Partie 1 - 2

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 On ne pouvait pas laisser Matthias comme ça. Avec Olas et deux autres compagnons, nous avions décidé de tenter de lui trouver une dernière demeure plus digne. La tâche s’annonçait difficile pour plusieurs raisons : le terrain accidenté n’allait pas faciliter notre progression, nous étions épuisés physiquement et surtout, ce qui nous inquiétait le plus était de se faire repérer par une sonde volante. La rencontre avec une de ces machines scellerait rapidement notre destin. Pourtant, personne n’a rechigné à la tâche. Il méritait au moins ça. Cependant, une ingénieure du groupe a montré son incompréhension.

 « Pourquoi prendre tant de risque ? Nous pourrions le recouvrir de pierres au bord, par là-bas », nous indiqua-t-elle d’un geste de la main.

 Le biologiste Arlord réfuta aussitôt sa proposition.

 « Si nous devons rester plusieurs jours ici, vous seriez la première à le sortir d’ici. L’odeur de la mort est une des pires qu’elle soit. »

 Elle ne prit pas la peine de répondre et se recroquevilla un peu plus contre ses plus proches compagnons. Je ne lui en voulais pas. Nous étions tous angoissés et à bout. La sécurité relative de notre refuge était à préserver.

 Olas regarda rapidement les environs et repéra une alcôve dans la paroi à quelques dizaines de mètres d’où nous nous tenions. Sans remettre en doute son observation et ses explications, nous nous préparions à soulever Matthias. Nous dûment le reposer dans la seconde. Son corps parut peser une tonne. Et d’un seul coup, nous comprenions que l’effort serait intense et nous marquerait pour de longs moments. Ayant remarqué avec quelle difficulté nous déplacions notre triste fardeau, d’autres compagnons vinrent nous aider à le hisser en dehors de notre refuge commun.

 Nos combinaisons n’offraient pas le meilleur des camouflages. Même sale, leur blancheur se détachait de trop sur les teintes grises et ocre du terrain. Les chaînes montagneuses, de cet endroit d’Ition-g, invitent à l’aventure. Depuis notre nouveau campement, je me rêvais à les parcourir, à dépasser les sommets qui me barraient l’horizon. Malheureusement, ce souhait s’était réalisé bien plus proche d’un cauchemar. Nous n’avions pas trainé, bien conscients que chaque minute comptait. Pauvre Matthias, sur les derniers mètres, à bout de nos forces, nous l’avions trainé lamentablement au sol.

 Soudain, Olas fit un signe de la main nous invitant à rester derrière le premier rocher que nous trouvions. Une sonde volante ? Une navette ? Un robot tactique ? J’avais peur. Je n’osais pas bouger la moindre partie de mon corps au risque de nous faire repérer. Puis la magie de la nature opéra. Une masse grise se détacha du sol à une bonne cinquantaine de mètres de nous. L’animal sembla s’étirer de sa récente léthargie. Il était magnifique. La faune Itionnaise impressionne par sa grâce et son jeu du mimétisme presque parfait avec son environnement. Je ne pouvais pas détacher mes yeux de cet animal. Son aspect minéral magnifiait ses mouvements. La pression du moment retombait devant ce spectacle de la vie. Il ne se souciait guère de nous. L’humain n’avait rejoint son paysage que depuis quelques années. Cependant, nous restions vigilants. Tant de mystères nous entouraient encore. Par sa taille et son aspect, il invitait à l’humilité.

 Nous attendîmes plusieurs minutes que l’animal-roche se perde au loin sur un versant de la montagne qui lui semblait plus propice. Puis, nous nous attelions notre triste labeur. Nous atteignons enfin l’alcôve où le corps de notre compagnon reposerait pour l’éternité. Avec des pierres, nous le cachions tant bien que mal. Cela nous demanda plus de temps que prévu. Une fois notre tâche achevée, nous restions assis quelques instants pour reprendre des forces. Chacun piocha dans son petit sac de rations de quoi se requinquer.

 Sans un mot, nous nous levâmes et reprîmes la direction de notre refuge de fortune. La nuit allait bientôt tomber et le froid s’accentuer. Je repris ma place parmi mes compagnons en espérant que le jour à venir soit plus clément. 

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