Chapitre 40 : Aaron - Partie 1

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  Toujours aidé par les deux Moïse sous stéroïdes, Aaron m'entraîna rapidement hors de la piste de danse. Il longea ensuite le bar où j'avais bu comme un trou sous le regard soucieux de mon gentil serveur, puis se dirigea vers une porte flanquée d'une plaque dorée où était gravé « Réservé au personnel ». L'un des molosses l'ouvrit et Aaron s'empressa de s'engager dans le couloir derrière.

  –Videz tous les bureaux, ordonna-t-il en passant à côté des deux videurs. Je ne veux personne dans les environs.

  Quoi ?! Comment ça, personne ?

  Jetant un œil dans mon dos, je vis ses employés refermer la porte, transformant la musique tonitruante de la boîte en léger fond sonore, puis s'exécuter sans poser de question. Aaron, quant à lui, continuait à avancer dans le corridor sans ralentir. Mes muscles se tendirent à nouveau. Où m'emmenait-il ?

  Avant que j'aie le temps de lui poser la question, on arriva au bout du couloir, devant un nouvelle porte flanquée cette fois-ci d'une plaque clamant « Aaron Joseph ». Lorsqu'il voulut me faire entrer dans la pièce qu'elle abritait, je retrouvai mes esprits. La mise en garde que Sinéad m’avait donnée, quand elle m'avait avoué son nom, se mit à résonner avec force dans ma tête.

  « Il n'est pas fréquentable. »

  Je m'appuyai au montant et plantai mes talons dans le sol.

  –Que faites-vous ? s'étonna-t-il.

  –Hors de question que j'entre dans votre bureau alors que vous avez ordonné à vos gorilles de virer tout le monde ! Je n'ai pas échappé à un pervers pour me retrouver avec un au... Hiiii !

  Aussi vif qu'un cobra et avec autant de facilité que si je pesais l'équivalent d'une demie plume, Aaron venait de ceinturer ma taille avec son bras, plaquant les miens le long de mon corps, et de me décoller du sol.

  –Non !

  Il franchit le seuil de la porte et la referma avec son pied. La musique se retrouva complètement étouffée. Cessant de réfléchir, je tentai de me libérer avec une prise, en vain. Aaron resta si stoïque que j'eus l'impression de me battre contre une statue. Ce qui ne m'empêcha pas de continuer tandis qu'il avançait dans la pièce. Arrivé au milieu, il me reposa enfin par terre. Je cherchai immédiatement à m'éloigner de lui, mais il fut plus rapide : ses mains se saisirent de mes poignets et il me ramena brutalement vers lui. Mon visage arriva à quelques centimètres du sien et ses yeux améthyste happèrent mon regard. Leur intensité me fit perdre à nouveau tous mes moyens. J'arrêtai de me débattre et mes muscles commencèrent à se relâcher.

  –Voilà, c'est ça, murmura Aaron, détendez-vous.

  Sa voix suave, envoûtante, se fraya un chemin dans mon esprit et y implanta ses mots, chassant toutes autres pensées.

  –Je...

  L'intensité de son regard s'accentua encore et plus aucun son sortit de ma bouche. Je me retrouvai comme anesthésiée.

  –Vous voulez partir ? reprit-il, J'ai compris. Mais il faut d'abord que vous restiez ici. C'est plus sûr, d'accord ?

  La très légère vibration des basses, mes désirs, mes problèmes, la pièce autour de nous... Il accaparait tant mon attention que j'en avais oublié tout le reste. Sa voix et son regard hypnotique m'avait plongé dans un tel état que je n'arrivais même pas à acquiescer, alors que je sentais que c'était la seule chose à faire. Je pensais à peine à respirer. J'étais littéralement suspendue à ses lèvres, buvant ses paroles comme si elles m'étaient devenues plus vitales que l'oxygène de l'air.

  Face à mon absence de réponse, Aaron se plongea encore plus dans mon regard, comme s'il pouvait la trouver au plus profond de moi.

  –Je vais vous lâchez à présent, continua-t-il après quelques secondes, mais ce n'est pas une raison pour refaire une scène. Le temps que la situation soit maîtrisée, vous allez rester calme et vous installer sur le canapé pour que nous puissions discuter, mademoiselle... ?

  –Humey, murmurai-je en un souffle.

  Il haussa un sourcil.

  –Puis-je voir votre carte d'identité ?

  Lentement, sa main quitta mon poignet gauche. Je sortis l'objet de sa demande de mon sac à main par pur automatisme. Une drôle de sensation se glissa en moi lorsqu'il baissa les yeux pour observer mes fausses informations. Pourquoi avais-je l'esprit si brumeux ?

  Avant que je puisse m'interroger plus longtemps à ce sujet, il replongea ses yeux dans les miens et je cessai tout bonnement de réfléchir.

  –Mademoiselle Iris Humey. En voilà un joli nom. Cela dit, je suis sûr qu'il n'est pas aussi beau que le vôtre. Alors, comment vous appelez-vous vraiment ?

  Sa voix se glissa à nouveau dans mon esprit et balaya ce nom d'emprunt pour exposer à la lumière celui qu'il dissimulait.

  –Je suis A... Ana...

  ...stasia Baskerville.

  Cette pensée déclencha une vague de colère dans mes veines qui me fit l'effet d'un électrochoc. Le voile qui occultait mon esprit se déchira, toutes mes sensations ressurgirent d'un coup et je revins brusquement à moi. Les yeux d'Aaron s’écarquillèrent. Profitant de la surprise qui se reflétait dans ces magnifiques prunelles zinzolines, je m'arrachai à sa dernière main et reculai en vitesse, le souffle court.

  Que venait-il de se passer ? J'avais été à deux doigt de lui obéir au doigt et à l'œil, alors que je n'en avais pas la moindre envie. Comme si accomplir sa volonté était devenu la seule chose qui m'importait. La dernière fois aussi, il s'en était fallu de peu pour que j'accepte son verre sans songer à Ashley qui m'attendait dans le froid. Que me faisait-il ? Possédait-il lui aussi une capacité qui dépassait l’entendement, à l'instar de mes facultés de guérison ou des yeux scanner du docteur ? Et dans son cas, de quoi s'agissait-il ? D'un pouvoir hypnotique ?

  Pendant un instant, aucun de nous ne bougea, nous dévisageant l'un l'autre, puis Aaron croisa les bras sur son torse et pencha la tête sur le côté. J'étais tellement sur les nerfs que je me mis en position de défense même s'il avait seulement l'air intrigué.

  –Ne vous approcher pas de moi, lançai-je d'un ton menaçant.

  –Ce n'est pas mon intention... Anna.

  Mes muscles se tendirent. Un peu plus et je lui révélai mon identité !

  Tandis que je fulminais contre lui et moi-même, il se dirigea vers son bureau sans me quitter des yeux. Son regard me détaillait tant que j'avais l'impression d'être un rat de laboratoire étudier par un scientifique. Cela dit, il devait ressentir la même chose, car je le fixais avec tout autant d'instance, surveillant le moindre de ses faits et gestes.

  Arrivé derrière le meuble, il appuya sur un bouton et un voyant rouge s'alluma.

  –Dites à Phoebe de m'amener un bourbon et un jus de fruits, ordonna-t-il à quelqu'un via le micro intégré. À elle et personne d'autre.

  –Phoebe n'est pas là ce soir, patron, répliqua son interlocuteur.

  –Alors Estelle.

  –Elle n'est pas là non plus.

  Aaron pinça légèrement ses lèvres, mais ce fut le seul signe de contrariété qui traversa son visage.

  –Très bien, dans ce cas envoyez Pablo.

  –Si vous préférez une femme, il y a Marcela, Nicole et Abigail, proposa l'homme de l'autre côté.

  –Nu, nu vreau ca vreunul dintre noi să vină aici.

  Je fronçai les sourcils en entendant Aaron lui répondre ainsi. Que disait-il de si confidentiel à son correspondant pour qu'il ait ressenti le besoin de s'exprimer en... roumain ?

  –Ce se întâmplă, domnule ? répondit son correspondant.

  Oui, il s'agissait bien de roumain. Ma langue claqua contre mon palais. Évidemment, sur toutes celles de l'Europe de l'Est, il fallait qu'il parle l'une des langues que je ne pouvais pas comprendre. Grâce à mes connaissances en russe, j'étais pourtant capable de reconnaître au moins quelques mots dans la majorité des pays de cette région, malheureusement, la Roumanie faisait partie des rares exceptions.

  Je lançai un regard encore plus sombre à Aaron, qui ne s'en soucia guère et continua son cinéma.

  –Mirosul ei este prea tentant. Este foarte greu să stai în aceeași cameră cu ea, chiar și pentru mine.

  –Esti bine ?

  –Da, dar nu sunt sigur că altcineva ar fi. Deci nu trimiteți nimeni altcineva decât Pablo.

  –Amenda. Îl voi căuta.

  –Merci, Dragomir.

  Malgré mon énervement, je ne pus contenir un haussement de sourcils dubitatif à ce prénom.

  –Un souci ? me demanda Aaron en raccrochant.

  –Dragomir, vraiment ? Votre gars n'aurait pas pu avoir un prénom roumain encore plus cliché ?

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