Chapitre 2

20 minutes de lecture

Seyvanna

Je ne suis pas du tout emballée de la tournure que prend la soirée. Je pensais rentrer chez moi au manoir, aller dans ma chambre et dormir, parce que j’ai encore la tête qui tourne. Mais de toute évidence, Mikhaïl a organisé une petite réunion avec le réseau. Ils sont pratiquement tous ici à faire la fête. Ils nous attendaient. L’intérieur des lieux empeste le cigare, la cigarette et, un peu partout dans chaque pièce, des membres du gang consomment de la drogue ou se tripotent et s’embrassent. D’autres jouent au poker dans le salon, avec des nanas à moitié à poils. L’alcool coule à flots, il y a des bouteilles partout. Dès son arrivée, on offre aussitôt une bière à mon frère et il est accueilli comme un Dieu. Mais Mikhaïl ne me laisse pas filer -même s’il sait que j’ai horreur des petites fêtes- il passe un bras possessif autour de mes épaules pour que je reste près de lui tout en continuant de saluer d’une poignée de main la famille et les membres du gang. Mon père n’est visiblement pas là, alors je demande :

—Où est-ce qu’il est ?

—Qui ? fait-il tout en continuant de sourire à un de ses potes pour lui faire une accolade.

—Tu sais très bien de qui je parle, Mikhaïl. Notre père n’aurait jamais permis une fête dans le manoir, normalement tout le monde se réunit soit dans le sous-sol d’un de nos bars, soit dans le quartier industriel, là où se situent nos hangars avec le stock d’arrivages de l’armurerie.

—Il est malade, tu le sais, Seyv… marmonne-t-il pas trop fort pour que tout le monde soit au courant. Il ne sera pas là pour quelque temps, ne t’inquiète pas.

Le parrain décline de jour en jour. Il a un cancer généralisé. Il est constamment sous les bons soins d’un cancérologue tous les jours. Mon père ne va pas à l’hôpital. Dans la famille, on reste tous ensemble. Si l’un de nous est malade, nous avons tout le nécessaire, y compris tout le corps médical possible. On a un médecin et un chirurgien, tous deux corrompus et très fidèles à la famille.

Mikhaïl engloutit la moitié de sa bière et s’allume une cigarette. Le temps qu’il ne me retienne plus, j’en profite pour m’éclipser. Ce que je trouve bizarre c’est que normalement quand mon frangin revient avec les six-cent-mille, mon père et mon oncle s’en emparent aussitôt pour le blanchiment, ils ne le laissent pas traîner dans le manoir comme le fait Mikhaïl.

La gorge sèche, je me rends à la cuisine pour boire un truc. Je croise Tracy et Lee. Tracy est blonde, grande et ressemble au mannequin russe Sasha Luss. Mais c’est une garce. Elle en pince pour mon frère et ne cesse de le séduire et de le manipuler. Si elle ne le lâche pas, c’est pour bénéficier d’un bon statut en devenant sa copine officielle, être protégée et respectée tout comme bonne épouse du parrain de la mafia. Elle sait qu’il sera chef, alors elle ne le lâche pas. Lee est son opposée en tout point : les cheveux noirs, désormais rasés, les yeux foncés et elle est experte en arts martiaux. Lee est foutrement entraînée, forte et manie l’arme depuis l’enfance. Elle ne rate jamais sa cible. C’est une gangsta endurcie. Contrairement à Tracy, Lee préfère la chair féminine, alors elle ne pose pas son grappin sur les hommes de ma famille. Je peux avoir une confiance aveugle en elle, on se dit presque tout.

Je lui fais la bise et alors que je vais pour me prendre un verre, en me retournant, elle me tend une bouteille de vodka.

—J’ai déjà bu quelques verres ce soir, je vais m’en tenir à l’eau.

—T’en es sûre ? insiste Lee en arquant un sourcil. Parce que Mikhaïl est en train de se bourrer la gueule, ma belle. Tu vas bientôt morfler.

Je regarde derrière elle : dans le séjour, je vois mon frère rigoler et entamer une autre bouteille, buvant comme si c’était de l’eau. Lee sait très bien comment ça se termine quand Mikhaïl s’enivre et consomme. Il vaut mieux pour moi de faire de même. Non par plaisir, mais bien pour faire face à la nuit qu’il me réserve. Exaspérée, je soupire tout en prenant la bouteille de Vodka. À la maison ou quand on est réunis, j’ai le droit de prendre une cuite et de consommer autant que je veux. En revanche, à l’extérieur, dans les lieux qui impliquent le business, Mikhaïl préfère que je reste sobre et en pleine capacité de mes moyens. Ce que j’ai merdé en tout point au club. Je laisse faire le verre et le dépose sur le comptoir et m’empare plutôt de la bouteille. Après avoir pris une gorgée, elle fourre la main dans la poche intérieure de son blouson de cuir.

—J’ai autre chose pour toi.

Elle en ressort un sachet avec des comprimés. D’après la couleur, je reconnais très bien le LSD[1].

—Faut que tu sois détendue, sinon tu auras mal et vaut mieux avoir l’impression de rêver, ça aide à passer au travers…

Elle pose le cachet dans ma paume. Je la contemple un moment. Pas besoin de parler pour savoir exactement à quoi on pense à l’instant. Le comprimé sur ma langue, je prends une grande gorgée de Vodka pour l’avaler.

Pour sa part, elle sort plutôt un sachet de cocaïne tout en tirant sa langue percée pour me faire une jolie grimace aguicheuse.

Sur le comptoir de la cuisine, elle commence à sortir la neige et à faire des rails avec une lame de rasoir qu’elle garde toujours sur elle. Dans ses poches, il y a un paquet de trucs : couteau, 9mm, un lacet étrangleur. Elle m’en a même refilé un, une fois, et m’a montré comment m’en servir. Je le garde dans ma jarretière en cuir noir. C’est comme un fil dentaire, mais si solide qu’il peut détacher une tête du corps si on sait comment le manier. Pas besoin d’être très fort, car il est tranchant.

Lee roule un billet de cent et commence à snifer sa première ligne.

Tracy est assise sur le comptoir et pianote sur son téléphone. Elle sait que je suis à côté d’elle et n’osera pas me confronter. Quand elle ne tente pas d’aller au pieu avec mon frère, elle couche avec Barron, mon paternel. Et la journée où je l’ai vue sortir de la chambre de mon père, entièrement nue, je lui ai mis un couteau sous la gorge et mes menaces ont été si efficaces qu’elle ne l’a plus jamais approché. Je n’accepterai pas qu’une meuf de mon âge, avec qui j’ai déjà été amie, baise mon vieux qui a soixante-huit ans. Et cette petite gazelle ne fait pas le poids contre moi, alors elle se tient à carreau. Tracy est plus du genre à se soucier de sa beauté et de son vernis à ongle depuis l’adolescence que d’apprendre à se battre. Moi c’est le contraire. Alors que les filles passaient leur temps à se faire belles, moi j’enfilais un jogging et un t-shirt de mon frère et je passais mes journées à apprendre à maîtriser l’ennemi. C’est surtout mon oncle, Edja qui m’a tout enseigné. Il est peut-être stoïque, antipathique et n’hésitait pas à me faire peur ou à me faire mal, mais dans le but toujours de m’endurcir. En tant que Pavlenski, je me dois d’être rusée et dangereuse, même si de l’extérieur, j’ai l’air frêle et vulnérable. Je ne fais pas plus d’un mètre soixante et je suis toute menue, néanmoins il ne faut pas me juger trop vite. J’ai un sale caractère et si on me cherche, ça devient vite un carnage.

J’ai besoin d’aller aux toilettes et en chemin, je croise mon oncle dans le couloir. Vêtu d’un long manteau sombre en feutre, col relevé, montre imposante et luxueuse au poignet, il est très élégant. Il me fait sa fidèle bise à la joue, par politesse : posant sa main sur ma hanche délicatement et s’attardant avec ses lèvres contre ma joue. Il murmure à mon oreille :

—Tu es ravissante ce soir, ma petite цветок[2].

Il a toujours eu cet accent russe très prononcé. C’est le frère de Barron, excepté qu’Edja a quarante ans. Il a été une grossesse surprise pour ma grand-mère. Ils ont vingt-huit ans de différence.

—Merci, mon oncle.

—Tu as fait quoi à ton poignet ? dit-il en prenant ma main et en la retournant pour mieux voir.

J’ai un nouveau tatouage, celui d’un cœur noir, craqué à l’intérieur de mon poignet droit. J’en ai déjà quelques-uns, comme celui qui symbolise mon appartenance à la mafia russe à l’intérieur de mon poignet gauche. Ça ressemble presqu’à un octagramme, mais plus gore. Il représente les liens du sang, l’omerta et il montre que celui qui le porte est un homme d’honneur. Que même sous la torture, nous ne parlerons pas et sommes prêts à mourir pour protéger la famille. J’ai aussi un tatouage qui décore ma hanche droite et continue jusqu’au côté de la cuisse. Celui-ci est composé de roses noires et dans ce nid de roses épineuses, se trouve une tête de mort charbonneuse. Il y a aussi le symbole traditionnel russe dissimulé dans cette œuvre d’art, celui de l’aigle bicéphale, à deux têtes.

—Qu’est-ce que ça signifie ? Que tu brises des cœurs ?

—C’est mon cœur, mon oncle. Il est noir et incapable d’aimer.

En réalité, il représente surtout le fait que je rêve d’amour et de liberté, mais que Mikhaïl m’a enlevé le droit d’aimer. Je ne sais même pas ce que c’est. Ce qu’on ressent.

—C’est une bonne chose que tu ne tombes pas amoureuse, aucun n’est assez bien pour toi. Reste un loup solitaire comme moi.

Edja passe près de moi, me laissant dans le couloir. Je le regarde partir et soudain, il m’apparaît en double. Je passe une main sur mon visage pour chasser les effets psychotropes du LSD qui viennent juste de me monter à la tête. J’ai bu toute la soirée, ma vessie va exploser. Et je ne pouvais pas y aller au Monster, alors je dois y aller maintenant.

Je ne peux pas faire un pas de plus qu’un bras s’enroule autour de mon cou et qu’un corps se plaque dans mon dos. Une main enlève ma bouteille de vodka et reconnaissant son parfum, je sais d’emblée qu’il s’agit de Mikhaïl. Si ça avait été quelqu’un d’autre, j’aurais pu le frapper et l’écarter.

Il boit dans ma bouteille et en vide au moins le quart en moins d’une minute. Il ne fait jamais rien avec modération. Il donne ensuite la bouteille à un de ses potes et resserre sa prise autour de ma gorge. Sa bouche vient souffler contre ma nuque et il frémit :

—Tu vas où comme ça, Seyv ?

—Aux toilettes.

—Ça peut attendre…

Il m’incite à avancer dans le couloir. On passe devant les toilettes où je meurs d’envie d’aller, mais je me retiens.

—Entre dans ma chambre, m’ordonne-t-il.

Je passe le pas de sa porte sans discuter et il referme derrière lui. Son index tire vigoureusement la bretelle de ma robe, ce qui la fait tomber et dévoile aussitôt un sein.

Les effets du LSD arrivent au bon moment, je me sens détendue, un peu somnolente, j’arriverai à passer au travers de la soirée comme à chaque fois.

Mikhaïl attrape doucement ma main et la pose sur l’énorme bosse qui ressort de sous son pantalon. Celle-ci pulse contre la paume de ma main.

—T’es la seule à me faire bander à ce point. Sois honorée, Seyv.

Tous les membres de la famille savent très bien que Mikhaïl fait de moi sa chose et il n’y a rien de choquant, puisque ce n’est pas quelque chose d’inédit dans la famille. On est difficilement perturbables. J’ai aussi appris qu’une femme qui est désirée par le futur ou le parrain de la mafia, c’est un honneur non négligeable. Mais contrairement aux autres femmes, je n’arrive pas à jouir au lit et il se plaint que je ne mouille pas assez. J’ai peut-être un problème avec mon anatomie féminine, car chaque fois que je fais l’amour, je n’en retire aucun plaisir. J’en ai uniquement toute seule, mais pas avec lui.

Mikhaïl saisit ma mâchoire et me recule vivement contre le lit, où il me fait tomber sur le matelas. Il retire sa cravate, son veston et sa chemise et grimpe sur moi. Comme à l’habitude, je tourne la tête et regarde par la fenêtre, la douce neige qui tombe. L’autre jour, c’était une pluie fine et délicate. Ma vision se trouble, des flashs lumineux envahissent ma tête à cause de l’hallucinogène que j’ai avalé. Les flocons à l’extérieur prennent une allure de pluie de sang. Provenant sans doute de mon désir de faire saigner mon frère. Mais je reste là, inerte, alors qu’il embrasse mon cou, ma nuque et que ses doigts m’arrachent ma culotte pour ensuite trouver ma chair sensible entre mes cuisses. Je garde ma jarretière en cuir avec mon couteau, mais au grand jamais je ne dois l’utiliser contre lui, pourtant, l’image m’effleure souvent l’esprit.

Il insère un, puis deux doigts, très profond et de plus en plus rapidement. Son haleine alcoolisée emplit mon visage. En ressortant ses doigts abruptement il attrape mes joues violemment d’une main et commence à m’embrasser. Il vient ensuite mordre très fort ma lèvre inférieure assez pour m’entendre gémir de douleur. Mais il confond et croit que j’adore ça. S’il y a un soir où je ne veux pas faire l’amour et que je prends le risque de lui en faire part, il me frappe et sangle mes mains et mes chevilles aux montants du lit. Alors je préfère ne pas me plaindre. Et quand je dis qu’il me frappe c’est loin d’être une petite gifle comme j’ai eu plus tôt au Monster… La dernière fois que je me suis refusée à lui, car j’avais mes règles et une douleur au ventre, j’ai reçu un coup de poing au visage. La forme de punition qui sert à ne jamais rien lui refuser. C’est une insulte pour ce machiste et phallocrate qu’il est. Que ce soit mon oncle, mon père ou tout autre membre de la famille, on me disait que ce n’était pas grave que Mikhaïl me fasse l’amour, que je devais honorer cette attention particulière. J’ai accepté à quatorze ans et je croyais vraiment que c’était un privilège d’avoir mon frère dans mon lit. On m’a mise des idées dans la tête. Cependant, les années passent, j’ai dix-huit ans, je me sens moins naïve. Il y a des choses qu’on m’a dites, qu’aujourd’hui je commence à douter. J’ai aussi fini par développer une haine pour lui. Je me sens brimée. Violée. Je sens que je nage à contre sens des valeurs de ma famille. Je ne comprends plus trop ce qui se passe. À vrai dire, parfois, je ne sais plus trop ce qu’est la normalité. Lee est la seule avec qui j’ai pu en discuter. Elle appelle cela un viol et dit que normalement, dans le monde, l’inceste est puni par la loi. C’est contre nature. Mais la mafia fait ses propres lois et si l’inceste est prôné, alors je n’ai aucune porte de secours. Comme j’étais toujours en douleur après l’acte sexuel, Lee a finit par m’offrir de quoi me détendre et surtout, oublier. Mais je crois surtout qu’elle fait ça pour me protéger, car elle sait et elle ressent mon animosité grimper et je crois qu’elle a peur qu’un jour, je puisse trancher la gorge de mon frère. Si je fais ça, je serai assassinée sur le champ. Mikhaïl est précieux, il est le seul successeur.

La seule chose à laquelle je pense soudainement, c’est de me retenir d’uriner. Plus les minutes s’écoulent, plus tout l’alcool consommé se compresse dans ma vessie.

—J’ai envie de toi… murmure-t-il contre ma joue.

Au même moment, il sort son sexe de son pantalon et commence à me caresser l’entrejambe avec son gland.

—T’es à moi, Seyv. Tu m’es redevable… ne l’oublie jamais.

Il relate sans cesse que je lui dois la vie à cause de la nuit où il m’a sauvée pendant l’assassinat de notre mère.

Il crache sur ses doigts pour venir mouiller sa queue, vu que j’ai encore un problème de sècheresse vaginale qui me fout la honte. Dès qu’il a fini de s’enduire de salive, il commence à s’insinuer en moi. Il a toujours eu du mal à me pénétrer parce que c’est étroit et pas du tout lubrifié. Lui il adore ça, car c’est serré, mais moi, j’ai envie de le frapper. Surtout lorsqu’il m’a initiée à la sodomie : j’ai horreur de ça et je voudrais mourir à chaque fois qu’il me défonce l’orifice. À peine déflorée depuis quelques semaines, qu’il était déjà en train d’insérer ses doigts, puis ensuite des objets dans mon anus pour me dilater et me préparer à la sodomie. Résultat, trop pressé et excité il m’a pénétrée, j’ai eu une déchirure anale. Même si ça saignait, il n’arrêtait pour autant. Ça été long et pénible à soigner. J’en garde un mauvais souvenir.

Il commence déjà à pousser des bruits de jouissance alors qu’il me pilonne avec force. Ses mains se baladent sur mes seins et terminent leur caresse sur mon clito. Je voulais fermer les paupières le temps que ça passe, mais je fixe son tatouage situé à la hauteur du cou et la clavicule. Celui d’une dague qui donne l’illusion qu’elle lui transperce le cou. Il signifie qu’il n’a aucun scrupule à tuer et qu’il est déjà chaud à recommencer. Certains prisonniers russes se font faire le même.

Mikhaïl attrape d’une poigne ferme mes hanches pour mieux me prendre violemment. Ses coups de hanche sont si brutaux que ma vessie se retrouve compressée et sans le vouloir, je m’échappe, juste un peu ! Merde ! J’attrape ses bras pour lui signifier qu’il doit y aller plus doucement. Il jette un œil à son membre gorgé de sang, qui reluit. Il comprend que je me suis échappée, mais contrairement à moi, ça ne le dérange pas du tout. Le LSD m’empêche de bien maitriser toutes les parties de mon corps et quand il tape dans ma vessie avec son sexe, je n’arrive pas me retenir. C’est la première fois qu’une chose aussi embarrassante m’arrive.

—Il faut vraiment que j’aille aux toilettes, le supplié-je alors que je n’en peux plus de me retenir.

—Non, fait-il sèchement.

Il plaque son corps contre le mien, m’emprisonnant de ses bras puissants et ses coups de hanches repartent de plus belles et de façon encore plus brutale. Et c’est exactement ce qu’il veut. M’humilier. Et peu importe ce que je fais, ça ne le repoussera jamais, même si j’urine carrément sur lui. Mais j’arrive à me retenir au mieux alors qu’il resserre encore un peu plus sa prise tel un anaconda qui étouffe sa proie. Il reste ainsi plusieurs longues minutes interminables, jusqu’à ce je l’entende enfin jouir. Ça dure un peu plus longtemps qu’à l’habitude. Son corps est raide, sa queue pulse et se comprime plusieurs fois à l’intérieur de moi. Dès qu’il se détend, se retire et roule sur le lit, il lance, encore un peu essoufflé :

—Putain, que t’es bonne, Seyv.

Il se prépare à sombrer doucement pour dormir, mais rajoute en se hissant vers moi et en m’embrassant comme si j’étais sa copine :

—Sache que t’es la chose la plus précieuse à mes yeux. Et je t’aime, tu le sais ça ?

Je hoche la tête, alors que j’ai les joues rouges de colère et que ma lèvre tremble. Il se retourne, dos à moi pour s’endormir, j’en profite pour me précipiter aux toilettes.

+++

Il est autour de six heures du matin quand je décide de me lever. Mikhaïl ronfle très fort. J’ai besoin d’enlever ma robe rouge d’hier, alors je prends un sweat noir de Mikhaïl dans la penderie et enfile des chaussettes grises, lui appartenant aussi. Je récupère ma culotte au sol et l’enfile. Je meurs de soif, comme un lendemain de veille. Je me sens fatiguée et mon corps est léthargique.

Dans la cuisine, en me préparant du café, je constate que pratiquement tout le monde est parti. Excepté mon oncle qui dort sur le grand sofa de cuir. Avec ma tasse fumante, je prends place sur le second divan. Je sens mes lèvres du bas enflées et douloureuses quand je m’assois. Je ne suis pas prête à retourner dans la chambre et il vaut mieux rester loin de Mikhaïl si jamais l’envie lui prend de baiser à nouveau au réveil.

Sur la table basse devant moi, l’écran d’un téléphone s’illumine. Il ne vibre pas et la sonnerie des messages textes est éteinte. Je ne devrais pas regarder, mais une chose attire mon attention. Si c’est le téléphone de mon oncle, quelqu’un semble lui avoir envoyé une photo macabre.

L’écran s’éteint. Ma curiosité l’emporte. Je me lève doucement, sans faire de bruit, saisit le téléphone de ma main libre et allume l’écran de réception. Je plisse les yeux pour mieux regarder…

Oh. Mon. Dieu.

C’est… C’est mon père ! Il s’agit de Barron… Quelqu’un vient de le tuer ! Oh, non… Non… Non ! C’est… c’est un gang ennemi ?! Merde ! J’y crois pas ! Si on perd Barron maintenant, on est affaiblis. Mikhaïl n’est pas prêt à prendre le flambeau, pas tout de suite, pas maintenant. Il ne connaît pas tous les rouages du réseau. Il devait le remplacer d’ici encore un an ou deux. Il n’a pas fait toutes ses épreuves ! La personne qui a fait ça vient d’affaiblir notre organisation !

Ce qui me choque le plus c’est l’état de mon père… Il a eu une balle dans la tête, mais son corps n’est pas là… il n’y a qu’une tête sur un tas de carton et papiers journaux à côté d’une benne à ordure dans ce qui ressemble à une ruelle…

Tremblante et le cœur qui se déchaîne, mes yeux détaillent avec attention le message qui accompagne la photo.

« Barron Pavlenski est mort. Je me charge de Mikhaïl et j’aurais rempli ma part du contrat »

Je relève les yeux du téléphone pour découvrir Edja qui a ouvert les yeux.

Oh merde !

—Tu…. tu as perpétré l’assassinat de mon père ?!

Il se relève prudemment, ayant été surpris que je découvre sa trahison envers la famille.

—Oh… Seyvanna. Petite цветок, tu ne devais pas voir ça.

—Qu’est-ce que… qu’est-ce que ça veut dire ?

J’ai du mal à respirer. Ma voix tremble. Il tend la main pour que je lui remette son téléphone avec la preuve, mais je le fourre dans la poche du sweat.

Je vais pour crier le nom de mon frère pour qu’il arrive en vitesse, mais Edja se jette sur moi et plaque sa main contre ma bouche !

J’ai toujours ma jarretière en cuir, vingt-quatre sur vingt-quatre, je ne la retire que pour me doucher. Tâtant le haut de cuisse, j’empoigne mon couteau automatique et le planque dans son épaule ! Il me frappe violemment le côté du visage pour ensuite sortir son arme coincée à sa ceinture et la braquer en direction de mon visage tout en pressant sa blessure qui saigne ! Je frappe son bras d’une main, ce qui fait planer son revolver au sol et lui envoie un coup de genoux entre les jambes, le tout en une fraction de seconde ! Une défense qu’il m’a lui-même apprise. Mais je pense qu’il est sous le choc, perturbé que j’aie pu voir sa trahison. Il ne s’y attendait pas.

—Tu comptes me tuer aussi, mon oncle ?!

—Tu ne devais pas voir ça ! J’en suis tellement désolé. Je t’affectionne Seyvanna. Mais tu as tout gâché… Je ne peux pas te laisser vivre maintenant tu es témoin.

Alors qu’il part rapidement chercher son arme au sol, pour ma survie, je ne pense qu’à fuir par l’entrée. Et au moment où je franchis le pas de la porte, une balle ricoche contre le cadre ! Seigneur ! Elle est passée tout près de ma tête !

Je cours comme jamais, je cours sans m’arrêter et sans me retourner. M’éloignant du manoir qui est près du canal de Moscou. Je détale en direction du port, suivant la rivière et en étant caché par quelques arbres. À environ deux kilomètres, il y a des hangars, des camions, des gens, tout pour me dissimuler. Je me fonds dans la masse, mais vêtue comme je suis, j’attire aussitôt l’attention des touristes. Je ne porte qu’un sweat trop grand pour moi, long jusqu’aux genoux, j’ai froid. Mes chaussettes piétinent le givre et les plaques de glace du trottoir et des rues. Avec mes cheveux en bataille, mon visage apeuré et l’hématome sur l’os de ma joue, je ne passe pas inaperçue.

Soudain, j’entends des pneus crisser. Je me retourne et le 4x4 Mercedes G63 d’Edja fonce dans le tas de gens qui achètent du poisson près du port pour venir m’atteindre ! Il écrase ses pauvres victimes sans se soucier de laisser des morts et des blessés ! Des cris d’horreur surgissent, des bruits de moteur à plein régime suivis de bris de tôle qui happent des personnes et la chaîne de trottoir se fait entendre.

Je cours même si je n’ai plus de souffle et zigzague entre les petits commerçants et tente de me dérober dans les ruelles les plus étroites ! Mais rapidement, je me ramasse à découvert en plein milieu d’une route. J’essaie de trouver une autre ruelle, mais dès que je tourne le coin d’un mur de briques, une moto sport, couleur charbon avec un bruit agressif passe près de me percuter ! Me frôlant à vive allure, je pivote sous la puissance du vent qui m’entraîne et tombe par terre dans la ruelle, m’écorchant les coudes !

Le type sur la Ducati noir carbone arrête brutalement et dans sa manœuvre, il pose un pied à terre et sa roue arrière glisse pour faire un quatre-vingt-dix degrés pour virer sa moto vers moi. Il rince le moteur, laissant un son menaçant envers moi. Comme s’il voulait que je m’enlève de son chemin alors que je suis par terre au beau milieu de la ruelle. Il porte un casque noir et une visière teintée. Je ne peux pas voir son identité. Il porte un costard et par-dessus, un long manteau élégant, style trench avec le col relevé à la nuque. Qu’est-ce qu’il veut ?! Pourquoi il reste planté là ?!

Je me relève maladroitement, me retourne et vois la Mercedes s’arrêter à l’autre extrémité de la ruelle. Le pare-brise est éclaté et le parechoc contient des éclaboussures de sang. Au loin, j’entends les sirènes de police. Je contemple à nouveau l’homme sur la moto. J’ai l’impression d’être prise au piège. Edja sort du 4x4 -puisque ce dernier ne peut pas passer dans l’étroite ruelle-. Mais il sort son arme de sous le pan de son manteau, prend le temps de soigneusement visser un silencieux sur le canon. Paniquée, je commence à courir vers la moto, ce type doit me laisser passer ! À ma grande surprise, l’inconnu fait une manœuvre où je n’ai pas le temps de riposter. Tout se passe si vite : avec son engin, il tourne autour de moi, profitant de la proximité pour m’attraper par la taille d’un bras et, d’emblée, je me retrouve obligée d’enfourcher la moto ! Je m’agrippe à cet homme qui décolle en trombe sous un deuxième coup de feu qui percute la Ducati !

Il file à toute allure domptant les petites rues recouvertes de plaque de glace et accélère encore plus lorsqu’il rejoint l’autoroute ! Mes bras l’enroulent le plus fort que je peux, de peur de tomber. Tout ce que je vois, ce sont des véhicules près de nous qu’il dépasse à la vitesse de la lumière. Son corps me protège du vent glacial contre mon visage.

Excepté que j’ai les jambes gelées. On passe sur un pont, direction le centre-ville de Moscou. Il a semé Edja, je suis saine et sauve.

Pour le moment.

______________________

[1] Le LSD est un psychotrope et induit des troubles de l'humeur, de la pensée et de la perception. Ces troubles ne se rencontrent habituellement que dans des états comme le rêve. Il est considéré comme l'une des drogues les plus puissantes (sources Wikipedia)

[2] Qui veut dire « fleur » en russe.

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