Chapitre 6 Promotion.

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Jour 4

### Amina ###

Ce matin, je me suis réveillée heureuse ! Ma nuit avait été sereine. J’avais rêvé de Pierre mais ce n’étaient que des câlins, des baisers pudiques, rien d’interdit ! Ses yeux me dévoraient, dans mon rêve il me disait son amour…

Je devais en tout cas, ne pas me laisser emporter par ces rêves ! Je suis noire et lui est blanc je suis africaine, congo-sénégalaise et lui est mondele ya mpoto (blanc d’Europe), il est kala : vieux (enfin plus vieux que moi) et moi déjà 26 ans !

Mais il m’a dit que j’étais belle et même que j’avais une tête bien faite. Hier dans le magasin, j’ai vu ses yeux pendant l’essayage et dans la voiture quelle vision j’ai eue de son désir ! Non je dois penser à ma carrière. Si je l’ai bien compris hier il veut que je sois son assistante, me détacher du service juridique ; me libérer de Madame Coulibaly qui est hautaine et parfois méprisante, mais après quand sa mission sera terminée ? Il a dit que cette mission durerait « des mois ». De toute façon ce sera bien sur mon CV !

Bon, il est temps que je prépare, je peux profiter de maman qui va en ville avec le taxi de Joseph. Mais comment vais-je m’habiller ? Pas les vêtements achetés hier ! Pourtant j’aimerais bien, non je les mettrai ce week-end pour lui monter mes fesses « qui ne sont pas celles d’une négresse ». Je délire totalement mais maman n’a pas répondu à la question de Pierre qui me voulait comme guide ce week-end. On est déjà jeudi, je lui demanderai tout à l’heure durant le trajet. Je vais mettre un boubou indigo, maman et moi on adore cette couleur, et ça ira bien avec les yeux bleus de Pierre. Arrête Amina ! Pense à autre chose !

Maman a déjà préparé le petit-déjeuner ce sont des mikaté ce matin, des beignets cuits dans l’huile, ce matin ils sont à la banane ! Un délice mais ne pas en abuser car je ne veux pas grossir !

Joseph est à l’heure (comme d’habitude) ; c’est pour ça que maman l’aime bien ; dans la famille on aime la ponctualité ce qui n’est pas une habitude africaine !

En voiture, je profite de l’aubaine que maman est joyeuse ce matin pour poser la question du moment présent :

- Maman chérie, est-ce que je peux guider Monsieur Pierre ce week-end ? Je lui dois bien cela après les beaux vêtements « de travail » qu’il m’a offert !

Maman (qui n’est pas idiote) me regarde intensément : « eh, bien sûr tu mettras tes ‘vêtements de travail’ n’est-ce pas ? » ses yeux sondent les miens, je ne sais pas ce qu’elle y voit, mais son regard s’adoucit : « D’accord mais tu rentres le soir entre samedi et dimanche, je sais que tu es adulte et que tu es libre de faire ce que tu veux mais au fond de moi je suis un peu inquiète de voir ce blanc te tourner autour »

- Maman ne t’inquiète pas, il peut m’aider dans ma carrière mais je garderai mes distances. Promis !

J’espère que mes yeux sont sincères, car je sais que je ne dis pas « la vérité vraie » ! Le doux souvenir d’être dans ses bras me poursuit. Que pensait-il pendant ce temps ? Vu son érection c’était sûrement du désir sexuel, ou avait-il des sentiments pour moi ?

Arrivé devant la compagnie j’embrassais maman et un clin d’œil à Joseph, arrivée dans la salle de réunion, on m’annonce que Pierre est en réunion avec le DG et certains dont le directeur agronomique grinçait et murmurait « qu’il ne ferait pas long feu ! ». Mais je n’étais pas inquiète sachant qu’il avait l’appui de Paris.

### Pierre ###

J’étais à l’heure ce matin, la nuit avait été douce, j’étais resté sobre et ma masturbation de la veille avait détendu mon corps et mon esprit. Zakpa fidèle au poste m’attendait et je remerciais pour sa régularité. Je profitais de l’occasion pour lui expliquer (en partie) le film muet de hier soir en lui disant que le shopping et le trajet lui avaient rappelé le souvenir de son père décédé auquel elle tenait énormément.

Zakpa me répondit qu’il était au courant de la mort brutale de son père, cette nouvelle avait été publiée dans les journaux à l’époque. Il m’avouait qu’en plus il trouvait Amina très humaine et sociale et que dans le petit personnel non seulement elle était respectée, mais qu’elle avait aidé plusieurs personnes en prenant fait et cause au département juridique pour que l’entreprise respecte les contrats d’emploi. Il me cita le cas d’un ouvrier blessé durant le travail où Amina, a obligé la société à indemniser l’ouvrier en concordance avec les lois sociales et celles régissant les accidents de travail. Je fus surpris d’apprendre cette information mais pas étonné, cela correspondait tout à fait à sa personnalité.

En arrivant je montais à l’étage direction et demandai une entrevue urgente avec le DG, la secrétaire avec un grand sourire et un regard aguichant m’informa que le DG avait donné des instructions pour me recevoir dès que j’en ferais la demande et qu’il était libre. Je n’étais au courant de cette instruction mais cela me fit plaisir et c’était de bons augures pour le déroulement de ma mission.

Après les salutations d’usage, sachant que le DG m’appréciait, je pris le taureau par les cornes :

- Monsieur, j’ai découvert parmi vos employés une personne qui a une intelligence au-dessus de la moyenne et je l’ai prise avec moi pour une inspection à Mbanza Mboma où elle a fait preuve d’un excellent pouvoir d’analyse et d’initiative. Vu l’ampleur de ma mission ici qui sera longue et très importante aux yeux des actionnaires, je vais vous demander la faveur de détacher Mademoiselle Traoré du service juridique et de la mettre à ma disposition comme assistante personnelle. Cela me facilitera grandement dans mes relations avec le personnel, d’autant plus que ce matin encore j’ai appris qu’elle avait une excellente compréhension des problèmes sociaux.

- En effet cette personne a pris le parti de défendre plusieurs ouvriers et a obtenu gain de cause. Cela a créé un peu de remous dans la direction mais j’ai personnellement appuyé son point de vue. Je pense en effet qu’elle vous sera très utile pour l’accomplissement de votre mission. Quand désirez-vous ce transfert ?

- Sans abuser de votre temps, j’aimerais un transfert immédiatement en vous remerciant.

- Eh bien ce sera fait je demande à ma secrétaire de publier immédiatement une note de service électronique aux cadres et sous forme traditionnelle en papier qui sera affichée dans l’heure.

- Monsieur, je vous suis infiniment reconnaissant, je vous souhaite une bonne journée et je rejoins la réunion prévue ce matin où on doit m’attendre.

Ma journée commençait bien, dans quelques minutes tous les cadres allaient recevoir électroniquement cette note de service sur leurs ordinateurs, tablettes ou téléphones, je m’imaginais déjà la surprise de tous mais en particulier celle d’Amina !

Je pris donc mon temps pour descendre vers la salle de réunion, en passant par les toilettes. Mon calcul s’avérait correct, en entrant les palabres cessèrent immédiatement, tout le monde était debout : un petit groupe autour d’Amina et un groupe plus conséquent à l’autre bout de la salle. Mon analyse était vite faite, les sympathisants et les jaloux. Je pris soin de bien mémoriser le groupe des jaloux…

Je m’installais à ma place habituelle et chose bizarre Amina se plaçait entourée de son « clan » plus ou moins en face de moi. Son visage calme, je dirais Zen, ses yeux me fixaient mais je ne pouvais pas deviner ses pensées. Elle me regardait avec des grands yeux, mais pas de sourire. Je devais patienter jusqu'à l’interruption de la présentation du directeur financier qui commençait.

### Amina ###

Tout le monde dans la salle de réunion attendait l’arrivée de Pierre, que faisait-il chez le DG ? Était-ce une réunion sur initiative du DG ou à la demande de Pierre. Faisait-il rapport de notre visite d’hier ? Les bavardages allaient bon train, le directeur agronomique parlait de la visite en expliquant que Pierre cherchait la faille dans la gestion de cette unité. Tout ça parce qu’il avait omis d’en parler lors de sa présentation, alors que lui estimait que cela ne valait pas la peine dans cette réunion qui n’était qu’une perte de temps. Il n’y avait rien à réorganiser et ce n’était pas un consultant européen qui allait leur montrer comment gérer la société. Pendant ce temps je parlais avec le DRH avec lequel j’avais une bonne entente, nous avions dans le temps résolu plusieurs accidents du travail où nous estimions tous deux que la société devait indemniser contre l’avis de la direction agronomique et du directeur industriel. C’était en finale le DG qui avait tranché en faveur des ouvriers.

Soudain tous les téléphones signalaient en même temps l’arrivée d’un message, comme tout le monde je pris mon téléphone qui était sur la table et il me fallait donc quelques secondes de plus par rapport à certains qui avaient leur téléphone en main. Plusieurs exclamations fusèrent avant que j’eusse pris connaissance de la cause de ces réactions. Le DRH me prit le bras et me félicitait chaleureusement ; ce n’est qu’après avoir lu le texte que je compris : Le DG me détachait du service juridique et me nommait l’assistante personnelle de Pierre – avec effet immédiat ! Je n’en croyais pas mes yeux, d’autres personnes vinrent vers moi pour me féliciter également. J’essayais de rester calme, en remerciant ceux qui me félicitaient mais j’entendais les ricanements d’autres comme le directeur agro et le directeur industriel. Nos relations étaient déjà difficiles avant sans rajouter ceci.

Puis Pierre entrait dans la salle et le silence tombait tout d’un coup sur l’assemblée. Pierre semblait indifférent jusqu’à ce qu’une personne près de Pierre lui montre son téléphone avec le message. Pierre devait être très fort comme joueur de poker car rien ne bougeait dans son visage, il se contenta juste de me regarder un bref instant dans les yeux mais restait impassible. Du coup je ne souriais plus, je compris donc que Pierre avait négocié mon transfert durant la réunion de ce matin avec le DG, sans m’en parler. Comme le directeur financier se préparait à prendre la parole, je m’assis à ma place quasi en face de Pierre et je me préparais à écouter la présentation.

Il est très difficile de rester impassible à l’extérieur alors que mon cœur bondissait de joie. S’il n’y avait pas cette réunion, je me serai levé pour aller embrasser Pierre, mais je ne pouvais pas ! Il ne fallait surtout pas nous exposer à toutes les rumeurs qui allaient fuser suite à cette nomination.

Durant la première partie de la présentation, je devais vraiment faire de gros efforts pour rester attentive car intérieurement je faisais la danse du ventre.

Heureusement je fus délivrée par l’interruption café et je vis Pierre me faire le geste de me rapprocher.

- Mademoiselle, je vous félicite pour votre nomination, vous la méritez.

Il parlait fort pour que tout le monde à proximité l’entende, son regard se voulait rester froid mais dans ses yeux je perçus un léger amusement et il continua dans la foulée.

- Pouvez-vous m’accompagner à mon bureau pour voir les dispositions à prendre en vue de votre déménagement de service.

- Oui Monsieur, je vous suis ! Répondis-je à voix haute et intelligible.

Son bureau était sur le même étage quelques portes plus loin. Et contrairement à mes pensées il laissa la porte intentionnellement grande ouverte. Je compris rapidement qu’il ne voulait pas d’aparté, son bureau était vaste et il n’y avait pas de fenêtre donnant sur le couloir, mais une large vue sur le jardin intérieur. Il y avait deux meubles de bureaux, une table et six chaises pour des réunions en comité restreint et un large et profond divan, il me dit que je pouvais occuper le bureau qui était libre et que je pouvais donner les instructions pour faire déménager mes affaires. Puis il me dit à voix très basse :

- Contente ?

- Oui, mais surprise !

- Très bien, je ne voulais pas en parler avant d’avoir l’accord du DG

- Merci Pierre, je serai digne de la confiance que vous placez en moi.

- Je vais aller au service juridique pour organiser mon transfert et je retournerai à la réunion aussi vite que possible.

- D’accord mais tu changes de place à la réunion, je te veux à ma droite et je demanderai de libérer une place à côté de moi. À tout à l’heure !

Je partis à la hâte dans mon (ancien) service, mais tous savaient déjà la nouvelle et la plupart étaient heureux pour moi sauf Madame Coulibaly. Elle était encore plus hautaine et méprisante qu’avant et me souhaitant bonne chance elle précisa : « Je ne sais pas si ta place sera encore disponible à la fin de la mission du consultant ! » je lui fis juste un sourire poli et n’ajoutai aucun commentaire. La salope ! Je n’avais aucune inquiétude, j’étais certaine que Pierre veillerait en temps utile à mon reclassement.

Je courrais pour rejoindre la réunion où le directeur financier présentait ses chiffres et oui, Pierre avait une place de libre à côté de lui et mon carnet de notes m’attendait. Cette fois il me regardait avec un petit sourire très bref avant de reporter son attention à l’orateur. Il prit mon carnet et écrivit discrètement sur la dernière page : « pas de sandwiches ce midi - on mange ailleurs ! » Je marquais mon accord d’un bref signe de tête.

### Pierre ###

À midi je me souvins qu’à partir de ce jour le rythme des réunions changeait pour laisser à tous l’opportunité de travailler normalement. Nous sortîmes rapidement de l’immeuble pour rejoindre Zakpa, je lui demandais de nous conduire à l’Okapi. Ce restaurant avait gardé sa bonne réputation après les événements et c’était suffisamment loin du bureau pour éviter les indiscrétions. La vitre de séparation était ouverte et je me dis que notre conversation n’était pas urgente.

Une fois à table, je ne pouvais plus attendre plus longtemps :

- Le DG n’a pas hésité une seconde pour répondre favorablement à ma demande de ton transfert ! Il t’avait remarquée lors des différents concernant les accidents du travail de certains ouvriers

- Tu étais au courant ?

- Non je l’ai appris ce matin par Zakpa qui t’apprécie beaucoup !

- Ah bon ?

- Je sais faire parler les gens… À ce propos que t’a dit la gérante hier pendant la visite ? Je n’ai rien compris, mais d’après le ton de la discussion, ce n’était pas des amabilités !

- Eh bien non, elle m’a traité de pute. Dit-elle en baissant les yeux.

- C’est tout ? Ça m’avait l’air plus long !

- Je n’ose pas le dire…

- C’est si grave que ça ?

- Oui.

- Mais encore… allez, n’aie pas peur. J’ai déjà entendu beaucoup d’insultes à mon égard.

- Elle m’a dit de m’occuper de tes… au lieu de chercher du mal.

- De mes quoi ?

- Je n’ose pas répéter, de ton sexe je dirais - c’est plus poli.

- Bon, j’ai compris. Et puis ?

- ….

- Courage Amina, on est entre nous !

- Non Pierre, je ne peux pas…

- C’était si grave que ça ?

- Oui…

- Tu ne peux pas ou tu n’oses pas ?

- Les deux !

- Je ne veux pas te harceler.

Entre-temps le serveur nous apporta notre repas et je n’insistais plus.

Nous mangions en silence, Amina rougissait légèrement ce qui n’est pas très perceptible vu sa peau d’ébène.

Je décidai donc de ramener le sujet sur le travail :

- Ce soir, nous allons regarder en détail mon idée de la réorganisation dans les grandes lignes. Bien entendu ce ne sont que des ébauches et donc sont très confidentielles. J’en n’ai encore parlé avec personne, même pas le DG ! Nous en parlerons cette après-midi dans mon, non notre bureau avec des portes closes. Sans prendre des notes. C’est trop tôt pour fixer dans un quelconque rapport, c’est juste pour échanger des idées dans le contexte local.

- D’accord, Pierre ce sera délicat, il faudra regarder unité par unité, de plus nous ne pouvons pas négliger les différentes ethnies. Papa disait toujours qu’en Afrique tu vas d’un village à un autre et tu changes de pays.

- Je trouve cela une belle image !

- Oui, avant la colonisation, il était fréquent que les tribus se faisaient la guerre, les perdants devenaient des esclaves ou étaient vendus aux Arabes. C’est aussi la cause du développement de l’islam, les Arabes n’emprisonnaient pas leurs coreligionnaires. C’est l’origine de la traite des noirs.

- Oui Amina, beaucoup de gens aujourd’hui croient encore que la traite des noirs est uniquement l’œuvre des blancs, alors que dans les villages reculés on vendait des êtres humains. Donc tu me feras une analyse détaillée des ethnies composant le personnel. Tu me seras d’une aide précieuse pour éviter les accrochages. Je me rappelle il y a quelques années au Cameroun, on a dû changer nos plans lorsqu’on a voulu fusionner deux usines car les deux tribus étaient des ennemis ancestraux.

Quel plaisir de discuter avec elle, sans complexe elle discutait d’égal à égal avec un si charmant sourire. Je ne voyais pas le temps passer et je donnais donc le signal de retourner au bureau.

- N’oublie pas de téléphoner à ta maman pour lui annoncer ta promotion. Car je ne te l’ai pas encore dit mais ton salaire augmente de cinq pour cent, ce n’est pas négligeable !

- Maman sera très heureuse, rappelle-moi de lui demander de t’inviter ce week-end à partager notre repas, car elle est d’accord qu’on se promène ensemble pour visiter le pays mais je dois rentrer samedi soir à la maison. Ce sera bien si elle apprend à te connaître.

Amina était toute heureuse, elle profita de l’espace clos de notre bureau pour appeler sa mère et je vis pour la première fois aujourd’hui éclater sa joie. La conversation fut brève mais je pense que c’était du bonheur partagé. On s’installa dans le divan côte à côte pour commencer notre analyse lorsque soudain elle parla à voix très basse :

- La gérante m’a dit que je devais « retourner à Kin, de sucer ta bite, te donner du plaisir et de prendre mon pied » puis elle cacha son visage de ses mains de honte…

Voilà ! La suite bientôt. N’oubliez pas de voter, cela me fera un grand plaisir.

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