V

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La sonnerie du téléphone a retenti. Réveil en sursaut et yeux collés.

- Allô ?

- Salut, c’est Jennifer.

- Jennifer ? Ahh oui !

- Ça va ? Ça te dirait qu’on se voit cet après-midi ?

- Heu, je viens de me réveiller en fait, laisse-moi boire mon café et je te rappelle ok ? D’ici une heure.

- Ok, à tout à l’heure.

J’ai raccroché et j’ai scanné la baraque. Julie n’était pas là. Bah, elle viendrait plus tard, elle n’était sûrement pas réveillée. J’ai fait couler du café et ai préparé une belle table de petit dej’pour quand Julie se pointerait. En attendant, je me suis foutu devant mon clavier et j’ai commencé à écrire la soirée. Putain ! Ça revenait ! Ma muse avait réussi son coup, à nouveau j’écrivais. C’était pas mal, mais pas encore vraiment ça.

Le temps passait, et Julie ne venait pas. Et je sentais le désespoir monter. Un truc indescriptible, l’impression qu’il allait s’écrire une histoire que je n’avais pas envie de vivre. J’ai choppé mon téléphone et j’ai appelé Jen.

- 15 heures sur la plage, ça te va ?

- Ok.

J’ai foncé sous la douche. Quelque chose de sale persistait en moi que l’eau n’a pas réussi à nettoyer. L’odeur de Julie, elle, venait de s’écouler, emportée par le ruissellement de l’eau claire sur ma peau d’écorché.

Fallait que je bouffe. J’ai fait chauffer la marmite avec un peu d’huile et j’ai fait revenir quelques légumes hachés. Puis, j’ai rajouté du siave, de la sauce d’huître, un peu de crème et de vin rouge… Le vin était en trop, mais il fallait essayer. Mon plat ingurgité, j’ai tout balancé dans le bac à vaisselle, je me suis écouté un album de Led Zeppelin et j’ai rangé un peu la baraque. Les yeux brûlants de Julie restaient fixés dans mon esprit, et j’arrivais pas à les dégager.

Est venue l’heure de me tirer.

En rentrant dans la bagnole, j’ai vu les chaussettes d’Esther rangées dans l’étui à gobelet, ça m’a fait sourire. Je les ai prises et les ai balancés.

Passer une demi-heure dans ma bagnole ne m’a pas aidé. Julie me manquait et je me détestais pour ça. Jen était en retard. Je suis allé au bar pour commander une Despé.

- Cinq euros s’il vous plaît.

- Cinq euros ! La vache ! Si vous enlevez le citron on passe à quatre ?

- Même pas. Je vous le mets ou pas ?

- Non merci, c’est pas mon style de mâchouiller, je préfère lécher.

La bouteille dans les mains je me suis assis à une table et j’ai regardé l’océan. Mon téléphone a vibré, un texto. Mon cœur s’est emballé. Pourquoi les femmes font toujours ça ? Huit mots distants et dégagés de toute humanité.

« C’était super hier, mais on va pas renouveler. »

J’ai saisi le numéro et j’ai appelé. Messagerie. Fait pas ça Julie. Pas comme ça. Laisse-moi encore une fois écouter ta voix. C’est quoi qui a merdé ? Mon comportement ? Je croyais que tu voulais la jouer comme ça ? Alors ça y est ? Retour au silence froid et méprisant ? Au néant ? Fais chier !

Tant pis pour Jen. J’ai laissé ma bière en plan et j’ai sauté dans ma caisse, machine arrière. Fallait que je retourne à cette baraque, il y avait cette femme, Marie, une amie de Julie. Marie m’aiderait à lui parler. Mon cœur s’emballait et la mort rôdait sur moi. Non, avec elle c’était différent, ça pouvait pas finir comme ça.

J’ai tourné, tourné, tourné, dans tous les quartiers. Mais je n’arrivais pas à retrouver la rue. C’était foutu. La nuit s’est mise à tomber et avec elle, ce sentiment âpre et sale de m’être fait baiser. Un jouet que l’on prend, avec lequel on s’amuse et que l’on jette sans se soucier de le briser. Voilà ce que j’étais, un cœur-jouet cassé.

Je suis rentré chez moi et j’ai ouvert la bouteille de whisky que je venais d’acheter. Et j’ai commencé à picoler. Sur la table, il y avait cette histoire que je venais de commencer. Une histoire sur une fille superbe et électrique, brûlante d’amour et de liberté. L’histoire d’un écrivain qui n’arrivait plus à écrire, et qui comptait un peu sur cette fille pour le stimuler. Quelque part c’est ce qu’elle avait fait.

J’ai vidé mon verre cul sec et je m’en suis resservi un. Puis j’ai recommencé, encore, et encore, et encore. J’avais envie de crever. Mais avant, j’avais une histoire à terminer.

aout 2015

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