Jeud 16 mai /2

4 minutes de lecture

Julie

Les petits sont couchés, la cuisine est rangée, le repas de Tim au réfrigérateur prêt à être réchauffé à son arrivée et la liste des courses placée stratégiquement à côté de mon sac, pour ne pas l’oublier demain matin. Tiphaine me rejoint au salon, en pyjama, les cheveux entourés d’une serviette, une brosse et des élastiques dans les mains. Soirée atelier coiffure devant la télévision entre filles. Même si je préfère quand Tim rentre plus tôt, je sais qu’il n’aime pas lorsqu’on fait des choses ailleurs que dans la pièce prévue, comme se peigner hors de la salle de bain. Mais je fais attention de tout ranger avant son arrivée et généralement, il ne remarque rien. Nous avons notre rituel avec ma fille. Elle s’installe confortablement dans le fauteuil, la télécommande en main et moi derrière, assise sur une chaise, je lui brosse ses longs cheveux. Si elle a pris des attaches, c’est qu’elle souhaite des nattes.

— Combien de tresses, ma puce ?

— Des petites africaines sur toute la tête, répond-elle.

— Bien essayé, mais tu sais parfaitement que cela nous prendrait toute la nuit. Demain, tu as cours.

Elle négocie encore un peu et nous tombons d’accord sur vingt. Elle choisit le programme. J’aime ces instants, même sans trop discuter, je me sens proche d’elle.

— Et la nouvelle fille dans ta classe ? Elle s’intègre bien ? demandé-je.

Elle hausse les épaules en marmonnant qu’elle ne fait pas beaucoup d’efforts.

— Elle a toujours le nez plongé dans un bouquin.

— Que reproches-tu à la littérature, je croyais que c’était ton passe-temps favori ?

— Elle ne lit pas des romans… je sais pas trop ce que c’est, y a toujours une navette spatiale sur la couverture, ou des planètes, mais ça ressemble plus à une encyclopédie.

— Elle se documente sur l’espace, peut-être. C’est pas parce que ça ne te plait pas que…

— Ouais, ben s’cuse, mais elle va pas s’faire beaucoup de potes à ce rythme. Même en gym elle reste dans son coin.

— Tu ne voudrais pas l’inviter une fois à la maison ?

Je n’ai pas le temps de terminer ma proposition qu’elle se retourne et me fusille du regard. Je bats immédiatement en retraite en soulignant que ce n’est pas très sympa.

— Y en a une autre de nouvelle au collège. Mais on a pas les mêmes horaires, par contre, elle semble nettement plus cool.

Les premières publicités envahissent l’écran lorsque je termine de coiffer ma fille. Elle m’embrasse une joue en me remerciant puis file dans sa chambre.

Je remets en place la chaise puis m’installe confortablement sur le canapé, changeant de programme. Une rediffusion d’un film romantique passe sur la 6 et je souris de pouvoir le regarder sans entendre les commentaires désobligeants de Tim.

22h40, la porte de garage grince, je me redresse. C’est le signal que Tim est arrivé. Je baisse le son de la télévision pour l’accueillir. Il dépose sa mallette sur le meuble de l’entrée, comme les clés de la voiture et s’exclame après m’avoir dit bonsoir :

— Tu n’es pas encore couchée ?

— Non, je t’attendais. Tu as mangé ?

— Oui, oui, ne t’inquiète pas. Un sandwich entre deux rendez-vous. Je suis crevé.

— J’ai fait un poulet rôti. Il en reste, avec de la salade de pommes de terre. Ça te fait envie ?

— Non, demain peut-être.

— C’est vendredi demain. Tu ne rentreras pas trop tard quand même ?

— Je ne sais pas encore. J’ai un dernier rendez-vous à 18h. Ne m’attendez pas.

En devenant associé, j'avais compris qu'il ne compterait plus ses heures, mais il mange bientôt plus souvent à son bureau qu’avec nous et cela m’attriste.

Je l'observe retirer sa veste de costume qu’il lance sur le dossier du fauteuil, puis il dénoue sa cravate en enlevant ses mocassins.

— Tu as passé une bonne journée ?

Il me regarde comme si je tombais du ciel, hausse les sourcils et marmonne simplement :

— Longue ! Je devrais prendre une douche, dit-il les yeux rivés sur l’écran de télévision. Tu pourras aller au pressing, la veste est sale.

J’acquiesce, en ajoutant mentalement ce petit détour à mon planning du lendemain. La scène finale au milieu d’une gare où le héros accueille dans ses bras sa bien-aimée apparaît puis le générique. Zut j’ai manqué le meilleur. La chaîne annonce la suite du programme et Tim s’installe au bout du sofa. Je bâille, regarde l’horloge et murmure que je vais me coucher.

— D’accord. Je… décompresse quelques minutes et te rejoins.

— Ne tarde pas… sinon tu vas encore t’endormir sur le canapé.

— Je sors du bureau, Lili. J’ai bien le droit à quelques minutes… Si on mettait une télévision dans la chambre…

— Non, c’est la mort du couple, tu sais bien. Et on se repose moins bien avec un écran dans la pièce. Tu veux que je reste ? On ne s’est presque pas vus cette semaine.

Il hoche la tête et je prends ça pour un oui. Je m’installe près de lui et tente de comprendre l’intrigue, mais soudain… une main me secoue et la voix de Tim soupire :

— Va te coucher. Tu t’endors !

Je me frotte les yeux, détends la nuque courbaturée. Je n’ai absolument rien vu du film. Même pas le titre ou le nom des acteurs. Je m’étire, me lève en bâillant, embrasse les lèvres de mon mari en murmurant :

— Tu ne viens pas ?

— Je regarde la fin. Bonne nuit.

Je lance un coup d'œil rapide à l’horloge de la cuisine, 23h45. Je me suis écroulée comme une masse.

Annotations

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thalina4
- Je suis un paradoxe ambulant, rétorqua Daisy.

- J’avais remarqué. Le jour où tu as parlé de Coco Chanel et de Sun Zu dans un même sujet, j’ai été bluffé. Encore plus en remarquant que ta playlist va d’Ariana Grande à Metallica en passant par Aerosmith, répondit Matt.

- Comme le disait en effet cette grande dame que je respecte tant, Coco Chanel : « pour être irremplaçable, il faut être différente » ajouta-t-elle.

- Ça tu l’es, ma belle. Et c’est cela qui fait ton charme.


Etudiante en droit et fashionista dans l'âme, Daisy Nod, vingt-ans est une bourgeoise au tempérament bien trempé des beaux quartiers de Manhattan.

Issue de parents très conservateurs et un brin snob, ses relations sont conflictuelles avec ses derniers qui peinent à ce qu’elle se conforme au moule de la petite fille parfaite.

Quand elle rencontre Matt Keller, la pop star internationale aux multiples conquêtes, elle ne s’attendait pas à cette collision amoureuse ni au tourbillon dans lequel il allait la transporter. Leur attraction est immédiate. Leur amour rapide. Peut-être même un peu trop.

Mais leur idylle ne sera pas de tout repos.
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XiscaLB
On dit "jamais deux sans trois", ça vaut aussi pour nos récits ;)
Bienvenue à vous sur ce nouveau 4 mains !
Lecossais et moi vous souhaitons une bonne lecture !
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Rien ne les destinait à se rencontrer.
Militaire de carrière, Julia est caractérielle, indépendante et prête à tout pour se faire respecter.
Responsable Financier d’une ONG, Arthur est rêveur, utopiste et déteste tout ce qui porte une arme ou un treillis.
Le destin les réunit sur le terrain, au milieu des bombes et des réfugiés. La guerre fait rage en Silvanie et ils vont devoir travailler ensemble, mettre de côté leurs différences. Leur objectif commun : sauver le plus de réfugiés possible et leur offrir un espace où vivre et survivre en attendant la fin de la guerre. Et c’est sans doute le seul point sur lequel ils s’entendent.
Malgré une rencontre mouvementée et un contact électrique, il l’énerve autant qu’il l’attire, elle l’agace autant qu’elle l’hypnotise. Elle résiste à tout prix, quand lui ne veut qu’une chose : qu’elle craque.
Tous deux sont bien loin de se douter qu'au-delà de leur attirance mutuelle se joue bien plus. C’est le sort du pays tout entier qui est en jeu, c’est l’avenir de la Silvanie que leurs actions vont influencer. Leur relation survivra-t-elle à tant de pression ?
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Lina2402
Réponse à Feuille blanche

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