Les petites manies d'Alban.

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Il avait bien aimé le ton de la phrase. Après tout, ses copains avaient tous une employée de maison. Cela ne lui coûte rien de lui proposer un essai. Il n'a pas l'habitude de mettre à nu ses effets personnels. Elle va s'affairer chez lui pendant son absence, toucher ses bibelots, ses livres, regarder dans le tiroir de sa table de nuit. Cette idée le met mal à l'aise.

Comme ses horaires sont assez variables, il pense lui proposer de venir en fin de soirée. Il a envie d'avoir un oeil sur elle et en même temps profiter d'une présence. Après les tâches ménagères, vers vingt heures, elle lui servirait son dîner. (Plus besoin de sortir sous la pluie pour avaler le plat du jour, seul attablé au café du coin, tout en faisant d'un air guilleret la conversation avec le bistrotier devenu depuis un ami).

Elle pourrait ensuite s'éclipser. Ce ne sont pas des horaires classiques, ceux auxquels on s'attend. Cela suppose qu'elle n'a pas de vie de famille, elle-même devra manger avant ou après lui. Il fera un effort pour régler sa vie et dîner à heures fixes. Il se peut qu'il essuie plusieurs refus. En attendant, il est bien obligé de veiller à la propreté de son logis.

Il compose son numéro. Un répondeur lui indique de laisser un message. Ce qu'il fait. D'autres annonces pourraient correspondre à ses attentes : une femme, la cinquantaine, mais pas véhiculée. Une portugaise fraîchement débarquée à Paris, ne connaissant pas le quartier. Une jeune fille, à peine majeure, dont l'orthographe l'a tout de suite hérissé. Il y a même un homme qui se propose de briquer les vitres et le sol. Pourquoi pas ?

Sa décision est prise, il a hâte maintenant que cela se concrétise. Cependant, il doit s'occuper du devenir de sa maman, il ne va pas la laisser tomber. Elle s'est si bien occupée de lui depuis huit ans, une femme dévouée, méticuleuse, organisée et efficace. Comment trouver une perle à la hauteur de cette mère ?

Il ne connaît pas bien les femmes. Celles qu'il a rencontrées avaient toutes un air de sa mère : blondes, soignées, dynamiques, sûres d'elles. Seulement trois aventures en huit ans. Certaines correspondaient à peu près à ses critères. À chaque fois la relation n'a duré que quelques mois. Partager son quotidien avec une femme s'avère difficile. Il faut qu'elle supporte son obsession de la propreté.

Dans sa chambre rien ne traîne par terre, tout est à sa place. Sur les cintres sont rangées les chemises classées par couleur. Les pantalons bien repassés sont pendus immédiatement après leur passage au pressing. Les cravates sont rangées dans des boîtes. Les draps en soie sont ses préférés. Sa peau délicate ne tolère que les produits biologiques d'une certaine marque. Si par hasard il utilisait d'autres marques aussitôt des rougeurs et des plaques apparaissaient. Il aère matin et soir sa chambre qui est parfumée aux huiles essentielles.

La vue imprenable sur les toits parisiens l'emporte dans des rêveries sans fin. Il se verrait bien aux côtés d'une jolie blonde, un verre à la main, son bras entourant sa taille, tous deux regardant dans la même direction. Il lui proposerait un massage. Pour lui la sensualité a une grande importance. Il n'aime pas les gestes brutaux. Il exècre les conversations viriles de certains de ses collègues banquiers qui collectionnent les femmes. Ils racontent en long et en large leurs exploits, la façon dont ils les ont pénétrées, le nombre de fois où elles ont joui.

Pour eux les filles sont un passe-temps, une distraction. Certains sont mariés et mènent une double vie. Ils ont acquis des garçonnières pour faciliter leurs incartades. Ils comparent leurs corps. L'un aime les fortes poitrines, un autre les petites femmes, certains préfèrent les rondes. Il se sent toujours extérieur à ces propos. Il imagine les scènes que vivent ses copains : la fille sur un bout de canapé, à quatre pattes, son collègue Thomas debout, chemise relevée, pantalon aux pieds, la pilonnant avec vigueur, sa conquête arc-boutée sous les coups de boutoir, poussant des cris animaux, réclamant encore plus son ardeur.

Peut-être est-ce cela qui a fait fuir sa dernière partenaire. Elle réclamait une séance de sexe par jour. Alban n'a pas tenu la cadence. Elle l'a épuisé, elle en demandait trop. À cette période, il a même négligé le rangement de sa chambre, les draps étaient froissés, tâchés de sperme. Difficile de maintenir le rythme. Un jour, il a même oublié de jeter un préservatif. Sa mère l'a retrouvé dans ses draps. Ce fut une honte d'avouer à sa mère qu'il s'adonnait avec Audrey à de nombreux ébats.

Évidemment elle se retint de le juger. Si son Alban a une vie sexuelle épanouie, alors rien n'est plus important à ses yeux.

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