IV

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Ça faisait un moment que je n’étais pas sorti, encore moins dans une soirée « entre amis ». Malgré les apparences, je suis du genre assez timide. Foutez-moi dans une soirée où je ne connaissais personne, à la fin de la fête, je suis bourré, mais je ne connais toujours personne. Mais là j’m’étais promis de faire un effort…

- Comment on la joue Julie ? Je veux dire, entre toi et moi ?

Elle a éclaté de rire.

- Entre toi et moi ? Hé le poète, ne me colle pas aux fesses toute la soirée, apprend à te laisser vivre. Le but c’est de te donner de l’inspiration.

- OK, je devrais pouvoir réussir à faire ça.

La fête se passait dans une case perdue au milieu d’un champ de canne. On est arrivé dans les premiers. Il y avait là des jeunes, des moins jeunes, des plats en sauce, des choux et des radis, une place pour des instruments de musique et une batterie. J’ai commencé par une bière puis je me suis mis au vin, installé confortablement sur un siège au milieu de la terrasse. J’ai commencé a parlé avec une vieille grosse femme adorable et blonde qui avait eu 18 ans en 1968, une retraitée en psychologie et ancienne élue rouge à Saint Nazaire. C’était intéressant sans être passionnant. À un moment un gars avec des yeux bleus et une grosse bouche rose s’est approché de moi.

- Salut, on se connaît non ?

- Possible, je suis passé à la télé.

- J’ai pas la télé…

- Tant mieux.

- Je m’appelle Simon. Et toi ?

- Marc, enfin je crois…

- Ça y est, je te remets, tu connais pas Lucille ?

- Celle qui fait du yoga bizarre ?

- Voilà ! On s’est croisé à une des fêtes de sa coloc’.

- Ok, désolé je ne m’en rappelle pas… Vous êtes proche elle et toi ?

- Non, pas vraiment

- Ouais, je te comprends, faut en vouloir pour être proche d’elle.

- Elle est rentrée en métropole, mais je vois toujours régulièrement sa coloc.

- Ok, c’est cool.

Moi personnellement je ne les voyais plus. J’avais baisé une fille qui habitait chez eux, mais quand elle est partie, je suis parti aussi et le téléphone n’a jamais sonné. Dommage je les aimais bien…

La nuit est tombée et la terrasse s’est remplie. Le groupe s’est mis à jouer du jazz, du AC/DC, des morceaux originaux et de l’impro. Un pied d’enfer, ça jouait bien, ça jouait rock, j’ai commencé à me détendre après plusieurs verres de vin.

Je me suis posé à côté d’une comédienne de théâtre à fond dans le mystique. Mais elle était cool quand même. J’ai commencé à la draguer. Ça la faisait marrer. Le vin chilien qui remplissait nos verres était excellent.

- T’es super bizarre comme mec toi ! On sait jamais si ce que tu dis est sérieux ou pas…

- Et ça me rend comment ?

- Euh… Intrigant.

- Ouah !! Je prends ! J’ai intérêt à rester comme ça alors !

Un guitariste est venu nous coller et à demander à la miss si d’ici quelques minutes elle pouvait venir chanter… Puis il s’est barré.

- T’as vu le truc de dingue qu’il vient de se passer là Pocahontas ?

- Non, quoi ?

- Bien on était là tranquille à discuter et puis le destin s’est pointé sous la forme d’un compte à rebours. Alors, deux de choses l’une, soit c’est pour te tirer de ce mauvais pas avec moi, soit c’est pour me dire que j’ai peu de temps pour connaître le goût qu’ont les lèvres d’une invocatrice amérindienne chanteuse de jazz.

Elle s’est marrée.

- Non, trop tôt !

- Aie, carrément frustrant, et hyper bandant à la fois !

La petite indienne est allée chanter et moi je suis allé voir Julie. On s’est chauffé. J’arrivais pas à savoir si le fait qu’elle me voit draguer l’existait, l’agaçait ou si elle s’en foutait. Sans doute un peu de tout. On est sorti de la baraque et on s’est posé derrière une voiture. S’embrasser, se serrer, se frotter, ça nous a terriblement donné l’envie de nous y mettre. Sur le capot de la voiture, je suis entré en Julie. Un vagin tout ce qu’il y a de plus enivrant, confortable et dément. On prenait un pied d’enfer ! Julie n’arrêtait pas de parler de son plaisir qui montait et je trouvais ça génial ! Puis au bout d’un moment elle m’a repoussé.

- Non, pas maintenant ! Je connais des gens ici !

- Oh, Diablesse et tortionnaire infâme ! Tu peux pas me laisser comme ça !

Ben si. J’étais là comme un con, une gaule d’enfer piégée dans mon pantalon et Julie se marrait. Elle m’a embrassé et on est retourné à la fête.

Je suis retourné à la table me remplir un verre de vin. Pocahontas chantait, elle se débrouillait vraiment pas mal. Et les zicos aussi. Un bœuf d’enfer. Basse guitare, batterie, clavier, tout y était ! À un moment, un saxophoniste est sorti de nulle part, et mes sens ont décollé. Tout comme Julie, cette soirée c’était vraiment le pied ! La vieille dame communiste m’a demandé d’ouvrir une bouteille de vin blanc fruité. Je me suis mis à l’œuvre avec un tire-bouchon qui était juste une horreur puis je lui ai rendu la bouteille.

- Princesse rouge, voici votre vin blanc. Elle m’a souri et s’est cassée.

J’ai discuté rock avec un type sympa qui me racontait qu’il avait vu un guitariste jouer tout un concert avec une corde nouée après qu’elle ait pété. À un moment son doigt a ripé sur le nœud et il se l’est ouvert. Une autre image du proverbe « jouer à en saigner ». On a trinqué à ça !

Une fille avec des cheveux longs bouclés, un jean et des Doc Marten’s à lacets rouge au pied est venue se poser près de moi. Elle a hésité un moment à comment placer sa chaise. Devait-elle me faire face ou me tourner le dos pour regarder le groupe jouer ? Je lui ai fait remarquer son comportement et elle a rigolé. Un rire franc, honnête et spontané. J’ai commencé à la draguer. Elle s’appelait Esther, comme l’alcool dont on se sert pour faire le rhum. Une fille de 19 ans, enivrante, forte et sucrée à la fois.

- Tu sais que tu te débrouilles pas mal ? T’es du genre intrigant.

- Décidément j’adore quand vous me dites ça ! Ça veut dire qu’on va se revoir. Tu ne donnes de quoi t’appeler?

Sur un morceau de carton, Esther m’a noté son nom et ses coordonnées. Ensuite, je lui ai proposé d’aller faire un tour, Esther à accepter. Sur le chemin je l’ai embrassé. Une catastrophe ! Cette petite n’avait aucune technique ! Mais son petit cul était parfait. On est allé à ma caisse et j’ai commencé à la déshabiller, petit ventre plat sentait le bonbon, en revanche, qu’est-ce que sa culotte puait ! Hors de question que j’y mette ma langue pour ce soir ! Je suis remonté l’embrasser. On s’existait, c’était génial et j’allais pouvoir terminer ce que Julie avait commencé. Tout d’un coup, une voiture s’est garée juste à côté de nous. Les colocs d’Esther se barraient, elle devait y aller aussi ! Putain de soirée de castration érotique ! Je l’ai vu se rhabiller et filer. Bon, on se reverrait, si mes couilles n’avaient pas explosé d’ici là… En enfilant mon jean j’ai remarqué les chaussettes d’Esther, elle les avait oubliés. J’ai trouvé ça charmant !

Je suis sorti de la caisse, me suis allumé une clope et j’ai tâté mes poches : j’avais paumé le bout de carton avec l’adresse de la miss. Dieu avait décidé de me la couper. Retour à la soirée…

À la différence de mes burnes, la terrasse à commencer à se vider. Je suis allé ne poser sur un ampli. Un gars petit et gras tenait dans les mains une Fender Télécaster de 1954. On a commencé à parler musique et il m’a tendu la guitare. J’étais super intimidé, c’était comme tenir dans les bras une femme aux courbes simple mais pleine de grâce. Le manche était vraiment agréable à travailler. Le petit guitariste gras, lui par contre, était complètement bourré. Il parlait, il parlait, et bien que très gentil, ça me saoulait. Il voulait que je le ramène chez lui, sur le coup j’ai dit « ok » et je le pensais. Un quart d’heure plus tard je ne pouvais plus le supporter, j’ai foncé à la cuisine chercher Julie.

- Viens, on se tire maintenant et on va finir ce qu’on a commencé.

- Ok.

On a filé. En partant, ses potes lui ont gueulé : « Et bonne bourre ! ». Ils n’auraient pas dû dire ça… Dans la voiture, elle m’a demandé pour Esther, j’ai dit la vérité. Julie s’est marrée. Y’avait de quoi !

- T’as vraiment pas de bol, mais t’es incroyable ! Je comprends pourquoi t’as pas d’amis, si tu dragues toutes les nanas, et qu’en plus ça marche, les mecs ont du souci à se faire.

- C’est pas ma faute s’ils ont rien compris. J’ai mis le temps aussi.

- Je peux t’avoir le numéro de la petite si tu veux.

- Tu sais que tu es un ange toi ?

Julie a souri.

Arrivé chez moi, on a commencé à s’embrasser, à se chauffer. J’ai commencé à bander. Julie m’a repoussé.

- Bon, je vais rentrer dormir chez moi.

Je savais plus si je devais éclater de rire ou me mettre à chialer.

- Oh, pitié Julie, ne me fait pas ça !!

- On se voit pour le petit-déjeuner.

Elle a filé dans la nuit et je suis rentré dans mon abri. Après m’être servi un whisky, je me suis vautré dans le canapé et j’ai repensé à cette soirée. À chasser plusieurs lièvres on revient bredouille, c’est ce que je venais d’expérimenter je crois. J’ai pensé à me branler et puis je me suis dit non. Alors, j’ai fermé les yeux et j’ai glissé vers un rêve où moi, l’écrivain génial desséché, je venais de vivre une journée où j’avais gerbé, écouté du bon rock’n’roll et senti le parfum doux de deux femmes différentes durant la même soirée. Espérons que demain soit aussi parfait. Je fantasmais l’idée de me réveiller et de voir Julie, souriante, à mes côtés.

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