Chapitre 3 Agressif

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Je n’aurais jamais dû descendre de ce bus. Pourtant Benjamin était digne de confiance, il m’avait toujours aidée, avait toujours été gentil, et voilà que je me retrouvais face à ce garçon qui semblait pouvoir se laisser emporter à n’importe quel moment.

  • C’est une propriété privée.

J’articulai difficilement une réponse à sa voix grave :

  • Je… désolée… je voulais juste m’abriter.

D’un coup, son attitude changea, d’un calme énervé et immobile, il passa à une colère débordante, comme si ma voix l’avait irrité. Je fus relevée en une fraction de seconde et plaquée contre l’un des arbres. La pression sur le haut de mon torse fut telle que ma respiration fut coupée. Une larme de douleur coula sur ma joue, se mêlant à la pluie qui venait de naître. Il ne semblait pas s’en alarmer :

  • Il y a d’autres maisons, qu’êtes-vous venu faire ici ?

Je n’arrivais pas à émettre le moindre son devant ses yeux sombres. Un coup de poing sur l’arbre, juste à côté de mon visage, fit manquer un battement de mon cœur. J’entendis par la même occasion l’écorce de l’arbre craquer. Mais ce geste de colère débloqua ma gorge serrée par le stress :

  • Un ami… je devais l’attendre… devant.
  • Un ami ? Qui ?
  • Mon… cousin.
  • Son nom.

Il s’était approché de moi. Sa soudaine proximité serra de nouveau ma gorge. Il avait alors une main de chaque côté de ma tête, certainement pour ne pas que je puisse m’enfuir. Nous étions très proches, trop. La chaleur que dégageait son corps arrivait jusqu’à moi, une chaleur sauvage, brûlante de colère.

Qu’avais-je fait pour l’énerver à ce point ?

  • SON NOM !
  • Benjamin…

La colère monta dans ses yeux. Ses yeux… Les pupilles… Elles étaient verticales ! Il n’y eut pas que cela de changé par la colère : ses dents, ses canines, s’allongèrent.

Benjamin… au secours.

D’une poigne de fer, il me prit le bras. Je ne pus éviter un cri de douleur : les griffes… Mais il ne se soucia pas de ma souffrance et m’entraîna vers le fond de l’immense jardin. Qu’allait-il me faire ? Je le suivis tant bien que mal. Il marchait vite et tirait sur mon bras tel un fou-furieux ! Il n’était pas humain, mais pas parfaitement loup, en pleine transformation peut-être ? Qu’adviendrait-il s’il se transformait entièrement ?

On parvient en très peu de temps à une maison. Immense maison. Beige, elle était plutôt banale, hormis sa taille. Le garçon me força à le suivre à l’intérieur et claqua la porte derrière nous. L’entrée était plutôt chaleureuse, contrairement à lui. Marron et beige, je n’eus pas le temps de la détailler. Rapidement, il ouvrit une porte et on se retrouva dans un salon. Mon cœur manqua encore un battement. Deux garçons discutaient, assis dans des canapés. Ils tournèrent les yeux vers nous à notre arrivée mais ne semblaient pas s’étonner de l’apparence de celui qui me tenait.

Je fus jetée sans ménagement sur un canapé. Quelle brute…

  • Le premier qui la touche j’le tue.

Et il partit aussi sec, claquant la porte avec rage.

L’un des deux garçons s’assit près de moi. Je le dévisageai avec crainte. Rapidement, des larmes de stress perlèrent mes joues.

Qui étaient-ils ? Qu’étaient-ils ? Des amis de Benjamin, mais, ils n’avaient pas été surpris de l’apparence particulière de l’autre garçon, alors ils en étaient aussi ? Des loups garous ? Mais alors, Benjamin ? S’il était leur ami, lui aussi était… ? Non, non, non et non ! Mes idées s’embrouillent, je dois me calmer. Reprendre le contrôle. Mon bras me faisait atrocement mal, m’empêchant de me concentrer, il fallait pourtant que je me calme !

Le garçon près de moi posa une main sur mon épaule, je sursautai et m’éloignai immédiatement. Ses yeux d’un bleu étonnant me fixèrent avec compassion. Il portait ses cheveux bruns assez longs, pour un garçon, mais ça lui allait bien. Un visage carré, très mature ; peut-être un peu trop pour son apparence d’une vingtaine d’années. Plutôt de grande taille, d’une grande et belle carrure. Il paraissait alors comme étant le plus âgé de la pièce, peut-être l’était-il ?

  • On ne te fera pas de mal.
  • Parle pour toi !

Il dévisagea rapidement l’autre garçon qui avait parlé. Ce dernier lui adressa un immense sourire. Un garçon pour le moins… spécial. Son visage paraissait très jeune, enfin adolescent, et étrangement fin pour un homme. Pourtant il était aussi grand que l’autre. Sa mâchoire arrondie lui donnait un air enfantin. Ses yeux étaient d’un vert très flash, comme s’il s’agissait de lentilles, irréels, et ses cheveux, bleus et blancs, n’arrangeaient pas cet aspect extraverti et joueur. Son apparence était spéciale, mais amusante, et ça lui allait bien, il devait peut-être être le clown de la bande.

  • Ce n’est pas comme ça qu’on va la calmer Will.

Will n’eut pas le temps de répondre : une nouvelle voix… mais combien étaient-ils ?

  • J’ai entendu les portes claquer, que se passe-t-il ?

Tous les yeux se tournèrent vers l’entrée de la pièce. Sans aucune parole, le nouveau venu baissa les yeux sur moi et vient rapidement.

  • Que fait-elle ici ?
  • On n’en sait rien.

Calme, il me faut du calme. Ma respiration était toujours trop rapide. Mon cœur battait trop vite. Je n’arrivais pas à me concentrer sur ce qu’il se passait autour de moi. Ces garçons, ils étaient tous au courant pour la magie ? Certainement vu leur inaction face au loup. Le nouveau venu s’assit à ma gauche et me prit lentement la main.

Qu’avaient-ils tous à vouloir me toucher ?

Bizarrement, dès que nos doigts se rencontrèrent, je ressentis un certain apaisement. Mon cœur ralentit. Ma respiration redevient régulière. Je fermai les yeux de soulagement.

Était-ce le garçon qui avait fait ça ?

  • Comment t’appelles-tu ?
  • Kayla.

Il me sourit et garda ma main dans la sienne. Beau brun à l’air intelligent. Il était le plus petit de la pièce à ce moment précis, sans me compter bien sûr. Lui était différent, moins grand donc, moins musclé aussi, il était normal. Ses yeux d’un ocre discret me fixaient avec compassion, peut-être même plus que le premier beau garçon n’avait eu à mon égard. A bien y regarder ils étaient tous très beaux. Une troupe de jeunes adultes. C’était toujours une chose que je remarquais quelle que soit ma situation, la beauté d’un garçon. Mais ce garçon-là avait quelque chose de différent des deux autres, une animosité en moins. Son regard semblait plus humain. Voilà peut-être pourquoi j’avais été rassurée par lui.

  • Pourquoi Camel l’a ramenée ici à votre avis ?

Camel devait être le loup garou que j’avais croisé dehors.

  • Alors là, il faut pas chercher à comprendre.
  • Il avait l’air énervé à cause d’elle.

Le garçon à ma gauche leur lança un regard qui eut pour effet de les faire taire :

  • Qu’il y ait une raison ou non on le saura, pour le moment évitions ce genre de sujet.

Ayant retrouvé mon calme : ma parole était de nouveau contrôlable, à peu près du moins.

  • Vous… vous êtes quoi ?

Ce fut encore une nouvelle voix qui me répondit : un quatrième garçon.

  • Un vampire, deux loups et un mage.

Je tournai lentement la tête vers la porte : le garçon qui se tenait à l’entrée de la pièce me sourit. Un sourire… muni de crocs acérés.

  • Quelle délicieuse odeur…

Mon cœur manqua un battement. J’avais déjà remarqué la réaction de ce Camel lorsqu’il m’avait un peu trop approchée. Mon odeur était donc si particulière ? Énervante pour l’un, délicieuse pour un autre.

  • Gael retient toi un peu.

Le garçon s’approcha du canapé. Plus il s’approchait plus ma respiration devenait rapide, imitant les battements de mon cœur.

Les autres garçons n’allaient quand même pas le laisser me faire du mal ? Un vampire…

  • Et si j’ai pas envie de me retenir ?

Je déglutis. Le garçon à côté de moi, le gentil, se leva pour éloigner l’autre. Ou du moins essayer. Gael apparu à côté de moi, comme s’il s’était déplacé très rapidement. Ses yeux passèrent alors du vert pomme au rouge sang en une fraction de seconde. Il semblait affamé. Je me retiens de respirer lorsqu’il s’approcha encore. Comme le loup, son corps était alors brûlant, mais brûlant de faim cette fois, je le voyais très bien dans ses yeux.

C’est alors que je sentis une chaleur m’envahir, partant du haut de ma tête pour se propager dans tout mon corps, engourdissant mes muscles, mes yeux se fermèrent d’eux-mêmes, des bras passèrent autour de moi et je me sentis tomber.

Que se passe-t-il ? Mes paupières me paraissaient lourdes, comme si je voulais dormir, mais ce n’était pas le cas ! Je ne parvenais plus à les ouvrir, et j’entendais toujours tout autour de moi :

Camel a dit de pas la toucher !

  • Je m’en fou de Camel ! Il a pas d’ordre à me donner !

Un bruit sourd retentit, comme si quelque chose avait été projeté contre un mur.

  • On a juré de ne tuer aucun humain tu te souviens !
  • J’ai pas l’intention de la tuer !
  • Tu pourras pas t’en empêcher vu ton état !

Le silence se fit soudainement dans la pièce : il y avait une autre dispute dans la maison, mais j’étais trop loin pour comprendre, cependant elle semblait encore plus violente que celle autour de moi.

L’étreinte qui me retenait était chaude, douce aussi, lequel des garçons m’avait ainsi retenue lorsque je m’étais effondrée ? Peut-être le brun aux yeux bleus, il était celui le plus près de moi à ce moment…

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