Paranochat

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21H. Le smartphone vibre. La réponse tant attendue arrive. Le message est bref : s’acheter un pc, je ne dois plus utiliser de cellulaires pour internet, acheter un nouveau téléphone et une nouvelle sim, uniquement pour les appels. Je dois aussi installer un logiciel, TOR sur le PC, pour surfer sur internet en plus de remettre PGP. Il ne me parlera ouvertement que lorsque j’aurai préparé tout cela.

Cependant, je n’arrive pas à inceptionner les gens. Blocage de la langue. Impossible de modifier leurs pensées s’ils ne comprennent pas les langues que je parle. Je prends les cartes de Frida. Je retire le maximum que je peux. Résultat, dix mille euros en poche. De quoi acheter tout ce qui était demandé et tenir pas mal de jours. À mon avis, une fois que l’on sera dans des villes plus touristiques, je pourrai facilement récupérer du fric. J’espère que j’arriverai à la rembourser.

Une fois de retour au motel, je suis toutes les instructions d’EF. Installer TOR, apprendre un petit peu à l’utiliser, puis j’installe un client mail avec PGP. Je suis les instructions pour que les mails passent, eux aussi, à travers TOR. Ce programme magique permet de surfer en tout anonymat, toutes les communications passant dans un tunnel chiffré. Pour mon interlocuteur, je peux me trouver à Hawaï, puis dix minutes plus tard, à Varsovie. Je suis de fait, non traçable avec ce système. Voilà, tout est prêt. J’envoie direct un message pour prévenir que tout est OK, puis je retire la batterie du téléphone.

Ensuite, je m’allonge à côté de Frida qui se repose dans le lit. Elle a toujours du mal à se remettre de nos aventures. J’ai même l’impression, par moment, qu’elle me tire la gueule. Je la prends dans mes bras, elle se laisse faire sans me rendre la moindre douceur. Bizarre. Je lui ai quand même nettoyé la cervelle, me laissant que le beau rôle du sauveur. Peut-être avais-je mal effacé ses souvenirs, qu’il en restait quelque chose ? Je vérifierai plus tard. Le sommeil me gagne, je n’arrive plus à tenir mes paupières ouvertes.

Je me réveille en trombe, sorti du brouillard par une alerte sonore qui vient du PC. Vous avez un nouveau message, m’indique le client mail. Un étrange charabia, mélange de lettres et chiffres dans tous les sens s’affiche à l’écran. Puis, une fenêtre s’ouvre, m’invitant à rentrer un mot de passe. Je le tape sans hésiter. J’avais presque émis un cri satisfait lorsque je l’avais créé : JE VAIS TE CREVER LAMMOUR. Dès que j’appuie sur la touche entrée, ces chiffres et lettres mélangées s’affichent en un message cohérent.

Monsieur,

Je crois savoir que vous avez des informations (et que vous en cherchiez) sur Lammour. D’après ma rédaction que vous avez également contactée, vous me cherchez déjà depuis un bon mois. Parler de ces gens ouvertement est dangereux. Ils ont des yeux et des oreilles partout, même sur le net. Ne me parlez donc qu’avec ce moyen qui est totalement sécurisé. Sans quoi, nous aurons tous les deux des problèmes. Mais avant d’en savoir un peu plus, j’aimerais savoir qui vous êtes. Savoir si je peux vous faire confiance, que ce n’est pas un piège qu’on me tend.

J’espère que vous me comprendrez,

EF.

Je lui réponds, à demi-mot en lui expliquant que je suis un témoin direct de l’affaire Lammour à Bruxelles, que cette affaire sentait le coup monté et que partout où ils passaient ils faisaient endosser la responsabilité à Chris de Meesmaeker. Que je m’étais fait repérer et que j’avais quitté la Belgique, craignant pour ma vie. Je confirme aussi que cela faisait près de deux mois que je m’étais mis à le rechercher sur internet. Mais que je ne me connectais que quelques minutes, de peur d’être repéré.

Sa réponse ne se fait pas attendre. Quelques minutes plus tard, un nouveau mail atterrit dans ma boîte.

Je comprends tout à fait vos inquiétudes. Ce n’est pas la première fois qu’ils agissent de cette manière. Je dois dire que je me doutais de ce que vous alliez me dire. Il y a trop de ressemblances avec une autre affaire, toujours autour de Lammour, qui s’est passée il y a quelques années, à Marseille. Je me cache moi-même depuis que la première partie de l’enquête est parue. Le journal a subi beaucoup de pression, et craignant pour ma sécurité, j’ai demandé ma mutation. Je ne désespère pas cependant de pouvoir faire tomber Lammour et ses amis. Cependant, j’ai toujours un doute concernant votre identité. Vous ne craignez rien avec moi. Mais je ne traiterai avec vous que si je peux être certain de vos dires.

Je ne sais pas quoi lui répondre. Bien que le type semble inspirer toute confiance, je n’arrive pas à me décider. Frida, avec ses idées géniales, me propose de lui taper mon numéro de compte. S’il arrivait à se renseigner, il pourrait facilement deviner qui je suis. On verrait bien le ton qu’il emploiera à ce moment-là. Au bout d’une heure de discussion et moult hésitations, je me laisse convaincre, non sans émettre toujours de sérieux doutes.

Je lui réponds donc en ne tapant que BE69 0666 6666 1111.

L’attente est interminable. Frida et moi restons cloîtrés dans cette chambre plusieurs jours, ne m’autorisant qu’une seule sortie pour chercher à manger. On garde les yeux scrutés sur l’ordi, pistant la moindre information sur notre traque. Officiellement, en Suisse, Frida était portée disparue, vraisemblablement enlevée par un groupe de loubards qui lui avait cherché des noises plus tôt. Aucun mot sur le violeur, tout comme aucun rapport ne mentionnait qu’un cocktail Molotov avait explosé dans son appartement juste avant sa fuite. Dans un sens j’étais soulagé, aucune trace de ma petite personne dans l’histoire. Mais en Suisse, ils recherchaient activement ma compagne. J’imagine qu’on devra faire attention, pour la suite.

La Belgique, quant à elle, s’était enfoncée dans la paranoïa la plus complète après mon soi-disant attentat et celui de Satyre Hebdo. Pour la première fois, les militaires étaient stationnés en rue. La France, elle, commençait à préparer une nouvelle loi digne du Patriot Act. On le sentait dans les discours, chaque politicard avait changé de ton. La haine, la colère et la peur étaient omniprésentes dans chaque déclaration publique.

Frida et mois sommes là, à ne rien pouvoir faire, si ce n’est de vivre les événements de loin. On se console comme on peut, se réfugiant dans les bras de l’un de l’autre. Le temps de quelques heures, durant nos ébats, nous oublions le monde qui nous entoure et qui nous étions.

Puis, soudain, au bout de trois jours, alors que nous commencions à nous faire à l’idée qu’il ne nous recontacterait plus, l’alerte sonore du client mail retentit à nouveau. Il n’y a que ces quelques mots :

Je suis prêt à vous rencontrer. Contactez-moi lorsque vous serez arrivé à Rome. Je vous y attends.

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Offberg

Je lui ai parlé. Deux heures de voiture, pour retourner sur les traces de mon enfance, près de la Manche. Dans une petite maison blanche, entourée d'herbe verte, j'ai remonté l'allée de dalle ronde qui mène à la terrasse. En frappant à la porte, je savais que je la trouverais fatiguée. Ma tante a ouvert la porte. J'ai souris derrière mon masque. Je ne la connais pas. Elle s'est reculée pour me laisser entrer et son visage s'est tourné vers la première chambre à ma gauche. Je me suis avancé et j'ai moi aussi tourné la tête. J'ai souris derrière mon masque. Les joues creuses, le dos voûté, elle peine à me regarder. Elle est aux prises avec un médicament, ou un autre. Je ne pèse pas le poids de l'instant. Elle respire fort et vite, comme si elle avait couru. Quelques mots échangés sonnent creux. Dans l'instant, tout ce qui me vient est de lui demander comment elle va. C'est idiot. Elle va mal.

Je me détourne pour m'installer dans le canapé. Lorsqu'elle a terminé, elle me rejoint en s'aidant d'une canne pour s'asseoir sur une chaise. Ma tante reste debout et part bientôt à la pharmacie. Nous restons tous les deux, en tête à tête. Je lui ai parlé. De tout, de rien, du temps, de la maison, des chinois. Quelques jours plus tard, avant de savoir, je rigolerais de cela. Avant de savoir. Elle sourit parfois, je souris aussi derrière mon masque. Elle tousse sèchement. Elle n'est pas enrhumée, elle n'arrive simplement plus à respirer. Est-ce qu'elle sait ?

Je lui ai parlé, sans peser le poids de cette discussion. Je ne me souviens déjà plus avec précision de ce que nous nous sommes dit. Ce n'était pas un échange intense et profond. Non, c'était surtout de la discussion de surface, entrecoupée d'évidence comme « tu dois te reposer », « tu ne dois pas faire trop d'effort ». Elle n'a jamais été une personne à rester dans son siège. Elle a acheté cette maison en Normandie pour s'occuper d'un jardin. La pelouse venait d'être tondue. Elle m'a parlé de plantes qui n'ont pas besoin d'être dépotées et replantées. Elle m'a dit qu'elle allait les planter cette semaine. J'imagine qu'elles ne fleuriront plus. Je garde mon masque. Parce qu'avec cette putain de pandémie, elle ne peut pas me voir lui sourire.

Elle a besoin de repos. C'est tout. Elle n'est plus jeune. Elle est épuisée. Son corps se bat contre le temps. Ses mains sont bleues. Des plaques de sang sous cutanées. Ma tante revient en même temps que mes parents arrivent avec mon frère. Nous avions convenu de passer un peu de temps avec elle, puis de la laisser se reposer et d'aller déjeuner. Au restaurant, nous sourions et discutons normalement. Nous ne savons pas encore. Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs années. Je ne la verrais plus jamais. Nous rentrons à la maison blanche. Ma cousine est arrivée entre temps. Puis mon oncle, ma deuxième tante et mon deuxième oncle. Il y a beaucoup de monde. Est-ce que cela a joué ? Je préfère me dire qu'elle aura été contente de nous voir, autant que nous étions. De Paris, de Bretagne, nous sommes venu nombreux, lui montrer que nous tenions à elle, à notre façon. Nous ne sommes pas tous présents dans son quotidien, mais cela n’empêche pas de l'aimer. A notre manière.

En milieu d'après-midi, mes parents, mon frère et moi sommes partis. Elle était assise dans son canapé, à sa place habituelle. Elle toussait. Elle nous regardait. J'ai cru voir dans ses yeux qu'elle était un peu perdue. Fatiguée, essoufflée, épuisée. Je lui ai souris une dernière fois, derrière mon masque. Je blâme la pandémie pour avoir gardé mon masque tout du long alors que la vérité est pathétique. Quelques jours avant, j'ai rasé ma barbe et laissé une moustache qui ne ressemble à rien. Donc davantage que par soucis de sécurité, j'ai gardé mon masque pour ne pas me montrer ainsi.

Hier, elle ne s'est pas sentie bien. Elle est retournée à l’hôpital. Son état s'est aggravé. Aujourd'hui elle est partie. Elle ne sourira plus. Elle ne s'occupera plus de son jardin. J'essaye de me dire qu'elle est allé ailleurs. Mais je n'y crois pas. Elle n'est simplement plus là. Je ne la connaissais pas bien. Je ne l'avais pas vu depuis plusieurs années. Je l'aimais à ma manière. Elle me manque déjà. Il fallait que je l'écrive, avant d'oublier ce souvenir. Ce dernier souvenir d'elle.

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