Chapitre 2 Tableau vivant

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Je sortis du lit vers neuf heures, ou plutôt neuf heures et demie. Ce réveil… je ne l’entendais jamais !

Je pris le temps de me doucher et de me lisser les cheveux avant de m’habiller, il n’y avait pas de pluie de prévue pour aujourd’hui. J’ignorais où Benjamin allait m’emmener et préférai donc éviter les talons, jupes, short… et autre. Alors ce fut jean et débardeur.

Je sortis précipitamment de chez moi, une tartine à la bouche et enfilant une veste. Benjamin m’attendait dans sa voiture. Il vient très vite m’embrasser sur la joue alors que je m’installais à côté de lui.

Il ne me donna aucune indication sur notre destination.

Je fini par croiser mes bras derrière ma tête et me laissai bercer par les douces brises de vents me fouettant le visage. Oui, une décapotable, blanche bien sûr !

  • Alors ? De quoi tu voulais me parler ?
  • C’est assez compliqué, c’est pour ça que je voulais une journée entière.
  • Entière ?!
  • Oui, j’ai prévenu ta mère t’en fais pas.
  • Et on va où ?
  • A Paris.

Je n’habitais qu’à une heure et demie de Paris, pourtant je n’y allais que très rarement ! Il faut dire, ma mère n’aimais pas me savoir dehors, c’était « dangereux ». Mais avec Benjamin j’étais certaine qu’il n’y aurait aucun problème !

La voiture s’arrêta sur une place durement trouvée. Benjamin sortit et vient m’ouvrir la portière. Quel gentleman ! Il avait toujours été ainsi avec moi, le seul de mes nombreux cousins à réellement être gentil sans rien attendre en retour…

  • T’as pas peur de te la faire voler ici ?
  • Non t’en fais pas.

On partit donc.

  • Alors ?
  • Plus tard, pour le moment on va manger.

Je fis la moue mais hochai la tête. Benjamin sourit en m’embrassant sur la joue, certainement pour se faire pardonner de me faire attendre.

On s’installa en tête à tête sur la terrasse de l’un des seuls restaurants d’ouverts, un jour férié… j’avais oublié.

Une fois le repas fini, je suivis de nouveau mon cousin dans les étroites rues de la capitale.

  • Bon et maintenant ?
  • C’est que tu es pressée on dirait ? Je préfère te montrer quelque chose avant de t’expliquer.
  • Quoi ?
  • Tu vas adorer.

Je souris. Il adorait me faire plaisir. Toujours, chaque fois que l’on se voyait il me préparait quelque chose, un cadeau la plupart du temps. De quoi s’agissait-il cette fois ?

Il me fut simple de deviner où mon cousin m’emmenait : Le Louvre. Mais contrairement à ce dont je m’attendais, on ne se dirigea pas vers l’entrée principale… Une porte secondaire, un vigile y était posté. Il suffit à Benjamin de présenter un badge pour qu’il nous autorise l’accès. Privilégiés en plus ?

  • Suis-moi, essaye de ne pas te perdre.

Je lui pris la main, lui arrachant un sourire. On traversa ainsi la foule pour finalement entrer dans une pièce surveillée par un nouveau vigile. Après plusieurs couloirs Benjamin me fit finalement entrer dans une pièce, mais je m’accrochai rapidement à son bras lorsqu’il referma la porte derrière nous : le noir. Je détestais la pénombre…

  • T’en fais pas.

Doucement, il m’éloigna pour reprendre ma main et m’entraîner dans la pièce sombre. Je pouvais à peine distinguer mes pieds…

Lorsqu’enfin il alluma une lumière, je restai immobile. Face à nous, une immense salle où une vingtaine de tableaux reposaient, protégés par des bâches brunes, certainement en attente d’être restaurées. Benjamin sourit en m’entraînant vers le fond de la pièce. On s’arrêta face à une immense toile voilée. Peut-être cinq mètres sur trois… ou peut-être plus encore.

  • C’est une collection privée qui va bientôt partir du musée, je voulais te la montrer.
  • Comment ça se fait que tu y as accès ?
  • J’ai des amis…

Je souris alors qu’il allait défaire le drap. Très impressionnant… une journée ensoleillée, mais sur la scène alors présentée une épaisse brume affaiblissait les rayons du soleil. La traînée blanche cheminait entre les pierres tombales à sa guise. L’herbe était parfaite, fraîchement coupée, verte et encore perlée de l’aurore du matin. Une scène particulièrement belle se déroulant pourtant dans un cimetière. Il n’y avait aucun personnage, juste un simple oiseau aux reflets bleus perchés sur une branche. Je m’approchai pour mieux voir. La tombe au centre de la toile était très détaillée… Leight Nevis, mort au combat. Il n’y avait aucune fleur… personne ne venait se recueillir ?

Benjamin me prit la main pour me tourner face à lui :

  • Je t’ai amenée ici pour te faire comprendre quelque chose de très… important.
  • Quoi donc ?

Il sourit et prit mes deux mains dans les siennes, me regardant droit dans les yeux :

  • C’est très difficile de l’expliquer par des mots, et difficile à croire, mais je vais essayer.

Je fronçai les sourcils… là il me faisait peur…

  • Les tableaux normaux, sont faites avec de la peinture normale, par des gens normaux, or cette toile n’est pas cela. Elle est très spéciale.
  • En quoi ?
  • Je vais te montrer, mais d’abord il faut que tu sache qu’une œuvre comme celle-ci enferme une scène complète. Heureusement on ne peut pas interférer dessus, et elle ne le peut pas non plus sur nous. Elle sera toujours la même sauf si le tableau est détruit. Cette scène-ci a véritablement existé, après le peintre l’a imaginée mais d’après ce qu’on lui a raconté.

Je restai de plus en plus étonnée face à lui.

Mais de quoi parlait-il ? Je ne comprenais absolument rien… Avec un sourire amusé, Benjamin m’entraîna vers… le tableau ?

Sans que je ne comprenne comment… on le traversa. Alors mes pieds se posèrent sur l’herbe verte et humide du cimetière. La brume se mit en mouvement, lent souffle de vent presque imperceptible par les sens. Je m’approchai instinctivement de Benjamin, peu rassurée.

Que se passait-il ? On avait vraiment traversé le tableau ? On était entré dedans ? Comment ? Non… je devais rêver. Le décor était animé… le tableau prenait vie… Comment était-ce possible dans la réalité ? Hors d'un rêve ?

Des bruits de pas me firent tourner la tête : une jeune femme s’approchait. Dans la brume pâle son manteau délavé, humide de la rosée, traînait à ses pieds, emportant les feuilles mortes dans son sillage. En plus de ce manteau, elle portait un ruban sur le haut du crâne, blanc nacré, ressortant parfaitement sur sa chevelure noire.

Sans nous voir, elle passa près de nous pour s’agenouiller devant la tombe. Doucement, elle entrouvrit les pans de son habit pour en sortir une rose. Une rose blanche, fleur de pureté… offerte pour exprimer un amour sincère mais fini.

Peut-être était-ce alors la femme de ce fameux Leight Nevis ?

Délicatement, comme si ce geste lui arrachait d’impossibles souffrances, elle posa la fleur sur la terre.

C’est alors qu’un cri retenti. Je sentis Benjamin resserrer son étreinte autour de ma taille ; comme si quelque chose allait arriver. La femme se redressa, regardant autour d’elle, affolée. Alors, de la brume épaisse, une ombre s’avança. Un froid courra le long de mon dos lorsque je parviens à reconnaître la silhouette brune : Un loup… mais pas n’importe lequel, il était au moins trois fois plus gros que la normale ! Un loup au pelage blanc étonnamment lustré et brillant, entretenu. Chacun de ses muscles semblait contracté, prêt à bondir… ses yeux d’un vert sombre fixaient la femme, sa proie.

  • T’en fais pas, il ne peut même pas nous voir.

Ce murmure de Benjamin me rassura légèrement mais je ne pus m’empêcher de trembler. Le grognement qui émana des crocs du loup me fit tressaillir, une voix rauque, pleine de colère. La femme était figée, fixant l’animal. Je m’étonnai alors qu’elle prenne la parole :

  • Que voulez-vous ? Le tuer ne vous a pas suffi ?

Le loup grogna de mécontentement. Il avança, elle finit par se lever en le toisant avec crainte. Parler à un loup… Mais ce ne fut pas le plus étonnant : le loup lui… répondit :

  • Il ne te méritait pas. Un être tel que lui devait mourir.

Elle pâlit. Un cri retentit ; un autre loup. La bête déjà présente posa une patte sur la tige de la rose. Alors, cette dernière, comme contaminée d’un poison, devient noire avant de se décomposer.

Benjamin me tira rapidement et on se retrouva hors du tableau. Je restai figée. Que venait-il de se passer ? Mon cousin m’obligea à m’assoir sur des caisses de bois et se mit face à moi.

  • Ça va ?
  • J’ai rien compris…

Il sourit et vient caresser ma joue d’une main, comme pour me rassurer.

  • C’est compliqué et assez difficile à croire au début…

Il laissa quelque seconde de silence avant de baisser les yeux.

  • Ce tableau est tout simplement magique… Il nous a montré la scène que son peintre voulait représenter.
  • De la magie…

Impossible. Je devais rêver. C’était obligé. La magie n’existait pas. Je rêvais ou alors Benjamin me faisait une immense blague… ce n’était pas son genre pourtant.

  • Oui, je sais, c’est dur à croire. Mais c’est la réalité Kayla… tu ne rêves pas.
  • Mais… ces loups s’était quoi ? Et cette femme, ils lui ont fait quoi ?
  • Des loups garous, ils l’ont juste chassée du cimetière, ils ne sont pas méchants en vrai…

Un tressaillement me prit.

Si je ne rêvais pas : même si c’était dur à envisager, les loups garous existaient ? Et peut-être d’autres monstres également ! Donc… non, c’était impossible. J’aurais remarqué si de telles créatures avaient existé ! Ça se saurait, les médias, la télé, on les remarquerait !

Benjamin sourit :

  • Voilà mon quotidien cousine, toi qui voulais savoir ce que je faisais de mes journées… tu vas pouvoir comprendre.
  • C’est un rêve…
  • Non, tu as ma parole.

Je secouai négativement la tête. Je ne pouvais pas y croire. Benjamin me lança un regard légèrement amusé, comme si ma réaction avait été prévisible.

  • Tu finiras par l’accepter.
  • Mais… ça veut dire que… tous les monstres existent ?
  • Pas tous non heureusement… Loups garous, magiciens… vampires.
  • Vamp…
  • Oui. Bon il se fait tard, on va aller traîner un peu dans Paris, je t’expliquerais tout une autre fois.
  • Quand ?

Un sourire triomphant se dessina sur ses lèvres :

  • Alors comme ça tu veux savoir alors que tu penses rêver ?
  • Si je suis en train de rêver autant en profiter…

Il m’embrassa sur le front puis me prit la main pour me faire descendre des caisses de bois et me tirer hors de la salle.

  • Demain ?
  • D’accord.

On passa le début d’après-midi dans Paris, à se balader sans plus reparler du tableau. Je fini presque par l’oublier…

La voiture n’avait pas bougé, une chance…

  • Bon pas besoin de te dire de ne parler de tout ça à personne…
  • Non.
  • Disons treize heures ça t’irait ? Devant chez des potes ?
  • Ça dépend où s’est.
  • Hum… il faudrait t’y rendre seules, en bus, je ne peux pas venir te chercher alors plutôt quatorze heures ? Histoire de te laisser le temps de manger tout ça. Je te donne l’adresse après.

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