Chapitre 4

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Seyvanna


Je n’ai aucune idée de combien de temps j’ai dormi. Mais au réveil, je n’ai plus les poignets sanglés et je porte un grand et long t-shirt blanc. Par contre, en m’appuyant sur les coudes, je constate que j’ai une cheville enchaînée. Fort heureusement, j’ai encore ma jarretière. Je suis un peu confuse, j’ai l’impression qu’on m’a nettoyé. Je ne sens plus le sexe ni la sueur du viol collectif. Ma peau sent plutôt la vanille.

Lorsque la porte s’ouvre, je reconnais Dominik, à sa façon de marcher et de tenir l’arme de manière plus détendue que les autres gardes en général. Il a toujours cette cagoule noire sur la tête et porte un costard, mais rien d’aussi dispendieux et de qualité comme Jonas.

—Qui m’a lavé pendant que je dormais ? balancé-je sèchement.

—C’est moi. Je t’ai donné un bain.

Beurk. J’ose imagine où il a posé ses mains et où ses yeux ont vagabondé pendant cette séance de tripotage dans le bain.

J’écarte le col du t-shirt, voyant que c’est un peu douloureux, j’inspecte.

—J’ai mis de la pommade sur tes blessures. Une demande du patron.

—Oh… quelle classe, marmonné-je avec mépris. Il est souvent gentil comme ça, ton supérieur ? Il panse mes blessures pour guérir un peu et pouvoir recommencer après ?

—C’est exact.

Je me fige. Moi qui disais ça pour plaisanter, il me prend au dépourvu en m’avouant que j’ai visé juste.

Dominik dépose un verre d’eau sur la table de chevet près du lit et va ensuite vers le foyer pour le rallumer, les flammes sont presque toutes éteintes. Pendant qu’il dépose son arme près du manteau de cheminée et qu’il prend un tisonnier pour replacer les bûches, il est dos à moi. J’en profite pour glisser mes doigts sous ma jarretière afin de m’emparer du lacet étrangleur. Aussi délicat qu’un fils dentaire, je le cache dans mon dos avec mes deux mains.

Dominik se retourne -ayant entendu la chaîne de ma cheville faire du bruit- je fais semblant de m’étirer, mains dans le dos et baille. Je n’en fais pas trop. Il repose son attention sur le foyer et allume des papiers pour faire repartir le feu. Seulement, je crois que mon attitude lui a semblé suffisamment louche pour qu’il appelle quelqu’un sur l’émetteur radio à l’intérieur de son blouson. J’avais déjà remarqué l’oreillette que les gardes avaient, ce fil blanc qui passe du creux de l’oreille jusque sous leur chemise.

Merde.

—Lazarev, prikhodite smotret' na devushku.

« Lazarev, viens voir la fille » a envoyé Dominik dans la radio. Et c’est une minute plus tard que l’autre garde arrive et appuie une épaule contre le cadre de la porte, gardant les yeux rivés sur moi alors que Dominik termine. Ils savent que je ne suis pas n’importe quelle fille. Jonas les a sûrement prévenus que je pouvais être rusée et de jamais me tourner le dos.

Je décide que c’est le moment d’envoyer un message au propriétaire du Monster…

—Je dois vraiment faire pipi, dis-je au garde qui me fusille du regard.

Je joue la demoiselle vulnérable et faible. Mon visage évoque la pitié et la soumission.

—Je t’en prie. Un de vous deux peut sûrement m’aider ?

Dominik se retourne et pointe une sorte de bassine d’hôpitaux par terre, près d’un bureau. Le garde la récupère et s’approche de moi. Son regard est empreint de sévérité. Il est quand même assez baraqué, au moins un mètre quatre-vingt-cinq. Pendant qu’il envoie la ganse de son arme dans son dos pour se libérer les mains, il glisse la bassine sous moi alors que je soulève les fesses.

Le lacet étrangleur est bien caché derrière moi. D’une main, je relève le t-shirt pour ne pas me souiller et le garde se retrouve presque nez à nez avec mon sexe.

—Tourne toi, sale pervers !

Son regard me dit quelque chose. Comme si je l’avais vu quelque part. Comme s’il faisait partie de ces types qui m’ont violée... Sa corpulence, sa grandeur, ses iris me font penser à l’homme qui m’a sodomisée. Impossible puisque Jonas a fait appel au gang de rue Ulichnyy Terror, connu par leur bandeau rouge. Ce gang vit dans la rue et vend principalement la drogue pour la mafia. Donc ils bossent pour ma famille. Je me demande ce qu’ils ont obtenu en échange d’avoir défoncé la fille de Barron. Jonas leur a probablement offert un gros pactole pour risquer leur vie ainsi en plus d’être filmés dans leur acte. Ils détruisent immédiatement une grosse alliance avec les Pavlenski.

Le garde se tourne, ce qui ne me laisse qu’une opportunité de quelques secondes pour riposter. Dans un mouvement vif et rapide comme la foudre, je bondis sur mes genoux, à deux mains, je passe le fils étrangleur par-dessus la tête du garde et de toutes mes forces, je fais un mouvement de sciage ce qui dépèce sa trachée telle une tranche de jambon fumé ! Un jet de sang est projeté contre le mur devant lui ! Il s’étouffe dans son propre sang. Son premier réflexe est d’arrêter l’évacuation avec ses mains, mais c’est peine perdue ! Il se retourne vers moi et m’éclabousse le visage et le t-shirt comme s’il m’avait vomi dessus comme dans le film culte « l’exorciste », sauf que là, c’est la douceur du sang et la couleur de la victoire qui m’asperge. Il s’effondre lourdement au sol, laissant des bruits de souffrance emplir la pièce. Mon sourire grandi, ma respiration est rapide. Rien de mieux que d’envoyer un message à Jonas, lui faisant comprendre que s’il veut s’en prendre à moi, il doit s’attendre à ce que le jeu se termine uniquement lorsque j’aurais sa tête en main. Il n’y a aucune autre issue.

J’avais oublié la présence de Dominik qui braque son AK-47 vers moi et hurle dans son émetteur. Les sons sont brouillés, je ne vois pas très bien non plus. Les effets d’une forte adrénaline. C’est comme si la pièce était sombre et que je voyais sa silhouette près de moi, le canon de son arme se presse même contre ma tempe, mais je ne réagis pas.

En fait, je crois que je ris…

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