L'Effet Papillon

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Image de couverture de L'Effet Papillon

Je suis en retard.

Shit, shit, shit.

Je m’étais pourtant promis de finir le dossier « inondations, vagounettes, vagues et tsunamis » pour 18h. Mais, comme d’habitude, le temps s’écoule de façon différentielle selon le moment de la journée. Normalement le matin, étonnamment vite l’après-midi, pour finir à la vitesse de la lumière en fin d’après-midi.

Une petite voix en moi me dit que je fais exprès d’arriver en retard, que c’est tout à fait mon style de commencer d’emblée avec un mauvais point. Je donne parfois dans la prophétie auto-réalisatrice : ben oui, pour dire après coup : « J’ai essayé, hein les amis, j’ai des rencards, mais elles veulent jamais ». Sans que je sache dire pourquoi, je sens que cette fois pourrait être différente : c’est sans doute pour cela que j’ai envie de me cacher dans le placard à balais et de souffler dans un sac en papier.

Pour un mec qui passe sa journée à modéliser les risques de catastrophes naturelles dans une société d’assurance, j’en prends étonnement peu dans ma vie. Mais je crois que ça me va bien comme ça. Je suis plus à l’aise avec les chiffres, les équations et tout ça. Là où mes potes de fac angoissaient à l’approche des examens, moi ça me calmait. Les chiffres peuvent avoir leur petit caractère, mais ils ne te feront jamais de coup de pute. Je parle d’expérience.

La modélisation des risques, c’est mon cocon. Rien de tel qu’une régression logistique ou qu’une bonne modélisation en multivarié pour m’apaiser.

Alors, certes je bosse beaucoup. Mais heureusement, je ne fais que ça. Après un certain nombre de rendez-vous foireux (où comment votre potentielle dulcinée vous apprend qu’elle a un casier judiciaire, ou qu’elle voit un psychiatre …. Ou les deux…), j’ai vite compris que j’étais bien mieux chez moi à me refaire l’intégrale de The West Wing ou dans ma salle de sport à soulever de la fonte entourés de Narcisse et ses potes.

Faut dire aussi que le temps passe, et à la trentaine bien passée (et dépassée), je commence à percevoir autour des moi des signes qui ne trompent pas : mes proches espèrent – et désespèrent- que je macque :

- Mes amis me prévoient des blind-dates : « Mais non, mec, c’est pas du tout pour les loosers… »

- D’autres de mes amis essaient de trouver des raisons pour lesquelles je ne trouve personne : « Mais attends t’es trop timide/Tu t’habilles comme un sac/Tu es trop absorbé par ton travail ». ………. Génial pour la confiance en soi !

- Ma sœur m’offre un abonnement pour Meetic : « Mais non, frérot, t’inquiètes… »

- Mes parents, eux, me tendent des perches de la largeur d’un gratte-ciel, en espérant à chaque déjeuner ou dîner que je leur fasse une grande annonce. Chaque silence de ma part est vécu comme un silence préparatoire à une révélation choc. La dernière fois, ils se sont surpassés : « Tu sais, si tu veux nous présenter une amie….. ou un ami, on est là… »

Au début, ça me froissait, mais maintenant je crois que j’en ai pris mon parti. Le non-risque est ma zone de confort, mon cocon où la chenille que je suis se larve. Certains rencontrent, d’autres pas. Pas de quoi se mettre la rate au court bouillon d’appartenir à la deuxième catégorie.

Jusqu’à ce que je te rencontre.

C’était à une énième pendaison de crémaillère organisée par des amis, du style de ceux qui aiment te projeter leur amour et leur bonheur à la gueule comme une voiture qui roule à fond dans une flaque d’eau boueuse pendant que tu fais du stop à côté.

Comme moi, tu étais venue seule, cherchant à te donner une contenance en t’agrippant à ton mojito comme à une bouée de sauvetage en plein naufrage.

Clic.

Je ne comprends pas toujours très bien comment on est passés de cet instantané-là à celui où on discute des dernières séries et films à la mode.

Clic.

On se retrouve à rigoler sur nos anecdotes de voyages d’ici et ailleurs. En fait, c’est drôle, on a vu un peu les mêmes choses.

Clic.

Tu me fais rire.

Clic.

Je n’ose pas te demander ton numéro, ça fait cliché de séries américaines. On se perd de vue. Je fais moins le malin quand je me rends compte que je ne te vois plus.

Clic.

Tout en essayant de ne pas passer pour un psychopathe en puissance, j’essaye de glaner ton nom et ton prénom auprès de mes amis-projeteurs-d’eau-boueuse. (avec l’air détaché de circonstance, bien sûr) Manque de bol, je me fais griller : je crois que voir mes amis effectuer un gigantesque haka-fais-confiance-à-ta-virilité constitue un échec de discrétion cuisant.

Clic.

Laissant mes opinions politiques sur ce monde conformiste et liberticide de côté, j’ouvre Facebook.

Mode Stalker : On.

Photo de profil : seule.

Moi : 1 – Solitude : 0.

Photos de profil de tes amis : tu n’apparais sur aucune photo de tes amis mecs.

Moi : 2 – Solitude : 0.

Ah, shit, sur tes photos –que tu n’as pas rendues privées…- je vois que tu laisses le rugbyman tagué « Tom Bo Goss » t’enlacer. Il a une carrure d’armoire à glace, l’enflure. Je savais que j’aurais dû soulever plus de fonte en salle de sport.

Moi : -45 – Solitude : 754.

Attendez, attendez, on me dit dans l’oreillette que « Tom Bo Goss » le rugbyman ne serait autre que le frère de Sophie. Correction : le frère GAY de Sophie, en couple avec son coach, à deux doigts de se marier. Tous mes vœux de bonheur, mec.

Moi : 754 – Solitude : six pieds sous terre.

Tout d’un coup, je vois mon icône de messagerie clignoter.

C’est Toi.

Pendant que certains pensent, d’autres agissent. Après avoir pesé –et soupesé- les 247 563 réponses possibles, activé 754 fois le correcteur d’orthographe, je te réponds.

 

Et voilà comment je me retrouve à marcher par cette soirée de Novembre, vers notre lieu de rendez-vous. Je traîne un peu la patte, à cause de toutes les casseroles que je traîne derrière moi, qui auraient tendance à me ramener chez moi devant la dernière saison Game of Thrones. A quoi bon espérer, c’est juste prendre le risque d’être déçu. On se rencontre à côté de mon ancienne fac. Ça me fait une drôle d’impression, de voir ces étudiants aller et venir, dans un espèce de bouillonnement à ne plus finir : là où les espoirs d’être le prochain Will Hunting et de résoudre le dernier théorème de Fermat vivotent côte à côte de l’agenda surbooké avec les soirées et la vie associative.

J’attends à côté du réverbère qui diffuse sa lumière « vieux Paris » sur la place déserte. C’est quand je commence à me dire que cet objet de mobilier urbain a plus d’allure que moi que je m’admets que je suis peut-être un peu nerveux…

Je récapitule rapidement, les sujets à ne absolument pas aborder lors des premiers repas décontractés et dénués de tout enjeu sous peine de ne plus avoir d’enjeu ….. du tout :

- Les sujets politiques du moment.

- Les ex.

- Tes amies.

Et là, tu apparais.

Ta silhouette élancée s’avance vers moi : tes cheveux roux au vent, une écharpe de soie pour te protéger du froid, un jean casual …. Et ton sourire.

Et là, mes amis, c’est l’histoire qui prend son envol.

C’est bizarre, on se retrouve dans ce restaurant italien, je n’ai pas vu comment on est arrivés là. J’avais prévu plein de vannes : sur comment mon esprit scientifique a accepté ce rendez-vous (ou plutôt, ce repas décontracté et dénué de tout enjeu) pour savoir si oui ou non les rousses avaient vraiment une âme ou si l’Inquisition au Moyen-Age avait raison, ou comment son métier de prof pouvait ressembler au…

Enfin, je ne me rappelle plus très bien mes vannes : quoique peut-être juste le fait qu’elles sont pourries.

C’est étrange, la lumière est tamisée, et pourtant quand tu me parles, j’ai l’impression d’être sous les projecteurs. Mais pas les projos d’un interrogatoire policier à la sauce des Experts, mais plutôt ceux d’un festival de cinéma avec un grand tapis rouge. Ou encore un soleil de printemps qui éclaire une chrysalide.

J’ai l’impression d’être visible, tout simplement.

Mon ventre se noue, bien que je n’aie pas mangé grand-chose.

Je pourrais t’écouter me parler des heures. Tu saurais rendre n’importe quel sujet intéressant. Que ce soit le cycle des papillons, ou des enjeux économiques de la dette de la Grèce. (Je me rappelle d’une vague règle concernant les sujets politiques du moment…)

Tiens, en parlant de papillons, je les sens, là, au creux de mon estomac.

Au décours d’un échange anodin, nos regards se croisent et une décharge électrique me parcourt de part en part. Y a pas à dire, je décide d’abandonner mon paratonnerre, mes casseroles, toute cette fonte qui m’encombre et qui au final ne me sert pas à grand-chose.

Les papillons virevoltent, et essaient de me dire quelque chose que j’ai peur de comprendre.

Je retiens la décharge, je m’élève au-dessus du sol pour ne lui laisser aucun point de sortie. Exit la Terre.

Vu comment les papillons réagissent, je me dis que je suis sur la bonne voie.

Je m’approche de toi par-dessus la table.          

Les papillons prennent tous la pose : exactement quelle pose, je ne comprends pas vraiment. Une musique intérieure rythmée retentit.

Mes lèvres s’approchent des tiennes. Tu me souris.

Cet air me dit définitivement quelque chose.

Nos lèvres se touchent.

Je mets un moment, incrédule, à reconnaître le tempo. Un autre moment, encore plus long, à déchiffrer la chorégraphie des papillons qui se trémoussent en rythme.

Nos lèvres se touchent, encore. S’explorent.

Oui, c’est ça, c’est bien ça.

Les papillons dansent sur Gnam Gnam Style.

Les feux d’artifice, c’est has been. 

Amourrencontrepapillon
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Table des matières

En réponse au défi

Première rencontre éternelle

Lancé par Solange Dolloup
Pour que jamais votre amour ne meurt, vous inventez vos rendez-vous comme si vous le rencontriez à chaque fois, pour la première fois.
Première rencontre éternelle ou le défi de l'amour véritable qui dure.

Pas de genre imposé sauf l'amour !
Plusieurs chapitres, si vous le voulez.
Lâchez-vous, faites-nous rêver.
Pensez à vous relire, vous corriger, structurer
et surtout vous réinventer pour ne jamais connaître la routine dans votre relation amoureuse !

Au plaisir de vous lire. :-)

Commentaires & Discussions

L'Effet PapillonChapitre5 messages | 4 ans

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