Les nazis sont parmi nous!

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Lammour n’était qu’une micropointe d’un iceberg géant, tellement énorme que l’Himalaya paraissait bien misérable face à lui. Il n’était qu’un petit pion, dans l’échiquier, mais au centre de tout. Pourtant, Edgard me dit d’emblée qu’il n’a pas réussi à creuser bien loin, que très vite il eut des bâtons dans les roues. Il avait à peine commencé son enquête qu’un flot de pressions se fit sentir, tant au niveau de la direction que de sa personne. Ensuite, il commença à recevoir des menaces de mort. Il eut trop peur et arrêta ses investigations, demandant sa mutation.

Il commença son enquête en 2008, après qu’une famille ait été massacrée par une bande skinheads. Bien qu’ils furent rapidement identifiés par les forces de police, toute la bande s’évanouit en l’espace d’une nuit. Ils ne purent en rattraper qu’un, Derek Vigneron, pendant qu’il tentait de passer la frontière vers l’Allemagne. Parmi la bande, il y avait un proche de Frédéric Lammour. Très proche. Frédéric était même le parrain de son aîné. Cependant, la presse et la police minimisèrent l’incidence de cette relation, négligeant donc une belle part de l’enquête. Mais les déclarations du seul prévenu étaient vraiment intrigantes : il parlait de race supérieure. D’une race qui posséderait des super-pouvoirs et régnerait sur l’humanité. Un nouveau Reich, encore plus grand et puissant que ne l’aurait rêvé le Führer.

La cible de leur opération était la petite fille de la famille, Marie, qui d’après leur entourage, disposait d’un don. Elle semblait deviner les choses peu de temps avant qu’elles se produisaient. Sa grand-mère, dans la presse, confirma ses dires. Ils devaient juste récupérer la fille. Croire qu’elle s’était fait enlever par une bande de gitans, en laissant de fausses preuves. Seulement, la nuit de l’opération, le père se réveilla pendant qu’ils s’étaient introduits. Une bagarre éclata, des cris fusèrent. Une balle se perdit dans le noir. Une opération visiblement manquée.

Alors que Derek Vigneron parlait de super-pouvoirs, de nouvelles pièces à conviction firent curieusement leur apparition : le père semblait avoir visiblement des dettes colossales, avait emprunté de l’argent à une organisation mafieuse. Et que selon toute vraisemblance, pour les enquêteurs, cet organisme avait dû engager une bande de voyous pour leur mettre la pression.

Finalement, Derek fut considéré comme fou. L’avocat de la défense plaida la folie, et fit venir un psy qui confirma avec le baratin scientifique habituel que l’on voit dans les films à procès américains. Il fut interné pendant cinq ans. Puis, il fut considéré comme guéri et apte à reprendre une vie normale. Depuis, il a disparu dans la nature, certainement mort. Edgard réussit cependant à obtenir une entrevue pendant son internement. Il divaguait pas mal, était gavé de médocs. Pendant tout l’entretien, il répéta constamment une phrase : « cherchez unglaubliche Kommando. L’opération est toujours en cours, elle n’a jamais été abandonnée, menée en clandestinité. Elle est sur le point d’aboutir, après près de soixante ans de recherche. Cherchez unglaubliche Kommando. »

Edgard enquêta dans tous les sens, étudia toutes les pistes possibles qui s’ouvrirent à lui. Persuadé de la lucidité de Derek, il enquêta sur l’opération unglaubliche Kommando, une vieille opération du culte de Thulé, une société secrète nazie férue d’occulte. Avec ce projet, elle cherchait à créer une armée de personnes dotées de super-pouvoirs. Après sa dissolution par le décret anti société secrète d’Hitler, qui visait principalement les francs-maçons, les recherches furent reprises par un groupuscule de la SS directement sous les ordres d’Herman Göring. Officiellement, ces recherches furent abandonnées en 1945 peu avant la capitulation allemande, mais les personnes chargées de l’opération disparurent en ne laissant aucune trace. Des rumeurs circulèrent sur une possible fuite en Amérique du Sud, mais personne ne put le confirmer.

D’un autre côté, il continua à chercher du côté de Lammour et des relations communes avec ce skinhead. Lammour commençait déjà à faire doucement polémique à l’époque, même si ces propos étaient nettement moins virulents à l’époque. En grattant ses relations dans la sphère privée, Friendley se rendit compte que Lammour fricotait avec le tout le gratin de l’extrême droite européenne. Jamais en public, où il ne s’affichait jamais avec eux, ne prenant même pas le risque d’inviter l’un d’entre eux sur les plateaux de radio qu’il animait. En privé, c’était une tout autre chose. Il se rendait à des rencontres privées régulièrement dans toute l’Europe. Même si certains de ces mouvements semblaient en totale opposition avec d’autres en façade, derrière le rideau ils semblaient copains comme cochon.

Il se rendit compte ensuite que Lammour n’était pas le seul électron interconnecté à toute la fachosphère. Il était même un homme parmi tant d’autres. Des tas de personnes du gratin gravitaient dans les mêmes cercles : des hommes politiques d’autres mouvements, des hommes d’affaires, des médias, de la recherche scientifique… Ils se retrouvaient dans toutes les couches de la société, comme si une société invisible et tentaculaire s’était infiltrée dans tous les recoins de notre planète.

Il se rendit compte que dans toute l’Europe des personnes qui fascinaient leur entourage par une capacité hors du commun se faisaient régulièrement enlever ou tuer. De temps à autre, certains témoins parlaient de skinheads, mais ces témoignages se rétractaient dès le lendemain. On perdit toute trace des disparus, comme s’ils s’étaient volatilisés. Mais il ne put jamais trouver des informations concrètes sur ce fameux projet unglaubliche Kommando.

Il publia un premier papier sur Lammour et son entourage, promettant de continuer à divulguer régulièrement ses recherches. Il eut tellement d’emmerdes qu’il se retira officiellement, demandant sa mutation. Mais il continua ses recherches en secret. Depuis presque sept ans maintenant, Edgard tentait de relier tous les points, de mettre à jour cette grande conspiration. Il découvrait de nouveaux noms tous les jours. Le travail était titanesque et n’était pas sur le point de s’arrêter. Il recevait presque tous les jours de nouveaux documents de toute l’Europe et n’en avait épluché même pas le dixième.

Ayant fini le gros de son histoire, Edgard s’arrête de parler et me laisse digérer toutes les infos pendant quelques minutes. Ce qu’il venait de me dire me paraissait si gros, si énorme que c’en était presque ridicule. Il devina ma pensée.

« Non, ce n’est pas ridicule. C’est extrêmement bien conçu et pensé. Il faut bien gratter derrière les façades. Elles sont toutes trompeuses. Ne dit-on pas que l’habit ne fait pas le moine ? Je peux prouver tout ce que j’avance. Les preuves sont là, parmi nous. »

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