Perdu! Pressez A pour rejouer!

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Les portes de l’appartement sont entrouvertes. Frida et moi restons figés sur le pas de la porte. Quelqu’un était entré. Tous les jolis tas de papiers avaient été renversés et piétinés. Au milieu d’eux, Edgard Friendley est allongé, face contre terre, noyé dans une mare de sang. Une partie du haut de son crâne a disparu, laissant se répandre la cervelle par ce trou béant. En regardant un peu plus loin, on voit les morceaux du crâne qui sont étalés sur la moquette. En imaginant l’impact, on aurait pu croire que le type avait été broyé par un étau. John Kramer ne doit pas apprécier un travail aussi bâclé.

Je me jette sur le bureau, plongeant dans le tiroir que j’avais vu la veille. Vide. Putain, si près du but. Je me mets à chercher frénétiquement dans la paperasse éparpillée sur le sol. Mais rien. Sur la politique italienne, vaticane, on aurait pu trouver son bonheur, mais aucune trace des documents qui s’attardaient sur mon pauvre cas. Tous les documents s’étaient envolés. De rage, je lance des coups de pieds dans les tas de papiers qui se mettent à voler dans toute la pièce.

Frida, qui s’est agenouillée près du cadavre d’Egdard, m’appelle.

« Chris, viens voir. »

Il y a, sous la main gauche du corps, un petit papier. Une série de chiffres est inscrite dessus, gribouillée avec du sang : 4 8 15 16 23 42. Pas d’autres mots, aucune indication sur ce qu’ils signifient.

On se met à fouiller tout l’appartement. Il devait y avoir quelque chose pour nous aider, ce n’était pas possible autrement ! Chaque pièce, chaque meuble, chaque recoin sont passés au crible. Rien n’est laissé au hasard. Nous déchirons les coussins des fauteuils si on constate qu’une couture avait été refaite, les meubles sont renversés et retournés dans tous les sens. L’appartement, déjà en chantier la veille, se transforme en une copie conforme du grand capharnaüm.

Dans sa chambre, on retrouve une petite enveloppe encastrée dans son matelas. Une partie avait été décousue en son milieu pour insérer quelques petits documents. Dedans, il y a une clé USB, ainsi qu’une carte de Rome, certains lieux, majoritairement des ruines de l’ancien Empire romain, étaient entourés.

« Bon, je crois qu’on ne trouvera rien d’autre. On se casse. », dis-je en soupirant.

Nous nous sommes à peine éloignés d’une centaine de mètres que les sirènes de police commencent à éructer leurs symphonies cacophoniques dans toute la ville et qui se rapprochent de la scène de crime. On hâte le pas et on prend le premier train pour Rome.

Nous prenons à nouveau un hôtel tout pourri dans Rome, en espérant ne pas y rester plus d’une nuit. Il nous faut faire le tour de ces lieux, trouver ce qu’ils signifient et nous barrer au plus vite d’Italie. J’essaie, avant de nous lancer dans cette folle chasse au trésor, de regarder le contenu de la clé. Impossible d’y accéder. Une seule fenêtre s’affiche, une invitation à rentrer un mot de passe. À situation désespérée, mesure désespérée : je commence à taper tous les mots de passe qui me viennent en tête : Lammour, Lammour je vais te crever, le nom de Friendley, Kommando machin chouette, rien n’y fait.

J’essaie la série de chiffres notée par Friendley avant de se retrouver à l’état de canette décapsulée. Systématiquement, je retombe sur cette invitation à rentrer la phrase magique d’Ali Baba. Chaque mot tapé grandit cette frustration que j’arrive de moins en moins à contrôler. Je suis prêt à lancer la clé à travers la pièce, mais Frida pose sa main sur mon bras en plein élan pour le stopper.

« Tu ne crois pas qu’on trouvera ce fameux mot de passe en cherchant les lieux indiqués sur la carte ? »

Je ravise mon geste. Elle a raison. Elle m’embrasse puis me tire par le bras.

« C’est bon ? On y va ? »

Nous nous dirigeons vers le lieu le plus proche de l’hôtel : Le Colisée. Et, contre toute attente, nous remarquons qu’il est quadrillé par toute une série de numéro et de chiffres. De 1 à 42.

« Et si les chiffres correspondaient à une zone du Colisée ? De mémoire, chaque ruine est quadrillée de cette manière, peut-être qu’un des chiffres correspond ? »

« Oui, mais lequel ? répondis-je.

« On a qu’à procéder par élimination. On commence par le sous-sol, qui couvre les zones 1 à 4, puis on remonte. »

« Ça me va. »

J’ai du mal à me concentrer sur les fouilles. Je suis absorbé par la magie du lieu. Mon esprit se met à vagabonder, s’imaginant tous ces couloirs, ces gradins, à l’époque des grands jeux de cirque. Au bout d’une grosse heure, il faut se rendre à l’évidence. Il n’y a rien dans cette zone. Certaines parties, cadenassées, sont inaccessibles. On remonte d’un cran, la 8. Toujours rien. Alors qu’on se rend vers la zone suivante, je vis un petit panneau qui indique juste ces mots : Zone 42, danger ! Inaccessible au public pour raison de sécurité. Les geeks ne doivent pas être très heureux que leur chiffre fétiche soit utilisé de cette manière.

Mon sang ne fait qu’un tour. Je suis sûr que c’est là. Je n’attends même pas Frida, et vais directement jusqu’au sommet. Alors que certaines parties sont totalement verrouillées et nécessitent presque une équipe de démolition pour rentrer, une simple chaîne barre l’accès à la zone 42, qui consiste au pourtour du sommet des gradins.

Je passe la chaîne, suivi par une Frida à bout de souffle. Nous marchons sur le pourtour presque accroupis, pour éviter de nous faire voir par les quelques gardes du monument. Au bout d’un quart d’heure, coincé entre deux énormes dalles de pierre, un petit bout d’enveloppe brune pointe légèrement le bout de son nez. On la retire.

Il y a juste un mot de la même écriture aperçue chez EF. Tibet. Rien d’autre.

« Certainement une énigme. Je suis sûr que c’est la clé pour le mot de passe. »

J’adore la perspicacité de cette femme. Je l’embrasse, puis la tire presque par le bas pour l’emmener au lieu suivant, qui sur la carte, indiquait l’entrée des catacombes.

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