Chapitre 19

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Seyvanna



Au réveil, je me suis lavé les dents avec une brosse neuve encore dans son emballage que Jonas ou le garde a mis sur le comptoir pour moi et je saute ensuite rapidement sous la douche. En ressortant avec la serviette, j’attrape dans la penderie de Jonas, un t-shirt blanc. J’ai hâte d’avoir enfin de quoi me vêtir, autre chose à porter qu’un truc qui appartient à ce mec et m’oblige à avoir son odeur sur ma peau à longueur de journée.

On est lundi, il est autour de dix heures lorsque j’arrive dans la cuisine. J’entends des voix dans le salon.

Oh putain ! Tout mon corps reste de marbre.

Edja est sur le canapé du salon et discute avec Jonas ! Mon oncle relève les yeux sur moi et me sourit. Comme s’il voulait éviter de parler affaire devant moi, il remet la rencontre avec Jonas à plus tard ! Mon oncle se lève, boutonne son long manteau, donne une poignée de main à Jonas et compte s’en aller à la dérobée.

Mais je charge vers lui ! Je commence à le marteler de coups ! Il saisit mes poignets et me fais reculer contre le mur !

Je lui crache au visage ! J’essaie de le frapper avec mes genoux, mais comme il m’a appris à me défendre, il anticipe tous mes gestes.

—Ma petite цветок…

Il ose m’appeler encore sa petite fleur !

—Comment t’as pu trahir les tiens !

—Je pourrais en dire autant, Seyv… tu flirtes avec l’ennemi…

—Non ! Lâche-moi ! Quand Mikhaïl saura pour ta trahison, il va te tuer ! Il va….

—Chuuut… m’intime-t-il, un sourire au coin des lèvres. Économise tes forces, tu en auras besoin pour la suite.

Il a un accent Russe très prononcé, comme mon père. J’ai envie de craquer, j’ai envie de pleurer quand je pense à lui. Mais je ne dois jamais laisser paraître mes faiblesses et mes émotions. Alors je ravale aussitôt mes larmes, mais Edja les a déjà décelées. C’est lui qui m’a tout appris, du combat au tir, à la maitrise de soi, à la manipulation.

—Seraient-ce des larmes que je vois, ma petite цветок ?

—Non ! Va te faire foutre !

Mais c’est plus fort que moi, je ne sais pas ce qui m’arrive. Pour la première fois de ma vie, je me sens perdue, suspendue sur un pont entre l’ennemi et ma famille. Peu importe le choix que je fais, je risque ma vie. Je ressens la perte de mon père en entendant la voix de mon oncle, je ressens la trahison en le regardant dans les yeux et voyant que cet homme qui m’a élevé comme sa fille, a voulu me tuer. Je ressens que si je ne fais rien, mon frère va mourir. En plus de tout ça, je suis prise psychologiquement par un étrange désire envers Jonas qui commence à me consumer petit à petit. Je ne suis pas bien, je perds le contrôle. Je ne peux pas fuir, ni me battre. J’ai perdu mes repères…

Je sanglote, fond en larme, le souffle étranglé, le corps épuisé, l’esprit confus.

Edja me lâche, dégouté de voir une Pavlenski pleurer et devenir fragile. Il ajuste sa cravate, prêt à partir.

—Ramène-moi à la maison, mon oncle, ne me laisse pas ici ! Que dois-je faire !

—Fais ce que Jonas t’ordonne, ma petite цветок. Et tout sera fini.

Il s’apprête à ouvrir une des portes du hall, mais je lui hurle dessus :

—Tu veux que je le laisse tuer mon propre frère ?! C’est ça que tu veux ?! Mon propre sang, le seul homme qui m’aime sur cette terre !

Je ne me suis jamais vu pleurer à ce point. Et je me fiche que Jonas soit assis derrière moi dans le salon.

Mon oncle baisse la tête, regarde le sol en soupirant, puis au bout de quelques secondes, il tourne la tête vers moi.

—Tu n’est rien plus ni moins que sa chose. L’objet de Mikhaïl. S’il te garde sous clef depuis ton adolescence c’est uniquement parce qu’il voulait être le seul à avoir tous les privilèges dans cette famille. Il veut tout avoir. Et surtout, il veut que personne ne touche à ses choses. Tu comprends ça ? Et si j’étais toi, je me montrerais plus reconnaissante envers Jonas qui va justement s’emparer de toutes ses choses. Et abolir le futur parrain de la mafia qui risque de saboter le réseau. Mikhaïl représente la chute aux enfers de la mafia. Et Barron lui faisait confiance les yeux fermés. Il se faisait manipuler par son propre fils ! Mikhaïl est un loup égaré ! Il tue sans négocier, il rejette des partenaires en or, il vide les comptes, il gère mal son rôle. C’est qu’un putain de gamin immature qui joue aux gros bras.

—Et qui va le remplacer, hein !?

Mon oncle me sourit.

—Toi… c’est pour ça que Jonas t’aide ? Tu fais tuer ton propre frère et bientôt ton filleul pour ne pas te salir les mains. T’es un grand malade.

Je me retourne vers Jonas. Il a l’air amusé de voir mon visage rouge de colère.

—Et toi tu l’aides? Pourquoi ?!

—En m’aidant à devenir le nouveau parrain de la mafia, ajoute Edja, je donne une partie du territoire à Jonas. La mafia ne viendra plus lui prendre un sou et ne viendra plus sur ce qui deviendra, son territoire.

Je ne suis pas du tout certaine, mais je crois que ces deux-là, ne se sont pas tout dit. Moi j’aurais plutôt pensé que Jonas voulait tout gérer, drogue, arme, prostitution et abolir la mafia…

Je fronce les yeux en contemplant Jonas qui ne répond pas. Tous les deux ne me disent pas tout. On me cache encore des choses. Mais lorsque je me retourne, je vois mon oncle qui atteint l’ascenseur. Juste avant que la porte ne se referme sur lui, il me fait un sourire en coin, avec un salut d’une main qui promet toutefois qu’on va bientôt se revoir.

Cette fois, je suis submergée d’émotions. J’ai tellement de colère en moi qui a besoin d’être extériorisé et de peine que je n’arrive pas à gérer que je me rends dans la cuisine et m’empare d’une bouteille que je lance dans la pièce avec rage. Elle est suivie d’un verre puis d’une coupe de campagne.

Voyant que je suis en plein crise existentiel et au bord de la psychose, Jonas se lève, d’un calme alarmant et marche sur les débris avec ses bottes. Vêtu de son costume cravate tout en noir. Il avance vers moi et je lui balance une assiette qu’il évite ! Je continue de le viser avec tout ce qui me tombe sous la main ! Lorsqu’il est trop près de moi, je contourne l’îlot pour ne pas qu’il me touche ! Je suis pieds nus et ça ne prend pas une seconde pour qu’un bout de verre s’enfonce dans mon talon ! Mais je continue de garder de la distance ! Mon pied laisse des traces de sang sur le planché.

—Ne t’approche pas !

—Pourtant hier, tu rapprochais ton cul pour que je te mette bien profond.

Hier, c’était hier. Aujourd’hui, je suis dans tous mes états. J’expulse ma colère et ma peine accumulées. Il ne peut rien comprendre, il n’a pas d’empathie, il ne ressent pas la douleur ou la peine d’autrui.

Je détale vers la chambre en voulant refermer la porte derrière moi mais Jonas est plus rapide. Sa botte se trouve dans l’embrasure et, d’un coup d’épaule, il ouvre brutalement la porte, me faisant tomber par terre ! Je grimpe sur le lit, pleurant à chaude larmes, incapable de retrouver mon souffle dans cette crise d’angoisse qui décide de prendre d’assaut ma tête et mon corps.

Jonas met un genou sur le lit. Au lieu de me frapper car je me montre vulnérable et débile à pleurer comme ça et à tout casser, il enroule un bras autour de mon cou et me couche sur le lit, même si j’essaie de me débattre. Je tremble tellement que je n’ai plus la force de résister. C’est alors que je sens son torse se coller contre mon dos. Son autre bras s’enroule autour de mon ventre, comme pour m’enrouler de ses bras et maîtriser mon corps. Je ne saisis pas ce qu’il tente de faire. Pourquoi il me tient comme ça. Je suis là, incapable d’arrêter de pleurer, Jonas derrière mois qui m’étreint de ses bras. Je me recroqueville.

Je prends pleinement conscience que mon père est mort, que mon frère sera tué. Que ma famille telle que je la connais, n’existera plus. Et que l’homme qui a détruit ma ville me prend dans ses bras en ce moment-même. Que ce soit sous les ordres de mon oncle ou pas, Jonas a un impact sur ma vie. Il est le seul à avoir réussi à démolir ma famille et à m’offrir la liberté. Comment manipuler un tel homme qui n’a pas de faiblesse puisqu’il vit à travers des personnages et qu’il a une âme sans fond ?

Il ne ressent rien. Il ne ressent pas ma douleur.

—Je… je ne veux pas perdre mon frère, réussis-je à articuler entre deux sanglots.

Il ne dit rien. Je pense que le silence qu’il offre est pour me laisser le temps de comprendre que quoi que je dise, Mikhaïl va mourir et que je dois y participer en le trahissant.

Le temps s’écoule, peut-être dix, voire vingt minutes. On reste dans cette position sans parler. Je finis par me détendre dans ses bras. Je reprends un souffle un peu plus normal, mes larmes cessent, les battements de mon cœur ralentissent et mes tremblements s’estompent. J’ai la tête contre son bras, enroulé près de mon cou, l’autre me serre au niveau du ventre. Son torse est fortement appuyé contre mon dos, ses hanches contre les miennes.

Mes yeux me brûlent d’avoir trop pleuré, pourtant il arrive à m’apaiser sans que je comprenne pourquoi. Une fatigue intense m’envahit et, tout contre lui, je ferme un moment les paupières…



"Petite dédicace spéciale à Anne Sophie, une de mes lectrices. À ce que j'ai appris, par une de tes copines qui tient beaucoup à toi, que c'est ton anniversaire aujourd'hui, 1 mai ! Je prends le temps de te souhaiter un Joyeux anniversaire, Anne  ! Profite bien, la Somber Jann Family t'embrasse xx !


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