Ça sent le pâté (désolé pour les amateurs de ce truc bizarre)

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Une foule qui hurle de peur, ça cause un tintamarre du tonnerre. Ici, les snobinards s’en donnèrent à cœur joie, poussés encore plus par la frayeur de froisser leur costard Armani. Mais leurs cris ne furent cependant pas suffisants pour couvrir le bruit d’une deuxième détonation. Les deux malabars se regardèrent, l’un d’eux vociféra quelques mots en allemand. Le second sortit un flingue et se rua vers la salle, arme au poing.

Le mec resté à côté de moi semblait déstabilisé. C’était peut-être ma seule chance. Une fois la porte refermée derrière l’autre armoire à glace, je tentais une ultime poussée.

« Des joueurs de Water-polo blacks et gays ont interrompu la réception. Ils voulaient marquer le coup en « enculant du nazillon ». Alors qu’ils s’apprêtaient à me déchirer le caleçon, tu m’as extirpé de leurs vilaines griffes et m’as extrait vers ce couloir. Tu es en train de me porter pour que je puisse m’échapper et alerter les secours. »

Bingo ! Fini le mur infranchissable ! Le mec, désarçonné, avait baissé sa garde. Son esprit entre mes mains, je ne mis qu’un instant pour lui remplacer le dernier quart d’heure de sa vie. Il me prit par les épaules et me porta jusqu’au bout du couloir. La porte qu’il ouvrit déboucha sur l’entrée de service du Club, attenante à une petite rue du quartier. Une dernière poussée, pour qu’il oublie mon ultime tour de force et je fus enfin débarrassé de ses vilaines pattes.

Je m’éloignai de cette entrée, tant bien que mal, dans le cas où le type retrouverait subitement la mémoire, et partis dans la ruelle. Je déambulai dans le quartier, sans trop bien savoir où j’allais, encore sonné par la mésaventure que je venais de traverser. Après quelques tâtonnements dans ce quartier résidentiel hautement huppé, je trouvais une entrée d’un parking en sous-sol. L’endroit idéal pour reprendre mes esprits sans être aperçu par quiconque passait en voiture.

Je visualisai la dernière demi-heure dans ma petite caboche. Toute cette histoire s’était déroulée en un clin d’œil. Mais en fin de compte, tout s’embrouilla dans ma tête. Je ne savais plus quoi penser. Toutes mes certitudes, ce sentiment de puissance, avec mon don, s’étaient envolées en l’espace de quelques instants. Après avoir repris mon souffle, je voulus constater les dégâts. J’étais dans un sale état. Mon joli costume du dimanche était déchiré à plusieurs endroits et parsemé de taches de sang et de dégueulis. Pareil pour ma belle chemise, dont le blanc n’était plus qu’un lointain souvenir.

J'effleurai ensuite mon visage tuméfié avec mes doigts. Ce boche ne m’avait vraiment pas raté. Le pire restait les côtes. J’avais l’impression qu’un rouleau compresseur m’était passé dessus. Le plus petit mouvement amplifiait la douleur, je devais me retenir de crier dès que je bougeais le moindre centimètre. Je ne pouvais cependant pas moisir ici. Je n’avais pas envie de retomber sur ces skins en costard, et s’ils se mettaient à me courser et m'attraper, je n’osais imaginer ce qu’ils me feraient subir.

Je dus m’y reprendre à plusieurs reprises pour arriver à me relever. Chaque fois que je posais le pied sur le sol, j’avais l’impression de recevoir un coup de masse dans le crâne et ma vision se troublait un micro-instant. Je fis quelques tours et détours pour retrouver la rue du Country Club. Ma voiture étant garée non loin de l’entrée, je tentais de reprendre une certaine contenance pour ne pas attirer les regards sur ma petite personne.

Des gyrophares retentirent et se rapprochèrent de plus en plus de ma position. J’étais vraiment un imbécile. Comment récupérer ma bagnole, dans cette tenue, alors que des coups de feu venaient d’être tirés dans le quartier ? Si le sniper avait réussi à s’échapper, les flics auraient placé des barrages partout. Inceptionner un type, ça va, mais plusieurs… Je n’y arriverai pas. Je décidai d’avancer, prudemment, histoire d’évaluer la situation. Si ça tournait au vinaigre, je retournerais me planquer dans cette entrée de parking, en croisant les doigts que personne ne se balade dans le coin.

La rue était baignée par ces lumières bleues qui pulsaient dans la nuit. Devant le club, il y avait trois bagnoles de flics. Deux poulets faisaient le pet à l’extérieur, les autres semblaient être rentrés dans le bâtiment. Je devais cependant passer près d'eux, pour récupérer ma voiture. Je traversais la route, pour foutre le plus de distance entre eux et moi. Garder une allure correcte, malgré la douleur, me faisait puiser dans mes dernières forces. J’avais peur comme jamais. Je ne sais pas comment j’arrivais à mettre un pied devant l’autre, j’avais constamment l’impression que mes pieds allaient se dérober tant la panique avait transformé mes jambes en castagnettes. Mais les poulets semblaient ne pas faire attention à moi, trop occupés à discuter avec les quelques quidams en état de choc qui sortaient du bâtiment. Encore une trentaine de mètres et je serai suffisamment loin de leur champ de vision.

J’y étais presque. La délivrance, au bout de quelques mètres. Comme si je traversais un long tunnel sombre et qu’à la fin de celui-ci une lumière chaleureuse était prête à m’accueillir. Alors que le calvaire touchait à sa fin, un cri retentit derrière moi.

« Là, c’est ce type ! Attrapez-le ! »

D’un coup, les flics tirèrent leur arme et se mirent à me courser. J’osais me retourner une fraction de seconde, la voix appartenait à l’un de mes tortionnaires, celui qui s’était barré à cause du coup de feu. Il accompagna les poulets dans leur course. Putain, si près du but. J'accélérai la cadence comme jamais, hurlant presque à chaque pas, tellement la douleur me lançait. Malgré la souffrance, il me semblait que jamais je n’avais sprinté aussi vite de ma vie. J’avais l’impression que ma tête allait exploser sans crier gare.

« Arrêtez-vous, première sommation ! »

J’ignorai l’ordre du flic, continuant dans ma folle lancée sans jamais jeter un coup d'oeil dans mon dos. Ils allaient bien plus vite que moi, c’était certain, des types surentraînés. Moi, je n’avais plus mis les pieds dans une salle de sport depuis l’école. Si je me retournais, c’en était d’office fini, je ne sais pas ce qu’on ferait de moi. Les flics à la limite, il y aurait moyen de leur échapper, mais les boules de billard semblaient hyperbalèzes, immunisées à ma capacité et ils n’avaient vraiment pas l’air d’être des petits rigolos.

Je les sentais se rapprocher, les bruits de leurs pas m’étaient de plus en plus perceptibles. Je voulais accélérer, mais je n’y arrivais pas. Je n’en pouvais plus. Ce serait bientôt la fin. Dans quelques mètres, je me ferai plaquer au sol et menotter comme un vulgaire malfrat. Putain, je n’avais rien fait de mal ! Je souhaitais seulement rendre ce monde meilleur, plus beau. Et si, au final, les ténèbres étaient plus fortes ? Que tous les types comme moi, qui tentaient de changer le cours des événements se faisaient descendre, ou pire ?

Sans crier gare, une bagnole de flic déboula dans la rue face à moi, et stoppa net. Deux poulets sortirent et me mirent en joue, bien planqués derrière leur portière, comme dans les films d’action. Comme si j’allais leur tirer dessus. Je n’ai jamais fait de mal à une mouche, je ne suis même pas armé ! Ne sachant que faire, je regardai autour de moi. Heureusement, à gauche se trouvait un petit chemin pour les piétons, juste quelques mètres devant la voiture. Les boulets s’étaient arrêtés trop tôt.

Sans réfléchir, j’effectuai un virage à quatre-vingt-dix degrés et m’engouffrai dedans. Mes poursuivants, quant à eux, stoppèrent leur course. Alors que je continuais à sprinter comme un dératé, j’entendis derrière moi qu’ils se demandaient où j’étais passé. Le malabar hurlait sur les flics, les traitant de crétins. Je persévérai dans ma folle échappée, n’osant pas ralentir. Après quelques sinuosités, le sentier repartait en ligne droite et là je stoppai net. Le mystérieux Emmet Brown, toujours dans le même accoutrement, se tenait là face à moi. Il me regarda d’un air sévère, puis se détourna, me laissant seul dans cette petite ruelle Uccloise.

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