Chapitre 31 : Souvenirs - Partie 1

5 minutes de lecture

  Le lendemain, je ne me rendis pas au lycée. Je n'avais pas la tête à supporter des heures de cours, le cul collé sur une chaise. Je n'avais même pas mis de réveil pour dormir le plus longtemps possible. C'était le minimum vital pour se remettre des révélations de la vieille. Évidemment, rien ne se déroula comme prévu : mes plans furent contrecarrés par Logan, venu à sept heures trente tapantes pour me conduire au lycée car j'avais oublié de le prévenir que je n'avais pas besoin de ses services. Une fois chose faite, je tentai de retourner au pays des songes mais ma mère m'appela une demi-heure plus tard, une seconde après que le lycée lui eut signalé mon absence. Je dus me battre pendant un bon quart d'heure pour la convaincre qu'un infirmier n'avait pas besoin de venir me voir : je n'avais qu'une foutue migraine, rien de grave. Comme ça m'arrivait encore d'en avoir malgré mes lunettes, c'était l'excuse la plus crédible que je pouvais lui donner et elle finit par l'avaler. Malheureusement, impossible de me rendormir suite à ça.

  Dans un soupir, je me redressai et m'assis au bord du matelas. Une multitude de questions ne tarda pas à se bousculer dans ma tête, sans forcément de lien entre elles, et aucune n'avait de réponse. Je me rallongeai en gardant les pieds par terre et, le regard perdu dans la contemplation du plafond, je me mis à lancer inlassablement une peluche lama dans les airs.

  D'où me venaient ces nouvelles capacités ? Y avait-il un moyen d'apprendre à les contrôler ? Ou au moins de les bloquer ? Que j'arrête de soigner les gens inconsciemment ? Mon coma était-il lié à toute cette histoire ? Le docteur Wilson avait-il examiné une sirène, comme je le pensais ? Avait-il hérité ses yeux scanners de son géniteur ? Qu'avait-il encore à me dire ? Finn était-il allé voir ses parents ? Le fait que je puisse le voir était-il lié à ma capacité de guérir les autres ou au nombre d'expériences de mort imminente que j'avais traversées durant mon coma ? Que devais-je dire à Michael concernant mon problème de pilule et tout ce qui m'arrivait ? Si j'étais aussi capable de guérir plus rapidement, pourquoi mes cicatrices n'avaient-elles pas disparu ? Parce que je les avais eues avant de développer cette faculté ou comme pour Sinéad, parce qu'elles ne m'handicapaient pas ?

  Sinéad ?

  Un éclair de lucidité traversa soudain mon esprit. Je rattrapai ma peluche sans la relancer.

  Ma meilleure amie et sa mère parlaient d'auras depuis si longtemps que je n'y faisais plus vraiment attention. Mais leur faculté à les voir et les lire devait aussi relever du surnaturel ! Et dans leur cas, ça semblait bien être héréditaire, puisque toutes les deux en étaient capables. La mère ou le père de Blodwyn avait-il aussi le même don ?

  Je me redressai en vitesse et récupérai mon téléphone, le lama serré contre ma poitrine. Après avoir parcouru ma liste de contacts, mon pouce s'arrêta sur « Plus belle rousse de la terre ». La sonnerie d'attente résonna à plusieurs reprises, puis laissa place au répondeur. Ma langue claqua contre mon palais.

  –Bonjour, vous êtes bien sur le portable de Blodwyn Ni'Meallan. Je ne suis pas disponible pour le moment mais laissez-moi un message et je vous rappellerai dès que possible. BIP !

  –Salut Blodwyn, c'est Ana. J'avais juste quelques questions à te poser... Y a rien d'urgent. Rappelle-moi quand t'auras le temps.

  Je n'en dis pas plus, ne voulant pas étaler mes problèmes par message, et raccrochai. Devais-je essayer de joindre Sissi à la place ? Non, elle était en cours à cette heure-là. Et Blodwyn mettait en général peu de temps pour rappeler.

  Refusant de refaire faire des vols planés à mon pauvre lama d'ici-là, je le reposai au milieu de ses pairs et me changeai. Vêtue d'un legging et d'une brassière de sport, je me plaçai au centre de la pièce et commençai à faire du yoga, étirant mes muscles en premier lieu.

  J'avais espéré que cette activité me viderait l'esprit, en vain. Mais était-ce vraiment surprenant ? Je n'avais jamais réussi à me plonger dans le pseudo état de méditation nécessaire à ce sport. La tête de nouveau pleine de questions, je fis le grand-écart, puis me penchai sur le côté pour attraper mon pied droit.

  Il fallait absolument que je trouve un moyen de contrôler ma faculté de guérison, sinon, ça risquait de devenir invivable. Je me voyais mal demander : « Hé, juste par curiosité, t'es malade ou blessé ? » à toutes les personnes que je croisais avant de les toucher. En plus, certaines n'étaient pas forcément au courant.

  Je relâchai mon pied, puis m'attaquai à l'autre.

  Est-ce qu'un obstacle entre ma main et la personne pouvait bloquer le processus de guérison, comme des vêtements ? Mais à moins de porter des gants à longueur de temps, il y avait toujours un risque que je touche de la peau, surtout en été. Quoique... D'après ce qu'il s'était produit hier, il fallait que ma paume entre en contact avec la personne pour la guérir. Il ne se passait rien avec le bout des doigts. Des mitaines seraient-elles suffisantes ? Ça ne semblait pas idéal mais en attendant que je maîtrise tout ça, c'était mieux que des gants et mieux que rien.

  Les jambes toujours écartées, je me pliai en deux jusqu'à ce que ma poitrine touche le sol, les bras tendus vers l'avant.

  Si je voulais tester la théorie des mitaines, j'allais devoir sortir d'ici pour en acheter. Je n'en avais pas une seule paire dans ma penderie. Ashley n'avait pas dû penser à ce genre d'urgence quand elle m'avait mise en garde sur l'utilisation de ma voiture, cependant c'en était incontestablement une.

  Je me redressai de ma petite hauteur, puis enfilai un T-Shirt. Alors que je me tournais vers la porte pour quitter ma chambre, mon regard passa sur le cadre photo posé sur ma table de nuit. Je me figeai. Plusieurs secondes passèrent avant que je reprenne le contrôle de mon corps. Je m'approchai du lit, récupérai le cadre, puis passai délicatement les doigts sur le verre. Il contenait un cliché d'Ilya et moi, tous sourires. Je n'avais normalement aucun problème à observer cette photo, pourtant, aujourd'hui, le simple fait de poser les yeux sur elle me nouait l'estomac. Après la nuit de folie que je venais de passer, voir le visage de mon frère venait de faire naître une question que je ne me serais jamais posée auparavant : se pouvait-il qu'Ilya soit toujours parmi nous, comme Finn ?

  J'admirai encore un moment l'adorable bouille de mon jumeau, ses grands yeux vert clair espiègles, ses cheveux brun foncé... Même si nous ne ressemblions pas beaucoup au niveau physique, notre air narquois et nos sourires en coin si semblables trahissaient notre filiation. Nous avions aussi le même éclat dans le regard.

  Il n'en fallut pas plus pour me décider. Les mitaines allaient attendre. Je devais savoir si mon frère était mort en paix ou non, autrement, cette question allait me hanter jusqu'à ce que je me penche dessus. Me couvrant en chemin, je quittai mon appartement, puis montai en voiture. Direction : New Calis.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

pierre françois

La laideur a du bon, car elle forme des couples durables bâtis sur une peur : celle de se retrouver seul. Par là on se console...
1
0
0
0
Une fille aux yeux verts
4 poèmes écrit en une journée, certains écrits en cours, d'autre pas.
25
27
4
1
Défi
Eric Kobran
Projet Bradbury 2017/2018 - semaine 2
9
16
13
0

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0