Chapitre 33 : Discussions - Partie 1

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  En plus du don de guérison et de la capacité à voir les défunts, j'allais sûrement rajouter « clairvoyance » à la liste de facultés surnaturelles que je commençais à développer. J'avais refusé de me joindre à la planque pour éviter de jouer avec ma chance. Et qui se pointa chez moi, ce soir-là, alors que je passais les réseaux sociaux de Trevor au peigne fin ? Ma douce génitrice.

  Dos à la porte d'entrée, plongée dans mes recherches et du Nightwish à fond dans les oreilles, je ne l'entendis pas arriver et continuai à éplucher les publications de Trevor sans me douter de rien. Ça faisait déjà deux heures que j'étais dessus mais je n'avais encore rien trouvé. Elles m'avaient seulement confirmé le silence radar de ce casanova entre le bal et la rentrée de Columbia : il n'avait rien posté durant cette période.

  Loin de me laisser abattre, je pris une nouvelle gorgée de Coca et passai au post suivant. Un mouvement effleura mon champ de vision au même moment. Je jetai un coup d'œil dans cette direction, intriguée, et la vis, à l'autre bout du canapé. J'eus un violent mouvement de recul. Mon ordinateur se retrouva par terre, mais je ne fis rien pour le récupérer. Le souffle court et les yeux rivés sur ma mère, je n'osai pas bouger. C'était la première fois que je la revoyais depuis qu'elle m'avait giflée.

  Mes muscles se tendirent lorsqu'elle s'approcha. Sans me quitter des yeux, elle ramassa mon ordinateur, puis tendit la main vers moi. Je fermai immédiatement les paupières, me préparant à encaisser une nouvelle claque.

  Ma génitrice ne me frappa pas. Elle ne fit que m'arracher mon casque et avec lui, ma musique.

  –Tu cherches à te rendre sourde ? demanda-t-elle d'une voix glaciale alors que je rouvrais les yeux. Je t'ai déjà dit cent fois de ne pas mettre le son aussi fort.

  –Désolée...

  Mes excuses glissèrent sur sa peau comme si elle était recouverte d'huile. Elle jeta mon casque sur le canapé, puis se détourna pour se rendre dans la salle à manger, ses talons claquant sur le sol.

  Tendue comme un arc, je balayai les environs du regard, priant pour que quelqu'un l'ait accompagnée. N'importe qui aurait fait l'affaire – même mon paternel ! – du moment que je n'étais pas seule avec elle.

  Évidemment, s'il y avait quelqu'un là-haut, il décida de faire la sourde oreille. Il n'y avait pas âme qui vive dans cet appartement à part celle de ma mère et la mienne.

  J'inspirai profondément pour calmer mon pouls, qui s'était lancé dans une course folle contre Ushon Bolt depuis l'apparition de ma génitrice, puis me tournai vers elle.

  –Maman... Qu'est-ce que fais-tu là ?

  –Ai-je besoin d'une raison pour passer du temps avec ma fille ? répondit-elle en sortant une bouteille de vin du sac en papier sur la table.

  –Non.

  Mais aucune mère souhaitant être avec sa fille ne la regarderait avec des yeux aussi froids que les siens.

  –Nous sommes d'accord… Apporte des assiettes et viens manger.

  Après quelques secondes d'hésitation, je m'exécutai. Peu importe la raison de sa présence – car il y en avait une, c'était obligé – je devais en profiter pour essayer d'obtenir des réponses. Ma mère ouvrit les différents plats chinois qu'elle avait acheté tandis que je disposais les assiettes, la sienne en bout de table et la mienne, à deux chaises d'écart.

  –Comment s'est passé l'essayage de ta robe ? s'enquit-elle en s'installant à sa place.

  –Bien. Judith avait quelques ajustements à faire, mais elle en a perdu ses mots.

  Cette anecdote lui fit hausser un sourcil.

  –J'imagine qu'il ne peut y avoir meilleure confirmation.

  J'opinai. Elle se servit en nems tandis que je prenais des pâtes mijotées aux champignons noirs et au bœuf.

  –Puisqu'ils annoncent des vent violents vendredi soir, reprit-elle, nous partirons seulement samedi, vers midi. Ce n'est pas l'idéal, mais je ne peux pas me libérer plus tôt et ça te permettra de voir le docteur Wilson le matin.

  –OK.

  Même si j'aurais aussi préféré partir plus tôt pour profiter du soleil de la ville des anges et oublier la neige, le temps d'un vrai week-end, ce départ tardif avait du bon : je passerais moins de temps en compagnie de mes parents.

  –D'ailleurs, en parlant du docteur Wilson...

  Je me crispai et relevai les yeux de mon assiette.

  –Tu lui diras de me tenir au courant de tes auscultations et de me montrer le résultat de tes analyses. Tous les résultats, précisa-t-elle.

  Quand je disais qu'elle n'était pas venue sans raison...

  –Et le secret médical ? hésitai-je.

  Elle me lança un regard tranchant qui exprimait clairement ce qu'elle en pensait. Je me tassai sur moi-même et concentrai sur mon plat. Ma mère ne prononça plus un mot après ça. Un silence pesant s'installa entre nous. Il alourdissait l'air à tel point que j'avais l'impression d'avoir plus de mal à utiliser mes baguettes que d'habitude. La tension ambiante rendait aussi la nourriture horriblement fade, alors que notre dîner venait d'un super restaurant. À cause de cette atmosphère, plusieurs minutes passèrent avant que j'ose me lancer.

  –Maman, pourquoi as-tu voulu devenir docteur ?

  Avant de commencer mes recherches sur Trevor, j'avais réfléchi à mes nouvelles capacités et ce qui pouvait en être à l'origine. Si c'était héréditaire, comme la faculté de Sinéad, il y avait plus de chance que je les détienne de ma mère que de mon paternel. Même si elle ne pratiquait plus depuis des années, elle avait été une grande chirurgienne avant de s'enfermer dans un bureau et de devenir reine d'un empire hospitalier et médical. Peut-être avait-elle choisi ce métier pour utiliser son don de guérison sans que personne n'ait de soupçon, en supposant qu'elle en avait un.

  Ses baguettes se suspendirent au-dessus de ses vermicelles de riz et elle fronça les sourcils.

  –Pourquoi cette question ?

  Je jouai nerveusement avec mon canard laqué.

  –Avec toutes les personnes au lycée qui sont en train de choisir leur université pour l'année prochaine ou qui sont en attente de réponse, je me demandais pourquoi tu avais choisi cette voie.

  –La biologie et le fonctionnement du corps humain m'ont toujours intéressée, soupira-t-elle. Devenir médecin était le meilleur moyen de satisfaire ma curiosité à ce sujet.

  Cette réponse correspondait tout à fait à sa froideur actuelle, cependant ce n'était pas le cas avec son caractère de l'époque. Son cœur n'avait pas encore gelé lorsqu'elle s'était engagée dans ses études.

  –Tu ne voulais pas aussi aider ton prochain ?

  Elle détourna les yeux et l'espace d'un instant, un éclat que je n'avais pas vu depuis des années brilla à l'intérieur. Un éclat de douceur.

  –Peut-être, murmura-t-elle.

  Elle reporta son attention sur son repas tout de suite après, toute chaleur déjà envolée de son regard.

  –Il n'y avait pas d'autre raison ? insistai-je.

  –Quelle autre raison pourrait pousser quelqu'un à devenir médecin ? soupira-t-elle.

  –Eh bien... Blodwyn a décidé de se tourner vers la médecine non-conventionnelle en partie... pour son don.

  Mal à l'aise, je n'avais pas réussi à maintenir l'assurance de ma voix jusqu'à la fin de ma phrase, mais elle était encore assez audible pour que ma mère me comprenne. Ses yeux se relevèrent immédiatement vers moi, mauvais. Mes muscles se tendirent.

  –Qu'est-ce que tu insinues, Anastasia ?

  –Je...

  –Que moi aussi, je possède un don surnaturel ? me coupa-t-elle sèchement. Qu'est-ce que tu as fumé pour qu'une idée pareille te traverse la tête ?

  –Rien mais...

  –Le paranormal n'existe pas en dehors de l'écran, cingla-t-elle. Soit Blodwyn se joue de ses patients, soit elle est folle et elle croit qu'elle peut voir des auras. Mais quelle que soit la réponse, il faut être incroyablement stupide pour avaler des conneries pareilles et aller la consulter. Et visiblement, tu ne vaux pas mieux que ses clients, alors que je me suis déjà assez répétée à ce sujet.

  Mes doigts se serrèrent autour de mes baguettes.

  –Pourquoi tu ne veux pas lui laisser le bénéfice du doute ? Elle a réussi à guérir plus d'une personne.

  –Parce que je vis dans la réalité et il serait grand temps que tu quittes ton monde fantastique pour y venir, ma fille. Tu as passé l'âge de croire à la petite souris, au Père Noël et aux contes de fées. Maintenant, tais-toi et mange. Si j'entends un mot de plus à ce sujet, je te fais passer un dépistage.

  Son regard s'attarda sur moi un instant, puis elle se concentra à nouveau sur son assiette. Blessée par ses mots, je fus incapable d'avaler un morceau de plus jusqu'à la fin du repas. J'aurais pourtant dû me douter que cette conversation se terminerait sur une dispute. Pourquoi m'évertuais-je à espérer un changement dans notre relation ? Un rapprochement qui n'aurait jamais lieu ? Finalement, elle avait raison sur un point : j'étais stupide. Stupide de croire que je pouvais briser la glace qui s'était répandue dans ses veines depuis la mort d'Ilya.

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Il n'y avait pas de réelle nuit pour les habitants de la station spatiale impériale Arankyr. Les ouvriers habitaient là avec leurs familles depuis des générations. Ils passaient, pour la plupart, toute leur vie sur ce cailloux dérivant au beau milieu du vide spatial, accueillant de temps à autre des vaisseaux impériaux en voyage.
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- Vraiment ?" Fit Krell, un peu sceptique.
- "Tout à fait. Krem Ling, sauvé, devait apprendre plus tard que cet animal était un prédateur impitoyable aux yeux des Kruds. Le Chtazyr est un animal qui se nourrit uniquement de Kruds. Il est capable de rester immobile en hibernation pendant des années, mais sitôt qu'il voit des Kruds, il leur bondit dessus et les dévore. Crois moi, avec ça tu n'as rien à craindre. Aucun Kruds n'osera t'approcher à moins d'un kilomètre. Ce Krem Ling de Lafoch dont je te parlai a été décoré pour avoir découvert le point faible des Kruds. Sitôt qu'on fait venir un Chtazyr sur le champs de bataille, il fait un massacre. Bien sûr ça ne sert pas dans les batailles spatiales, mais tant qu'on en a quelque part, aucun Kruds ne peut nous menacer.
- Je vois…" le petit garçon hésitait. Malgré son air sceptique, il serrait fermement la peluche contre son cœur. Irina comprit qu'il n'était pas bête au point de complètement lui faire confiance, mais qu'il avait envie de croire à cette histoire. Pour bien le convaincre, Irina ajouta d'une voix qui se voulait tendre:
- "Tu sais, jusqu'ici je dormais toujours avec, mais comme je m'inquiète pour toi j'ai décidé de te le donner. Tu peux dormir avec tout le temps à partir de maintenant. Même si moi maintenant je vais un peu avoir peur, mais bon, c'est pas grave du moment que toi tu es en sécurité."
L'enfant acquiesça, et s'allongea, l'air songeur.
Irina éteignit la lumière et sortit, laissant son frère dormir. Mais bien loin d'aller elle même dormir, elle se précipita sur sa console, obnubilée par son nouveau jeu vidéo inspiré de l'antique histoire de la vieille terre. Elle avait hâte de rencontrer le personnage virtuel de Gengis Khan qu'elle trouvait délicieusement charismatique.
Pendant ce temps, Krell s'endormait lentement. Il serrait la peluche patibulaire contre son cœur. Mais la tête affreuse de l'animal dépassait de sa couverture.

Des tentacules s'agitèrent dans les conduits d'aération. Un ligament de chair passa par les barreaux et les retira un à un. Puis une masse molle et informe se comprima pour passer par l'ouverture. Un mollusque tentaculaire rampa sur le sol, et se redressa lentement. Ses appendices s'agitaient lentement, et une voix faible et sifflante murmura:
- "Skvllyyktch skratc goltgum!" Un soupir. "Je meurs… je n'ai ni bu ni mangé pendant des semaines… je ne produis plus assez de mucus… Aussi, je suis désolé petit humain, mais je vais devoir te manger. Depuis des mois je survis en traînant dans les conduits d'aération. Cela ne pourra plus durer longtemps. Sinon je vais mourir."
Bien qu'il soit en train de dormir, le visage de l'enfant parut de crisper.
- "Je suis désolé. Je ne veux pas mourir. Même s'il peut paraître révulsant de manger la chair d'une créature intelligente… je suis dans une situation où je pourrais presque manger l'un des miens. Alors manger un humain…"
La masse de tentacules bougea lourdement. Rampant difficilement sur le sol sec.
- "Zyrcghlou Chtyglou! Ta chair… ton sang… tes os… c'est ignoble… mais peu importe. Tu me permettras de reprendre des forces. Je suis désolé. Je suis…"
La voix s'arrêta brusquement. Dans le peu de lumière que laissait filtrer la porte et qui éclairait vaguement les murs, on pouvait voir se dessiner l'ombre d'une créature étrange avec une gueule immense garnie de crocs.
La masse de tentacules frissonna, puis un tentacule se souleva et s'approcha de l'enfant.
Assis sur le torse de l'humain dans une posture grotesque, une créature velue souriait de toutes ses dents pointues. Ses yeux noirs renvoyaient des reflets lumineux où se lisait une lueur de défi, qui, mêlée à son sourire, lui donnait l'air sadique du prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège.
Un sifflement se fit entendre.
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Puis la masse de tentacules s'activa à une vitesse incroyable, remontant dans le conduit d'aération en quelques secondes avant de disparaître dans les ténèbres.

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Plus nous attendons, et moins nous survivons.


Quand on aime, on vit, on meurt.
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On pleure plus qu'on ne rit, on ne rit moins qu'on pleure.


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