Chapitre 35 : Un dîner presque parfait - Partie 2

4 minutes de lecture

  Mes sourcils se froncèrent à leur tour. Trevor m'aurait menti ? Mais comment serait-il au courant si ce n'était pas de cette façon ?

  –Est-ce que toi et Sissi étiez parfois dans ma chambre en même temps ? (Michael opina.) Dans ce cas, tu n'aurais pas pu dire quelque chose qui lui aurait mis la puce à l'oreille ?

  –Peut-être, admit-il après quelques secondes de réflexion. Surtout pendant les premières semaines.

  Et Trevor avait dû l’apercevoir dans les couloirs. Après tout, il m'avait bien précisé qu'il ne faisait qu'accompagner Sissi.

  –Quoi qu'il en soit, repris-je, je ne peux pas en vouloir à Sinéad de m'avoir caché qu'elle était en couple puisque j'ai fait la même chose. Mais leur relation est bizarre, ça ne me plaît pas.

  –Que veux-tu dire ?

  J'abattis le couteau si fort sur la viande qu'il s'enfonça dans le bois de la planche à découper.

  –Trevor la trompe et elle laisse passer, répondis-je, dents serrées. Ce n'est pas du tout le style de Sissi. Je ne sais pas quel baratin il a pu lui sortir pour qu'elle ne réagisse pas, mais je n'aime pas ça. En plus, ils ne couchent même pas ensemble ! Est-ce que tu penses qu'il en a eu marre d'attendre et lui a dit que tant qu'elle n'accepterait pas, ça lui donnait le droit d'aller voir ailleurs ?

  –Ils pourraient en effet être arrivé à ce compromis, concéda Mike, même si ce serait tordu.

  –Mais pourquoi Sinéad aurait accepté un truc pareil ?! m'emballai-je en hachant violemment la viande. Elle ne mérite pas ça et a bien assez d'estime de soi pour s'en rendre com...

  La lame tomba sur mes doigts. Un violent élancement me traversa et je jetai le couteau dans un couinement de douleur.

  –Ana ? paniqua Mike en se précipitant vers moi.

  Je manquai de vomir et un flot de larmes gagna mes yeux tandis qu'un autre, écarlate et beaucoup plus important, s'écoulait de mes phalanges. La lame m'avait entaillé l'indexe, le majeur et l'annulaire en profondeur. Elle avait même sectionné les os et seuls de fins morceaux de chair semblaient maintenir mes doigts entiers.

  –Putain, c'est pas vrai !

  Il s'empressa de sortir un torchon propre et enveloppa mes doigts à l'intérieur. Un cri m'échappa.

  –Je suis désolée, s'excusa-t-il, le visage livide. Mais il faut absolument stopper l'hémorragie. Fais pression.

  Je hochai la tête et m'exécutai malgré la douleur. Le tissu devint rouge en un instant. Michael jura encore et sortit son téléphone.

  –Que... qu'est-ce que tu fais ? demandai-je.

  –J'appelle les urgences, évidemment !

  Il porta son portable à son oreille et m'aida à presser ma blessure de sa main libre

  –Les urgences ? paniquai-je en étouffant un nouveau couinement. Non, non, non, non. Ma mère...

  –Je me fous de ta mère, Ana ! s'emporta-t-il en plantant son regard dans le mien. Tes doigts sont presque...

  Sa voix mourut avant la fin de sa phrase et il me dévisagea, les yeux écarquillés et le souffle coupé.

  –Mike ? (Il ne réagit pas.) Mike, qu'est-ce qu'il y a ?

  –Tes yeux... murmura-t-il.

  Mes yeux ? Qu'est-ce qui n'allait pas avec mes yeux ? Je m'étais coupé les doigts, pas planté un couteau dans l'œil !

  Perturbée, je me penchai au-dessus mon téléphone, posé sur le comptoir. Dès que mon regard croisa celui qui se refléta dans l'écran, je cessai de respirer.

  Mes yeux étaient... dorés.

  Alors qu’interdite, je fixais mon reflet, la couleur incompréhensible de mes iris, les mots du docteurs Wilson me revinrent d'un coup en tête.

  « Il reste encore quelques points que nous devons aborder, mais je pense que vous avez déjà assez de nouveautés à digérer pour les jours à venir ? »

  Est-ce que ces yeux dorés en faisaient partie ? Si c'était le cas, il aurait dû m'en parler tout de suite ! Ça ne lui aurait pris qu'une seconde ! Pourquoi ne l'avait-il pas fait ?

  Un des points qu’il m’avait révélés me frappa brutalement à son tour et coupa court à mes interrogations : j'étais censée pouvoir guérir plus rapidement. Bon sang, comment avais-je pu l'oublier ?

  Je retirai la main de Michael et le torchon, puis passai mes doigts sous l'eau. Je ne pus contenir un long gémissement de douleur mais je pris sur moi pour ne pas les ôter. L'eau chassa une bonne partie du sang et me permit de voir mes coupures. Même si elles pissaient toujours le sang et me donnaient encore envie de vomir, elles avaient diminué de taille, j'en étais certaine.

  Subjuguée par ce phénomène, je restai la main sous le robinet à observer ma chair se régénérer avec Michael, rendu muet par le choc. Cela ne se fit pas en une seconde, mais à chaque fois que j’arrêtais de soutenir mes doigts, ils tombaient un peu moins. Mes os finirent par se ressouder, puis le flot écarlate commença à se tarir jusqu'à s'arrêter complètement et enfin, ma peau se referma. Au bout de cinq minutes, il ne restait plus aucune trace de mes profondes entailles, pas même de légères cicatrices.

  Dans un état second, je coupai l'eau et regardai mes doigts de plus près. J'avais beau savoir que j'étais désormais dotée d'une capacité de guérison accélérée, je n'en revenais pas. Jamais je ne me serais attendue à ce que ce soit aussi rapide et efficace ! C'était incroyable. S'il n'y avait pas du sang partout, on aurait pu croire que rien ne s’était passé.

  Mike me prit la main et l'inspecta avec minutie.

  –Que... Je... je ne comprends pas, balbutia-t-il. Comment... ?

  Je me mordis la lèvre, mal à l'aise, puis levai les yeux vers lui. Les siens étaient toujours écarquillés et me fixaient, ahuris.

  –Je crois... qu'il faut qu'on parle.

  Il expira tout l'air de ses poumons.

  –Tu crois ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Anneh Cerola

Quoi que je fasse
Que je me débatte
Entre les mots et les dates

Où que je me cache
Leitmotivs que je rabâche
Les filets sont trop lâches

Où que je me tienne
Dans la pénombre
Des longues ruelles

Quoi que je rêve
Ou que j'écrive
Les notes sont trop brèves

Habillé de mélodie
Ton souvenir indélébile
Revient nimbé de patchouli
7
9
0
0
Défi
TristesseExistenSyel
L'hiver est froid. La neige tombe. À 18h42 dans un pub, rien de bien intéressant ne se passe. Alors on attend. Et puis d'heure en heure on comprend que bien plus se joue dans la plus profonde lassitude que dans la plus épique des actions. On y fait souvent les choix les plus durs, les plus tristes mais les plus déterminants.

La vie c'est des cycles. Au final on ne fait que tourner en rond. En se rend alors compte qu'au fondement de l'humanité il n'y a pas de grandeur. Il y a seulement de la décadence. Ou alors peu-être est-ce ensemble que ces personnages deviennent grand ? Peu être que leur cœur s'estompe et bat de moins en moins vite mais peu être qu'à 18h42 quelque chose va changer. Une chose qui fait grandir. Une force capable de démarrer une spirale incessante... la vie.
19
21
70
32
Cecile Massalia

La jeune femme dans les bois

Sous le ciel infini et feuillage dansant
Une femme avançait le pas hésitant
Depuis longtemps, dans ce bois abandonné, plus aucune âme n’y était passée
Et nul ne songeait plus au doux murmure des arbres, ni au chant mélodieux des oiseaux

En cette fin d’Octobre, seules les feuilles d’automne recouvraient le terrain boueux de l’allée
Empreintée autrefois par quelques âmes humaines
De leur passage, nulle trace, nul souvenir qui en fasse le récit
De la dernière averse, la terre humide ne cessait de rester muette
Et gardait en secret le profond silence des morts

Perdue dans son imaginaire, désolée par une réalité trop peu passionnée,
La visiteuse inattendue cherchait du regard le chemin vers une terre d’asile
La liberté sans frontières et l’amour sans limites, toujours avaient été sa loi secrète
Vint un instant où l’audace de la pensée la fit redevenir celle d’autrefois

Charme trop souvent éphémère, l’extase fait place aux désillusions
Route tortueuse que celle de l’absolue existence
Le présent et l’avenir s’épient, le réel et l’irréel s’affrontent
La culpabilité humaine embrasse l’innocence de la nature

Eblouissante était-elle devenue, l’espérance au front, le regard chargé de lumière,
Celle qui le matin même n’avait trouvé nul sens au battement de son sang
La création toute entière lui appartenait, à cet instant, à l’infini,
Mille ans la couronnèrent, l’éternité était à sa vue

Passé devenu présent, amour sans fin, renaissance tant désirée
Insouciance enfantine et ardent désir d’une femme éclose
L’espérance passionnée la prenait à la gorge,
Le souvenir des amours d’autrefois l’enveloppa de son parfum

Le bois enchanteur était son confident, silencieuse était sa musique
Demeure d’un instant, elle lui avait pourtant tout dit,
« Je t’observais souvent en secret et n’osais te parler » lui disait-elle
J’étais perdue et tu m’as fait revenir à la terre »

Les jours passèrent et nulle présence ne revint en ce lieu
Où était donc passée la douce créature, amie des bois et forêts ?
« Je ne suis jamais loin de toi » se dit –t-elle quand lui vint l’appel
« Demain, à l’aube, je reviendrai, j’ai tant de questions encore à te poser
Et toi, tu me diras encore qui je suis, et qui je serai ! »
Le cauchemar

A cette heure tardive, le soir devient profondeur
Et l’écriture trop éprouvante ne parvient plus à me garder éveillée
Assoupie à ma table de travail où s’étalent mes dernières pensées,
Je me laisse guider par les songes et découvre des territoires inconnus

Vibrantes sensations dont je ne parviens pas à saisir le sens ni l’origine
Il est trop tôt pour ouvrir les yeux, une force despotique me raccroche à elle
Elle s’impose à moi, me dissous et me fait murmurer des mots incompréhensibles
Moi-même, je ne suis plus, la peur m’étreint et ne me lâche plus

Blessée au cœur, les larmes inondent mon sang, et mes lèvres se mettent à trembler
Un être que je ne connaissais pas à lâché ma main et me voilà plongée dans la nuit
Ma gorge est sèche, sortir de cette obscurité est mon obsession
Mais le jour tarde à se lever, mon impatience me rend folle

Mes membres pendent au poteau du condamné, on veut me les arracher
Un couteau a ouvert ma chair, la plaie est béante mais nul sang ne s’écoule
L’espoir de la résurrection m’a abandonnée, la mort a posé ses mains sur mon visage
Mes yeux se sont éteints et l’univers tout entier semble être tombé dans l’ombre

Dans ce village abandonné, on n’entend plus que les feuilles mortes secouées par le vent
Midi a sonné et pourtant la lumière du jour persiste à demeurer cachée
Ils sont déjà loin les habitants qui hier encore étaient en fête
Ils ont fui des ennemis inconnus et sont partis demander secours au soleil

Restée sur la place vide, ma peau épuisée est à la merci des bourreaux,
Je suis victime et témoin de l’histoire, histoire toujours recommencée
Les morts, témoins du passé, m’appellent de leur demeure lointaine
Bientôt ils me conteront leur douloureuse aventure parmi les hommes

Il y a plusieurs heures déjà que mes rêves m’ont conduite vers le naufrage
Je me suis réveillée au milieu de la nuit, et ne suis plus personne
Mon papier et ma plume n’ont plus de maître, mes yeux s’ouvrent mais ne voient pas
Rien n’a changé autour de moi, et pourtant tout à basculer
Ceci est certain, je ne suis plus la même qu’hier,
Aujourd’hui, je suis seule, aujourd’hui je suis vieille !
Poésie et existence

Sens aigue de l’existence, vie inspirée
Inspiration poétique ou divine
Une ombre, une nuit, un vers d’un poète disparu
Et tout est ressenti, tout est dit

Sentiment fugace, et une seconde vaut bien une année
Il n’y a plus de temps humain, la nuit pourrait être infinie
Et le jour ne jamais se lever
Réflexions et rêveries n’auront pas de fin

Le passé n’est plus, l’avenir est enfoui sous la terre
Jeunesse et beauté semblent ne nous avoir jamais quittés
La douleur n’est plus qu’une invention de l’esprit
Et les épines des jours ne font plus couler de sang

Quand bien même le goût amer des heures reviendrait,
Le vers du poète n’oublierait pas de tendre sa main secourable
Les Romantiques nous doivent bien cela
Tant notre malheur leur inspira des notes délicieuses

Grands connaisseurs des cœurs, ils en appellent à nos sens et nous invitent au repos
Demain encore, leurs mots seront la continuité de nos existences
Souvent plaintif, joyeux parfois, leur chant matinal nous fait retrouver l’universelle destinée

Il nous écoute, celui devant qui nous avons ouvert nos poings fermés
Quelque part, dans un rêve éveillé, la voix du poète fredonne l’hymne des cœurs blessés
Celui-là aussi a souffert d’amour mais la mer ne l’a pas englouti,
Son existence devait rester grande, elle devint alors un air de poésie
La folie du génie ( Camille Claudel )

A Montdevergues, une femme sculpteur regarde à la fenêtre et fixe les fous errants
C’est l’heure de la promenade, les pensionnaires portent leurs ailes blessées
Ca court, ça crie, ça hurle sous le soleil aux rayons brulants
En cette fin d’après-midi de Juillet, l’asile prend des airs de fête sauvage

Elle est demeurée dans cette pièce, celle qui continue d’hurler le nom de Rodin
Chambre vide aux murs jaunis, ni chaleur, ni bonheur ne la traversent
Une lettre, posée à la hâte sur une table de bois, attend d’être achevée
Depuis ce matin, la main si bien habile autrefois se met à trembler

Elle a trop supplié, les mots toujours se ressemblent
Il lui faudrait de la glaise et du marbre, l’infinie douleur la transperce
Comme au temps de la Valse et de la Destinée son esprit est dévasté
Le monde à sa vue n’a plus de regard, le malheur a perdu son odeur

Dans l’atelier où elle régnait dans l’ombre, les élans passionnés avaient toutes les expressions
Amour dévastateur, abandon inéluctable, mélancolie créatrice
Tout était dans ses mains, la nuit était comme le matin, témoin d’une nouvelle création
Et chaque jour était un cri poussé de concert avec l’orage

Le front collé au mur, le vin à dix sous, soutien illusoire pour les heures vident d’inspiration
Les chaînes à la serrure la protègent, la sœur du poète ne veut plus entendre parler des hommes
Une nuit fut plus terrible que les autres, une voix lui fit brandir le couteau
Mille débris sont à ses pieds, tout est à recommencer

Un matin d’hiver, dans un silence attristé, la capture se fit annoncer
Nuages gris toujours plus sombres, et le jour devint la nuit
Une femme enchaînée, jadis muse d’Auguste, hurle à la liberté
C’est l’heure du départ, vers un néant jamais nommé

Treize ans se sont enfouis déjà et le regard martyrisé fixe toujours le ciel endormi
Les nuages blancs dessinent des courbes voluptueuses, souvenirs d’étreintes sculptées
Soudain la mélancolie quitte le cœur blessé, la rage se met à grogner
Une femme de cinquante ans se souvient, l’agitation fait soudain place à l’attente

Sous la terre, en ces jours de notre temps, des os desséchés luttent encore contre l’oubli
Dans ce cimetière des Vosges une femme parle doucement, à voix basse
Et il nous semble entendre un murmure caresser les feuilles d’automne sous la pluie
Nulle tombe, mais une âme tourmentée qui fixe les passants, et marche sans faire de bruit
���
0
0
0
6

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0