Chapitre 30 : Révélations - Partie 2

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  –Quand j'étais petit, je ne maîtrisais pas bien ma capacité et j'analysais parfois des personnes sans le vouloir. Je n'étais pas encore hypermnésique à l'époque mais…

  –Attendez, le coupai-je. Ce n'est pas censé être une maladie génétique ?

  –Si, mais je ne l'étais pas à la naissance. Je ne le suis devenu qu'à mes quatorze ans. Enfin bref. Même si je n'avais pas encore de mémoire infaillible, je me souviens très bien avoir aperçu des personnes différentes dans mon école et quelques-unes dans la rue.

  –Différentes dans quel sens ?

  –L'une de mes professeurs de primaire avait une température corporelle plus élevée que la normale.

  –Elle avait peut-être juste de la fièvre.

  –Non, comme je vous l'ai dit, quand quelque chose ne va pas, je le sais tout de suite et sa température ne m’a jamais alarmé. Elle avait aussi une constitution osseuse bien plus dense que la normale. Il y avait également ce frère et cette sœur. Leur colonne vertébrale était tout à fait normale, pourtant l'extrémité inférieure n'arrêtait pas d'attirer mon attention. Je n’ai jamais compris ce qui n’allait pas.

  –Et à l'hôpital, vous n'avez jamais eu de cas spéciaux ?

  –Si, un homme qui avait aussi une température corporelle et une densité osseuse plus élevées que la moyenne. Puis cette adolescente... Avant vous, elle était le cas le plus étrange que j'avais jamais vu.

  –Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle avait ?

  –Cette jeune fille devait avoir quinze-seize ans, commença-t-il. Elle avait été trouvée en pleine nuit sur la plage de galets près d'Harpa, l'opéra de Reykjavik., et complètement nue. (Je haussai les sourcils.) La police est allée la récupérer après qu'un passant les a prévenus mais ils n'ont pas réussi à lui tirer un seul mot. Elle ne semblait pas comprendre ce qu'ils lui disaient. Islandais, anglais, français... Peu importe la langue qu'ils ont essayé, elle est restée muette. Comme ils n'arrivaient pas à obtenir quoi que ce soit, ils ont fini par la conduire à l'hôpital pour qu'on l'examine. Elle avait été trouvée nue et semblait complètement perdue, déphasée ; ils craignaient qu'elle ait été victime d'une agression sexuelle.

  Mon estomac se noua à cette idée.

  –C'est l'une de mes collègues qui l'a prise en charge, poursuivit le docteur. J'étais aussi de service aux urgences, cette nuit-là, et elle m'a appelé peu de temps après le début de son auscultation.

  –Pourquoi, elle connaît votre capacité ?

  –Non, mais la jeune fille avait un rythme cardiaque très élevé et j'étais le seul cardiologue présent. Donc je l'ai examiné avec un stéthoscope... tout en l'inspectant à ma manière. Et c'est ainsi que je me suis aperçu qu'elle n'avait pas un système respiratoire normal.

  –C'est à dire ?

  –Des sortes de branchies étaient reliées à son pharynx.

  –Des branchies ? (Il opina.) Et elle a été trouvé sur une plage à poil ? La police est tombée sur la petite sirène ?

  –Je ne sais pas, ses branchies ne possédaient aucune ouverture, elle n’aurait pas pu les utiliser sous l’eau.

  –Vous avez découvert ce qu'elle était ?

  –Non, je n'en ai pas eu le temps. En plus de ses espèces de branchies, son sang m'a aussi intrigué. Il me semblait différent de d'habitude, alors je suis allé chercher le matériel nécessaire pour une prise de sang. Mais le temps que je revienne, elle s'était volatilisée. Ma collègue m'a dit qu'un homme était venu la récupérer.

  –Bizarre...

  –Je ne vous le fait pas dire, soupira-t-il.

  –Et l'homme à la température plus élevée ou les personnes de votre école ?

  –Pour le patient, il s'est enfui de l'hôpital dès qu'il a repris connaissance. Quant aux personnes de mon école, j'étais encore trop jeune pour comprendre qu’elles étaient vraiment différentes. Je ne leur ai jamais posé de question à ce sujet.

  Ma langue claqua contre mon palais. Qu'est-ce que j'aurais donné pour le savoir ! Pour éclaircir un peu cette histoire ! Même si tout semblait tirer par les cheveux, je le croyais. À quoi ça lui aurait servi d'inventer tout ça ? À rien. Il avait eu raison à mon sujet, mais aussi au sujet de Finn. Le docteur Wilson s'était d'ailleurs servi de ce petit fantôme pour me faire entrer dans le surnaturel et à présent, il continuait seulement de m'y entraîner de plus en plus. En revanche, ça mettait un tel bazar dans ma tête que j'avais l'impression de sentir un début de migraine.

  –Et vous saviez pour moi ? demandai-je à nouveau.

  –Non, mais pour être tout à fait franc, quand j'ai entendu parler de cette jeune femme dont le cœur s'arrêtait toutes les nuits, je me suis dit que vous étiez peut-être différente.

  Alors il ne devait pas être déçu : j'étais exactement ce qu'il espérait. Une mini bizarrerie ambulante d'un mètre soixante-et-un. Je m'affalai à nouveau dans sur mon siège avant de regarder mes mains. J'avais l'impression de ne plus les reconnaître, qu'elles ne m'appartenaient plus, qu'on m'avait greffé les mains d'une inconnue, celle d'une personne capable de... de quoi, de miracle ?

  Pff, n'importe quoi.

  Pourquoi est-ce que ça m'arrivait ? Qu'est-ce qui avait changé pour que je devienne capable de soigner les gens en les touchant ? Pendant presque dix-neuf ans, j'avais vécu une vie des plus banales. Est-ce que ça avait un lien avec mon coma ? Cette faculté avait commencé à se manifester peu de temps après et personne n'avait réussi à expliquer ce qui m'était arrivé. Était-ce parce que ça relevait du surnaturel ?

  –Vous avez dit que vous n'arriviez pas à maîtriser votre vision scanner quand vous étiez petit, pensai-je tout haut, sans quitter mes paumes des yeux. Depuis quand avez-vous cette capacité ?

  –D’aussi loin que je m'en souvienne, probablement depuis ma naissance.

  –Alors nous ne sommes pas tout à fait pareil.

  Pour moi, ça datait seulement d'une semaine, quand j'avais... soigné Liam.

  Bon sang, rien que d'y penser était bizarre !

  Je secouai la tête pour me remettre les idées en place. Quittant mes mains des yeux, je me concentrai sur le docteur.

  –Si vous possédez cette faculté depuis toujours, est-ce que c’est génétique ? Vos parents ont-ils les mêmes yeux que vous ?

  –Ma mère, non, mais elle sait de quoi je suis capable. Et pour mon père, je n'en ai aucune idée, je ne l'ai jamais connu. Il est parti avant ma naissance.

  –Désolée.

  Il haussa des épaules et le silence s'installa dans l'habitacle. Mes paumes accaparèrent à nouveau mon attention. Je finis par retirer mes lunettes pour les inspecter avec plus de minutie. Malheureusement, elles n'avaient rien d'étrange. L'un de mes géniteurs pouvait-il faire la même chose que moi ? Je me voyais mal leur poser la question. Ma mère me ferait interner dans la seconde.

  Je refermai les poings avant de me tourner vers mon médecin.

  –Comment suis-je suis censée vivre avec ça ? Contrairement à vous, je ne peux pas savoir d'un simple coup d'œil si une personne à besoin de soin. Est-ce que je vais devoir jouer à pile ou face avant de toucher ceux qui m'entourent et advienne que pourra ?

  –Je ne sais pas, avoua-t-il. Mais vous devez vraiment faire attention. Jusqu'à présent, vous n'avez jamais eu de public et il faut que ça le reste.

  –Pourquoi ?

  –Parce que Finn avait raison : quand vous perdez connaissance, vous ne respirez presque plus. En fait non, c'est tout votre corps qui se met à tourner au ralenti.

  Mes muscles se crispèrent. Je n'aimais pas du tout ce que j’entendais.

  –À quel point ?

  Le docteur Wilson eut une légère hésitation avant de lâcher la bombe.

  –Votre rythme cardiaque descend à un battement par minute.

  Le choc me laissa muette.

  –Que... Comment est-ce possible ? balbutiai-je au bout d’un moment.

  –Votre corps se met à libérer une quantité incroyable d'enképhalines.

  –Le même truc responsable de mes arrêts cardiaques ?

  –Oui, et aussi bizarre que ça puisse paraître, que ce soit hier ou aujourd'hui, votre état ne m'a jamais alerté.

  –Parce qu'un cœur qui bat aussi lentement est censé être normal ? m'emportai-je.

  –Peut-être que ça l'ait pour vous, contra-t-il. En fait, c'est comme si vous étiez en train d'hiberner.

  Génial, j'étais officiellement une marmotte. J'aurais pu en rire, mais c'était loin de me rassurer.

  Putain...

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