Chapitre 36 : Aveux - Partie 2

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  –Quoi ? m'exclamai-je. Non, bien sûr que non ! Je sais que je t'en fais voir de toutes les couleurs, mais je ne suis pas cruelle. En plus je ne savais même pas que je pouvais guérir aussi vite avant cet accident. J'étais juste énervée à cause de l'histoire entre Trevor et Sissi, et je n'ai pas fait attention à ce que je faisais. (Un rire sans joie m'échappa.) Dire que j'avais abordé leur situation afin d'avoir un peu plus de temps pour décider si je t'annonçais ce qui m'arrivait en douceur ou de but en blanc.

  Ses traits se relâchèrent et l'ébauche d'un sourire se dessina sur son visage.

  –Je pense que même le but en blanc aurait été préférable à ce qu'il s'est passé.

  Cette petite plaisanterie me fit sourire en retour. Cependant, mes lèvres retombèrent très vite. Même si elle me rassurait, je ne voulais pas avoir de faux espoirs.

  –Est-ce que... ça change quelque chose pour nous ? hésitai-je.

  Il fronça les sourcils.

  –Comment ça ?

  –Eh bien, je comprendrais que tu ne veuilles plus sortir avec une bizarrerie ambulante comme moi.

  Avec le trente-six tonne qui roulait allègrement sur mon cœur à cette idée, je ne pouvais pas fermer les yeux sur cette possibilité.

  Mike prit une profonde inspiration et redressa le dos. Le doute dans ses yeux s'effaça, remplacé par un éclat plus sûr.

  –Je ne vais pas te mentir, Ana, tout ce qui t'arrive... Je vais avoir besoin d'un peu de temps pour m'y faire ; ça va à l'encontre de tout ce qu'on m'a appris et de mes croyances. Mais je n'ai pas envie de te quitter pour autant.

  Mon cœur bondit dans ma poitrine et reversa le camion-citerne.

  –Vraiment ?

  Il acceptait comme ça, sans hésitation ? J'avais du mal à en croire mes oreilles.

  –Tu es toujours toi, non ? fit-il.

  –Euh, oui, mais ça ne te dérange pas de sortir avec une fille qui a des pouvoirs bizarres ou qui n'est peut-être pas totalement humaine ?

  Après tout, on ne savait pas du tout d'où venaient ces capacités surnaturelles.

  –Tant que tu n'as pas un troisième œil qui pousse au milieu du front ou que tu ne commences pas à boire du sang, je pense pouvoir m'y faire. Si tu me laisse un peu de temps.

  –Que veux-tu dire par là ?

  –Si tu ne tiens pas compte des possibles coups d'oeil étranges que je pourrais te lancer, des questions que je pourrais te poser...

  –Ah !

  J’avais cru qu’il voulait faire une pause !

  –Évidemment que je ne t’en voudrais pas, repris-je. C'est normal que tu t'interroges, je suis la première à la faire. En revanche, je ne pourrais pas vraiment te répondre puisque je ne sais pratiquement rien concernant ces pouvoirs, grimaçai-je. Comme je te l'ai dit, avant de me couper, je ne savais pas que je pouvais guérir aussi vite.

  –Pour le coup, je suis bien heureux que tu aies développé cette faculté. (Il caressa mes doigts avec tendresse.) Les opérations des mains sont très délicates ; tu aurais pu avoir de grosses complications.

  –Je sais... Mais à cause d'elle, il y a un petit souci, avouai-je en me levant.

  Je lui fis signe de ne pas bouger, puis m'empressai d'aller chercher la petite boîte que j'avais caché dans le tiroir de ma table de nuit. Perdu, Mike fronça les sourcils lorsque je la lui tendis.

  –Pourquoi tu me donnes des préservatifs ?

  J'eus un petit sourire gêné.

  –Tu te souviens ce que j'ai dit à propos de mon traitement à la nolaxonne qui ne fonctionne plus à cause de ces facultés de guérison accélérées ? (Il opina.) Eh bien... c'est la même chose pour la pilule.

  Ses yeux s'arrondirent.

  –Tu déconnes ? (Je secouai la tête.) Depuis quand ?

  –Je ne sais pas exactement, mais ne t'inquiète pas : il n'y a pas de mini Ana ou de mini Mike en route.

  Il ferma les yeux et lâcha un soupir de soulagement.

  –OK, souffla-t-il en rouvrant les paupières, donc pas question qu'on joue de nouveau avec le feu. On utilise à nouveau nos amis en latex.

  Il avait à peine fini sa phrase qu'il fronça les sourcils. Il les observa d'un drôle d'œil pendant quelques secondes, puis releva les yeux vers moi.

  –On peut avoir des enfants ou le fait que tu aies développé des pouvoirs nous rend... incompatibles ?

  Alors là... cette question ne m'avait même pas traversée l'esprit.

  –Je n'en ai aucune idée, avouai-je... Tu veux qu'on teste ?

  Mon air un brin mutin lui fit lever les yeux au ciel.

  Après cette conversation, Michael finit enfin de préparer le repas pendant que je m'occupais de nettoyer tout le sang. Il avait refusé que je retouche à un couteau, ce que je pouvais comprendre. On ne parla presque pas durant tout ce temps, cependant l'atmosphère n'avait rien de tendu. Michael avait besoin d'un moment pour réfléchir et le faire en cuisinant semblant l'y aider.

  Il reprit d'ailleurs la parole durant le déjeuner et me posa quelques questions à propos de mes pouvoirs : avais-je la moindre idée de ce qui pouvait en être à l'origine ? Avais-je un plan pour essayer de le découvrir ? Pouvais-je encore tomber malade avec mes capacités de guérison accélérée ? Pouvais-je soigner tout type de maladie ou de blessure ? Quelles étaient les limites de mes facultés ?... Même si j'essayais de lui répondre du mieux possible, la plupart de mes réponses se résumait à « Je ne sais pas. ».

  –Et puisque les fantômes existent, continua-t-il. Est-ce aussi le cas d'autres créatures surnaturelles ?

  –Je pense. Tu te rappelles l'étrange fille que mon médecin a examiné ?

  –Celle avec les espèces de branchies ?

  –Oui. Elle a été trouvée à poil près de la mer et elle avait des branchies... Ça ne te fait pas penser à quelque chose ?

  Face à l'air perdu qu'il afficha, je secouai la tête.

  –La petite sirène, gros bêta !

  –Ah... Tu penses que s'en était une ?

  –C'est l'explication la plus logique que j'ai. À moins qu'elle soit quelqu'un comme le docteur Wilson et moi et que ses branchies soient la manifestation de son pouvoir.

  –Toute cette histoire est tellement complexe, soupira-t-il. J'ai l'impression qu'on effleure à peine la surface.

  Je ressentais exactement la même chose. La découverte de mes pouvoirs avait ouvert la porte à toutes les possibilités. Peut-être même la boîte de Pandore. Est-ce que ça allait finir par nous revenir en pleine face à un moment donné ?

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