Roma (pas encore) kaputt mundi

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Je n’avais jamais visité Rome. C’était un rêve pourtant, depuis bien longtemps. Visiter les ruines du vieil empire, les catacombes… Cette ville chargée d’histoires, de mythologies et de légendes me fascine depuis l’adolescence. Mais je n’avais jamais pris le temps. Avec Marie, nos week-ends se remplissaient bien vite.

Cette ville est encore plus belle que dans toutes mes espérances. Toutes ces petites places, ces petites fontaines. Je me sens comme Robert Langdon, parcourant toute la ville dans Anges et Démons pour déchiffrer le code des Illuminati.

Il fait plutôt bon pour la saison. Frida semble, elle aussi, fascinée par la ville. Elle trouve la ville si romantique. Elle n’arrête pas de se coller à mon bras et de m’inonder de baisers. Elle se remettait à sourire. Visiter la ville lui redonne vie, effaçant tout doucement les épreuves qu’elle venait de traverser.

Frida et moi décidons de prendre quelques jours pour nous avant de contacter EF, pour visiter et nous repérer dans la ville. Souffler un peu, oublier notre fuite en toute catastrophe de Suisse. Le soir, après une balade romantique, elle me fait l’amour comme pas possible. Ces quelques jours sont tout simplement divins. Nous savourons ces instants comme s’ils pouvaient se terminer à tout instant. On se tient à un petit train de vie tranquille, sans excès. De ce fait, la somme qui nous reste après le retrait diminue doucement.

Finalement, au bout du troisième jour, Frida me fait comprendre, avec un regard empli de sévérité que notre petite escapade lui plaisait, mais qu’il était temps d’avancer. Je contacte donc Friendley.

Voilà, j’y suis.

Il me répond dans la minute qui suit.

Bien. Rendez-vous demain, 10h au forum d’Auguste. Je me tiendrai à la troisième colonne de l’allée centrale.

Je confirme de suite le rendez-vous. Je suis même excité comme une puce. Peut-être qu’avec un peu de chance, il aurait de quoi terminer mon calvaire ! Mon enthousiasme m’empêche de dormir. À un tel point que Frida me supplie d’arrêter de la sauter. Cela fait quatre fois d’affilée maintenant, elle n’en peut plus. Même si c’était son idée à la base pour me relaxer.

Je décide d’aller seul au rendez-vous, malgré toutes les supplications de Frida. Je ne voulais pas, je n’étais pas annoncé à Friendley comme étant accompagné. Si jamais il me voyait bras dessus bras dessous avec ma belle Suissesse, il pourrait très bien décider de ne pas se montrer. Elle se calme face à ces explications. En échange, je lui enverrai un texto chaque heure, pour la rassurer et que si je devais appeler, je ferai un appel en absence puis rappellerai cinq minutes plus tard.

Une fois sur place, la tension monte, je pense même qu’elle est palpable et suinte de tout mon être. Je ne peux m’empêcher d’épier les faits et gestes de chaque personne. Je crains, à chaque instant, de voir débouler ces types en noir. Finalement, un homme se place derrière moi et me chuchote dans l’oreille :

« 0AX5789EF ».

Le code de ma clé PGP. Lui seul peut la connaître. Je me tourne en un clin d’œil et lui fais face. Edgard a un visage amical, jovial. Des cheveux en bataille et un look qui aurait plus convenu à un animateur de chaînes pour ados. Ses yeux verts pétillent de sincérité.

« Bonjour, Chris, je suis heureux de vous rencontrer. »

Il me tend une main chaleureuse. Je ne peux m’empêcher de sourire timidement en lui rendant la mienne.

« De même ».

« Venez, ne restons pas là. Il y a un café, isolé sur la place à côté, nous pourrons discuter à notre aise. Le patron est italien, et lui et aucun membre de son personnel ne parlent français. On pourra se parler en toute franchise tout en ayant un œil sur le reste de la place.

L’idée me plaît tout de suite, c’était un bon compromis. Personne ne peut nous écouter, tout en étant tout deux protégés par la foule, une tripotée de témoins donc, dans le cas où ça tourne mal. Une fois installés, sirotant chacun un petit café serré dont seuls les Italiens ont le secret, on se regarde dans les yeux. Chacun attendant que l’autre parle. Ce petit silence gêné dure plusieurs minutes. Il se décide finalement à me poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Bien, dites-moi comment vous en êtes arrivés là ».

Je lui explique toute l’histoire, sans bien sûr, lui parler de mon don. Que je me suis retrouvé dans la conférence de Lammour entouré par des gros skins. Que quelqu’un tira dans la pièce alors que j’étais embarqué par deux de ses malabars. Qu’on devait avoir trafiqué les vidéos pour m’accuser pour je ne sais quelle raison. Puis, je racontai mon périple. La mort de mon ami, la mort de ma famille. Que chacun de mes pas, à Paris, était deviné. Le refuge chez Frida, qui m’avait accompagné jusque Rome et qui m’attendait fiévreusement à l’hôtel.

Mon histoire terminée, le silence s’installe quelques instants. Edgard semble perdu dans ses pensées. Il doit être en train de refaire tout le parcours que je lui avais raconté, en le comparant avec les dires de la presse. Il rompt finalement le silence.

« Hum ! Vous devez être quelqu’un d’exceptionnel, avec une capacité hors du commun, s’ils cherchent à vous avoir comme cela. »

Je me fige sur place. Il savait quelque chose, du moins il devait avoir deviné que je ne suis pas « normal ». Je tente le baratin du désespéré. On verra ce qu’il répond.

« Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler. »

Il sourit, l’air un peu gêné. Il commence à s’embourber dans les mots.

« Écoutez… Vous n’allez certainement pas le croire. J’ai eu du mal à m’y faire moi-même. J’ai même mis certaines choses que j’ai vues sur le compte de la folie passagère, tellement j’étais sceptique. Mais il existe des personnes avec un don, des capacités exceptionnelles. Comme lire dans les esprits, déplacer un objet par la pensée et bien d’autres phénomènes que l’on qualifierait de paranormaux. »

Sa voix raisonne dans ma tête. La pensée était venue comme cela, sans que j’y prenne garde.

« Ça y est, vous allez me prendre pour un frappadingue. Mais je vous assure, c’est la vérité. »

Machinalement, je lui réponds par la pensée : « je vous crois ». Il relève la tête, les yeux étonnés. Je n’avais pas émis le moindre son, il m’avait directement entendu dans son esprit. On affiche un sourire d’étonnement mêlé de soulagement. On continue donc à discuter, par la pensée.

Le spectacle de notre table doit bien étonner les rares personnes qui nous regardent. Des gestes se mêlant dans une conversation alors qu’aucun des participants n’élève la voix. Pourtant, on s’en moque. Nous discutons ainsi pendant plus d’une demi-heure, satisfaits tous les deux de pouvoir parler franchement sans avoir peur de lâcher quelques informations indiscrètes.

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Offberg

Je lui ai parlé. Deux heures de voiture, pour retourner sur les traces de mon enfance, près de la Manche. Dans une petite maison blanche, entourée d'herbe verte, j'ai remonté l'allée de dalle ronde qui mène à la terrasse. En frappant à la porte, je savais que je la trouverais fatiguée. Ma tante a ouvert la porte. J'ai souris derrière mon masque. Je ne la connais pas. Elle s'est reculée pour me laisser entrer et son visage s'est tourné vers la première chambre à ma gauche. Je me suis avancé et j'ai moi aussi tourné la tête. J'ai souris derrière mon masque. Les joues creuses, le dos voûté, elle peine à me regarder. Elle est aux prises avec un médicament, ou un autre. Je ne pèse pas le poids de l'instant. Elle respire fort et vite, comme si elle avait couru. Quelques mots échangés sonnent creux. Dans l'instant, tout ce qui me vient est de lui demander comment elle va. C'est idiot. Elle va mal.

Je me détourne pour m'installer dans le canapé. Lorsqu'elle a terminé, elle me rejoint en s'aidant d'une canne pour s'asseoir sur une chaise. Ma tante reste debout et part bientôt à la pharmacie. Nous restons tous les deux, en tête à tête. Je lui ai parlé. De tout, de rien, du temps, de la maison, des chinois. Quelques jours plus tard, avant de savoir, je rigolerais de cela. Avant de savoir. Elle sourit parfois, je souris aussi derrière mon masque. Elle tousse sèchement. Elle n'est pas enrhumée, elle n'arrive simplement plus à respirer. Est-ce qu'elle sait ?

Je lui ai parlé, sans peser le poids de cette discussion. Je ne me souviens déjà plus avec précision de ce que nous nous sommes dit. Ce n'était pas un échange intense et profond. Non, c'était surtout de la discussion de surface, entrecoupée d'évidence comme « tu dois te reposer », « tu ne dois pas faire trop d'effort ». Elle n'a jamais été une personne à rester dans son siège. Elle a acheté cette maison en Normandie pour s'occuper d'un jardin. La pelouse venait d'être tondue. Elle m'a parlé de plantes qui n'ont pas besoin d'être dépotées et replantées. Elle m'a dit qu'elle allait les planter cette semaine. J'imagine qu'elles ne fleuriront plus. Je garde mon masque. Parce qu'avec cette putain de pandémie, elle ne peut pas me voir lui sourire.

Elle a besoin de repos. C'est tout. Elle n'est plus jeune. Elle est épuisée. Son corps se bat contre le temps. Ses mains sont bleues. Des plaques de sang sous cutanées. Ma tante revient en même temps que mes parents arrivent avec mon frère. Nous avions convenu de passer un peu de temps avec elle, puis de la laisser se reposer et d'aller déjeuner. Au restaurant, nous sourions et discutons normalement. Nous ne savons pas encore. Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs années. Je ne la verrais plus jamais. Nous rentrons à la maison blanche. Ma cousine est arrivée entre temps. Puis mon oncle, ma deuxième tante et mon deuxième oncle. Il y a beaucoup de monde. Est-ce que cela a joué ? Je préfère me dire qu'elle aura été contente de nous voir, autant que nous étions. De Paris, de Bretagne, nous sommes venu nombreux, lui montrer que nous tenions à elle, à notre façon. Nous ne sommes pas tous présents dans son quotidien, mais cela n’empêche pas de l'aimer. A notre manière.

En milieu d'après-midi, mes parents, mon frère et moi sommes partis. Elle était assise dans son canapé, à sa place habituelle. Elle toussait. Elle nous regardait. J'ai cru voir dans ses yeux qu'elle était un peu perdue. Fatiguée, essoufflée, épuisée. Je lui ai souris une dernière fois, derrière mon masque. Je blâme la pandémie pour avoir gardé mon masque tout du long alors que la vérité est pathétique. Quelques jours avant, j'ai rasé ma barbe et laissé une moustache qui ne ressemble à rien. Donc davantage que par soucis de sécurité, j'ai gardé mon masque pour ne pas me montrer ainsi.

Hier, elle ne s'est pas sentie bien. Elle est retournée à l’hôpital. Son état s'est aggravé. Aujourd'hui elle est partie. Elle ne sourira plus. Elle ne s'occupera plus de son jardin. J'essaye de me dire qu'elle est allé ailleurs. Mais je n'y crois pas. Elle n'est simplement plus là. Je ne la connaissais pas bien. Je ne l'avais pas vu depuis plusieurs années. Je l'aimais à ma manière. Elle me manque déjà. Il fallait que je l'écrive, avant d'oublier ce souvenir. Ce dernier souvenir d'elle.

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C'ette petite, est Dyspraxique et Dysortographique.
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