La petite annonce.

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Alban est célibataire depuis longtemps. Son poste d'investisseur dans une grande banque lui prend beaucoup de temps. Il aime son métier. Les semaines de soixante-dix heures ne lui font pas peur. Une fois chez lui, place à la détente. Seul ou avec un ami, il prend un verre, histoire de se décontracter. Il vit dans un appartement bien trop grand pour lui avec un toit-terrasse d'où il peut voir tout Paris.

Il aime le dernier étage pour son calme absolu. Trois pièces de 80 mètres carrés au mobilier moderne, design, aux surfaces lisses, noires et blanches. Le confort est pour lui primordial. La sérénité de ses soirées l'aide à affronter la journée du lendemain. Cette vie trépidante, entre les repas d'affaires et les déplacements vers d'autres villes, l'amène à prendre ses repas toujours à l'extérieur. Un gain de temps pour lui bien que cela représente un gros budget. C'est son côté dépensier. Seule ombre au tableau de sa vie aisée : il déteste faire le ménage, ranger, s'occuper du linge. Toutes les corvées lui déplaisent. Essuyer le plan de travail avec une éponge ? Repoussant. Nettoyer la baignoire ? Pas pour lui. Laver les draps, repasser les chemises ? Une perte de temps.

Il ne se risquerait pas à abîmer ses jolies mains dont la manucure lui coûte si cher. Sa mère faisait office d'aide ménagère depuis qu'il avait pris son propre appartement et ce, pour son plus grand plaisir. Elle n'habite pas loin de chez lui, juste quatre rues à traverser. Elle couvre la distance à pied. Elle s'active lorsque son fils chéri travaille. Quand il rentre chez lui, l'évier brille, la table luit, le frigo est rempli, son lit n'a pas un pli.

Il est son fils unique, sa merveille, sa vie. Depuis quelque temps l'arthrose l'affaiblit. Il décide alors que le moment est venu pour elle de se reposer. À soixante-dix ans, c'est bien normal. Il compte lui annoncer qu'il va chercher une personne pour la remplacer. Ce n'est pas une démarche anodine. Sa mère va rouspéter, chercher à atténuer ses douleurs pour pouvoir rester encore un peu maîtresse du logis de son fils, artisane de la propreté de son intérieur. Que fera-t-elle désormais ?

Sa vie a toujours pris de l'éclat grâce à son fils. Délaissée par un mari trop préoccupé par son travail, souvent en déplacement, elle a reporté son amour sur son petit. Ses amies disent qu'il lui ressemble : même moue boudeuse, même détermination. Un gagnant.

Divorcée de son père depuis quinze ans, elle a bâti son univers autour de lui. Elle ne part en voyage avec sa voisine que lorsque lui-même est en congé. Elle est disponible pour lui, le jour comme la nuit. Elle le conseille, l'aide à choisir ses tenues, à modifier la disposition de ses meubles. Elle le coache pour tout ce qui concerne ses rencontres avec la gent féminine. Bref, elle lui est indispensable.

Attrapé par le démon de midi à cinquante-cinq ans, le père d'Alban a quitté le foyer du jour au lendemain. Il lui avait bien dit de cesser de s'occuper de son fils, que leur complicité cesserait un jour. À trente ans, Alban profite allègrement de son statut de fils à sa maman. Son entourage ne manque pas de le lui faire remarquer en ironisant sur ce manque d'émancipation.

  • Tu n'as pas encore coupé le cordon, lui disait encore hier sa voisine de vingt-cinq ans.

Les années passaient, il était toujours son petit protégé.

Comment s'en détacher?

Il est onze heures trente. C'est maintenant. Sa vie va prendre une autre tournure à partir d'aujourd'hui. Il attrape son téléphone portable, appuie sur la touche "appel favori" , le numéro de sa mère s'affiche. Il prend une grande inspiration.

- Maman, c'est Alban.

- Mon chéri tu as bien dormi ? Tu veux que je passe l'aspirateur chez toi ? Justement je n'ai rien prévu aujourd'hui.

- Maman, non, ça ira. Prépare-toi, je passe te prendre à midi pour déjeuner à la brasserie Léopold.

- Ah bon. C'est là où on allait avec ton père. Tu me gâtes. Alors à tout à l'heure.

Avant de se rendre chez sa mère, il épluche les petites annonces locales de services à la personne. L'une d'elles attire son attention :

" Fini les corvées du ménage. Gabrielle, la fée du logis, vous en débarrasse".

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