Chapitre 36 : Aveux - Partie 1

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  Michael ne bougeait pas. Assis sur le canapé du salon et les bras croisés sur sa poitrine, il avait écouté mon récit sans m'interrompre une seule fois ou dire un mot, et depuis que j'avais fini, il avait baissé le regard et ne réagissait toujours pas. Les secondes s'égrenèrent, me semblant toutes horriblement plus longues les unes que les autres, puis se changèrent en minutes. Dans ce silence pesant, les battements de mon cœur me parvenaient avec tant de force que j'avais l'impression qu'il cherchait à me rendre sourde ou à jaillir de ma poitrine. Après ce qu'il venait de se passer, j'avais tout raconté à Mike, sans omettre le moindre détail, mais je commençais à me demander si ça avait été une si bonne idée. Est-ce que je n'aurais pas dû me contenter de la régénération accélérée dans un premier temps ? Pour un sceptique du surnaturel comme lui, toutes ces informations étaient sûrement trop difficiles à digérer d'un coup. Ça remettait en question toutes ses croyances, le monde dans lequel il vivait… Allait-il me détester de lui avoir fait ça ? Pourquoi ne réagissait-il pas ? Mes aveux avaient-ils grillé une partie de ses neurones ? Son silence et son manque de réactivité commençait à me rendre vraiment nerveuse.

  N'en pouvant plus, je finis par reprendre la parole.

  –Michael ?

  Il cilla plusieurs fois, comme s'il revenait à la réalité, et leva les yeux vers moi. Un instant passa, puis il lâcha une profonde expiration en fronçant les sourcils. Les traits crispés, il posa les coudes sur ses genoux et enfouit son visage derrière ses genoux.

  –As-tu quelque chose à boire ? marmonna-t-il dans ses paumes.

  Je bondis sur mes pieds et courus dans la cuisine récupérer le reste de Vodka que j'avais planqué avec les produits ménagers. Seul rescapé de la beuverie d'Ashley. Vu la quantité d’alcool qu’elle contenait encore, je ne m'embarrassai pas d'un verre et la lui ramenai. Mike en but la moitié d'une traite, puis la reposa sur la table basse. Son regard se planta dans le mien.

  –Très bien, laisse-moi résumer. Ton médecin a des yeux qui sont de véritables scanners médicaux et grâce à lui tu as découvert que : tes yeux à toi changent de couleur, que tu peux soigner les autres en les touchant mais qu'après tu tombes dans les pommes pendant des plombes, que tu guéris beaucoup, beaucoup plus vite que la norme, et que tu es capable de voir les... fantômes.

  –Je ne savais pas pour les yeux avant que tu me le dises, rectifiai-je, mais sinon, c'est ça... Je t'avais dit que les spectres existaient, ajoutai-je avec un sourire timide.

  Michael se laissa retomber au fond du dossier en passant ses mains dans ses cheveux et jurant. Il resta ainsi plusieurs secondes, puis se repencha d'un coup vers moi.

  –C'est une blague ?

  –Une blague ? répétai-je, ahurie. Comment peux-tu imaginer une chose pareille après ce qu'il vient de se passer ?

  Je joignis le geste à la parole et levai ma main encore couverte de sang. Son regard glissa vers elle et il grimaça.

  –Désolé, soupira-t-il en appuyant son front contre les siennes. C'est juste...

  Il ne termina pas sa phrase mais il n'en avait pas besoin pour que j'en comprenne le sens. Mes épaules retombèrent et je posai une main sur son genou.

  –Je comprends que ce soit difficile à accepter. J'ai moi-même encore du mal à croire que tout ça m'arrive, alors que j'ai toujours été ouverte en ce qui concerne le surnaturel. Donc pour quelqu'un comme toi qui n'y a jamais cru...

  Il se massa les tempes avant de vider le reste de la bouteille.

  –Tu as autre chose ?

  Les lèvres pincées, je secouai la tête.

  –Ce n'est peut-être pas plus mal, soupira-t-il en la reposant sur la table. J'aurais été capable de boire jusqu'à ne plus pouvoir réfléchir.

  Un silence suivit cet aveu. Pendant toute sa durée, Michael regarda la bouteille, comme s'il espérait qu'elle puisse se remplir à nouveau, puis il finit par se tourner vers moi. Toujours sans un mot, il me prit la main gauche, celle que je m'étais tailladée, et examina mes doigts avec attention.

  –Même en ayant assister à leur guérison, mon cerveau a du mal à accepter ce que j'ai vu, avoua-t-il.

  –Tu veux... que je me coupe à nouveau ?

  –Non ! refusa-t-il immédiatement. Surtout pas. Je ne remets pas en question ce qu'il s'est passé, mais je me demande si suis en train de rêver, si je me fais des idées ou si j'ai exagéré les choses en t'entendant hurler.

  Cette réponse me soulagea. Je ne m'étais jamais automutilée et je préférais ne jamais commencer.

  –C'est normal d’essayer de de trouver une explication rationnelle ou de se raccrocher à quelque chose qu'on connaît, le rassurai-je. On le fait tous. Pour ma part, je pensais devenir folle, donc ce n'était pas mieux.

  Le coin de ses lèvres se souleva imperceptiblement. Il s'attarda encore un temps sur mes doigts avant de relever la tête vers moi. Tout comme une tempête assombrissait les flots de la mer, le doute troublait le bleu marine de ses yeux.

  –Tu viens vraiment de découvrir tout ça ? s'assura-t-il. Ce n'est pas quelque chose que tu savais déjà depuis un moment mais que tu m'avais cachée ?

  –Tu m'as déjà vu blessée plein de fois, Mike, lui rappelai-je avec douceur. Si j'avais eu ces capacités depuis plus longtemps, ça n'aurait pas été le cas.

  Il concéda d'un geste de tête.

  –Et tu comptais me le dire ? poursuivit-il. Ou tu m'en as parlé uniquement à cause de ce qu'il vient de se passer ?

  –Je reconnais qu'au début, je ne savais pas quoi faire. J'avais peur... et j'ai toujours peur, qu'à cause de ça, tu veuilles me quitter. Mais malgré tout, je ne voulais pas te le cacher. Ça n'aurait pas été juste envers toi ; tu as le droit de savoir avec qui tu sors.

  –Alors pourquoi ne m'as-tu pas appelé pour en discuter eu lieu d'attendre aujourd'hui ?

  –Tu m'aurais cru si je t'en avais parler au téléphone ?

  –Non, admit-il dans un soupir.

  Un éclat traversa soudain son regard et ses sourcils se froncèrent.

  –T'es-tu coupée pour que j'ai une preuve ? demanda-t-il, on ne peut plus sérieux.

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- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
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