Jeudi 4 juillet

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Julie

Seule dans le jardin en train de retirer les mauvaises herbes, je suis perdue dans mes pensées. Le visage défait de Tim en réalisant le changement de vie que j’allais subir, m’arrache aujourd’hui un sourire. Ma vie ne va pas être simple, mais je m’en sens capable.

Je me redresse et regarde mon parterre de fleurs redevenu comme je l’aime, sans le liseron qui empêche les fleurs de s’épanouir.

J’entends de la musique dans la chambre de Tiphaine et m’approche de la maison afin de m’en assurer. C’est peut-être le bon moment pour que je lui parle. Chaque jour elle me sonde, m’interroge, lance des sous-entendus. Je refuse de discuter de notre future séparation à ses frères, ils ne se doutent de rien et je préfère qu’ils gardent un merveilleux souvenir de leurs dernières vacances en famille. Mais Tiphaine est suspicieuse, on dirait qu’elle me sonde, qu’elle prêche le faux pour avoir le vrai. J’aurais aimé que Tim soit présent, mais si le moment est venu…

Je respire calmement en montant l’escalier après avoir retiré mes gants et m’être lavé les mains et frappe deux coups à sa porte.

— Coucou, ma chérie.

— Bonjour maman, dit-elle en m’embrassant.

— C’est bien que tu sois rentrée tout de suite. Tu as déjà pris ton goûter ?

— Oui, oui t’inquiète, dit-elle le nez plongé sur son écran de téléphone.

— Tiphaine, tu m’accordes quelques minutes, je crois qu’il faut qu’on se parle.

— Bonjour Julie,

Je reconnais immédiatement la voix de Marion derrière moi avant même de me retourner. Mince… je n’ai pas pensé qu’elle serait accompagnée.

— Maman, on se demandait… comme demain c’est le dernier jour et qu’après, on ne se verra pas pendant six semaines, argumente Tiphaine.

— Vous voulez dormir ensemble ? terminé-je.

— Oui… dis oui, s’te plait, maman… ma petite maman chérie que j’aime.

— Très fort ! D’habitude, tu ajoutes : très fort, dis-je en souriant. Si tes parents sont d’accord… je le suis aussi. Mais à dix heures extinction des feux et plus de bavardages !

— Maman a déjà dit oui, sourit Marion.

— Dans ce cas… Si Charlotte a dit oui, répété-je en souriant.

Je referme la porte derrière moi et descends les marches. Je me dirige vers le réfrigérateur, sors une bouteille de limonade maison, et au moment où j’ouvre l’armoire pour prendre un verre, je sens la main de ma fille sur mon épaule.

— Qu’est-ce que tu voulais me dire, maman ?

— Ça attendra, Tiphaine, il n’y a pas d’urgence. Va retrouver Marion.

— Je veux savoir, maman. J’ai besoin de comprendre pourquoi tu sembles toujours si triste, alors que tu souris.

J’ai lancé la discussion, c’est normal qu’elle veuille le fin mot de l’histoire. Même si ce n’est pas le meilleur moment, avec une invitée sous notre toit.

— Tu veux t’asseoir ?

— C’est si grave que ça ? panique-t-elle.

— Je ne suis pas malade, ne t’inquiète pas. Papa non plus. Mais nos vies vont changer après les vacances.

— Pourquoi ?

— J’ai trouvé un emploi. Les lundis et mardis je serai sur Lausanne, le mercredi je travaillerai depuis la maison et le vendredi à la librairie.

— Mais pourquoi ? Papa va perdre son travail ?

— Non.

— On n’a plus d’argent ?

— Non.

— Vous… allez… vous vous séparez ? demande Tiphaine.

Donc après la perte d’un emploi et le manque d’argent, la seule autre alternative pour que je retourne au travail, c’est de me séparer de mon mari. Je ne pensais pas qu’elle avait ce genre de pensées. Même si j’imaginais attendre encore quelques années, je n’allais pas finir ma vie à faire uniquement le ménage pour son père.

— Il n’y a pas que la séparation qui pousse une femme à retrouver une vie active, tu sais.

— Oui, mais tu as toujours dit que tu voulais que Théo soit au collège.

J’incline la tête, attrape une de ses mèches de cheveux que je replace derrière son oreille en murmurant :

— On en parle c’est vrai. Ce n’est pas encore fait, mais on en prend le chemin !

— Mais… pourquoi ? s’étrangle-t-elle les larmes aux yeux.

— Avec les années qui passent, on s’est éloigné l’un de l’autre et… on ne s’aime plus comme un couple devrait s’aimer.

— C’est à cause de lui ? siffle-t-elle.

— Ton père n’est pas le seul fautif.

— Non, je ne te parle pas de papa, tonna-t-elle. Mais de ton amant ?

— Mon quoi ? suffoqué-je.

— Ton amant, le mec avec qui tu passes ton temps quand papa n’est pas là.

— Mais je n’ai pas…

— Mélissa t’a vu ! m’interrompt-elle le regard noir.

— Quand ?

Tiphaine tente de me défier mais ne parvient pas à garder son attitude froide et distante à mon égard. Elle baisse la tête et les larmes envahissent ses joues.

— Je ne sais plus, hoquète-t-elle.

— Tiphaine, calme-toi et explique-moi.

Je pose une main sur ses épaules, puis sous son menton pour lui relever le visage, mais elle se dégage et recule d’un pas.

— Il y a, je ne sais pas, un mois, Mélissa a séché les cours et elle t’a vu à la terrasse d’un café avec un mec, gronde-t-elle en fixant mon regard.

— Quel café ? m’impatienté-je.

— En face de la librairie. Je sais que tu y travaillais ce jour-là, j’ai vérifié.

— Mais je n’ai jamais…

Soudain je m’interromps. Mélissa a dû me voir avec Manu. Et même si effectivement j’avais bien quelque chose à me reprocher concernant mon intimité avec Manu, Mélissa n’a rien vu de répréhensible.

— Le seul homme avec qui j’ai partagé un café, c’est Manu, affirmé-je.

— Manu ? Le papa de Marion ?

— Tu en connais d’autres ?

— Non.

— Il est venu à la librairie acheter un livre et m’a proposé de boire un café. Je suis restée dix minutes tout au plus avec lui à la terrasse. Ne commence pas à croire n’importe quel ragot, Tiphaine.

— Mais alors pourquoi ? Et pourquoi tu n’en parles qu’à moi ?

— Je t’en parle parce que tu es grande et que tu commences à comprendre certaines choses.

— Et papa ? Pourquoi il n’est pas là ? sanglote-t-elle.

— Tu apprendras que les hommes sont capables de combattre des dragons de toutes sortes mais que face aux larmes d’une femme ils se sentent tout simplement impuissants, dis-je en la prenant dans mes bras.

Je sens son corps d’abord se raidir avant de se coller contre moi et de se laisser bercer. Je pose un baiser dans ses cheveux et sans un mot je tente de la rassurer, tout en laissant échapper mes larmes. Voir mes enfants tristes me déchire le cœur.

— Ta maman a raison, chuchote Manu en nous surprenant toutes les deux.

— Oh, Manu. Bonsoir, dis-je en essuyant mes joues.

— Charlotte m’a demandé de venir chercher son projet que tu as bien voulu étudier. Je ne voulais pas être indiscret, mais…

— C’est rien, la fenêtre était ouverte et on t’a dit de passer par le jardin quand il fait beau. Ne t’excuse pas ! dis-je en embrassant ma fille. Ça va aller ma puce ?

— J’ai le choix ?

— On en reparlera, les choses ne vont pas changer immédiatement. Garde-ça pour toi, on en discutera après les vacances à tout le monde.

— Personne ne sait ? demande-t-elle.

— Charlotte, Manu et Christine sont dans la confidence. Mais sinon, tu es la seule.

Je vois une lueur briller dans ses yeux. Par cette simple phrase, je viens de lui faire comprendre que je lui fais suffisamment confiance pour lui livrer un secret d’adulte. Elle sourit presque en embrassant Manu.

Je m’éclipse dans le bureau pour rapporter le dossier à Manu. Je découvre Marion venue embrasser son père, puis remonter rapidement dans l’antre de ma fille, alors que je lui propose un petit apéro. Il accepte une limonade.

— Grillade ce soir ? Appelle Charlotte pour qu’elle nous rejoigne avec Maxime, à moins que vous ayez prévu autre chose ?

— On n’a aucun projet ce soir, répond Manu. Mais cela me gêne que tout se passe toujours chez vous.

— Il faut que je vide le réfrigérateur avant les vacances. Et comme il n’y a pas de raison pour que je morde ce soir, je ne vous retiendrai pas toute la nuit, souris-je en lui faisant un clin d’œil.

— Ce n’était pas désagréable, surtout le réveil, murmure-t-il en s’approchant de moi, le regard lourd de sous-entendus.

— Tu parles de la rencontre inattendue dans les couloirs ou des salutations devant la machine à café ?

— Je parle des frissons qui nous parcourent quand tu t’approches de moi, lâche-t-il en frappant sa bouteille contre mon verre que je portais lentement à mes lèvres.

— En l’occurrence c’est toi qui t’es approché ce matin-là. Moi je suis restée très sagement à ma place.

— Tout comme en ce moment.

— Je me demande même si j’ai débordé une seule fois. Il me semble que c’est à chaque fois toi qui t’es invité dans mon espace. Je me trompe ?

— C’est vrai que le dernier pas, je l’ai toujours franchi sans y être forcé, dit-il dans un souffle.

Il est si proche, il sent si bon, ses yeux me déshabillent, son envie est palpable tout comme la mienne. Cette tension entre nous est intenable. Je ne parviens pas à rester là immobile à le regarder me dévorer en pensée sans réagir. Et pourtant, il le faut… Pour Charlotte, pour notre équilibre à tous. Je ferme les yeux une seconde, puis lui tends le téléphone pour qu’il appelle sa femme. Il sort le sien, se retourne et je l’entends proposer à sa femme de nous rejoindre.

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