Chapitre 3

17 minutes de lecture

Seyvanna


Le bâtiment dans lequel l’inconnu semble se diriger est le Monster Club. Je reconnais l’immeuble de quelques étages dissimulé entre plusieurs édifices au cœur de Moscou. Pour l’atteindre, il faut traverser une longue ruelle et franchir un portail surveillé par des gardes armés qui laissent passer la moto sans ciller. En arrivant sur place, le type contourne l’édifice, non pas pour aller vers l’entrée principale des clients du club, mais pour se diriger vers une porte de garage qui mène à un parking intérieur. Il semble être le seul à y avoir accès. Après qu’il ait montré une carte rouge qui nous ouvre la porte, je constate qu’il n’y a que trois places de parking. Une qui semble spécialement réservée à sa moto…

Les deux autres, contiennent une sublime Aurus noir type blindé et juste à côté une Bugatti noire lustrée. Probablement une pour se faire conduire en toute sécurité où personne ne peut l’atteindre par balle, l’autre pour conduire et se défouler. La moto semble être idéale pour la fuite et semer tout ennemi.

En descendant de la moto, j’en arrive à la conclusion que le mec qui éteint le moteur de sa Ducati, portant un masque à la visière teintée, un costard sombre et un manteau élégant, est le propriétaire du Monster Club.

Je m’attends à ce qu’il retire son casque pour que je puisse voir son visage, mais il n’en fait rien. Je reconnais Dominik, ce garde avec un AK-47 contre son épaule qui s’approche du type pour lui tendre un masque en crâne noir.

L’inconnu qui m’a sauvé, enlève enfin son casque, mais me tourne le dos pour enfiler son masque. Je reconnais cette crête d’un blond polaire.

Je m’apprête à remercier mon sauveur et à lui dire que je suis prête à partir, que je ne peux pas rester ici, je dois trouver mon frère avant qu’il ne se fasse tuer, mais Dominik vient appuyer le canon de son arme d’assaut derrière ma tête ! Le type avec le masque de crâne commence à me tâter ! Il prend mon couteau dans ma jarretière, le glisse dans une poche de son manteau. Ensuite il palpe chaque partie de mon corps, y compris mes seins et mon réflexe premier est de lui envoyer un coup de genou entre les jambes ! Aussitôt, il se plie en deux ! Je profite de cette nanoseconde pour faire une volteface à Dominik, lui envoyer un coup de pied dans le ventre et lui enlever son arme ! Mais celui-ci, plus fort et apparemment plus entraîné que moi, réagit bien plus vite et en une fraction de seconde, ma défense se retourne contre moi. Je ne sais pas comment il a fait, mais j’ai le bras de Dominik autour de mon cou, mon dos est plaqué contre son torse dur et plus il sert plus je sens que je vais m’évanouir. Il me fait la prise du sommeil. Incapable de réagir avec force, le type qui a mal entre les jambes recommence sa manipulation et explore chaque partie de mon corps, je sens même ses doigts gantés tâter mon sexe. J’ai beau me débattre, mais Dominik derrière moi m’étouffe. Je connais cette prise, encore trente secondes et je serais dans les vapes. Le type au masque de crâne noir finit par trouver le téléphone dans la poche de mon sweat. Il regarde l’écran, se fige, semble réfléchir, puis, commence à retirer la carte réseau du téléphone pour éviter qu’on me piste jusqu’ici. Mon oncle allait probablement suivre la position de son téléphone que j’ai emporté avec moi.

Après avoir retiré la carte, l’appareil se retrouve par terre et le type l’écrase avec sa botte. Il ne reste plus grand-chose du téléphone, je n’ai plus la preuve que Edja a fait tuer mon père. Sans cette preuve, personne ne va me croire. Pas même mon frère. Ce type qui vient de détruire une preuve monumentale est un connard ! Je le déteste pour ce qu’il vient de faire !

Lorsque je reprends connaissance, je fixe un plafond. Le plafond d’une chambre, à première vue. J’essaie de me concentrer sur les détails. Sur ma droite, se trouve une grande fenêtre blindée, je les reconnais : elles sont tintées, le verre est épais et on n’entend pas un seul bruit de l’extérieur. Et d’après la vue, je dirais que je suis au dernier étage de l’immeuble. Si ma mémoire est bonne, c’était un penthouse appartenant au propriétaire du club. En face de moi, il y a deux fauteuils en cuir noir qui reposent sur une moquette aux imprimés de la Russie, avec des symboles qui ressemblent à des mosaïques, le tout de couleur rouge et noir. Un foyer avec des flammes qui jaillissent diffuse de la chaleur dans la pièce. Les murs de bois foncé, presque charbon et les détails presque gothiques, me donnent l’impression de me trouver dans l’antre d’un vampire. Une odeur de mâle se dégage des draps sur lesquels je repose. Lorsque mes yeux tombent sur mon corps pour l’inspecter, je constate avec horreur que mes chevilles sont sanglées aux montants du lit ! Par réflex, j’essaie de me relever, mais je découvre que mes poignets sont attachés de la même façon aux autres montants du lit !

Ok ! Pas de panique ! J’ai été formé pour ce genre de situation ! Mon oncle m’a tout appris. Je commence par regarder avec quel matériel on me retient. Les sangles sont exactement pareilles que ceux qu’on utilise pour les fous dans les centres psychiatriques. La chaîne en métal assez solide pour que je puisse tirer dessus jusqu’à ce que le bois des montants du lit se fracasse. Il suffirait que je libère une seule main et je pourrais être libre. Je suis droitière, ma main droite est très importante pour me défendre, alors j’utilise ma main gauche, ainsi, si je me blesse ou si je me fracture quelque chose, je ne perds pas un grand atout de défense.

Le problème, c’est qu’avant que j’ai pu faire quoi que ce soit, la porte à gauche, s’ouvre. Quelqu’un entre.

Une des règles est de rester calme, ne jamais montrer aucune émotion à son adversaire. C’est ce qu’il veut : sentir qu’il effraie et qu’il a le pouvoir. Une femme victime d’enlèvement est sujette à hurler, à pleurer, à se débattre, à perdre ses esprits. Ce qui lui enlève une grande capacité à garder le contrôle de la situation. J’ai vécu un enlèvement quand j’avais onze ans, orchestré par mon père. C’était une épreuve, un test d’habileté et de force mentale. Il n’y a pas de place pour la peur, la peur atrophie les pensées rationnelles et déclenche des instincts de survie qui conduisent parfois directement à la mort. C’est pourquoi je reste stoïque. Celui que je croyais mon sauveur, me garde captive et si je veux découvrir la raison, je dois négocier. Si je me monte faible, il se sentira avantagé. Ne jamais laisser un ennemi maîtriser la situation. Comme je ne peux me défendre physiquement, je dois user de psychologie. Mais pour cela, je dois découvrir à qui j’ai affaire. Difficile quand celui-ci ne montre pas son visage et ne parle pas. Ce ne sera donc pas évident de traiter avec lui. Première étape, définir ce qu’il veut. Toujours rester maligne.

Le type se rapproche de moi, téléphone en main. D’après la lumière qui s’allume, il me filme… D’abord il capte mon visage, ensuite mon corps, puis le tatouage sur ma cuisse et ma hanche, qu’il caresse d’une main gantée à la fois.

—Qu’est-ce que je fous ici ? dis-je entre mes dents serrées. T’attends quoi de moi ? Certainement pas du fric, t’en a plein. Du sexe ? T’as qu’à te servir et relâche-moi pour que je puisse te couper la tête juste après.

Il ne dit toujours rien et continue de laisser ses doigts se promener le long de ma cuisse, faisant surgir une marée de frisson sur mon corps. Mais que veut ce mec vêtu de noir de la tête au pied avec son costard et son masque ténébreux ? Je ne peux pas voir les tatouages sur ses mains, mais pas ceux sur son cou. Un élément surgit plus que les autres sur sa nuque et sa jugulaire : un mamba noir. Le serpent le plus venimeux au monde. Ce prédateur traverse un crâne humain et des roses noirs, exactement le même genre que celles que j’ai sur la hanche et la cuisse.

—Tu ne comptes rien dire ? D’accord…

Il veut jouer à ça ? Il a quel âge ?

—T’as pas apprécié que j’ai refusé amèrement tes avances hier, c’est ça ? J’ai écorché ton pauvre égo ? Alors, vas-y qu’est-ce que t’attends ? Fais-moi tout ce que tu veux, j’ai connu pire que toi. Je ne suis pas comme une de tes esclaves qui s’agenouillent à tes pieds. Je sais encaisser la douleur, les menaces et toi, t’es qu’un pauvre minable qui ne m’intimide pas. Juste le fait de me garder ici, signe ton arrêt de mort. La mafia va débarquer ici et dansera la chorégraphie du massacre, liquidant tout le monde dans une descente où le sang sera glorifié et peindra les murs de chaque étage. Le sol jonché de tes petits gardes cagoulés. Mikhaïl me fera cadeau de ta tête et je l’utiliserai comme centre de table.

À ces mots, il se fige, comme si j’avais dit quelque chose qui l’interpellait. Je plisse les yeux et arrive à voir son regard sombre à travers le masque. Un blond aux iris noirs.

Je ne suis pas sûre, mais j’ai eu l’impression qu’il avait échappé un rire discret. Oh, ça le fait rire ?!

À vrai dire, je ne sais pas s’il sait que l’homme qui a essayé de me tuer, était mon oncle. Je pense qu’il connaît uniquement Mikhaïl et Barron. Ceux avec qui il traite. Et puis, si ça se trouve, si Edja réussit à tuer mon frère, personne ne viendra à mon secours. Car, mensonges par-dessus mensonges, mon oncle racontera des conneries à la famille et prendra le pouvoir en tant que nouveau parrain de la mafia.

Le type -maintenant au fond de la pièce- tourne un de ses fauteuils en cuir capitonné, de façon à se mettre face au lit. Il s’installe confortablement, retire ses gants et cette fois, je vois mieux les tatouages qui ornent sa main gauche. Le symbole de l’anarchie. Un signe de rébellion face à l’ordre établi. Il aime le chaos, le désordre. Il voit très bien que je le juge.

À ce moment précis, la porte s’ouvre à nouveau et je reconnais Dominik, son bras droit, son garde personnel. Cette fois, il n’est pas armé. Il donne à son patron un cigare et vient même l’allumer pour lui. Dès que c’est fait, il se dirige près d’une armoire où je peux distinguer des bouteilles d’alcool. Il s’empare d’un Jack Daniel’s qu’il verse dans un verre pour ensuite le déposer sur une petite table près de celui qui me retient captive. Quoi, il va rester là, à me contempler, un verre dans une main, un cigare dans l’autre ? Il compte retirer son masque ou pas ? Il est prêt à négocier ou pas ?

Jusqu’ici je garde très bien mon sang-froid. Toutefois, en voyant la porte s’ouvrir à nouveau et voir non pas moins de cinq hommes munis de couteau et de bandeaux rouges sur leur visage -bandeau du gang ennemi à la mafia : Ulichnyy Terror « terreur de la rue » franchir le pas de la porte, mon sang chute radicalement dans mon corps. Mon cœur fait un bond périlleux. Un frisson de frayeur s’empare de moi, même si je dois tout faire pour ne pas le montrer.

Le type rallume sa caméra pour recommencer à me filmer et la seconde d’après, j’aurais pu apercevoir son visage, puis qu’il s’apprêtait à retirer son masque, mais on fourre une poche en tissus sur ma tête.

J’essaie de penser vite. De comprendre à quoi et qui j’ai affaire ! OK ! Cinq hommes de gang ennemi encerclent mon lit, le propriétaire du Monster filme la scène. Ce qui veut dire qu’il veut obtenir quelque chose en échange. Je suis un otage. Il veut faire chanter quelqu’un. Qui ?

Je sens le matelas s’enfoncer un peu partout ! Je ne vois absolument rien ! Ma respiration s’accélère. Des mains rudes et violentes m’arrachent ma culotte en la déchirant et un autre semble utiliser son couteau pour mettre en pièce mon sweat ! J’ai envie de hurler « pitié ! Ne faites pas ça ! » mais je n’ai pas le droit, pas le droit de m’avouer vaincue. Je dois être imperturbable, peu importe ce que l’ennemi fait de mon corps, mon esprit doit rester fort. Néanmoins, mon corps me trahit, mes jambes tremblent lorsqu’on les écarte et mon souffle frémit. Les sangles me font mal aux chevilles. Le genou d’un gars Ulichnyy Terror, s’écrase sur ma poitrine pour m’empêcher de remuer le temps que son acolyte s’occupe de moi en insère sa queue ! En oppressant ma cage thoracique comme ça, il me fait manquer d’air ! Mon indifférence forcée semble embêter celui qui souhaite faire une vidéo de supplices, puisque je l’entends claquer des doigts et dans l’immédiat, un autre homme se glisse sous moi, m’étrangle de son bras musclé tout en essayant de me sodomiser. Lorsqu’il y parvient avec force et sans lubrification, j’échappe un cri de douleur -que je ne voulais surtout pas faire entendre-. Quelqu’un parmi la bande, tire sur les lambeaux du sweat qui restent accroché à mes bras. La main libre du gars sous moi, agrippe mes cheveux férocement. On veut que j’implore sur la vidéo, mais ce ne sera pas le cas. Peut-être qu’il veut demander une rançon à mon père, mais ce dernier est mort. Peu importe à quoi sert cette foutue vidéo, je veux montrer à ce connard que je ne serais jamais une victime ! Que la torture ne me fait pas peur ! Que la peur n’existe pas chez moi et que je suis bien plus forte d’esprit !

Pendant qu’on me violente et tente de me défoncer avec cette double pénétration, je ferme un moment les paupières. J’essaie de faire évader mon âme et d’amener mes pensées dans quelque chose d’agréable. Chose qui est très difficile à faire lorsqu’on souffre physiquement. Surtout quand l’un d’eux me fouette les seins avec ce qui ressemble à une ceinture, voulant à tout prix me faire brailler de souffrance. J’arrive tout de même à dompter mon corps et à lui ordonner de prendre plaisir face à cet assaut.

Le mec au-dessus de moi fini par éjaculer sur mon ventre et un peu sur ma vulve, mais à peine écarté, qu’un autre prend sa place. Une queue beaucoup plus large. Et je décide que c’est le moment de prendre la situation en main. Il veut savourer un viol et me démolir ? Je ne lui offrirai pas ce plaisir, alors j’échappe un doux gémissement de plaisir suivi d’un cri de jouissance au prochain coup de bassin.

Soudain, il y a un froid palpable dans la pièce. Eh oui, petit con, je suis plus tarée que toi ! Ne joue pas au tortionnaire. Et ce connard prend-il plaisir à regarder la scène ? Une chose est sûre, c’est qu’il a une vue très explicite. Je parie que ça le fait bander.

Heureusement pour moi, plus j’expulse des soupirs d’excitation, même quand on me frappe avec la ceinture, plus les gars jouissent vite. Ils éjaculent les uns après les autres. Le type à côté de moi a laissé son sperme sur mes seins et comme il n’a plus d’intérêt, il a évacué le lit. Je sens moins de gars près de moi. Il n’en reste plus qu’un, celui sous moi, m’enroulant de ses énormes bras pour pas que je bouge. Il me suffit d’onduler les hanches et je le sens aussitôt ralentir. Dans le creux de mon oreille, son souffle est défaillant. Il retient son orgasme. Comme il ne bouge plus, je décide de faire moi-même le va-et-vient avec mon cul et dans la seconde, je sens sa verge devenir raide et se crisper.

Je me retire moi-même après qu’il soit venu et sens le sperme sortir de ma chatte et de mes fesses dans mon mouvement. J’en ai partout. J’ai envie de vomir. Même si mon corps n’est qu’un énorme hématome atrophié, mon esprit lui, a surmonté l’agression. Ma famille serait fière de moi. Et mon ennemi vient de perdre un pion. Car je ne suis pas sa victime.

En revanche, si je relâche mon mur, je vais m’effondrer, sangloter et être anéantie. C’est pourquoi je n’abaisse jamais ma garde émotionnelle.

J’ai la poitrine en sang, je le sais, je sens les lacérations qui ont marqué ma peau, les brûlures et l’ampleur qu’elles ont.

La pièce semble se vider, le silence revient. On ne retire pas le sac en tissus sur ma tête. Je suis en position étoile sur les draps, les jambes bien écartées -ce qui doit plaire à ce connard- je vois un peu la silhouette du propriétaire de Monster sur le fauteuil, ainsi que la fumée de son cigare qu’il souffle.

—Alors… c’est tout ce que t’as ? lancé-je froidement.

J’arrive à entrevoir à travers le tissu sur ma tête, son majeur qui caresse le rebord de son verre, laissant un cillement désagréable.

—Quoi, t’as rien entre les jambes, c’est pourquoi tu fais faire le boulot par d’autres mecs ? Laisse-moi deviner, on te l’a coupée ? Ou alors si ça se trouve, t’as jamais baisé une femme, parce que t’as une micro-bite.

Je m’esclaffe.

Durant une nanoseconde, j’ai l’air complètement folle. Mais je la joue surtout imperturbable. Il ne sait pas à qui il a affaire. J’ai peur de rien. OK, peut-être un peu de mon frère, car c’est le seul homme auquel je n’ai pas le droit de blesser ou de tuer. Ce qui fait de lui l’être pouvant me faire autant de mal qu’il veut, même décider de mon avenir et de ma mort, sans que je puisse me défendre. Le seul homme pouvant être plus puissant et supérieur à moi. Mais ce type, devant moi, je vais n’en faire qu’une bouchée. J’ai l’air sage sous mes airs d’ange et femme fragile, mais il va bientôt découvrir mon côté complètement fada, timbré et dément.

Enfant, j’apprenais à me défendre, à tuer, à être plus rusée qu’un psychopathe. On combat le sang par le sang. On tue un rival qu’en étant plus fou que lui. Dans chaque situation, se trouve toujours une issue. Dans chaque ennemi se trouve une faille.

Perdue dans mes songes, je n’avais pas fait attention au fait que le type n’était plus sur son fauteuil. Je sursaute lorsque je le surprends près de moi à retirer le sac sur ma tête !

Un frisson indescriptible envahit mon corps tout entier en voyant son visage. Sans masque, sans rien pour cacher son identité, je le vois, enfin. Ses traits me disent aussitôt quelque chose. Je plisse les yeux, cherchant à savoir où je l’ai déjà vu. Néanmoins, je dois admettre que ce connard est le mec le plus canon que j’ai jamais vu. Sa mâchoire carrée, ses lèvres parfaites, son regard de feu et de séducteur me brûlent la peau jusqu’au cœur. Ce n’est pas un russe pur souche comme ma famille. Je dirais que c’est aussi un Américain. Durant un instant, j’en perds mes mots. Je crois que c’est la première fois de ma vie que je suis sous le charme d’un homme. Enfin, de son physique. Un physique qui a un impact sur moi. J’ai soudainement des sueurs froides, un cœur qui palpite de manière irrégulière.

Puis, son nom me glisse sur la langue instantanément :

—Jonas. Somber. Jann… murmuré-je en détachant mes mots.

Il reste figé, comme si je l’avais démasqué.

Je me souviens de lui… Son père, Orlando Somber Jann, travaillait comme tueur à gages dans le réseau de Jax, un ami de ma famille. Orlando a été assassiné par un de ses fils. Et Jax est allé aux États-Unis pour découvrir qui avait tué Orlando, mais il n’est jamais revu en Russie. Son corps a été retrouvé perforé de balles et gisant dans une mare de sang dans une Royce Phantome noire. L’œuvre encore des fils Somber Jann. Ils sont trois : Jaylen, Jonas, Joshua. Ils sont des tueurs en série, ils jouissent depuis longtemps d’une excellente réputation dans le milieu criminel. Enfin jusqu’à ce qu’Interpole lance une chasse à l’homme sur eux. Jonas et ses deux frères étaient les types les plus recherchés des États-Unis. Même le général russe qui présidait à Interpole, a lancé l’alerte. Les frères Jann étaient surtout connus pour leur sauvagerie, ils laissaient des cadavres et des massacres partout tels des frères psychopathes. Ils ont un gout particulier pour les jeux tordus. À eux seuls, ils ont démantelé un réseau de prostitution, prenant aussi plaisir à couper des têtes pour les embrocher sur une fourche. Étant recherchés, ils ont disparu dans la nature. On n’a plus jamais entendu parler d’eux. Ce Jonas est de retour en Russie et il a grandi, est devenu un homme puissant et, séduisant. La dernière fois que je l’ai vu, il avait seize ans et moi six ans. Aujourd’hui il a son propre réseau et semble avoir bâti son petit empire.

—Je suis flatté que tu me reconnaisses, Seyvanna.

—Où sont tes frères ?

—Toujours aux États-Unis. Toi, je dois dire que t’es devenu une sublime… créature… dit-il en laissant glisser le bout de ses doigts sous mon menton pour que je tourne la tête et le regarde droit dans les yeux.

—À quoi est-ce que tu joues avec moi ?

Avec une de ses mains, il sort un mouchoir en satin de son veston et viens essuyer le sperme qui coule sur un de mes seins.

—Ce n’est rien de personnel.

En dehors du fait qu’il soit diablement beau, qu’il sente divinement bon et que le timbre de sa voix soit exquis, je vais quand même le tuer. J’ai toujours ma jarretière. Même s’il m’a enlevé mon couteau, il n’a pas trouvé le fils étrangleur dissimulé sous la doublure du cuir qui entoure ma cuisse.

Seulement, je n’ai pas le temps de discuter avec mon ravisseur pour tenter de savoir pourquoi il en a après moi, qu’il sort une seringue de la poche intérieure de son veston.

Son visage se rapproche du mien, il enfonce l’aiguille dans mon cou tout en me fixant sans aucune émotion. Il détaille les traits de mon visage, cherchant à voir une réaction chez moi, mais je ne lui offre rien. Ses iris finissent par transpercer l’âme des miens. Je n’aime pas quand il me sonde ainsi. J’ai l’impression qu’il cherche à lire en moi. À déceler mes peurs, mes faiblesses. Pour qu’il arrête de faire ça, je lui crache au visage !

Jonas ne bronche pas. Il essuie la salive près de sa lèvre et son menton et continue de planter ses yeux ténébreux dans les miens, attendant que je ferme les paupières, puisque je les sens devenir lourdes. Je croyais qu’il m’avait injecté une drogue quelconque, mais c’est un sédatif…

À travers mes cils, son visage devient flou. Je bats plusieurs fois des paupières, sens mon corps devenir lourd, mes pensées plus légères, mon humeur plus adoucie. Puis, le sommeil gagne du terrain et finit par m’engloutir dans un état comateux.

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