Étranges blessures

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On arriva en peu de temps devant une grande maison, Léa passa la porte prestement, faisant sursauter la femme dans la cuisine.

Mais pour rentrer, mes ailes bloquaient, deux ailes de plumes blanches, beaucoup trop grandes. Comment pouvais-je faire ? Oui, les enlever tout simplement, enfin les cacher, juste pour passer la porte. Je les aimais bien moi… alors je les fis réapparaître une fois à l'intérieur.

  • Mais enfin Léa qu'est-ce que...

La femme s'arrêta en levant les yeux sur moi.

Très grande de taille mais extrêmement fine, sa silhouette paraissait alors presque maladive, pourtant elle se tenait droite, haute et fière. Ses longs cheveux d’un brun sombre étaient semblables à ceux de Léa, ondulés et indomptables. Dans un sens elle ressemblait énormément à la jeune fille.

Cessant tout ce qu'elle était en train de faire, elle vint vers moi. Je restai immobile alors qu'elle me tournait autour pour finalement s'arrêter dans mon dos, levant une main sur mes ailes.

  • Un ange… c'est…
  • C'est mon invocation !

La femme regarda Léa avec étonnement alors que je me tournais vers elles.

  • Vous êtes sa mère ?

L'adulte leva des yeux encore plus étonnés vers moi. Je levai une main :

  • Enchantée.

Elle sera mes doigts avec hésitation. Mais je fronçai les sourcils en regardant Léa :

  • Je suis censé dire mon prénom, mais j'ai pas de prénom.

Elle sourit immédiatement :

  • Feya !

J'hochai la tête :

  • Je m'appelle Feya.

La mère finie par se reprendre, se redressant en lâchant ma main qu'elle avait gardée sans s'en rendre compte.

  • Bien… euh… vous devriez aller voir ton père…

Léa partit immédiatement vers un escalier. Je la suivis ; mais je dus encore enlever mes ailes, décidément, je ne les remettrai que pour me battre, ça valait mieux.

La maison était plutôt jolie, ce devait être agréable d’y vivre. Deux étages et un sous-sol à première vue très grand. Les murs étaient joliment décorés, d’un bois sombre, des cadres claires venaient illuminer les lieux, montrant différentes personnes ; certainement leur famille. Un agréable petit foyer.

Léa était déjà partie loin devant moi alors que j’observai encore. Elle connaissait la maison par cœur bien sûr, moi aussi dans un sens, puisque j’étais reliée à elle.

Mes pas se figèrent face à trois immenses miroirs côte à côte. Pourquoi des miroirs en plein milieu d’un couloir ? Pour l’agrandir par la lumière provenant de la fenêtre juste en face.

Mon corps n’avait pas une seule éraflure du « combat » qui avait eu lieu. Les draps blancs qui me couvraient portaient quelques traces de poussières. Serrés sur mon torse et jusqu’en haut de mes hanches, ils cachaient parfaitement mes formes mais laissaient dévoilés de longues jambes effilées.

Que devais-je penser de ce corps qui était le mien ? Parfait. C’était la réponse qui me venait. L’était-il ? Pour certaine personne oui, mais pas pour tous.

Mon visage quant à lui restait aussi fin que celui de Léa, mais ma peau était plus bronzée que la sienne, plus homogène également, plus parfaite. Elle ressortait sous de longs cheveux blonds lisses et brillants. Et mes yeux… d’un bleu intense.

Pourquoi avais-je ce corps ? Précisément celui-là ? Tous les attributs d’une femme parfaite y étaient rassemblés. Tout ce que tous qualifiaient comme la perfection, Léa également. C’était elle qui m’avait fait apparaître, c’était elle qui avait choisi de me faire ainsi.

Je détournai finalement mes pupilles des miroirs pour continuer ma route ; je ne devais pas la faire attendre.

Une fois en bas je m'arrêtai devant une porte. Léa était avec un homme, ce devait être son père. Ensemble, ils s'occupaient d'une jeune fille, peut-être dix ans. Sa jambe droite était couverte de sang. Léa lui tenait la main, la rassurant en discutant avec elle alors que lui semblait recoudre quelque chose sur sa cuisse. Ce devait être une blessure grave. Mais une enfant aussi jeune, comment s'était-elle faite ça ? Juste à la jambe. Elle n'avait rien d'autre. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi cette partie de son corps précisément ? Comme à chaque question, les réponses me vinrent d’elles-mêmes. Les jambes étaient les endroits du corps où se trouvaient les os les plus solides, mais aussi, particulièrement dans celle de droite, les plus importants circuits magiques, courants juste à côté des veines sanguines. Était-ce ça ? Comment savoir ? En les analysant, si quelqu'un y avait touché cela se verrait.

Alors je m'approchai et, sans déranger le père de Léa, passai une main au-dessus d’elle. Oui, ses circuits étaient rompus. Seul le temps pouvait réparer ça, heureusement elle était jeune.

  • Qui lui a fait ça ?

Le père me regarda avec étonnement, peut-être parce qu'il ne savait pas qui j'étais ? Ou que je sâche aussi facilement que ce n'était pas une blessure accidentelle.

Finalement Léa brisa le silence qui s'était installé :

  • Oui elle… réfléchit.

Le père leva un peu plus les sourcils mais reprit très vite son travail :

  • On verra après.

Pourquoi ne pas en parler maintenant ? Oui, elle entendrait, et dire devant elle que ses circuits magiques étaient rompus n'était pas une bonne idée.

Qui avait pu faire ça ? Pourquoi cette fois aucune information ne me venait ? C'était étrange.

On tourna tous la tête alors que trois hommes se présentèrent à la porte. L'un, soutenu par les deux autres, était gravement blessé à la jambe droite. La même blessure.

C'était évident : quelqu'un leur avait fait ça.

Le père était déjà occupé avec la fille, et Léa se chargeait de la rassurer. Que devais-je faire ? Bien, il fallait déjà l’assoir ou l’allonger, puis regarder sa blessure, lui faire un garrot pour l'empêcher de se vider de son sang puis lui donner ce remède à base de plante pour endormir la douleur.

Je partis donc rapidement vers une autre table pour la libérer.

  • Venez le poser ici.

Ils obéirent sans discuter. Je pris l'une des nombreuses sangles présentes sur une étagère et m'employai à la serrée autour de sa cuisse. Sa blessure était grave oui, et ses circuits magiques endommagés.

Qui faisait ça ? Et pourquoi ? Je préparais rapidement le remède pour le lui donner. Puis, lorsqu'il fut calme je me penchai sur sa plaie. Une incision précise, certainement faite avec une courte lame. De quelle forme ? Ce serait plus simple de la retrouver en sachant cela, et donc de retrouver le coupable. Bien sûr, magie de mémoire.

Je levai donc mes deux mains vers sa plaie en activant ma magie. Une lame légèrement courbée, pointue, à double tranchant.

Je reproduisis une copie rapidement puis la posai sur une table proche avant de m'approcher de Léa :

  • Il faut trouver celui qui fait ça.

Tous me regardèrent avec étonnement, y compris les deux hommes qui avaient emmené le blessé.

Ils s’approchèrent finalement :

  • Excusez-moi mais, qui êtes-vous ?

Léa se leva très vite pour s'approcher de moi :

  • C'est mon invocation.

Ils se regardèrent avant de froncer les sourcils :

  • Elle n'a pas du tout l'aire d'une invocation…
  • Elle l'est, elle est juste un peu… plus réfléchit que les autres.

Léa me lança un regard avant de continuer :

  • C'est vraiment quelqu'un qui leur a fait ça ?

Mais avant que les deux hommes ne puissent répondre, le père intervient :

  • S'il vous plaît, je dois m'occuper d'eux, si vous voulez discuter aller en haut.

Mais alors qu’ils se dirigeaient vers la porte je me tournai vers le père :

  • Avez-vous besoin d'aide ?

Il fronça les sourcils avant de finalement répondre :

  • Oui, tu peux rester m'aider, Léa va discuter avec eux.

Je me tournai vers la jeune fille, c'était elle mon maître, c'était à elle de décider de ça. Elle hocha la tête avec un sourire.

Alors je retournai proche du père. Il avait fini de refermer la plaie et prenait donc ses outils pour se rendre près de l'homme.

  • Désinfecte sa plaie puis fais-lui un bandage pendant que je m'occupe de lui.

Comment ? Oui, les produits déjà prêts étaient dans une étagère, les bandages dans une autre.

Je partis donc prendre ce dont j'avais besoin. Il me regardait, peut-être simplement pour être sûr que je ne fasse pas d'erreur.

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