Omniscience

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J'avais déjà identifié la forme de la lame. Il ne restait plus qu'à trouver celui à qui elle appartenait. Vingt-six personnes en avaient une semblable dans cette ville, deux forgerons différents en vendaient, comment trouver ? Et pourquoi ne pouvais-je simplement pas demander qui avait fait ça ? Pourquoi cette fois je n'obtenais pas de réponses. Enfin bref, je devais trouver un autre moyen pour arrêter ça.

  • Feya ? Je te parle.

Je sursautai et me tournai vers le père :

  • Désolé, je n'ai pas entendu.
  • Tu réfléchissais j'imagine… bref, tu as bientôt fini avec elle ?
  • Oui, il me reste juste le bandage.

Je me reconcentrai sur la jambe de la fillette alors qu'il s'approchait. Posant une main sur son front il l’endormit très vite puis se tourna vers moi :

  • Tu n'es pas très rapide.

Je fronçais les sourcils en regardant l'homme blessé : il était déjà endormi et bandé, comment avait-il fait ça aussi vite ? Sa magie ? Non, il soignait, mais alors pourquoi ne pas les avoir soignés magiquement ? Oui, il se servait de leurs circuits magiques à eux pour ça.

Je sursautai encore alors qu'il se raclait la gorge :

  • Tu m'as l'air plus… lente que tout à l'heure.

Lente ? Oui… je souris en regardant la porte :

  • Elle est loin.

Il sembla s'amuser lui aussi de la situation, mais me fit finalement signe de le suivre pour sortir :

  • Évidement, tu as besoin d'elle pour être au maximum de tes capacités.

On remonta donc au premier étage, Léa était assise avec les deux hommes dans les canapés du salon. Je m'installai directement à côté d'elle.

Le père prit très vite la parole :

  • Bien juste avant qu'on ne parle sérieusement je voudrais être sûr d'une chose, donc personne ne parle, je pose juste la question à Feya, d'accord ?

Tous hochèrent la tête.

  • Bien, Feya, comment je m'appelle ?

Facile…

  • Franc.

Léa me regarda avec étonnement alors que son père reprenait la parole :

  • On est d'accord que personne ne lui avait dit ?
  • Non…

Je fronçais les sourcils en regardant Léa, pourquoi étaient-ils étonnés à ce point ? Oui bien sûr, ce n'était qu'un prénom, mais comment le savais-je ? Je devais me concentrer, quel âge a-t-il ? Oui, voilà, mon esprit s'était connecté au sien pour lui poser la question. Je souris donc en regardant Franc :

  • Mon esprit se connecte aux autres alentours pour leur poser les questions dont j'ai besoin.

L'un des deux hommes s'empressa de reprendre la parole :

  • Qui est l'agresseur dans ce cas ?

Je fis la moue :

  • Ça je n'ai pas la réponse.

Un silence suivit avant que finalement Franc ne s'appuie sur la table :

  • Qui sont les parents de Léa ?

Je levai un sourcil. Quoi ? Pourquoi me posait-il cette question ? Pour tous ceux qui les connaissaient c'était eux, mais pour eux, non. Ils l'avaient trouvée bébé devant leur porte. Qui étaient donc ses vrais parents ? Aucune réponse.

  • Je ne sais pas.
  • Bien, j'ai une théorie, tu te connectes aux esprits des autres afin de leur poser une question, mais tous ne te donnent pas la réponse n'est-ce pas ? Il y a certains esprits qui ne répondent rien ?
  • Exact.
  • Je pense donc que tu peux uniquement connaître les réponses qu'ils ne veulent pas cacher.

Je souris :

  • Ça se tient, je ne sais pas qui est l'agresseur parce qu'il ne veut pas qu'on le sache.

Léa hocha la tête avant de suggérer :

  • On peut quand même le trouver, combien y a-t-il de personne avec une lame identique à celle qui a causé les plaies ?
  • Vingt-sept, en comptant celle que j'ai fait.
  • Parfait, maintenant qui en fabrique ?
  • Trois forgerons dans cette ville.
  • Voilà on sait déjà où chercher.

Franc approuva :

  • Parfait, messieurs ?

Les deux hommes se regardèrent avant de se lever :

  • Il nous faudrait juste le nom des vingt-six personnes ainsi que les trois forgerons.

Je fis donc apparaître une feuille afin de tout noter.

Et c'était tout ? Ils étaient partis, on leur avait simplement donné les noms et c'était tout ? Décevant.

  • Tu ne manges pas Feya ?

Je levai les yeux vers Julie, la mère de Léa. Manger… oui…

  • Si…

Franc se racla la gorge alors que j'entamai mon assiette :

  • Léa, je sais que tu veux rejoindre une école maintenant que tu as ta magie, mais je pense que vous devriez d'abord… discuter.

La jeune fille me regarda avec intrigue :

  • Discuter de quoi ?
  • C'est ton invocation, oui, mais elle a une conscience et tu dois en tenir compte, pour être plus forts ensembles il faut que vous soyez ensemble, tu comprends ?
  • Donc… apprendre à la connaître ? Comme une vraie personne ?
  • Oui, considère-la comme une vraie personne, parce que c'est le cas.

Une personne ? Moi ? Était-ce le cas, oui, techniquement oui, je respirais, j'avais une conscience, une mémoire, je réfléchissais, il ne manquait que les sentiments, avais-je des sentiments ? Comment savoir, c'était difficile, il fallait des situations précises.


Je repliai mes genoux contre moi dès qu'on fut assise près de la rivière. Franc avait insisté pour que Léa m'emmène là, pour qu'on discute.

D'après ce que je ressentais la jeune fille adorait cet endroit. Il était vrai qu'il était agréable. Une petite rivière nichée entre les premiers arbres de la forêt bordant la ville. 

Léa... après tout c'était mon maître, je ne devais pas lui cacher mes pensées, alors dès qu'elle fut elle aussi dans l'herbe je pris la parole :

  • C'est vraiment possible que je sois une personne ?

Elle resta un instant muette à regarder l'eau coulant devant nous, avant de répondre :

  • Moi je pense que oui, toutes les personnes qu'on a rencontrées le pensaient aussi avant qu'on leur dise que tu étais mon invocation et puis…

Elle se stoppa, me faisant tourner la tête : elle souriait, un sourire comme… embarrassé. Finalement elle continua en riant légèrement :

  • C'est peut-être stupide mais tu ressembles énormément à mon amie imaginaire de quand j'étais enfant.
  • Une amie imaginaire ?
  • Oui, une ange qui venait me sauver dès que j'avais un problème, beaucoup plus forte et courageuse que moi, tu m'y fait penser.

Comment ça fonctionnait ? Comment était déterminé l'apparence des invocations ? Personne n'avait vraiment la réponse…hormis le fait que le subconscient de l'invocateur y faisait beaucoup.  

Je fini par tourner les yeux vers la rivière :

  • Que je sois une personne ou non, je dois te protéger donc je te sauverai comme le faisait ton amie imaginaire.

Elle sourit un peu plus :

  • Il va falloir que je sois plus courageuse moi alors.
  • Pourquoi faire ?
  • Pour ne pas te faire honte.

Je la regardai avec étonnement alors qu'elle riait.

  • Ça serait vraiment un coup dur de se faire juger par sa propre invocation.

Je souris. Oui, elle avait raison.

Peut-être, ou peut-être pas, que je sois une personne ou juste une invocation je restais moi, tant que Léa me considérait comme une personne ça m'allait.

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