Chapitre 33 : Discussions - Partie 3

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  Le cœur lourd, je lui répondis sans rien laisser transparaître de mon appréhension.

  ⌈ Je ne sais pas, je ne sais pas... 21h, c'est un peu tard pour manger... Qu'as-tu à m'offrir en échange de ma patiente ? ⌋

  Son retour ne se fit pas attendre.

  ⌈ Tu te rappelles notre roadtrip à Canyonlands ? ⌋

  Nous deux. Une voiture. L'immensité des canyons. L'impression d'être seuls au monde. Ses lèvres brûlantes. Nos corps l'un contre l'autre. Ses yeux bleu marine rendus plus sombres par la fièvre de la passion. Ses muscles puissants roulant sous mes doigts.... La chaleur soudaine qui me gagna chassa mon malaise et empourpra mes joues.

  ⌈ Évidemment, comment veux-tu que je l’oublie ? ⌋

  ⌈ Ce souvenir te semblera bien fade si tu m'attends ce soir. ⌋

  Une nouvelle bouffée de chaleur se rependit en moi avant de se concentrer dans mon bas-ventre. Mon dieu, j'allais bientôt faire une syncope à ce rythme. Ou avoir un orgasme en plein cours, ce qui serait très gênant. Pourquoi n'avais-je pas un éventail sous la main ? Ou encore un congélateur dans lequel m'enfermer pour refroidir mes ardeurs ? Il fallait que je calme le jeu.

  Ou alors que je le prolonge.

  Je me mordis les lèvres et, en mauvaise fille, penchait pour la deuxième option.

  ⌈ Ah vraiment ? Es-tu sûr d'en être capable ? La barre est très, très haute. ⌋

  La température grimpa de plus en plus à mesure que notre échange avançait. Je ne sais pas où se trouvait Michael, mais dans une salle de classe, cette chaleur commençait à friser l'indécence. Ça ne m'empêcha pourtant pas de continuer sur ma lancée, jusqu'à ce que le professeur me rappelle à l'ordre. Je lui obéis pour la forme et rangeai mon téléphone, mais je ne fus pas plus attentive à ses propos : les promesses sensuelles et luxurieuses de Michael accaparaient déjà toutes mes pensées. Elles avaient transformé mon appréhension en impatience.

  Heureusement, le groupe de révision organisé par Lucinda m'empêcha de me languir trop longtemps en attendant son arrivée. J'eus même droit à une douche froide. Toutes ces formules, ces molécules, ces familles chimiques...

  –Raaa, je comprends rien ! rageai-je en fourrageant mes cheveux. Comment t'arrive d'ici à ici ?

  –En faisant ça.

  Je tentai de suivre le raisonnement de Sissi, en vain. L'écouter clamer du Shakespeare à l'envers et en chinois aurait été plus compréhensible.

  –Rodrick, soupira-t-elle après une heure de lutte infructueuse. Tu peux venir nous filer un coup de main ?

  Ledit Rodrick, l'un des meilleur dans cette matière, avait aussi accepté de se joindre à nous, avec cinq autres élèves. Il quitta la fille qu'il était en train de superviser pour venir se pencher au-dessus de mon épaule.

  –Quel est le problème ?

  Sinéad tapota ma feuille. Il haussa un sourcil.

  –Tu n'arrives pas à faire cet exercice ? s'étonna-t-il. C'est du basique.

  –Merci d'enfoncer le clou, marmonnai-je.

  –Son cas est désespéré, plaisanta Lucinda.

  Elle eut droit à un magnifique majeur qui déclencha un fou rire autour de la table. Dans un soupir, Rodrick s'installa à côté de moi et reprit de zéro. Les explications, démonstrations et exemples s'enchaînèrent les uns à la suite des autres. J'essayai de m'accrocher de mon mieux, de donner sens à cette langue venue de l'espace, mais au bout d'une bonne heure et demi, je dus faire face à l'évidence : ça ne servait à rien.

  –Désolé de t'avoir fait perdre ton temps, Rick, mais Lucinda a raison, je suis sans espoir.

  Cette dernière battit innocemment des paupières, puis reprit sa conversation avec les autres. Ils avaient déjà abandonné depuis un moment et Sissi était partie il y a une demi-heure.

  –T'inquiète pas, c'est pas grave. On a tous nos faiblesses. Même avec des années d'entraînement, je serais incapable de jouer aussi bien que toi.

  –C'est bien vrai, renchérit Jeremy. T'as toujours été super douée, et je ne te parle pas de ta prestation dans Éternelle.

  –Les critiques ne savaient pas quoi dire, ajouta Sydney.

  –Tu as déjà préparé tes remerciements pour les Oscars ? intervint Lucinda, un sourire aux lèvres.

  Je levai les yeux aux ciels.

  –Attendez que la cérémonie soit passée avant de me remettre la statuette, soupirai-je en refermant mon livre. Les autres actrices de ma catégorie sont des monstres.

  En particulier Tatiana Maslany. J'avais toujours été sur le cul quand je regardais Ophan Black et sa prestation était tout aussi spectaculaire dans son dernier film.

  –Enfin bref, vous parliez de quoi ?

  –Du bal de fin d'année, répondit Luci. Après les Oscars, le bureau va donner le premier indice sur l'endroit qu'ils ont réservé.

  Mes lèvres se soulevèrent. La plus grande chasse au trésor d'Harrington était sur le point de commencer.

  Alors que j'allais leur demander s'ils avaient déjà des idées à ce sujet, un portable vibra sous mes feuilles de brouillon. Le mien était pourtant dans ma poche. Perdue, je me lançai dans des recherches archéologiques pour le retrouver. L'appel s'arrêta au moment où je mis la main dessus.

  –Merde...

  Luci fronça les sourcils.

  –C'est pas celui de Sinéad ?

  –Si.

  Cette idiote l'avait oublié. Et c'était moi qu'on traitait de pas douée ?

  –Tu vas lui ramener ? s'enquit Syndey en me voyant ranger mes affaires.

  Je confirmai d'un hochement de tête. J'aurais pu me contenter de la prévenir par Messenger et de lui rendre le lendemain, cependant, en tant que meilleure amie, il était de mon devoir de lui remettre au plus vite. En plus, l'appel manqué venait de son père. Ça pouvait être important.

  Ce doute se confirma lorsque j'entrai dans le parking du lycée : David essayait de la joindre à nouveau. Je me permis de décrocher pour le prévenir du problème. J'avais à peine porter le téléphone à mon oreille qu'une voix s'éleva de l'autre côté.

  Une voix féminine.

  –Ah, Sissi, enfin tu décroches. (Je me figeai net.) Écoute, les idiots de ton lycée sont de nouveau devant l'immeuble alors il vaut mieux que tu ne viennes pas ce soir et que Trey se rende chez toi. Il est sur le point de partir.

  Trey ?

  –Elle est encore chez elle ? demanda une voix en arrière-plan.

  Une voix que je ne connaissais que trop bien.

  Mes doigts se resserrèrent autour du téléphone.

  –Oui, c'est bon, lui confirma la femme. Je te laisse, ajouta-t-elle à mon attention. À plus Si…

  –Ce n'est pas Sinéad.

  Mon annonce eut l'effet d'une bombe et un silence de mort s'abattit dans le téléphone. Plusieurs secondes tendues s'écoulèrent avant qu'elle ne reprenne la parole, son ton soudain beaucoup plus sombre.

  –Qui est-ce ?

  –Anastasia Baskerville.

  Une flopée de juron s'envola derrière elle. Un bruissement se fit ensuite entendre dans le combiné, lorsque celui de l'autre côté de la ligne changea de main.

  –Anastasia ? gronda mon nouvel interlocuteur.

  –Sinéad a oublié son téléphone au lycée alors si tu veux la prévenir, appelle directement chez elle, cinglai-je. Et puisque tu dois la rejoindre, que dirais-tu de faire un crochet à mon appartement pour récupérer son portable et lui rendre ? J'allais le faire, mais ça m'éviterait un grand détour. Tu te rappelles où j'habite ou tu as besoin que je te rafraîchisse la mémoire ? C'est là où tu avais volé à notre rescousse.

  –Ana...

  –À tout à l'heure, Trevor.

  Je raccrochai sans lui laisser le temps de rajouter un mot.

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Nulle tombe, mais une âme tourmentée qui fixe les passants, et marche sans faire de bruit
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