Chapitre 34 : Relation cachée

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  Assise sur un fauteuil du salon tourné en direction de l'entrée, je fixai la porte sans bouger. Je ne pensais à rien, strictement rien. Mon esprit était si vide que s'en était même inquiétant. Je ne sais pas combien de temps je restais dans cet état, mais dès que la sonnette retentit, je bondis sur mes pieds et décrochai l'interphone.

  –Trevor ? m'assurai-je d'une voix sombre.

  Il y eut un claquement de langue sec.

  –Oui, c'est moi.

  Je déverrouillai la porte de l'immeuble en raccrochant, puis sortis sur le palier pour surveiller l'ascenseur.

  Trevor arriva moins d'une minute plus tard, par les escaliers. Il avait beau avoir gravi les dix étages en un instant, il ne présentait aucun signe d’essoufflement. Casque de moto à la main et sourcils froncés, il s'approcha de moi.

  –Tu voulais que je vienne, déclara-t-il d’une voix qui reflétait son énervement, alors je suis venu. Contente ? Je peux avoir le portable maintenant ?

  Je ne lui répondis pas et retournai dans mon appartement. Il jura dans mon dos avant de m'emboîter le pas. Après avoir jeté son casque et sa veste de motard sur le canapé, il se laissa tomber dessus et lâcha un soupir exaspéré. Je m'assis sur la table basse afin de bien être face à lui.

  –Que se passe-t-il entre toi et Sinéad ? attaquai-je sans plus tarder.

  –Rien qui te concerne.

  –Oh, je pense que si. Sinéad est ma meilleure amie, Trevor, et je te connais. Tu enchaînes les plans culs depuis ta première fois et elle n'est pas...

  –Tu faisais la même chose il y a encore trois ans, me coupa-t-il sèchement. Pourtant, tu as fini par te caser avec Nightwalker et il n'était pas plus joueur que Sinéad.

  Sa pique acerbe ne manqua pas sa cible. Elle me cloua sur la table, bouche-bée.

  –Je...

  –N'essaye pas de me contredire, je sais ce que j'ai vu.

  –Qu'est-ce que tu as vu ?

  Où nous aurait-il surpris ensemble ?

  –Michael passant beaucoup trop de temps dans ta chambre d'hôpital pour un simple meilleur ami, répondit-il.

  Je haussai un sourcil sceptique.

  –Tu venais me rendre visite ?

  –Sinéad venait te rendre visite. Je ne faisais que l'accompagner.

  Ce second coup bien placé me frappa avec autant de force que le premier. J'avais l'impression d'avoir été reconverti en vrai punching-ball humain.

  –Donc... elle sait aussi ?

  Un sourire suffisant fendit les lèvres de Trevor. Il se pencha vers moi, les coudes appuyés sur ses genoux.

  –Oh oui, elle sait. Alors autant te dire qu'à ta place, j'y réfléchirais à deux fois avant de lui faire la morale pour n’avoir rien dit à mon sujet, car elle n'a pas bien pris ton petit secret.

  Je me renfrognai encore plus. Il marquait un nouveau point. Mais pourquoi ne m’avait-elle rien dit si elle était au courant ? Elle attendait toujours que je fasse le premier pas ?

  –Bon, maintenant qu'on a mis les choses au clair, je peux récupérer son portable ? demanda-t-il en se levant.

  –Attends ! l'arrêtai-je. On n’a pas fini de parler. (Il roula des yeux et se rassit.) Vous... sortez vraiment ensemble ?

  –Tu veux pas attendre demain pour poser tes questions à Sissi ?

  Mes muscles se crispèrent. Jamais je ne l'avais entendu l'appeler Sissi. C'était à peine s'ils s'adressaient trois mots avant mon coma ! Putain, c'était trop bizarre.

  –Non, la patience et moi, ça a toujours fait quinze mille. Alors comme tu es là, autant en discuter maintenant, décrétai-je.

  Il souffla à nouveau.

  –Entre Sinéad et moi... C'est compliqué.

  –Comment ça « compliqué » ? Soit vous sortez ensemble, soit vous ne sortez pas ensemble.

  –Très bien, on sort ensemble.

  Même si j'avais mes doutes, l'entendre le confirmer me laissa un goût étrange en bouche.

  –Donc on avait raison, c'est bien pour une fille que tu es resté, conclus-je.

  –En effet, toutes mes félicitations, bande de Sherlocks. Vous avez résolu le mystère. Trevor Shark n'est rien d'autre qu'un canard qui n'a pas pu s'éloigner de sa dulcinée. Vous voulez une récompense ? ajouta-t-il, sarcastique.

  –Si tu ne voulais pas qu'on cherche la raison qui t'as poussé à rester à New York, peut-être que tu aurais dû commencer par trouver une meilleure excuse que « Si je pars, trop de filles vont se languir de moi. », répliquai-je en imitant sa voix grave. Parce que laisse-moi te dire que personne ni a cru et ce mensonge plus que pathétique a attisé la curiosité de tout le monde.

  Son air moqueur disparut de son visage et il se renfonça dans le dossier.

  –Je sais, marmonna-t-il. Je ne comprends toujours pas ce qui m'a pris de sortir une connerie pareille.

  –C'en était une belle, en effet... Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? repris-je. Un moment, j'imagine, vu que la rentrée scolaire date déjà de plusieurs mois.

  –Ouais, un moment.

  Mes épaules s'affaissèrent.

  –Tu pourrais être encore plus évasif ? ironisai-je.

  –Quelques mois après que tu es tombée dans le coma. C'est suffisant ou tu veux le jour et l'heure près ?

  –Non, c'est bon, mais... comment c'est arrivé ?

  Sinéad et moi l'avions quand même catégorisé roi des mecs avec qui je n'aurais pas dû coucher. Qu’est-ce qui avait changé entre ce moment et celui où elle était tombée sous le charme de Trevor ?

  –On s'est engueulé, lâcha-t-il.

  Je cillai plusieurs fois.

  –Pardon ?

  Je devais mal avoir entendu. Trevor roula à nouveau des yeux, blasé.

  –Tout a commencé par une engueulade, précisa-t-il, et ça nous a frappé, c'est tout.

  –Eh bien, on peut dire que c'est une relation qui démarre sur de bonnes bases, marmonnai-je

  Ses yeux bleu glace me lancèrent un regard noir qui me pétrifia sur place. Jamais je ne l'avais vu avec un air aussi sombre. La colère avait carrément dilaté ses pupilles et il dégageait une aura si menaçante que lorsqu'il se pencha de nouveau vers moi, il me fit penser à un prédateur à deux doigts de se jeter sur sa proie. Je n'osai pas bouger. Je savais que je l'avais déjà mis à terre avant mon coma, pourtant, en le voyant ainsi, je doutais pouvoir recommencer.

  –Je ne suis pas venu ici pour t'entendre juger notre relation, déclara-t-il dans un grondement sourd. Alors si c'est pour trouver matière à la critiquer que tu me poses ces questions, Anastasia, je pense qu'on va s'arrêter là.

  Il se releva brusquement à la fin de sa phrase. Encore intimidée, j'eus un mouvement de recul. Son regard s'attarda sur moi encore un instant, puis il récupéra ses affaires et regagna l'entrée. Au lieu de sortir tout de suite, il fouilla dans la poche interne de mon manteau et récupéra le téléphone de Sissi.

  Que… Comment a-t-il...

  La porte grinça alors qu'il l'ouvrait. Ce son me ramena brusquement à moi. Je me redressai vivement.

  –Trevor, attends !

  Il se tourna vers moi, l'air toujours mauvais.

  –Quoi ?

  –Je suis désolée, c'est sorti tout seul. Je n'avais pas l'intention de critiquer votre relation.

  –Peut-être, admit-il en refermant la porte, mais si ça t’a échappé, c’est parce que tu l’as pensé. Et tu l’as pensé car tu n’approuves pas notre relation.

  –Ce n'est pas ça...

  –Pas la peine de mentir, Anastasia, ça se sent.

  –Je ne te mens pas. C'est juste... Toi et Sissi êtes tellement différents. Jamais je vous aurais imaginé ensemble. Et elle est comme une sœur pour moi, c'est normal que je me fasse du souci.

  Il ferma les paupières et prit une profonde inspiration. Lorsqu'il rouvrit les yeux, l'éclat menaçant qui brillait à l'intérieur avait disparu.

  –Écoute, commença-t-il en venant s'appuyer sur le dossier du canapé. Je reconnais que ça doit être déconcertant. On a été les premiers surpris par cette... attirance. Mais c'est comme ça et ça ne changera pas. Alors tu ferais mieux de t'y faire rapidement.

  –Tu tiens à elle ? m'assurai-je.

  –Plus qu'à n'importe qui.

  L'intensité dans sa voix et son regard me prit de court. Il me fallut plusieurs secondes avant de me reprendre en mains.

  –Et tu ne t'es pas fait trop insistant ? continuai-je. Tu as attendu qu'elle soit prête avant de coucher avec elle ?

  Sa mâchoire se contracta et il détourna le regard. Cette réaction ne me plût pas du tout.

  –Trevor ? insistai-je durement.

  –On n’a rien fait, soupira-t-il.

  –Quoi ?

  Il reporta son attention sur moi.

  –On n'a encore jamais couché ensemble, rassurée ?

  J'eus beau cherché un indice qui prouverait qu'il racontait n'importe quoi, je n'en trouvai pas. Il me paraissait juste... sincère.

  –Wow… Vous avez vraiment jamais couché ensemble, répétai-je, choquée. Ça ne m'étonne pas de Sissi, mais toi ? Je ne te pensais pas capable d'un tel sang-froid. Après avoir enchaîné les conquêtes presque tous les jours pendant des années, ne plus rien faire depuis des mois doit être super difficile.

  Une lueur s'alluma au fond de ses yeux à ces mots. Une lueur que j'avais malheureusement vue trop de fois chez un certain type de personnes. Toute la considération que je venais d'avoir pour Trevor s'envola en un fragment de seconde.

  –À moins, bien sûr, d'être allé voir ailleurs, nuançai-je d'une voix sombre.

  Malgré son blouson, je vis ses épaules se tendre.

  –Je n'en suis pas fier, murmura-t-il, dents serrées.

  –Je vois... Tu as une drôle de conception du couple.

  Dégoutée par son comportement, je m’éloignai de lui. Je n’en revenais pas de m’être fait bernée par ses premières réponses. Il tenait à elle ? Tu parles ! Si c’était vraiment le cas, il aurait attendu qu’elle soit prête au lieu d’aller voir ailleurs comme un animal en rut.

  La main de Trevor se referma sur mon bras alors que je n’avais pas fait deux pas et il me ramena à ma place.

  –Lâche-moi, Trevor.

  –C'était plus fort que moi, gronda-t-il.

  –C'est ce que tu te répètes pour soulager ta conscience et justifier ton infidélité ? rétorquai-je, hargneuse.

  –Et Sinéad le sait, ajouta-t-il.

  Je me figeai.

  –Elle sait que tu l'as trompée... et est toujours avec toi ? soufflai-je, sidérée.

  Les traits de Trevor se tendirent.

  –Laisse tomber, tu ne peux pas comprendre.

  Il me libéra, puis quitta mon appartement sans ajouter un mot.

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- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
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