Lorsque nous entrions dans l'école il riait avec ses copains; je le laissais donc. En montant les escaliers interminables, la documentaliste me souri. Sourire que j'appris à lui rendre avec beaucoup de mal, ce qui malheureusement me réveilla."
 
            Elle ne cesse que d'écrire ses rêves à chaque réveil espérant devenir la même petite fille qu'elle est dans ceux-ci. Libre telle une colombe, plutôt qu'enfermée dans cette tour... Elle se leva, s'étira comme un petit chat et se rendit à sa fenêtre œil de bœuf afin d'y contempler la lune. Cette sombre lune semble si proche, c'est pourquoi on appelle cet endroit "Le château de la lune sombre". Aujourd'hui elle ne ressort qu'à peine de derrière les nuages. Le gel tombait lentement sur la grille qu'encercle la tour. Au même instant, Yona sortait. Elle était ravissante vêtue d'un long tissu bleu ciel lui servant de robe. Luna, Byra, Vina, Iuma, Ceza, Mila, Tera, Hava, Pyda, Duna, et enfin Fura suivaient Yona qui jouait du violon laissant tomber ses longs cheveux blancs. Elles étaient toutes les douze dans de belles robes qui se ressemblaient. Sous cette lune, elles dansent en douceur, elles brillent telles des étoiles qui ont déjà signé leur arrêt de mort. Ou se rendaient-elles? Etait-ce si important pour prendre un tel risque? La rêveuse retourna se coucher. « Elles croient briller, en vain ! », se répétait-elle suivit de nombreux échos envahissant son esprit.
            Un cri aigu résonnait dans sa tête au petit matin. « Un cauchemar? » se demandait-elle. Le cri se fit de nouveau entendre. « ARRÊTEZ ! », hurla-t-elle. Elle s'habilla sans prendre de toilette se cogna la tête contre le mur à côté de la petite fenêtre. Elle savait ce qui se passait; les filles se faisaient frapper. « Bien fait pour vous, mais laissez ma tête tranquille désormais, je ne supporte plus ces cris ! »
            Quelqu'un toqua à la porte.
« Est-ce toi Gabriel? », elle sauta sur son lit l'air de rien.
« Oui, c'est moi. » répondit-il. Il est toujours vêtu de blanc, ce qui perturbe Euphie qui semble apprécier les couleurs pâles.
« Je vois que vous vous portez bien aujourd'hui. Le réveil ne fut pas trop difficile?, la questionna-t-il.
–   Oh si, vous m'avez manqué.
–   C'est gentil, affirma Gabriel un peu gêné. »
            Puis il s'en alla après l'avoir enfermée dans sa cage. « Cet homme me bat, et m'interdit d'aimer. N'est-ce donc point cruel? »
            Les heures passèrent entre quatre murs blancs. La patiente se croit dans une cage depuis ces derniers jours. A quarante-quatre ans, celle qui se prénomme Euphie se prend pour une jeune demoiselle enfermée dans sa tour. Ils ne savent pas si elle a de la famille, on l'a embarqué alors qu'elle n'avait ni papier d'identité, ni de moyen de communication sur elle, dans un lieu public. Certains patients de cet hôpital psychiatrique perdu sont difficiles à traiter. Comment informer à une personne qui se sent heureuse qu'elle n’ait pas l'âge qu'elle prétend avoir? Et qu'en plus elle ne se trouve pas dans une tour en rêve d'un prince mais dans un endroit où on cherche à la soigner? Lorsque midi arriva, elle cacha sa petite cuillère dans les rubans de sa robe. « Viens Asylum, c'est l'heure d'aller manger », s'adressa-t-elle à cette cuillère. Une infirmière entra brusquement dans la chambre.
« A qui vous adressiez-vous?
–   Oh bonjour Pyda. C'est un plaisir de vous revoir. Vous n'êtes pas blessé? J'ai entendu crier ce matin. Le prêtre vous a encore dénoncé à vos supérieurs? »
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«  Cette petite cuillère de Laiton, où l'avez-vous eu?
–   Oh, faites attention à Asylum s'il vous plaît, c'est mon porte-bonheur...
–   Pourquoi avoir donné un tel nom à cet objet?
–   C'est une assez longue histoire... Il y a de ça quelques années, lorsque j'avais onze ans, je pensais beaucoup que je n'étais pas normale et qu'un jour je deviendrais folle. De plus, vous savez, dans les hôpitaux, on donne souvent à manger à la petite cuillère et “asile” en anglais c'est plus joli qu'en français. Alors s'il vous plaît, c'est Ceza qui me l'a apporté, rendez-la-moi.
–   Tenez... et venez manger. »
 
L'infirmière s'assura que la patiente aille bien en direction de la salle à manger avant de rendre compte de ce qu'il vient de se passer au psychologue Gabriel. Elle lui expliqua l'histoire d'Asylum. Gabriel était perplexe, il réfléchissait et alla manger à son tour. La patiente, Euphie, s'installa seule sur une table. Elle admirait la magnificence et la popularité de Yona qui régnait en bout de table accompagnée des onze autres demoiselles. La blancheur de ces filles l'impressionnait toujours. « Je me demande de quelles filles Gabriel a déjà abusé. Serais-je la prochaine? », s'interrogea-t-elle.
            Le temps de midi se finissait, Gabriel commença à rédiger les réflexions abouties de cette dernière heure, puis fit le point de la semaine. On pouvait lire:
            « La patiente ne s'est pas seulement construit un monde, elle est retournée dans le passé et vit une réalité différente de la notre. Tous les jours, sa propre réalité change mais  elle ne semble se rendre compte qu'elle se trouve dans un hôpital spécialisé. Lundi, elle vivait dans un monde musical. Mardi, elle s'imaginait dans un monde anarchique basé sur l'échange entre artisans. Hier, dans un monde illusoire. Ça ne fait pas d'elle une patiente violente, il est inutile d'agir pour le moment, mais il faut rester méfiant car si elle se croit battue dans une cage, il se peut qu'aujourd'hui elle vive dans un monde où la violence prend part. »
            Yona est une violoniste, éleveuse de chien-loup, Pyda est une boulangère, Tera est une illusionniste, Ceza est une voyageuse. « Mais qu'en est-il des autres... », s'interrogea Euphie. Elle décida d'aller les espionner durant l'absence de Gabriel. Avant cela, elle se devait de se changer et de prendre une bonne douche.
            Arrivée dans sa salle de bain, elle se déshabillait et s'observait dans le grand miroir face à elle. Sa maigreur accentuait ses cicatrices causées par son mari. Elle caressa sa peau regrettant de ne pas être aussi belle que ces douze demoiselles, et d'être si faible... Sous l'eau coulant le long de son corps, elle se posait diverses questions sur la réalité qui la suivait. Ces infirmières finiraient par devenir folles si elles ne peuvent être capables de comprendre leurs patients. La vapeur sortie de sa douche envahissant le miroir, l'empêchait de se voir en sortant de celle-ci.
Le soir arriva, sa journée lui a permit de découvrir que Vina est une couturière. Il est désormais l'heure de dormir.
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« Nous ne progresserons plus. Je ne peux plus rien faire pour elle, il serait peut-être temps lui dire la vérité, lui apprendre ce qu’est la réalité, proposa Gabriel.
-  Mais si elle réagissait mal ?, demanda l’infirmière inquiète.
-  Nous lui donneront de calmants avant l’entretien, affirma un médecin. »
 
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Il est déjà 10h30, le personnel a fini sa pause avant d'emmener Euphie dans une salle particulière. Arrivée dans la salle, on l’assoie. L’infirmière surnommé Pyda par Euphie, lui donna un verre d’eau accompagné d’un calmant. On ne la força pas à le prendre tout de suite. Gabriel prit la parole en premier car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que Euphie se sent plus en confiance avec lui qu’avec les autres.
« Madame, je vous remercie d’être venue sans qu’on ait eu à vous forcer. Avant de vous expliquer ce que l’on a à vous dire, j’aimerai vous poser quelques questions.
-  Je crois qu’il aurait fallut choisir un autre jour, je crois que j’ai un peu trop bu ce matin. Comme hier d’ailleurs, depuis l’incendie familial ou j’en fus la seule rescapée, je ne fais que de me saouler !
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-  Dans la rue. Mais je vous arrête tout de suite, jamais je ne vivrai chez vous. Vous avez une femme et des enfants, vous devez rester fidèle. Surtout avec votre fille, à qui vous aviez prom…
-  Arrêtez !, s’exclama l’infirmière.
-  Que vous arrive-t-il Pyda ? Non… Ne dites rien… Ne me dites pas que vous êtes sa femme ?
-  Sophie, laissez, je m’en occupe pour le moment, s’adressa Gabriel à l’infirmière. Euphie, regardez-moi et acceptez la réalité. Vous n’êtes pas saoule, vous n’avez pas touché à une seule goutte d’alcool depuis que vous êtes ici. Vous n’êtes pas dans un bar, et vous n’avez pas quinze ans. Hier, vous n’étiez ni une esclave, ni une espionne. La semaine dernière, vous n’étiez pas une commerçante, ni une danseuse. Je ne suis pas votre amant, mais votre psychologue. Cette femme n’est…
-  Pas très compétent pour un psychologue, coupa Euphie.
-  Je vous demande pardon ?
-  Je dis que vous n’êtes pas très compétent Gabriel, vous êtes beaucoup trop fermé d’esprit.
- Pensez-vous sérieusement qu’un psychologue peut-être fermé d’esprit ?
- Bien sûr que oui. Suis-je saoule ? Non. Le sais-je ? Oui. Pourquoi jouer la comédie ? Et si je ne jouais pas la comédie ? Et si, dans une autre réalité, j’étais réellement saoule ?
- Il n’existe qu’une seule vraie et pure réalité Madame.
- On peut vous en donner la preuve, ajouta un médecin.
- On ne vous a pas sonné, vous, répliqua Euphie. C’est un duel entre Gabriel et moi. Une prise de sang ne refléterait que la réalité ici présente, dans cet hôpital psychiatrique de merde.
- Ne soyez pas vulgaire, reprit Gabriel.
- Parce que vous ne l’êtes pas, vous ? A me prendre pour une folle et me priver de ma liberté pour ça ? Nous n’avons ni liberté d’expression, ni de liberté spatiale ici. Vous êtes ignobles, tous autant que vous êtes. La seule liberté que j’ai, est celle de penser, mais ça devient douloureux à force de tout garder pour soi-même. N’êtes-vous pas censé être là pour que nous nous sentions mieux Gabriel ? Vous êtes le seul à qui j’ai laissé le prénom d’origine. Ce n’est pas une marque de respect. J’avais simplement reposé mes espoirs sur vous. En réalité, vous êtes le plus bel hypocrite, un sale personnage qui n’a de place dans aucune réalité. Pourtant, je vous ai toujours inscrit dans chacune de mes différentes réalités. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas rendre le monde anarchique de la pensée comme utopique, il fallait bien incruster un connard dans l’histoire, lança-t-elle accompagné d’un radieux sourire. »
Gabriel restait sans voix, l’infirmière la méprisait du regard, tandis que les médecins s’échangeaient leur avis un peu plus loin. Quelques minutes passèrent dans un désagréable silence.
« Le fait que vous nous écoutiez et laissez parler est admirable, reprit Euphie. Mais certains d’entre nous n’ont rien à faire ici. Alors pourquoi ne protestons nous pas ? Car nous n’avons nulle part ou aller. Hélas, je ne sais ni qui je suis, ni qui vous êtes, ni personne. Comment pouvons-nous juger quelqu’un par son travail ? Vous êtes médecin car vous avez fait des études dans ce domaine et que vous avez des connaissances, ainsi, vous faites le métier de médecin. Mais si vous aviez fini agriculteur, vous aurions-nous appelé tout de même médecin ? La réponse est non. C’est parce que vous gagnez de l’argent en exerçant ce métier que l’on vous donne un titre. C’est triste à dire, car c’est ainsi que l’on nous impose une réalité, celle où l’argent est roi.
- Pourquoi ne pas l’accepter simplement ? C’est parce que vous allez trop loin que vous êtes ici. Nous sommes là pour vous guérir, vous aider à remettre les pieds sur terre. Nous avons l’impression de voir une enfant qui fuit la réalité en vous regardant.
- Mais arrêtez de dire LA réalité bordel ! Et puis, qui êtes vous pour prétendre que j’ai besoin de guérir ? Si je m’imagine telle une jeune fille enfermée dans ma tour, ce n’est pas parce que je suis folle. C’est une métaphore, je pourrai être poète ; je dis simplement que je suis enfermée dans cet hôpital ou d’autres jeunes filles ne sont pas battues, mais se font manipuler par vous, bande de tordus. Les maladies que nous avons ne viennent que de vous qui publiez tous les ans de nouvelles maladies. Comment appelez vous la mienne ? La multiréalitationneuse ? Quel nom barbare, pardon, vous allez utiliser l’étymologie de chacun des mots qui compose ce que je suis pour faire plus « scientifique ». Quoi qu’il en soit, si vous ne voulez pas accepter qu’il puisse exister plusieurs réalités, relâchez moi. Permettez moi de découvrir le monde aussi moche tel qu’on nous l’offre afin que je le rende artistique à ma façon, et sans contestation.
- Nous ne pouvons pas tant que vous ne serez guéri.
- Vous ne pouvez pas tant que vous ne m’aurez pas pris tout mon argent, lança-t-elle sèchement. Je vais hurler à tous ces prisonniers à qui vous retirer leur vie ce que vous êtes réellement. Vous n’êtes que des connards. DES PUTAINS DE CONNARDS !, hurla Euphie hystériquement.
- Bon, emmenez-la dans sa chambre avant que ça dégénère, ordonna un médecin s’adressant à Sophie.
- Non. Je refuse, contesta Euphie.
- Allez, ne faites pas de cinéma et venez.
- NON ! Lâchez-moi ! Que diriez-vous de me relâcher avant que je forme une armée contre vous ? JE VOUS DENONCERAI ! »
On l’emmena de force dans sa chambre. Plus le temps passait, plus cette femme devenait hystérique. Etait-elle vraiment folle ou est-ce l’hôpital psychiatrique qui la rendit ainsi ?
 Quelques mois passèrent.
« Aujourd’hui, je serai assassin. »,  a-t-elle pensé un petit matin en se réveillant, le jour ou elle arracha avec Asylum la petite cuillère les yeux de Gabriel qui souriait trop sadiquement selon elle.
 
Lyhn                       

 
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