File-moi tout ton fric

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Je suis en train de devenir un vrai criminel. À force de fuir, d’essayer de distancer mes poursuivants, sans rien, je n’ai pas d’autres moyens que d’utiliser des techniques que j’abhorre. Sérieux, jamais il ne me serait venu à l’idée de détrousser des gens. Tourner une situation à mon avantage, je l’ai fait mainte fois, mais jamais pour voler un simple quidam. Merde ! J’ai l’impression de semer chaos et désolation partout où je passe.

Pendant que l’on fuyait Maubeuge, j’allumai la radio. On annonçait un meurtre dans une petite boulangerie à Villers-Sire-Nicole. Ils étaient déjà arrivés jusque-là. Pas loin d’ici. Comment faisaient-ils pour me suivre à la trace en un claquement de doigts ? Je me mis à fouiller toutes mes affaires, à chercher si je n’avais pas un mouchard sur moi. Rien, que dalle. Mais comment diable était-ce possible ?

Je fis arrêter le chauffeur non loin d’un petit village dont j’ai oublié le nom. D’après ce que j’avais vu sur le GPS, il y avait une gare routière assez conséquente. Je lui demandai de s’arrêter dans les champs, à quelques kilomètres de là. Avant de prendre la poudre d’escampette, je le détroussai, sans réfléchir.

« J’ai besoin de cash, file-moi ton portefeuille ».

Il me le tendit un vieux carré de cuir tout moisi, à se demander comment ces pièces de peaux de vache tenaient encore ensemble. Il avait un peu plus de soixante euros, que je pris directement. Ensuite, je le questionnai s’il avait un smartphone, et il me tendit un Plexus 2. Parfait. Je l’éteignis et le mis en poche. Il fallait juste que je nettoie sa mémoire, histoire de brouiller les pistes.

« Tu es tombé sur ton ami Norbert. Il s’est lancé encore dans des combines foireuses et avait rendez-vous ici pour venir chercher des patates directement dans les champs. Il est parti avec le fermier et depuis tu l’attends. Pendant que tu poireautais, une bande de jeunes t’est tombée dessus et t’a piqué ton fric et ton téléphone ».

Débile le souvenir, j’en conviens. Mais je n’étais pas inspiré. Une fois que je fus assuré qu’il avait bien assimilé ces souvenirs altérés, je me mis en route vers cette gare de bus, comme on dit par chez moi.

J’étais épuisé, je n’en pouvais plus. Je remarquai sur un petit bosquet, non loin de l’entrée du village. Il était bien touffu et faisait une planque parfaite. Je pourrais me reposer, laisser couler un peu de temps histoire que mon chauffeur involontaire et les flics éventuels soient loin d’ici. Je me vautrai sur les feuilles à même le sol, n’arrivant plus à lutter contre la fatigue.

Je ne pourrai dire combien de temps j’ai dormi. Vu le soleil, qui commençait déjà à descendre vers l’horizon, on devait être en milieu d’après-midi. Une fois réveillé, j’ingurgitai le dernier croissant. Mâchant doucement. Je ne savais pas quand je pourrais encore me sustenter. Et puis hop, direction cette fameuse gare routière. On verra bien jusqu’où je pourrai aller.

Le village était un peu plus important que Villers-Sire-Nicole, et je pus trouver rapidement une épicerie. Mon estomac commençant à éructer des borborygmes de plus en plus insistants et bruyants, j’y achetais quelques bricoles à manger et à boire. Je fis profil bas, pas de manipulation mentale, pas de tentative de quoi que ce soit. Je payais sans demander mon reste, sans parler à quiconque. Je n’avais pas envie de me faire remarquer outre mesure avec ces types qui me retrouvaient en un rien de temps.

Je me dirigeai vers la gare, tout en mâchonnant cette espèce de pâte feuilletée bien chimique qui enroulait un semblant de saucisson, tout aussi industriel. En regardant les panneaux des lignes, je me disais que la chance devait être en train de tourner : il y avait une liaison directe jusque Paris.

Le temps que le car se pointe, je lis le journal, planquant de cette manière mon visage. La tentative de meurtre sur Lammour était en première page. On y expliquait qu’un gars (moi en l’occurrence) avait tiré sur le pseudo-journaliste à Bruxelles. Ce fut un garde du corps qui s’était ramassé les balles et ses jours n’étaient pas en danger, grâce à son gilet par balles. On expliquait ensuite que dans ma fuite, j’avais massacré ma famille et une vieille connaissance qui, selon les enquêteurs, devait être mon complice. Il y avait une capture d’écran de la vidéo de YouTube. On ne distinguait pas bien mes traits. Je me mis à espérer que les autres journaux firent de même, en mettant une photo d’une aussi mauvaise qualité. Je remarquai également que je n’avais pas le visage amoché dans la vidéo. Mes tortionnaires avaient involontairement bien fait leur boulot, j’étais moins reconnaissable grâce à leur coup. Avec un peu de chance, je pourrais atteindre Paris sans être reconnu par quiconque.

Mais, alors que le bus arrivait et se garait devant moi, je me mis à paniquer. Je n’avais pas pensé comment réagir si le chauffeur se posait la moindre question sur mon état, voire pire, me reconnaissait. Je montai dans le bus tout tremblant. Il me regarda à peine, préférant reluquer par son rétro la poupée Barbie grandeur nature installée juste derrière. Hum, jolie damoiselle à la poitrine fort généreuse, tu m’as involontairement, tiré d’un bien mauvais drap. En tout cas, merci les hommes faibles, toujours à avoir les yeux qui traînent partout : mon voyage fut sponsorisé par un chauffeur de car de la SNCF, trop occupé ailleurs et me rendant le double du prix du trajet.

Pas besoin de me faire remarquer, je ne dis rien et allai m’installer dans un coin. Pas moyen de me détendre, mes yeux, planqués derrière ce grand journal, guettaient les moindres mouvements inquiétants. Durant deux heures, je tremblai à chaque ouverture de porte. Deux heures de pur calvaire. Mais on y arriva. Paris droit devant.

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