Chapitre 35 : Un dîner presque parfait - Partie 2

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  Mes sourcils se froncèrent à leur tour. Trevor m'aurait menti ? Mais comment serait-il au courant si ce n'était pas de cette façon ?

  –Est-ce que toi et Sissi étiez parfois dans ma chambre en même temps ? (Michael opina.) Dans ce cas, tu n'aurais pas pu dire quelque chose qui lui aurait mis la puce à l'oreille ?

  –Peut-être, admit-il après quelques secondes de réflexion. Surtout pendant les premières semaines.

  Et Trevor avait dû l’apercevoir dans les couloirs. Après tout, il m'avait bien précisé qu'il ne faisait qu'accompagner Sissi.

  –Quoi qu'il en soit, repris-je, je ne peux pas en vouloir à Sinéad de m'avoir caché qu'elle était en couple puisque j'ai fait la même chose. Mais leur relation est bizarre, ça ne me plaît pas.

  –Que veux-tu dire ?

  J'abattis le couteau si fort sur la viande qu'il s'enfonça dans le bois de la planche à découper.

  –Trevor la trompe et elle laisse passer, répondis-je, dents serrées. Ce n'est pas du tout le style de Sissi. Je ne sais pas quel baratin il a pu lui sortir pour qu'elle ne réagisse pas, mais je n'aime pas ça. En plus, ils ne couchent même pas ensemble ! Est-ce que tu penses qu'il en a eu marre d'attendre et lui a dit que tant qu'elle n'accepterait pas, ça lui donnait le droit d'aller voir ailleurs ?

  –Ils pourraient en effet être arrivé à ce compromis, concéda Mike, même si ce serait tordu.

  –Mais pourquoi Sinéad aurait accepté un truc pareil ?! m'emballai-je en hachant violemment la viande. Elle ne mérite pas ça et a bien assez d'estime de soi pour s'en rendre com...

  La lame tomba sur mes doigts. Un violent élancement me traversa et je jetai le couteau dans un couinement de douleur.

  –Ana ? paniqua Mike en se précipitant vers moi.

  Je manquai de vomir et un flot de larmes gagna mes yeux tandis qu'un autre, écarlate et beaucoup plus important, s'écoulait de mes phalanges. La lame m'avait entaillé l'indexe, le majeur et l'annulaire en profondeur. Elle avait même sectionné les os et seuls de fins morceaux de chair semblaient maintenir mes doigts entiers.

  –Putain, c'est pas vrai !

  Il s'empressa de sortir un torchon propre et enveloppa mes doigts à l'intérieur. Un cri m'échappa.

  –Je suis désolée, s'excusa-t-il, le visage livide. Mais il faut absolument stopper l'hémorragie. Fais pression.

  Je hochai la tête et m'exécutai malgré la douleur. Le tissu devint rouge en un instant. Michael jura encore et sortit son téléphone.

  –Que... qu'est-ce que tu fais ? demandai-je.

  –J'appelle les urgences, évidemment !

  Il porta son portable à son oreille et m'aida à presser ma blessure de sa main libre

  –Les urgences ? paniquai-je en étouffant un nouveau couinement. Non, non, non, non. Ma mère...

  –Je me fous de ta mère, Ana ! s'emporta-t-il en plantant son regard dans le mien. Tes doigts sont presque...

  Sa voix mourut avant la fin de sa phrase et il me dévisagea, les yeux écarquillés et le souffle coupé.

  –Mike ? (Il ne réagit pas.) Mike, qu'est-ce qu'il y a ?

  –Tes yeux... murmura-t-il.

  Mes yeux ? Qu'est-ce qui n'allait pas avec mes yeux ? Je m'étais coupé les doigts, pas planté un couteau dans l'œil !

  Perturbée, je me penchai au-dessus mon téléphone, posé sur le comptoir. Dès que mon regard croisa celui qui se refléta dans l'écran, je cessai de respirer.

  Mes yeux étaient... dorés.

  Alors qu’interdite, je fixais mon reflet, la couleur incompréhensible de mes iris, les mots du docteurs Wilson me revinrent d'un coup en tête.

  « Il reste encore quelques points que nous devons aborder, mais je pense que vous avez déjà assez de nouveautés à digérer pour les jours à venir ? »

  Est-ce que ces yeux dorés en faisaient partie ? Si c'était le cas, il aurait dû m'en parler tout de suite ! Ça ne lui aurait pris qu'une seconde ! Pourquoi ne l'avait-il pas fait ?

  Un des points qu’il m’avait révélés me frappa brutalement à son tour et coupa court à mes interrogations : j'étais censée pouvoir guérir plus rapidement. Bon sang, comment avais-je pu l'oublier ?

  Je retirai la main de Michael et le torchon, puis passai mes doigts sous l'eau. Je ne pus contenir un long gémissement de douleur mais je pris sur moi pour ne pas les ôter. L'eau chassa une bonne partie du sang et me permit de voir mes coupures. Même si elles pissaient toujours le sang et me donnaient encore envie de vomir, elles avaient diminué de taille, j'en étais certaine.

  Subjuguée par ce phénomène, je restai la main sous le robinet à observer ma chair se régénérer avec Michael, rendu muet par le choc. Cela ne se fit pas en une seconde, mais à chaque fois que j’arrêtais de soutenir mes doigts, ils tombaient un peu moins. Mes os finirent par se ressouder, puis le flot écarlate commença à se tarir jusqu'à s'arrêter complètement et enfin, ma peau se referma. Au bout de cinq minutes, il ne restait plus aucune trace de mes profondes entailles, pas même de légères cicatrices.

  Dans un état second, je coupai l'eau et regardai mes doigts de plus près. J'avais beau savoir que j'étais désormais dotée d'une capacité de guérison accélérée, je n'en revenais pas. Jamais je ne me serais attendue à ce que ce soit aussi rapide et efficace ! C'était incroyable. S'il n'y avait pas du sang partout, on aurait pu croire que rien ne s’était passé.

  Mike me prit la main et l'inspecta avec minutie.

  –Que... Je... je ne comprends pas, balbutia-t-il. Comment... ?

  Je me mordis la lèvre, mal à l'aise, puis levai les yeux vers lui. Les siens étaient toujours écarquillés et me fixaient, ahuris.

  –Je crois... qu'il faut qu'on parle.

  Il expira tout l'air de ses poumons.

  –Tu crois ?

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