Mercredi 3 juillet

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Julie

Tim a pris son après-midi de congé pour préparer les vélos et l’outillage dont il aurait besoin en cas de pépin durant les vacances. Cette année, direction les Landes, l’océan et les forêts de pin. Tiphaine et moi, nous nous baladerons à pieds, chacune un écouteur dans l’oreille et papotant joyeusement alors que les garçons feront du vélo avec Tim à travers les sentiers caillouteux.

Je repense à ces dernières heures, ces derniers jours. Il a été très attentif avec les garçons. Presque trop. Tiphaine a fini par demander ce qui se passait, tellement ça lui paraissait louche son excès de gentillesse. Il n’a passé aucun coup de téléphone, n’a pas allumé l’ordinateur. Dès le pas de porte franchi, il s’est entièrement consacré à ses enfants.

Quand Tiphaine m’a demandé ce qu’il avait, j’ai hésité à lui dire la vérité. Mais sans l’autorisation de Tim, j’ai renoncé. Surtout que je pensais, à tort peut-être, qu’il voudrait être présent pendant qu’on annoncera notre changement de vie.

Les enfants sont couchés et ils dorment à point fermé. Je viens de vérifier. Je m’approche de Tim qui boit un whisky en écoutant les nouvelles sportives au salon. Je lui dis qu’il faut expliquer à Tiphaine les changements qui vont arriver. Elle est suffisamment grande et mature pour comprendre et surtout je refuse qu’elle imagine n’importe quoi, autant lui expliquer ce qu’il en est. Mais bien évidemment Tim se dégonfle.

— De toute façon, je suis le salaud dans l’histoire, je te laisse me descendre en flèche auprès de ma fille. Déjà qu’on a plus grand-chose en commun…

— Je ne lui dirai rien de méchant et tu n’es pas le seul responsable. Je ne te l’ai pas reproché de cette manière.

— Je sais… tu es restée cool !

— Tant que tu me traites avec respect.

D’un geste, il coupe le son de la télévision et me fixe sérieusement.

— A ce propos… tu m’as dit de ne plus te mentir… J’ai revu Virginie. Je lui ai dit que tu savais et… elle me presse pour…

— Que je dégage ? Ben désolée, elle devra attendre encore un peu ! dis-je la voix sourde.

— Non, elle aimerait que je passe plus de temps avec son… notre fils. Qu’il apprenne à me connaître.

— Passe tout le temps que tu voudras avec eux, franchement je m’en fous. Mais ne fais pas n’importe quoi avant que NOS enfants soient au courant. Je refuse qu’ils l’apprennent par quelqu’un d’autre.

— Mais je croyais que… tu ne voulais rien dire avant les vacances ?

— Je pense que pour eux, c’est mieux en effet. Ce seront nos dernières vacances tous les cinq, j’aimerais qu’ils en gardent un bon souvenir.

— Et Tiphaine ?

— Elle est grande et sent les choses. Elle n’est pas aveugle, elle a vu tes changements ces derniers jours et je refuse de lui mentir si elle me pose des questions. Il faudra aussi trouver un arrangement pour la fin des vacances scolaires. Tes parents aimeraient voir les enfants, mais je veux que ce soit toi qui les amènes.

Il avale le fond de son verre, le regard dans le vague. Sans doute imagine-t-il la scène avec sa mère, le jugement de son père, les réactions des uns et des autres puis il ajoute un peu amer :

— Tu as déjà tout organisé ?

— Non. Pas tout. Je te laisse même le soin d’appeler ta mère demain.

— On pourrait attendre notre retour, non ?

— Non, j’ai rendez-vous le trois août pour prendre mes fonctions et ensuite, je travaillerai tous les lundis et mardis à Lausanne. Je refuse qu’elle reste deux jours toute seule à la maison. Comme Marion sera encore en Italie avec sa famille, ça devrait faire passer la pilule.

— Tu… tu as déjà trouvé du travail ?

— Paitallon me reprend.

— Waouh… c’était du rapide. T’as pas traîné, s’étonna-t-il.

— Ça sert à quoi d’attendre ? tiqué-je. Toi non plus, tu n’as pas attendu pour retourner vers elle ! Tu ne pensais quand même pas que j’allais t’offrir la double vie rêvée encore des années !

— Non… ce n’est pas ce que je voulais dire.

Même si nous arrivions à nous parler plus ou moins sereinement, le ton restait froid et direct. Nous ne prenions pas vraiment le temps d’édulcorer les paroles. Moi sans doute encore moins que lui, surtout sans aucun témoin aux alentours.

— Et… tu penses en parler quand à Tiphaine ? demanda-t-il plus gentiment.

— Je ne sais pas. Quand on sera que toutes les deux. Les garçons ne se doutent de rien. On leur parlera après les vacances.

— Et l’appart c’est pour quand ? murmure-t-il sans oser me regarder.

— J’ai besoin d’une fiche de salaire pour pouvoir déposer un dossier.

— Je t’aiderai pour la caution.

— Merci.

— Et pour les meubles…

— On a encore le temps, mais on fera le tri ensemble. Je ne veux pas dénaturer la maison. Elle est bien agencée et pas mal de meubles ne trouveraient pas leur place dans un appartement plus petit.

— Tu sais que ça me fait chier ! tonne-t-il soudain.

Surprise par le ton et la véhémence des paroles, je sursaute. Mais rapidement, je me reprends et lui balance le fond de ma pensée.

— Parce que tu crois que je saute de joie à l’idée de devoir tout recommencer ? Espérer un jour pouvoir refaire confiance à un homme, alors que celui qui devait m’apporter la sécurité pour le reste de ma vie, m’a trompée, salie et menti ! Tu crois que j’ai envie de me retrouver dans un petit appart, probablement sans jardin, à peine un petit balcon et que chaque jour, nos enfants me reprochent de ne plus vivre avec toi ? Tu crois vraiment que j’en suis heureuse ? dis-je la voix stridente.

— Julie, murmure-t-il d’une voix douce en se levant et faisant mine de vouloir me prendre dans ses bras.

— Ne t’approche pas ! Je suis seule, tu entends ? Seule avec mes peines et mes angoisses… alors même si je souris toute la journée et que je donne le change, je suis toute seule ! Et ça me fait chier…moi aussi !

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