Dimanche 26 mai /1

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Julie

Comme chaque année, j’ai passé le samedi à faire les courses et à préparer le pique-nique du lendemain. Heureusement, la météo est avec nous, et le rassemblement a lieu au bord du lac. C’est mieux que coincé sous le couvert de la salle des fêtes comme l’an dernier.

Les enfants sortent les serviettes de plages et les jeux pour s’amuser dans l’eau. Même si je répète depuis hier que le lac est encore froid, rien n’y fait. L’hiver a été trop long et ils ne rêvent que des plaisirs de l’été.

Comme chaque année, on dresse une liste de qui fait quoi pour éviter de se retrouver avec trop de chips et pas de dessert ou l’inverse. Et pendant qu’une famille se charge de l’apéritif ou du vin, nous, nous apportons toujours des cakes pour accompagner le café, ainsi que trois salades. Avec les anciens, nous avons pris nos petites habitudes.

Je me réjouis de faire la connaissance du nouveau collègue de Tim. Il ne tarie pas d’éloges sur ce Manu. Il l’a même invité, lui et sa famille à venir inaugurer la piscine la semaine prochaine. La minuterie résonne, je sors le pain au moment où Tim entre dans la cuisine en clamant que la voiture nous attend. Je lui montre ce qu’il peut déjà charger avant qu’il ne descende à la cave chercher les boissons. Tristan et Théo font plusieurs voyages pour emporter la vaisselle du pique-nique, et les jouets lorsque Tiphaine semble émerger de l’étage. L’adolescence dans toute sa splendeur. Les cheveux en bataille, le visage plissé d’une nuit pleine de sommeil et la chemise mal boutonnée. Je lui fais signe de s’approcher. En passant près du meuble de l’entrée, elle attrape son téléphone et compose le code pour l’allumer. Je tente de dompter ses longs cheveux et de remettre de l’ordre dans sa tenue avant que son père ne la voie.

— Oh c’est trop cool m’man. Marion sera là aujourd’hui.

— Marion ? Qui est Marion ?

— La nouvelle… je t’en ai parlé y a dix jours.

— Ah celle qui aime l’espace ? Je suis contente que…

— Mais non, pas elle. M’man suit un peu ! Marion est au collège, mais pas dans ma classe et elle vient de m’envoyer un message qu’elle sera aussi au pique-nique.

Elle lance un regard au miroir de l’entrée et semble trouver son reflet acceptable, puis enfile ses baskets et rejoint la voiture. Un klaxon me surprend et je comprends qu’ils m’attendent tous. Je me charge de fermer les portes-fenêtres, vérifie que je n’ai rien oublié dans le frigo et emporte le reste avant de verrouiller l'entrée.

Charlotte

Manu liste à voix haute les affaires que nous devions prendre et apparemment nous n’avons rien oublié. Des chips, notre viande à griller, de la vaisselle en plastique, des serviettes en papier et un dessert.

— Tu es sûr qu’il y aura de la salade ? Parce que juste de la bidoche et du pain, grimacé-je.

— Tim m’a affirmé que sa femme en faisait toujours trop. Et il refuse de manger deux jours de suite la même chose. Je vais pas le contredire et au pire, je reviendrai chercher des légumes. C’est pas loin.

J’aime quand il me rassure de la sorte. Maxime, son ballon de foot entre les mains trépigne d’impatience, questionnant sans cesse son père pour savoir s’il y aura des garçons de son âge.

— Oui, au moins un. Je crois qu’il s’appelle Théo, vous êtes peut-être dans la même classe.

— Des Théo y en a dans tous les niveaux, argumente Marion.

— Tu ne prends rien avec toi, lui demandé-je en la voyant les mains dans les poches.

— Mon téléphone, c’est l’essentiel.

— Marion ! sermonne Manu. On va à la plage, il y aura beaucoup de jeunes, tu ne vas pas t’isoler derrière ton écran.

— P’pa t’inquiète. Y aura Tiph’, je lui ferai écouter mes musiques.

— Tif ? C’est qui ça ?

— Tiphaine. Ma nouvelle… meilleure amie.

J’échange un sourire avec Manu… Voilà bien un mot qui avait disparu de son vocabulaire depuis quelques semaines maintenant.

Mon mari ferme la maison lorsque je m’exclame :

— J’ai oublié les flyers.

— C’est une rencontre pour apprendre à se connaître ! Tu ne vas pas distribuer ta pub au pique-nique !

— J’ai fait un super gâteau… si les gens désirent le même...

— J’en mettrai au bureau dès demain, mais aujourd’hui c’est sans rien ! Ça fait pas longtemps que je suis dans la boîte, je n’ai pas envie qu’ils pensent que je les oblige à t’engager !

— Pas les obliger, mais… chéri, si tu veux que ça fonctionne pour moi, tu peux bien me donner un petit coup de pouce non ? le grondé-je gentiment.

— Ça fonctionnera, ma Chacha ! Tu es une pâtissière hors pair. Ne sois pas si pressée. Tu n’as aucune charge, prends le temps de créer ton réseau et tout va bien se passer, dit-il en claquant la portière arrière de Maxime.

Pour m’aider à accepter l’idée d’un déménagement à la campagne, Manu avait fait miroiter un vieux rêve… celui d’ouvrir ma propre pâtisserie avec un salon de thé. En plein centre-ville de Nyon, c’était peine perdue. Les loyers étaient hors de prix et la concurrence féroce… J’avais mis au placard ce désir. Mais ici, dans un village sans boulangerie, même si le projet n’était plus tout à fait identique, je recommençais à y croire.

Je prends place côté passager et pose ma main sur la cuisse de mon mari dès qu’il a attaché sa ceinture. Il relève son regard sur moi, c’est un geste habituel entre nous, mais lorsqu’elle est faite sans arrière-pensée, mes doigts caressent son genou, alors qu’aujourd’hui je peux du bout de l’index frôler ses bourses. Il fronce les sourcils, secoue la tête et je grimace. Je comprends qu’il n’est pas d’humeur à s’amuser.

Le parcours n’est pas long en effet et le décor splendide. De grands arbres, une plage de galets, un terrain de sport et même une piste de pétanque. Les tables présentes toute l’année ont été recouvertes de nappes en papier et diverses bouteilles de jus de fruits et de limonades les décorent. Le parking un peu à l’écart nous promet le calme. Manu ouvre le coffre et nous confions un sac à chaque enfant les priant d’aller choisir une place. Maxime avance lentement, semble hésiter alors que Marion court sans se retourner. Je profite d’avoir mon mari pour moi quelques minutes. Mes mains se font caressantes et mon regard gourmand.

— Sage Chacha… je bosse avec ces gens. Y a même mes patrons.

— Mais tu penses qu’on pourra s’éclipser un petit coup ?

— Je ne connais pas l’endroit. J’aimerais vraiment que pour une fois tu restes tranquille ! C’est important pour moi.

— Mais si l’eau n’est pas trop froide… Un câlin loin des regards indiscrets.

— On est en mai, ça m’étonnerait que le lac soit chaud, rechigne-t-il. Et j’ai pas pris mon maillot de bain.

— Tu te rattraperas ce soir alors ?

— Oui, cette nuit.

— Comme la dernière fois ?

— Quelle dernière fois ? répète-il.

— Notre nuit entière… après la soirée crêpes qui n’en finissait pas et ta rencontre à la librairie.

Manu m’avait raconté son accident avant Noël et le destin qui semblait remettre cette femme sur son chemin. Bon, c’est vrai qu’on ne vivait pas dans une région très peuplée, mais que ce soit la même femme à chaque fois… C’était marrant.

Il m’avait parlé d’abord de son regard, de sa fragilité, je savais qu’il était sensible à ça. Puis le reste de sa silhouette, de sa tenue. Et finalement de leur baiser. Enfin baiser… assez chaste d’après ces mots et rapide. Mais suffisant pour le rendre gourmand de moi. C’est ce que j’aime dans ces flirts… il ne m’oublie jamais. Nous nous étions promis cette franchise, plutôt qu’une fidélité intenable. Et je sais que je ne risque rien tant qu’il m’avoue ses troubles.

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