Le pâté se transforme en un petit tas brun malodorant

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Qu’est-ce qu’il pouvait bien foutre là ? Était-ce lui qui m’avait sorti de ce mauvais pas ? Et pourquoi avait-il disparu si subitement ? Je n’osais pas l’appeler, de peur d’être repéré par la flicaille qui devait rester dans les parages. Quoi qu’il en soit, je me retrouvai seul dans ce dédale de ruelles, ma voiture hors d’atteinte, avec un look de zombie niveau dix. Comparés à ma tronche, les morts vivants de Walking Dead font figure de petits poneys multicolores. J’attirerai l’attention sur moi dès qu’un passant croiserait ma frêle silhouette. Je n’étais pas dans la merde.

Je regardai mon smartphone. 21h14. Toute cette galère, de l’entrée de Lammour jusqu’à maintenant, n’avait même pas duré une heure. Pourtant, cette folle cavalcade m’avait paru s’éterniser depuis des éons. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire ? Attendre que ces flics décampent pour aller rechercher la bagnole ? Venir la reprendre demain ? Et dans ce cas-là, comment rentrer chez moi ? Putain, pourquoi s’était-il barré l’autre blaireau, il aurait pu me dire quoi faire plutôt que de me laisser en plan !

J’étais pris dans un maelström de sentiment : la colère et l’impuissance me submergeaient alors que je ne voyais aucune issue à mon problème. Je me mis à trottiner, bien décidé à rattraper ce type à moitié à poil. J’eus beau chercher, impossible de lui mettre la main dessus. Envolé, comme plus tôt en cette fin d’après-midi. Merde !

Déconcerté, je contemplais mon téléphone. J’avais un furieux besoin d’aide. Mais qui pourrais-je bien appeler ? Pas Marie, elle ne pourrait pas venir avec les enfants. Si elle m’entendait maintenant, avec une voix à faire peur suite aux coups subis et mes angoisses soudaines, elle se mettrait à paniquer. Et il en était hors de question. J’ai toujours laissé Marie et les gosses en dehors de mon utopie. Mat ? Certainement en train de picoler devant sa console ou un de ses autres jeux en ligne, il ne répondra pas.

Je me rendis compte qu’à force de manipuler les subconscients, à toujours opérer en secret sans ne m’être jamais confié à quelqu’un m’avait quand même bien desservi. Tout en faisant défiler la liste de contact, je me fiai à l’évidence : je ne pouvais compter sur personne.

De plus en plus désemparé, je pris un numéro au hasard. Greg. C’était un chouette gars, toujours prêt à rendre service. Je suis sûr qu’il m’aidera, au pire, j’effectuerai un petit nettoyage dans sa caboche par après. La sonnerie émit deux fois, puis il décrocha.

« Putain, Chris, mais qu’est-ce que tu fous ?

— Greg, je suis désolé, mais je suis vraiment dans la merde. J’ai…

— Ha ça oui, je le vois bien. Tu passes en boucle aux infos, me répondit-il.

— Quoi ? Comment ça ?

— Tu es recherché pour tentative de meurtre sur Lammour. Il y a une vidéo où on te voit en train de lui tirer dessus. Les images n’arrêtent pas d’être rediffusées sur toutes les chaînes. Et sur le net, je ne te raconte pas comment ça jase. La twittosphère se lâche, certains ricanent, d’autres te traitent de tous les noms pour l’avoir loupé. »

Mes jambes défaillirent, j’échouai à même le sol. Je ne comprenais absolument plus rien. Les larmes me montèrent au visage pendant que Greg scandait mon nom pour voir si j’étais toujours au bout du fil. Je tentai de me ressaisir, de le convaincre que je n’y étais pour rien. L’inception, au téléphone, ça ne fonctionne pas. Je dois avoir un contact visuel.

— Greg, ce n’est vraiment pas ce que tu crois. S’il te plaît…

— Ne dis plus rien. De toute façon, je n’ai jamais pu encadrer ce mec. Mais sérieux…

— Je te jure, je n’y suis pour rien.

— Ok, Ok je te crois ! Dis-moi où tu es je viens te chercher.

— Je ne sais pas, je suis coincé dans une petite ruelle d’Uccle. J’imagine pas très loin du club.

— D’accord. Je vais t’attendre Rue Boetendael. Ce n’est pas très loin du square des Héros, dans ce quartier-là. La rue est assez discrète, il y a assez peu de passage le soir. Tu penses que tu pourras aller jusque-là ? J’y serai dans une demi-heure. D’ici là, tiens-toi à carreau. Si à onze heures je ne te vois pas et que je n’ai pas de nouvelles, je décampe.

Il raccrocha. Et moi, je restai là, à genoux dans cette petite ruelle. Le monde s’écroulait autour de moi. Impossible de me relever. Je ne pigeais plus rien. Toute cette histoire ne pouvait être qu’un coup monté, ce n’était pas possible autrement. Je n’ai jamais tenu une arme en main de ma vie, j’ai les flingues en horreur. Sans crier gare, le téléphone sonna. Marie. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ? Je ne répondis pas. Le maudit appareil recommença illico son tintamarre, bien décidé à réveiller tout le quartier et annoncer ma présence dans le coin. Je le mis sous silencieux. Soudain, j’entendis des bruits de pas derrière moi. Si c’étaient des flics, ou ces types en noir, j’étais marron. Je me remis en route, tant bien que mal.

Je me repérai facilement au bout de la ruelle. Avenue de Fré. Selon mon estimation, le square devait se situer à moins d’un kilomètre. J’évitai au maximum les sources de lumière histoire de ne pas être trop visible. Le moindre bruit me faisait sursauter, je cherchais une planque dès qu’un vrombissement de moteur rugissait dans la nuit. Le téléphone, quant à lui, n’arrêtait pas de danser sa samba vibratoire dans ma poche ! Je fis pas mal de détours pour éviter au maximum de rester sur cette avenue, un grand axe du sud de Brux'hell.

J’exprimai un soupir de soulagement lorsque j’atteignis cette petite rue où Greg m’attendait. Je fus encore plus apaisé quand je le vis sa bouille sortir de sa bagnole.

« Ouch, t’es vraiment dans un sale état ! »

Il regarda un peu mon visage et constata l’étendue des dégâts. Il ne semblait pas trop optimiste, mais il enchaîna rapidement sur un autre problème.

« Il y a des flics partout sur les grands axes. Désolé mon gars, mais tu devras te cacher dans le coffre. Où est-ce que tu veux que je t’emmène ?

— Chez moi. Je n’ai nulle part ailleurs où aller.

— T’es quand même conscient qu’avec ta tronche placardée partout sur le net et à la télé que les flics débouleront chez toi en un rien de temps, si ce n’est déjà fait ?

— Je dois voir Marie. Je dois lui dire ce qu’il s’est passé, que rien ne s’est passé comme annoncé par la presse. Je ne peux pas rester comme cela, je dois prendre des fringues. Ensuite, j’aviserai.

— Je ne dis pas le contraire, tu fais vraiment peur à voir. Tu devrais d’ailleurs voir un toubib de toute urgence. »

Il se tut quelques instants, réfléchissant à la marche à suivre, puis reprit.

« Écoute, je vais me garer dans une rue près de chez toi. Si les flics sont déjà sur place, on avisera à ce moment-là. Prends ce que tu as besoin, puis on décampe. »

Son plan m’allait, et je hochai la tête en guise d’accord. Il me mit dans son coffre puis démarra la voiture en un quart de tour. Pendant le trajet, je n’arrêtai pas de ressasser tous les événements de la soirée. J’essayais également de trouver des mots pour tenter de rassurer Marie. Mais à mon grand désespoir, rien ne vint.

Au bout d’une demi-heure, la voiture s’arrêta. Greg, tout en m’aidant à sortir du coffre, me débriefa sur ce qu’il avait constaté en arrivant.

« Je suis passé devant chez toi, il n’y avait pas un chat, pas de signe de flics. Mais bon, je ne suis pas pro en filature. Je t’attendrai ici, pendant une demi-heure. Si d’ici là…

— Oui, je commence à connaître. Merci en tout cas.

Poser le pied sur le bitume me causa une souffrance atroce, comme si une décharge électrique parcourait tout mon être, des pieds à la tête. Une fois les grimaces de douleurs estompées, je pris mon courage à deux mains et commençai à me diriger vers ma petite chaumière. Greg me fit un sourire amical et retourna s’asseoir au volant. J’avançais, les genoux tremblants, dans cette rue si familière, qui avait abrité ma chère famille depuis si longtemps. Les larmes me montèrent au visage. Je ne savais toujours pas ce que j’allais dire à Marie…

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